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  • Seule en sa demeure

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Seule en sa demeure Cécile Coulon L'Iconoclaste 19 août 2021 333 pages Roman - Poésie Chronique 4 août 2022 « Forêts paisibles, jamais un vain désir ne trouble ici nos cœurs. S'ils sont sensibles, Fortune, ce n'est pas au prix de tes faveurs. » Jean-Philippe Rameau et Louis Fuzelier La découverte d'un nouveau texte de Cécile Coulon est toujours un moment à part, une parenthèse enchantée : la qualité et la beauté littéraires de ce livre en sont remarquables, sa singularité de traitement originale par le regard très particulier que pose l'autrice sur ses personnages et l'analyse qu'elle fait de leurs affects et de leurs actes. J'ai lu ce dernier opus comme un thriller psychologique tant l'atmosphère en est étouffante et anxiogène, tant nous frissonnons pour Aimée, la toute jeune héroïne prisonnière de la forêt d'Or désenchantée, dans le château des Marchère et de son tout nouvel époux. Ambiance frôlant le fantastique : les pages d'une splendeur crépusculaire nous entraînent au fond d'un gouffre de craintes sourdes se muant peu à peu en terreur. L'arrivée d'une professeure privée de flûte genevoise, Émeline, apporte une respiration, une légèreté pendant quelques jours mais bien vite, l'étau se resserre, un danger semble peser sur les deux femmes. Des ombres les entourent, des regards les épient, elles sont comme piégées. Un lourd secret plane sur cette sombre demeure, plongeant Aimée dans une longue crise de paranoïa. Sont-ce des fantômes ou des êtres vivants qui la menacent ? Son mari est-il un serviteur du Mal ? Sa domestique Henria et son fils muet participent-ils à un complot visant à la rendre folle ? Qu'est-il vraiment arrivé à la première madame Machère. Cécile Coulon, sans pitié, nous offre un roman historique totalement maîtrisé, une œuvre des plus noires et des plus stupéfiantes de beauté par l'extrême qualité de son écriture et la perspicacité bluffante de son œil acéré sur les acteurs de ce drame. D'une splendeur terrible ! Quatrième de couverture Le domaine Marchère lui apparaîtrait comme un paysage après la brume. Jamais elle n'aurait vu un lieu pareil, jamais elle n'aurait pensé y vivre. C'est un mariage arrangé comme il en existait tant au XIXe siècle. À dix-huit ans, Aimée se plie au charme froid d'un riche propriétaire du Jura. Mais très vite, elle se heurte à ses silences et découvre avec effroi que sa première épouse est morte peu de temps après les noces. Tout devient menaçant, les murs hantés, les cris d'oiseaux la nuit, l'emprise d'Henria la servante. Jusqu'au jour où apparaît Émeline. Le domaine se transforme alors en un théâtre de non-dits, de désirs et de secrets enchâssés, car ici les âmes enterrent leurs fautes sous les feuilles et les branches, dans la terre et les ronces, et cela pour des siècles. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Mon père

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Mon père Grégoire Delacourt JC.Lattès Février 2019 221 pages Roman Chronique 30 septembre 2019 Plusieurs phrases m'ont interpellée : - « Ce monde ne sera guéri que lorsque les victimes seront nos rois. - Mais la justice n'est pas faite pour les victimes. La justice n'est pas ce qui est juste. Elle ne répare pas. Elle n'a pas d'enfants. Elle ne sait pas pourquoi soudain l'un d'eux souffre d'anisme, de vomissements d'encoprésie ou de maux de gorge ; la justice ne sait pas que les scarifications qu'un fils trace sur son pubis sont les mots indicibles. Elle est là, le visage bandé, sa balance à la main, qui décide de condamner à trente ans de réclusion criminelle un faux-monnayeur et à seulement dix ans l'abuseur d'enfants - ce qui n'arrive jamais-, contre une peine d'enfermement à vie dans un corps effracté pour l'enfant. Il est vrai que le législateur ne s'embarrasse guère des enfants. Ils ne votent pas. » Un livre courageux qui pose des questions essentielles, maniant une plume inspirée si belle et harmonieuse, soudain enlaidie de cris de haines et d'injures, pour illustrer le combat qui se livre dans ce père fracturé, Édouard, catholique fervent de tradition familiale, dont le fils Benjamin a été violé par un des prêtres qui lui enseignait le catéchisme. Édouard, dont la connaissance des écritures est grande, élevé par une mère à la croyance presque superstitieuse, d'un autre siècle, cite des extraits de la bible, de l'ancien et du nouveau testaments qui disent tout et son contraire : pardon, absolution des péchés mais aussi Loi du Talion .... Lui reviennent à l'esprit des souvenirs d'enfance : a-t-il été en danger lui aussi en fréquentant, en approchant les curés dans les camps de vacances, à la catéchèse, à l'église ? Finalement, n'a-t-il pas toujours su ce qui se passait réellement pour certains de ses copains ? N'aurait-il pas pu sauver et protéger son propre fils ? Un père brisé mais hors de lui qui ne supporte pas qu'un autre fils puisse, tel celui d'Abraham, être mis sur l'autel du sacrifice.... Il se sent frère, puis père, de ce fils sauvé in extremis par Dieu dont on ignore presque tout, ensuite... Alors Édouard veut la confrontation, il se rend dans l'église où doit officier encore le bourreau de son garçon.... S'engage un dialogue incroyable, brutal, violent, insupportable. Édouard veut tout savoir du calvaire de Benjamin... Rien ne lui sera caché sauf peut-être l'essentiel, que vous découvrirez avec stupeur en toute fin de ce texte éprouvant... Un thriller psychologique sans recours au trash, au sensationnel injurieux pour toutes les victimes passées et présentes. D'une grande justesse, les mots claquent, éclairent les ténèbres d'un être perverti.... L'absolution des péchés vécue comme un blanc seing par certains de ces criminels, le silence des collègues et de toute la communauté catholique, le voeu de célibat qui n'est en aucune manière un voeu de chasteté.... Tout est là, tout est dit.... La question reste posée en ces temps d'obscurité où la loi Schiappa a failli en ne décidant pas d'un âge légal de consentement à un acte sexuel, où l'imprescriptibilité du crime de viol n'est toujours pas mise en place, où la parole de l'enfant n'est pas écoutée, où des violeurs notoires d'enfants de 4-5 ans, directeur d'école, sont remis en liberté sur la décision du juge Pomier. Pouvons-nous vraiment protéger nos enfants ? Difficile de répondre, mais ce que je sais, moi fille d'un homme qui reçut l'absolution pour ses crimes, c'est que se voiler la face, jouer à l'autruche, serait coupable. Ce livre passe le témoin.... À lire absolument. Quatrième de couverture « Mon Père c’est, d’une certaine manière, l’éternelle histoire du père et du fils et donc du bien et du mal. Souvenons-nous d’Abraham. Je voulais depuis longtemps écrire le mal qu’on fait à un enfant, qui oblige le père à s’interroger sur sa propre éducation. Ainsi, lorsque Édouard découvre celui qui a violenté son fils et le retrouve, a-t-il le droit de franchir les frontières de cette justice qui fait peu de cas des enfants fracassés ? Et quand on sait que le violenteur est un prêtre et que nous sommes dans la tourmente de ces effroyables affaires, dans le silence coupable de l’Église, peut-on continuer de se taire ? Pardonner à un coupable peut-il réparer sa victime ? Mon Père est un huis clos où s’affrontent un prêtre et un père. Le premier a violé le fils du second. Un face à face qui dure presque trois jours, pendant lesquels les mensonges, les lâchetés et la violence s’affrontent. Où l’on remonte le temps d’avant, le couple des parents qui se délite, le gamin écartelé dont la solitude en fait une proie parfaite pour ces ogres-là. Où l’on assiste à l’histoire millénaire des Fils sacrifiés, qui commence avec celui d’Abraham. Mon Père est un roman de colère. Et donc d’amour. » Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Une infinité de matins

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Une infinité de matins Colette Berthès De Borée 18 juin 2020 456 pages Roman terroir Chronique 9 juillet 2020 Les travailleurs de la terre... demeurent les dépositaires d'une histoire. Beaucoup espèrent encore transmettre à la génération suivante un héritage constitué du patrimoine de savoir-faire et de valeurs... L'ancrage terrien est fort et il n'est pas écrit que les paysans ne renaissent un jour... " Conclusion de l' « Histoire des paysans français » de Éric Allary. Saga familiale, sociale, politique, paysanne, ce roman d'Amour pour la Terre et pour une certaine idée de la Vie commence comme un roman policier avec une prise d'otage à main armée, pour devenir une fresque historique extraordinaire sur près de cent ans dans cette région authentique du Quercy dont est originaire l'auteure. On ressent son amour, son attachement profond à cette région, la nécessité pour cette femme, par cette fiction, de mettre des visages sur ceux qui sont présentés vaguement, imparfaitement aux informations. De remettre de l'humanité, de la chair là où d'autres ne voit que des statistiques, des chiffres. Ce roman m'a rappelé l'excellent et incontournable "Gain" de Richard Powers, retraçant en parallèle le combat d'une femme atteinte d'un cancer et l'épopée d'une famille américaine développant une entreprise de savons et chandelles devenant au fil du temps une hydre énorme dont les produits manufacturés sont présents dans tous les foyers du monde, sources de pollution des terres, de l'air, des nappes phréatiques. Au début on applaudit les progrès, la modernité, les découvertes scientifiques qui sortent les femmes de leurs cuisines, qui permettent au plus grand nombre d'accéder à un certain confort matériel. Mais, cette industrialisation à tout prix et ce recours systématique à la chimie, mal contrôlés, exagérés, pourrissent tout et aujourd'hui mettent en péril l'existence de notre planète. Dans ce roman de terroir engagé et très précis dans la description des différents éléments menant au drame de la prise d'otage, nous assistons à la vie des différentes générations de la même famille dans la ferme de Eliette désespérée, perdue en cet automne 2015. Son petit-fils David, averti du geste fou de sa mamie, va enfin lui parler réellement et l'écouter encore plus attentivement qu'il ne l'a jamais fait. Savoir d'où l'on vient pour enfin construire est ce que va découvrir le jeune homme pendant les quelques heures que lui concèdent les forces de l'ordre cernant la maison de famille. Je regarde sur ma commode la photo noir et blanc d'une aïeule sur le seuil de sa maison au sol de terre battue, avec ce regard fier et franc dont je me sens, moi la citadine, la descendante...Je retrouve tout cela dans ce magnifique roman.... De la vie simple et dure des premières années du XX ème siècle où l'on vivait de rien, où l'entraide et l'honneur étaient les maîtres mots, où l'autarcie était une évidence et prendre un crédit non envisageable et honteux... vous vous dirigerez lentement jusqu'aux années 60 de lutte paysanne : aujourd'hui la survie est impossible pour les exploitants crevant sous les dettes, victimes des décisions iniques de l'Europe, qui pourtant au début travaillait vraiment au bien de tous. Leur désespoir mène aux suicides de certains, aux drames, à la tragédie. Vous assisterez à la naissance des syndicats, à l'assimilation des populations étrangères venues grossir les rangs d'une main d'oeuvre d'abord saisonnière puis permanente, au quotidien de ces hommes et femmes partenaires à égalité face au destin, à une industrialisation de l'agriculture et de l'élevage frénétique menant au pire, à la surproduction démente et irrationnelle, aux conséquences désastreuses de la mondialisation, des quotas et autres réglementations, imposés par les cols blancs... Ce qu'affrontent les agriculteurs et éleveurs est tout simplement insupportable... Tout vous est raconté ici... C'est terrifiant, mais aussi par la plume magnifique de Colette Berthès, beau, essentiel, réel, humain, drôle, tendre, et pose une question centrale pour notre subsistance à tous : « Après tout, pourquoi paysan ne serait il pas un métier d'avenir ? » Nous sommes tous à la croisée des chemins et dépendons tous les uns des autres ! Quatrième de couverture « À la ferme de Latarenque, Eliette ne s’en sort plus et prend en otage l’huissier qui la menace de saisie. David, son petit fils, est appelé en urgence pour tenter de la raisonner. Elle va alors lui raconter l’histoire de l’exploitation et de ses aïeux, les transformations et les nouvelles difficultés... Ce récit donnera des idées au petit-fils qui va à son tour prendre la tête de l’exploitation et se lancer dans une culture raisonnée et bio. » Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Anamnèse

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Anamnèse Vanessa Chevallier De Borée 12 mai 2022 416 pages Thriller Chronique 21 juin 2022 « Entre passé et présent, le récit haletant d'une jeune femme à la recherche de sa mémoire. » « Lorsqu'on regarde l'homme dans les yeux - alors on regarde une nuit qui devient effroyable - ici vous tombe dessus toute la nuit du monde. » Hegel Et lorsque les souvenirs resurgissent irrévocablement, que se faire du mal ne suffit plus à calmer la douleur abyssale que l'on éprouve au fond de soi sans en comprendre la raison, quand il est temps de remonter à la surface malgré l'entourage qui voudrait par déni, culpabilité, lâcheté ou égoïsme que vous restiez éternellement celle qui va mal, qui ignore ce que lui sait, forcément se regarder au fond des yeux dans le miroir devient une plongée en enfer. Je salue l'autrice et la remercie pour ce thriller psychologique extrêmement juste dans sa description de la fin de l'oubli, phénomène que j'ai traversé en 2003 après 22 ans d'absence d'une partie de moi à la conscience. Effectivement, Ambre devra traverser les feux du désert pour atteindre l'oasis de la connaissance de soi, et découvrir le rôle que chacun a joué dans le drame traversé. Va et vient incessant entre 1980 et 2012 pour que nous comprenions peu à peu, avec effroi, ce qui s'est réellement déroulé dans ce quartier de la place du square pour la petite fille, son copain Simon et d'autres petites âmes... Un récit en deux parties, minutieusement construit et mené, qui vous demandera de rester bien concentré car cela en vaut vraiment la peine. Au lendemain de la fin de ma lecture des frissons me parcourent encore à la compréhension totale des tenants et des aboutissants de ce scénario. Également, Vanessa Chevallier nous tient la main fermement lors de la plongée dans la psyché des êtres les plus vils et détestables ; profilage d'un réalisme et d'une pertinence inouïs en ces temps où enfin le réveil s'amorce quant aux crimes commis sur l'enfance. Pour lutter contre ces violences, ces destructions de l'innocence, des âmes les plus pures, les plus fragiles, il faut connaître l'ennemi, en détecter la présence, en flairer l'odeur sans pour autant avoir été victime soi-même. L'ignorance est quelques fois également un crime, l'aveuglement une inacceptable excuse. Un roman tel que « Anamnèse », réussite complète sur le plan littéraire, projet ambitieux mené à bien courageusement est, comme beaucoup d'oeuvres de littérature noire, essentiel à la prise de conscience d'une réalité que l'on préférerait taire, mettre sous le tapis de nos certitudes imbéciles. Le Mal existe, il est à nos portes sous des apparences de normalité. Félicitations à l'autrice et mes remerciements aux Éditions de Borée pour leur confiance renouvelée. Quatrième de couverture De son enfance, Ambre n'a gardé aucun souvenir. Désormais trentenaire et en proie à de fréquentes crises d'angoisse, elle espère sortir de cette amnésie et comprendre le mal-être qui la ronge depuis des années. Alors que ses proches refusent de l'aider dans sa quête, revenir sur les traces de sa jeunesse l'aidera-t-il à retrouver le chemin de la mémoire ? Lorsqu'au même moment un meurtre est commis dans le quartier, les fantômes du passé ressurgissent. Qu'est-il réellement arrivé vingt-sept ans plus tôt ? Mi-psychologique, mi-noir, ce roman s'applique à révéler progressivement la part d'ombre des habitants d'une impasse. Pour le lecteur comme pour les personnages, pas d'échappatoire. Un premier roman, paru à la fin du 1er confinement de 2020, L'Enfant de la colère : - récompensé par un Prix du Lions Club International Sud-Ouest ; - ayant reçu un bel accueil en librairies indépendantes et GSS ; - apprécié par la sphère bookstagram : « L'écriture (de Vanessa) est addictive, voire même envoûtante... » Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Park Avenue

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Park Avenue Cristina Alger Albin Michel 2013 459 pages traduites par Nathalie Cunnington Thriller Chronique 9 novembre 2019 Titre original The Darlings Cristina Alger a réussi avec ce roman un coup de maître digne des meilleurs thrillers politico-financiers des années 80/90. Elle sait de quoi elle parle, ayant été elle-même avocate et analyste chez Goldmann Sachs, ayant le " pedigree" habituel de ces jeunes femmes issues des meilleures écoles privées et universités, une cuillère en argent dans la bouche depuis sa naissance dans une grande famille de financiers. S'inspirant de cette période très particulière à New York après le drame du World Trade Center et concomitante de la crise de 2008 et de l'affaire Madoff, elle signe ici un best-seller. Elle ne ménage pas, avec beaucoup de talent et d'acuité, sa description d'un certain milieu de privilégiés, de financiers sans scrupules, d'avocats amoraux, de lanceurs d'alerte courageux, de politiques opportunistes, d'épouses qui s'aveuglent consciemment ou non sur leurs maris richissimes, d'enfants emportés par la honte et la tourmente. Caustique, précis, chirurgical, d'une grande intelligence, vertigineux, en ce sens que ces gens n'ont aucune limite, accros à la bourse, au coup de poker, à jouer avec la vie des autres juste pour l'adrénaline.... des criminels en col blanc.... à l'instar de Morty Reis qui entre en scène dès les premières lignes, au volant de son Aston Martin, à la veille de Thanksgiving, en pleine nuit, se dirigeant vers le Tappan Zee Bridge. Son suicide va être à l'origine d'une tornade qui détruira tout sur son passage et en particulier la famille Darling, dont le patriarche Carter était associé à Morty, jouant à l'apprenti sorcier avec les fonds spéculatifs. Cristina Alger réussit à rendre tout ceci limpide... La haute société new-yorkaise en prend pour son grade, la quatrième de couverture parle très justement de Bûcher des vanités, elle y met effectivement le feu, avec humour, sensibilité et un sens des responsabilités qui manquent aux coupables. Ces faux dieux vont enfin voir les fondations de leur royaume se fendre jusqu'à ce que tout s'écroule... emportant avec eux, ne l'oublions jamais, des victimes innocentes, trop confiantes. Et aujourd'hui, avec la dématérialisation de l'argent, sa virtualité, la peur est encore plus grande, les risques que prennent les dirigeants gouvernementaux ou financiers plus énormes sans que l'on puisse prévenir la catastrophe, contrôler les opérations. C'est un roman parfaitement maîtrisé, prémonitoire, certainement libératoire pour l'auteure, au scénario fantastique, et cerise sur le gâteau ou plutôt sur la tarte aux noix de pécan, puisque l'action se situe avant-pendant-après le weekend de Thanksgiving très symbolique, au suspense diablement efficace et constant. La vie au quotidien des new-yorkais est parfaitement reconstituée sous nos yeux, on y est... On s'attache énormément à Paul et son épouse Merril.... Bémol : J'avais un peu peur, car dès le début, j'ai retrouvé des éléments présents dans le deuxième opus de Cristina Alger, « La femme du banquier » chroniqué le mois dernier. Mais malgré cela, qui quelque part est une faiblesse de scénario, j'ai lu ce roman passionnément et avec beaucoup d'intérêt... Quatrième de couverture En épousant Merril par amour, le jeune avocat Paul Ross est entré dans le clan Darling avec son cortège de privilèges : un appartement sur Park Avenue, un job en or, des weekends dans les Hampton et des soirées avec le tout Manhattan. Mais bientôt Wall Street plonge et les grandes banques menacent de s'effondrer. Un scandale vient éclabousser la famille Darling, la propulsant sous les feux des médias, et Paul doit choisir son camp. Sauver sa peau en trahissant sa femme et les siens ou les protéger, coûte que coûte. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Le Fantôme du Vicaire

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le Fantôme du Vicaire Eric Fouassier Albin Michel 27 avril 2022 384 pages Polar Historique Chronique 27 avril 2022 Tome 2 de la série « Le Bureau des affaires occultes », consacrée aux enquêtes de Valentin Verne « Il pleut, il pleut sans cesse, il pleut de l'horreur, il pleut du vice, il pleut du crime, il pleut de la nuit ; il faut explorer cette obscurité pourtant, et nous y entrons, et la pensée essaye dans ce sombre orage un pénible vol d'oiseau mouillé. « Victor Hugo, Les Fleurs. Cher Éric Fouassier, une petite fille à mes côtes souhaiterait vous remercier de lui avoir permis de lire, noir sur blanc, ce qu'elle ressentait au fond de son cœur, de son âme, depuis ce jour de bascule ineffaçable faisant voler en éclat son enfance. J'ai commencé ce roman tous mes sens en éveil bien ancrée dans ma réalité d'adulte résiliente mais peu à peu, comme lors de la découverte du premier opus, j'ai été très vite en état de sidération, d'effarement, face à l'extrême justesse avec laquelle vous décrivez les tourments, les affects, les blocages dûs au fracassement d'une partie de la psyché d'une victime de pédophilie. J'ai à nouveau pilé sur certaines phrases, projetée à nouveau dans un monde dédoublé... Ce fut douloureux mais heureusement la petite Dany m'a repris la main, et m'a accompagnée jusqu'à la dernière page. C'est donc moi, d'hier et d'aujourd'hui, qui avons lu votre texte. Recevez notre profonde gratitude pour avoir exprimé ce qui nous est si difficile de dire. L'enfance bafouée, instrumentalisée, violée, détruite, est au centre de ce polar "occulte" tout a fait captivant sur le plan historique. On retrouve avec jubilation les marottes de l'auteur pour les codes, les énigmes et casse-têtes, la science, la chimie, la pharmacopée et la physique. Un roman très sombre, profondément dramatique qui pourtant nous offre des moments d'une rare cocasserie et drôlerie, en particulier lors de dialogues ciselés et savoureux et des descriptions amusées de certains personnages hauts en couleurs. Cette légèreté, pure élégance de style, ne doit en aucun cas vous tromper sur la gravité du sujet. L'inspecteur Valentin Verne, en ce mois de mars 1831, à la tête du tout nouveau Bureau des Affaires Occultes est plus que jamais sur les traces du monstre qui l'a enlevé, séquestré, torturé et abusé alors qu'il n'était qu'un gamin. L'auteur fait planer sur ce thriller une ambiance à la Bram Stoker, putride, où de chaque recoin ténébreux peut surgir un croque-mitaine, le Diable, un Nosferatu.... Aucune zone de gris ici, tout est blanc ou noir pour Valentin dès qu'il s'agit de protéger l'innocent, la pureté, la vérité ; homme-enfant en équilibre instable sur une frontière qui délimite d'un côté, le monde des lumières où vivent des citoyens lambdas ignorants des noirceurs de cette société ...et de l'autre, le territoire de l'indicible, de la souffrance, du Mal absolu. La France gronde de la fureur du peuple générée par les récents événements de la Révolution de juillet. Dans ces temps d'incertitudes, d'instabilité, d'injustice sociale, de turpitudes politiques, un vague espoir avait vu le jour à la nomination, par décision de Louis-Philippe, au poste de président du Conseil, du banquier Laffitte partisan de mesures progressistes et de réformes sociales et économiques ; tout s'est soudainement écroulé au retournement de veste du monarque désavouant Laffitte pour Casimir Périer, un Conservateur de la pire espèce. Les troubles se multiplient, les forces de l'ordre ne savent plus où donner de la tête, et dans ces heures de chaos comme toujours, ce sont les plus faibles et les plus pauvres qui payent l'addition présentée par les riches et puissants : les enfants particulièrement deviennent marchandises, prostitués ou esclaves de patrons peu scrupuleux. Lorsque l'on ne sait plus à quel Saint ou Dieu se vouer, des charlatans, faux médiums et arnaqueurs de haut vol font leur apparition pour abuser et voler les plus naïfs en mal d'un remède à leur deuil, leur perte. C'est l'époque joyeuse où des célébrités se passionnaient pour l'occultisme, le surnaturel, le dialogue avec nos chers disparus. Il n'était pas rare de croiser Victor Hugo, Théophile Gautier, Charles Baudelaire, Gérard de Nerval, Honoré Daumier ou Eugène Delacroix dans des salons huppés, lieux de fabuleuses séances de spiritisme. Croire au merveilleux, à une autre dimension parallèle à la nôtre pour ne pas affronter la réalité. Tout n'est qu'illusion, jeu d'images qui apparaissent et disparaissent mystérieusement... Beaucoup de travail donc pour le Bureau des Affaires Occultes en perspective ! Et cela ne tarde pas puisqu'une charmante jeune femme désespérée, madame Ferdinand d'Orval, demeurant à Saint Cloud, se présente rue de Jérusalem, persuadée que son pauvre mari est victime d'un de ces bonimenteurs de talent. Après le départ de Vidocq, d'autres ont pris sa place, et l'ultime changement de gouvernement laisse à penser qu'il ne serait donc pas vain de prouver que le département dirigé par Valentin est d'une utilité incontestable pour le pouvoir. Valentin Verne charge son collaborateur Isidore Lebrac de réunir les premiers éléments de cette enquête pendant que luimême souhaite suivre la piste à nouveau chaude qui doit le mener à son ennemi juré, celui qui hante ses cauchemars et l'empêche de vivre pleinement son histoire d'amour avec la belle Aglaé, comédienne féministe et indépendante rencontrée voici quatre mois. Valentin devra-t-il se transformer en monstre lui-même pour espérer détruire son tourmenteur ? Devra-t-il faire appel à sa part d'ombre et de violence pour vaincre ? Et ce faisant, ne perdra-t-il pas son âme ? Le danger est réel pour tout l'entourage de notre héros, de notre diable d'ange. Bientôt une première lettre du Vicaire lui parvient. Le jeu de piste infernal imaginé par celui-ci s'enclenche.... Nous recommençons une partie.... Game over. Quatrième de couverture Valentin Verne, inspecteur en charge du Bureau des Affaires Occultes, doit résoudre une nouvelle affaire : un médium aurait recours au spiritisme et à de mystérieux pouvoirs extralucides pour ramener à la vie de la fille de Ferdinand d'Orval, un noble très fortuné. Tables tournantes, étranges apparitions, incarnations inexplicables... Mystification ou réalité ? Des bas-fonds parisiens aux salons de la haute société, des espions de Vidocq aux troublants mystères du spiritisme, l'auteur nous entraîne dans un polar crépusculaire et addictif. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Les derniers jours de Rabbit Hayes

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les derniers jours de Rabbit Hayes Anna McPartlin Cherche Midi 2016 343 pages traduites par Valérie Le Plouhinec Roman Chronique 2 janvier 2018 Ce roman tragi-comique est comme la couverture, beau, le fond est sombre rehaussé de couleurs vives et de fleurs joyeuses symboles de vie. Donc un bel objet en soi. Préparez tout de même la boîte de mouchoirs car là on n'y coupe pas, que ce soit d'émotion et de tristesse autant que de rire. Difficile d'écrire un livre sur les neuf derniers jours de Mia " Rabbit" Hayes atteinte d'un cancer du sein en stade IV. Anna McPartlin fit d'abord une carrière dans le stand up, ceci explique cela. Style percutant, drôle, direct limite cru, imagé, exit le larmoyant facile, bienvenu le drame à l'irlandaise sans faux semblants et langue de bois. Du pragmatique, du tendre, du bouleversant, un sourire triste qui s'accroche au visage. Hors de question de s'apitoyer, de toute façon la situation est déjà suffisamment grave. Alors oui le début fait craindre le pire puisque Molly, septuagénaire triomphante et de caractère, accompagne sa fille dans une clinique de soins palliatifs. Après des années de lutte contre cette saloperie de cancer, Rabbit perd la bataille. Métastases et atteinte des os, c'est fini. Donc neuf petits jours pendant lesquels nous allons l'accompagner mais aussi toute sa famille, composée du père Franck, du frère Davey, de la sœur Grace mariée et mère de quatre fils, sans oublier la plus essentielle aux yeux de Rabbit, sa fille de douze ans, Juliet. Toute aussi primordiale est la meilleure amie d'enfance, Marjorie, toujours le mot juste pour rire et dédramatiser. Sauf évidemment que, cette fois, la faucheuse attend, qu'il n'y aura pas d'échappatoire, il va falloir affronter l'inéluctable. Tout le chemin de croix jusqu'à ces ultimes heures a été raconté par Rabbit, journaliste, dans son blog : La joie de la rémission après une mastectomie du sein gauche, puis la rechute, les métastases... Là encore l'auteure n'édulcore pas, sans tomber non plus dans le trash. On admire le courage de tous, la malade, la fille, toute la famille, le personnel soignant. En parallèle, l'enfance, la jeunesse et le grand amour de Rabbit pour son Johnny reviennent comme des flashs causés soit par les médicaments, soit par une nécessité de l'inconscient de faire lâcher prise, enfin, pour accepter de passer à l'étape suivante. La question de la religion, de la croyance en une autre vie sont abordés également avec délicatesse. C'est le mot qui me reste en fin de compte la Délicatesse. Beau, mêlant crudité des faits et onirisme. Un livre qui me restera en mémoire, c'est certain. Quatrième de couverture Quand Mia, surnommée affectueusement Rabbit, entre en maison de repos, elle n'a plus que neuf jours à vivre. Tous ses proches sont présents à ses côtés pour la soutenir. Jack et Molly, ses parents, incapables de dire adieu à leur enfant, Davey et Grace, son frère et sa sœur, qui la considèrent toujours comme la petite dernière de la famille, Juliet, sa fille de 12 ans qu'elle élève seule, et enfin Marjorie, sa meilleure amie et confidente. Au fur et à mesure que les jours passent et que l'espoir de la sauver s'amenuise, sa famille et ses amis sont amenés à s'interroger sur leur vie et la manière dont ils vont continuer sans celle qui leur apporte tant. Car, si Rabbit a elle-même perdu la bataille, celle-ci ne fait que commencer pour son entourage. Anna McPartlin nous fait partager ces neuf journées si spéciales dans la vie de Rabbit et de ses proches. Mélancolique et drolatique à la fois, Les Derniers Jours de Rabbit Hayes nous entraîne dans un voyage émotionnel intense. À travers une galerie de personnages touchants, ce récit sur le deuil déborde d'un optimisme rare et nous rappelle que, quelles que soient les circonstances, il y a toujours de la lumière au bout du tunnel. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • L’Amour au temps des éléphants

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L’Amour au temps des éléphants Ariane Bois A Vue d'Œil 2021 472 pages, gros caractères Historique Chronique 24 avril 2022 Trois citations de Romain Gary pour introduction : « Je sens profondément que le sort de l'homme et sa dignité sont en jeu, chaque fois que nos splendeurs naturelles, océans, forêts, ou éléphants sont menacés de destruction. » R.G « Les chiens ce n'est plus suffisant. Les gens ne se sont jamais sentis plus perdus, plus solitaires qu'aujourd'hui. Il leur faut de la compagnie, une amitié plus puissante, plus sûre que toutes les autres que nous avions connus. Quelque chose qui puisse réellement tenir le coup. Ce qu'il nous faut, c'est les éléphants. » R.G « Ils ne pouvaient donc imaginer à quel point la défense d'une marge humaine assez grande et généreuse pour contenir même les géants pachydermes pouvait être la seule cause digne d'une civilisation. » R.G. Et ..... Blue skies, Irving Berlin Par Joséphine Baker, 1927 : « Les jours de blues sont derrière moi. Seuls les ciels sont bleus désormais. » Le point de départ de cet étonnant et très beau roman historique d'amour et d'amitié, véritable hommage aux éléphants, à leurs défenseurs, à tous les activistes qui luttent pour la préservation de notre planète, fut un évènement tragique survenu en 1916 à Ewin, USA, d'une éléphante, Mary. Puis l'autrice fit la découverte des Harlem Hellfighters, troupes regroupant de courageux Afro-américains, qui se battirent en 1918 dans l'Argonne et firent connaître le Jazz en France. Ariane Bois imagine alors que dans la foule présente lors de la pendaison de l'éléphante Mary se trouvent trois personnages destinés à se rencontrer et à entremêler leurs destins, des Etats Unis d'Amérique à la France jusqu'au Kenya. Voici une fresque historique fabuleuse où passent des figures célèbres tel Jim Europe le "Jazz lieutenant", les sœurs Cromwell, infirmières intrépides inoubliables, Floyd Gibbons journaliste passé à la postérité, Beryl Markham, première femme pilote à avoir traversé l'Atlantique en 21 heures. La reconstitution des atmosphères et quotidiens dans les états sudistes, à New York, puis Paris, de la vie des expatriés américains dans la ville lumière où résonnent les flows jazzy nocturnes remplacés bientôt par le fracas des obus dans les tranchées, puis du microcosme formé d'anglais dans la Happy Valley au Kenya est extraordinaire, fabuleusement vivante. Nos trois héros vibrent de passion, de peur, d'enthousiasme, de fureur, de soif de justice et de paix, du désir de changer le monde tout en préservant les valeurs humaines appliquées au sauvetage de la Nature en s'attachant, en particulier, aux pachydermes. Il faut savoir qu'aujourd'hui un éléphant est victime du braconnage tous les quarts d'heure !!!! Ces massacres nous concernent tous et doivent nous révolter et nous inquiéter car ils sont le symptôme d'un mal plus grand et dévastateur : la destruction de notre planète, son appauvrissement, par des êtres indignes qui se pensent faussement supérieurs au reste des espèces, qui scient stupidement la branche sur laquelle nous sommes tous assis. Sauver un humain, c'est sauver l'humanité, sauver un animal, c'est sauver la planète. La pendaison infâme de cette éléphante tueuse involontaire est symboliquement une image effarante de ce que les êtres humains peuvent faire de pire. Ce roman nous raconte ce que l'humanité peut apporter de plus positif et constructif en réponse à la barbarie. La question de la violence, de la discrimination, de la hiérarchisation des êtres, du pouvoir de destruction de certains criminels minoritaires qui entraînent une majorité vers le chaos, est au centre de ce récit d'une grande pertinence aujourd'hui, écrit magnifiquement dans un souci de vérité historique. C'est aussi un vrai et beau roman d'amours, intentionnellement au pluriel. À lire absolument pour retrouver l'espoir. Quatrième de couverture 1916, Sud des États-Unis. Sans se connaître, Arabella, Kid et Jeremy assistent à l’exécution par pendaison d’une éléphante de cirque, Mary, coupable d’avoir tué un homme. Cette effroyable vision bouleversera leur vie. De l’Amérique qui entre en guerre jusqu’au Kenya dissolu des colons anglais en passant par le Paris tourbillonnant des années 1920, ces trois êtres devenus inséparables vont se lancer sur la trace des éléphants au cours d’une prodigieuse expédition de sauvetage. Une saga splendide ! Il n’y a pas d’hommes libres sans animaux libres (Présentation des Éditions Belfond en 2021) Ils ne se connaissent pas et pourtant, en cette journée caniculaire de septembre 1916 dans une petite ville du Sud des États-Unis, ils assistent parmi la foule au même effroyable spectacle : l'exécution par pendaison d'une éléphante de cirque, Mary, coupable d'avoir tué un homme. Cette vision bouleversera la vie d'Arabella, de Kid et de Jeremy. De l'Amérique qui entre en guerre au Paris tourbillonnant des années 1920, des champs de bataille de l'Est de la France aux cabarets de jazz, des pistes de cirque jusqu'au Kenya dissolu des colons anglais, ces trois êtres devenus inséparables vont se lancer sur la trace des éléphants au cours d'une prodigieuse expédition de sauvetage. Dans cette éblouissante saga, une jeunesse ivre d'amour et de nature livre son plus beau combat pour la liberté des animaux et celle des hommes. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Power

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Power Michaël Mention Stéphane Marsan Editeur - Bragelonne 2018 456 pages Historique Chronique 20 juillet 2018 Lire la playlist est incontournable. « L'indigène est un être parqué, l'apartheid n'est qu'une modalité de la compartimentation du monde colonial. La première chose que l'indigène apprend, c'est à rester à sa place, à ne pas dépasser les limites. C'est pourquoi les rêves de l'indigène sont des rêves musculaires, des rêves d'action, des rêves agressifs. » « Les damnés de la Terre » de Frantz Fanon 1961 « I have a dream ! » Oh yeah ! Are you sure, Martin.....? R.E.S.P.E.C.T. comme l'a chanté Aretha Franklin, comme l'ont hurlé avec elle les habitants des ghettos, humiliés, battus, harcelés, assassinés depuis la descente des négriers jusqu'en1965. WHAT WE WANT Alors sur une bande sonore soul, groove, funky, magnifiée par un texte tel un slam, un gospel, un cri, se sont élevées les voix des opprimés, de gamins intelligents, éduqués, pauvres, en fureur, sans aucun espoir d'avenir dans cette Amérique blanche raciste de 1965 pour réclamer dans un long riff, l'indispensable : le RESPECT ! WHAT WE BELIEVE En effet, on sort intranquille de ce roman, le malaise d'alors en rappelant d'autres d'aujourd'hui. On s'étonne de l'extrême jeunesse des membres fondateurs du party, dégoûtés et assez clairvoyants pour savoir qu'il fallait proposer une autre vision aux ghettos. Deux gamins donc : Huey, fils de pasteur que Bobby a rencontré voici quelques années dans une manif pro-Cuba. Ça smatche tout de suite entre ses deux enfants d'Oakland, discussions à n'en plus finir, lecture des journaux, manuels, essais, rabâchage des discours inspirés de Malcolm X ou Martin Luther King, et soudain l'évidence : monter un parti avec une ligne directrice et des méthodes différentes. On s'appuie sur le droit et la constitution des USA, on s'arme comme autorisé par la loi, on se trouve un logo, un uniforme strict, on commence les patrouilles à la recherche de la moindre intervention policière illégale.... Enfin le rapport de force bascule, les flics ont peur et abandonnent le terrain. La presse, la communication, le nombre des adhérents croissant, un programme social d'aide à la population sur le terrain, font d'eux des Robin des Bois face à un gouvernement de plus en plus excédé et incapable. Des alliances se nouent, pas seulement avec des noirs ce qui est évidemment primordial, le BPP obtient une visibilité nationale et internationale via l'Afrique en particulier. Tout ce parcours phénoménal raconté ici est jouissif, enthousiasmant, on veut y croire..... L'écriture est une transe, une scansion, mélange de narration et de paroles de chansons.... Tous les grands noms de la Motown, de la soul, du funk sont là pour nous donner envie de bouger, d'agir, et nous accompagnent tout au long de ce texte hallucinatoire, organique. Malheureusement, le FBI et Hoover veillent, d'autres paradis artificiels attendent leurs proies qui ne sont en définitive que des mômes.... la description ne s'arrête pas à Charlene symbole des femmes de ce party, ou Tyrone écartelé entre ses frères et ce que le FBI l'oblige à faire, non, il y a aussi Neil, le blanc, flic, qui de pondéré, éclairé va basculer peu à peu dans l'ultra violence, la haine. Le point de bascule, l'assassinat de Robert Kennedy, dernier espoir de bien des américains de l'époque déboussolés par la guerre du Vietnam, les mensonges des politiques, espérant une paix durable entre tous quelle que soit la couleur de peau. Un homme donc désespéré pour son pays qui cherchera des coupables, à bout, traumatisé par la mort de son équipier, puis révolté par les méthodes de manipulation grossière du FBI chargeant les BPP de toutes les fautes. Dans les rangs de ce party, également, certains chargés de la communication veulent dangereusement faire le buzz, d'où des caricatures infamantes des policiers....les pigs ! Comment ensuite raisonner normalement quand tout ce que vous êtes est conspué. Chacun dans son camp donc, qui gagnera ? Que reste-t-il aujourd'hui de tout ce qui fut accompli de positif par les Panthers jusqu'en 85 ? Il semble que les USA rétrogradent après avoir pourtant élu un président noir. Il semble aussi que le fossé entre les communautés soit de plus en plus grand. Cela expliquerait-il leur obsession nostalgique de l'Afrique qu'aucun n'a connue ? Cette quasi incapacité à définitivement se définir comme américain sans précision de la couleur de peau, qui pour moi est toujours un pléonasme. Connaître son histoire dans la grande Histoire pour se construire aujourd'hui comme citoyen américain ou du monde oui, mais faire de cette connaissance généalogique un frein à l'avenir en grattant en permanence les croûtes. Je ne sais pas.... De par mes origines, mon histoire, le métissage de ma famille afro-française, mon absolue conscience de l'absence de race en ce monde, prouvée scientifiquement, et me rappelant avec RESPECT et admiration les paroles de Mandela, ne serait-il pas le moment de la réconciliation pour les nouvelles générations ? Facile à dire. Un roman historique essentiel ! Quatrième de couverture « Ici comme dans les autres ghettos, pas d'artifice à la Marilyn, ni de mythe à la Kennedy. Ici, c'est la réalité. Celle qui macère, mendie et crève.1965. Enlisés au Vietnam, les États-Unis traversent une crise sans précédent : manifestation, émeutes, explosion des violences policières. Vingt millions d'Afro-Américains sont chaque jour livrés à eux-mêmes, discriminés, harcelés. Après l'assassinat de Malcolm X, la communauté noire se déchire entre la haine et la non-violence prônée par Martin Luther King, quand surgit le Black Panther Party ou BPP : l'organisation défie l'Amérique raciste, armant ses milliers de militants et subvenant aux besoins des ghettos. Une véritable révolution se profile. Le gouvernement déclare alors la guerre aux Black Panthers, une guerre impitoyable qui va bouleverser les vies de Charlene, jeune militante, Neil, Officier de police, et Tyrone, infiltré par le FBI. Personne ne sera épargné, à l'image du pays happé par le chaos des sixties. Un roman puissant et viscéral plus que jamais d'actualité. » Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • La Rivière de l'Oubli

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La Rivière de l'Oubli Cai Jun XO Editions 2018 481 pages traduites par Claude Payen Polar Chronique 12 mai 2019 L'auteur surnommé « Le Stephen King chinois « signe » un thriller aux confins du réel, tout en brossant un portrait saisissant de la Chine d'aujourd'hui. La Rivière de l'Oubli est le roman de la vie après la mort, de la vengeance parfaite, mais aussi de cette lueur qui, toujours, finit par transpercer l'obscurité. » Je dois dire que je suis toujours étonnée que les éditeurs puissent encore faire l'erreur d'annoncer un nouveau Stephen King ou n'importe quel écrivain célèbre. C'est à mes yeux tomber dans la facilité, prendre le lecteur pour un idiot et cela manque de respect à l'auteur de référence et le nouveau venu. Que je sache le premier n'est pas en fin de carrière et est incomparable et le deuxième a trouvé sa propre place, sa légitimité. Ce n'est pas parce que ces deux auteurs font dans le thriller fantastique, qu'ils sont à associer. À l'opposé l'un de l'autre, en premier lieu dans la forme. Certes tous les deux construisent un scénario extraordinaire, malin, futé, mais cela s'arrête là. Le roman de Cai Jun est esthétiquement maîtrisé, respecte le manuel du parfait auteur de Thrillers, très intelligent, avec une bonne dose d'érudition quant à la culture chinoise et plus particulièrement la poésie, la littérature française, l'anglaise, normal puisque nous sommes plongés dans le monde universitaire, et que son héros est professeur de littérature. La fin est absolument insoupçonnable, je l'ai lue deux fois pour prendre la mesure de ce sacré retournement, et rien que pour cela , bravo ! De plus, la description de la société chinoise, vous l'avez compris, plutôt éduquée, de 1995 à 2014 m'a passionnée : ce système de castes, cette volonté de ne jamais perdre la face, ces secrets inavouables pour rester honorable aux yeux de tous, cet acharnement à gravir les marches de la hiérarchie grâce au passage obligatoire en université, ce sentiment d'inéluctabilité, de destin déjà écrit, cette lourdeur qui pèse depuis des millénaires, ce sentiment d'être plongée dans un univers encore moyenâgeux sous bien des aspects, avec des règles d'un autre temps tout en surfant sur les nouvelles technologies, m'a donné un sentiment d'étouffement et de tristesse. L'absence d'humour, d'expression d'affect, du recours aux sens du toucher, du goût, de l'odorat, cette mise à distance permanente dans ce récit froid, factuel, intellectuel ne m'ont pas permise de me sentir concernée émotionnellement, d'éprouver de l'empathie pour les personnages. La beauté réside à mes yeux dans l'imperfection, le déséquilibre, mais ici ils sont évités. Maîtrise, toujours, du geste, de l'apparence... Est-ce pour renforcer le malaise généré par cette société, est-ce de la pudeur de l'auteur, ou est-ce tout simplement une incapacité à plonger dans l'abîme des sentiments ? L'émotion quand elle affleure apparaît dans les citations de poèmes célèbres , toujours esthétiquement contrôlés. Un sacré casse tête, sans mauvais jeu de mot, mais sans l'autre dimension, celle de la beauté, de la prise de risque personnel et artistique, Il me semble du moins. Et enfin pour compléter la quatrième de couverture, il s'agit bien plus dans ce roman de possession que de réincarnation. Le garçon dont le corps va être squatté par Shen Ming va souffrir de cette occupation, c'est dit par le mort lui-même. Donc mon avis est mitigé, une bonne copie mais pas assez personnelle, sans prise de risque. Un peu d'imperfection apporterait un supplément d'âme... Quatrième de couverture Chine du Nord, juin 1995. Shen Ming, jeune et brillant professeur, est suspecté d'avoir assassiné une lycéenne. Quelques jours plus tard, il est poignardé près de l'école, dans une usine désaffectée. Neuf ans plus tard, le mystère s'épaissit. Les présumés meurtriers du professeur sont envoyés, eux aussi, au royaume des morts. La rumeur se répand alors : et si Shen Ming avait traversé la rivière de l'Oubli pour se réincarner et se venger ? Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Nous rêvions juste de liberté

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Nous rêvions juste de liberté Henri Loevenbruck Flammarion Avril 2015 432 pages Divers Chronique 6 décembre 2017 Un écrivain que j'apprécie vraiment, un artiste complet qui m'intrigue, me voilà repartie dans une nouvelle aventure en toute confiance... En ces jours de tristesse et de deuil, je me souviens d'une question très justement posée : « Si toi petit garçon ou fillette tu revenais te voir aujourd'hui adulte, que voudrais tu que tu te dises » . J'avais répondu immédiatement : « merci tu ne m'as pas trahie, tu as réalisé presque tous mes rêves et tu ne m'as pas oubliée. Nous sommes restées libres. » L, H& R : Loyalty, Honor and Respect. Les fondamentaux d'une vie d'Homme et de Femme dignes de ces noms, et la Liberté. Mais laquelle ? Tous le livre de Henri Loevenbruck tente de répondre à cette question. Peut on séparer les trois qualités premières de tout à chacun, et des bikers de ce roman, de la liberté. Celle-ci a un prix, être entièrement soi-même dans l'honneur, la loyauté et le respect ce n'est pas donné à chacun. C'est ce que va découvrir Hugo dit Bohem, en référence à la roulotte dans le jardin de ses parents où il se réfugie et à Queen. « Nous avions vingt ans et nous rêvions juste de liberté ». Drôle d'explication lorsqu'on se retrouve devant un juge. C'est le début du récit par la fin.... pourquoi comparaît il devant un tribunal ? Qu'est-ce qui s'est mal passé ? Providence, ville sur le déclin, lycée catholique où vont se rencontrer quatre garçons, paumés, rêvant d'ailleurs, cumulant les conneries pour qu'on sache qu'ils existent. Freddy le chef de bande un castagneur au grand cœur, le chinois en fait vietnamien, toujours défoncé pour ne pas voir la misère où se trouve sa mère et ses petits frères et sœurs, Alex, le calculateur chétif et dingue de livres et enfin Hugo en mal d'amour et de reconnaissance, ses parents lovés sur leur deuil de leur fille, incapables de voir la souffrance de leur gamin de seize ans. Une immense histoire d'amour- amitié naît entre Freddy et Hugo. Freddy lui fait découvrir le monde de la mécanique, des motos.... Le virus est attrapé et bientôt , le départ sur les routes pour rejoindre Vernon à l'autre bout du pays est envisagé. Après un passage de six mois en centre de redressement, la question ne se pose plus... Mais Freddy refuse de partir.... La quête amputée d'un de ses membres débute pour le groupe, la découverte des bikers, de leurs règles et hiérarchies, des guerres de gangs, des trafics de tous genres, de la dope, des filles.... Une fureur de vivre, pour certains de mourir, un road movie, le voyage de chevaliers en armures sur leurs beaux destriers, des gamins qui poursuivent leur enfance, qui se cherchent des racines, des codes de vie. L'absence de Freddy est insoutenable cependant Bohem continue jusqu'au bout de lui-même et trace son chemin..... Mais sa liberté va faire des envieux, un évènement tragique va tout remettre en question, les plus faibles vont se perdre et se faisant trahir la cause..... Épique, sublime, poignant, dans un style parlé inventif et imagé, je suis très touchée à la fin de cette aventure, métaphore de ce qu'est la vie, la vraie, selon des critères d'humanité, de Loyauté, d' Honneur et de Respect. À part ! Quatrième de couverture «Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté.» Ce rêve, la bande d'Hugo va l'exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto. Ensemble, ils vont former un clan où l'indépendance et l'amitié règnent en maîtres. Ensemble ils vont, pour le meilleur et pour le pire, découvrir que la liberté se paie cher. Nous rêvions juste de liberté réussit le tour de force d'être à la fois un roman initiatique, une fable sur l'amitié en même temps que le récit d'une aventure. Avec ce livre d'un nouveau genre, Henri Loevenbruck met toute la vitalité de son écriture au service de ce road-movie fraternel et exalté. » Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Des femmes en noir

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Des femmes en noir Anne-Isabelle Lacassagne Editions du Rouergue 2017 224 pages Roman Chronique 7 janvier 2018 Je suis allée sur la page Facebook de l'auteure pour me faire une idée, puisqu'aucun élément de biographie n'était sur le livre. Donc jusqu'à cette fiction, elle écrivait des histoires pour enfants, c'est une femme croyante, catholique pratiquante, investie dans la vie de sa paroisse, et concernée par les décisions du diocèse des Hauts-de-Seine et du Vatican. En particulier, elle s'intéresse à la place des femmes dans l'Eglise et au sein de la communauté. Depuis Vatican II , les laïcs font partie intégrante de la vie et de l'organisation du presbytère et des manifestations, activités ou cérémonies de la paroisse sous l'avis éclairé normalement d'un curé qui depuis les années 70 n'est plus sensé se comporter en supérieur hiérarchique ou être suprême mais bien en pasteur du troupeau pour répandre la Bonne Nouvelle, les Évangiles. Forte de ces éléments biographiques et circonstanciels, on peut d'autant plus savourer ce petit bijou d'humour, de causticité, de transgression aussi, extrêmement bien écrit, joyeux et grave, qui débute comme une bonne blague, un dernier pied de nez peut-être d'un prêtre à sa hiérarchie et aux idées établies et reçues. En effet le père Pascal Foucher meurt après avoir été très malade, entouré et aimé de ses paroissiens ; un homme doux, éclairé de l'intérieur par sa foi, allant au devant des autres pour les écouter et les aider. Sauf que ce bon père n'était pas un homme mais une femme. Le médecin a bien coché la case X, d'où un branle-bas de combat au Diocèse. Comment a-t-elle pu se jouer de tout le monde pendant quarante ans ? Comment est elle entrée au séminaire, comment ses "collègues" ou proches ont pu être aveuglés si longtemps ? La première à lire le certificat de décès est la chancelière, Charlotte, la juriste du Diocèse. Pour cette femme, bonne catholique bien rangée et obéissante cette histoire est incroyable ! Elle voudrait donc mener son enquête discrètement évidemment, l'honneur et l'image du Diocèse et de l'Eglise en dépend. Mais l'évêque et son conseiller ne voient pas les choses de cet œil : non, l'enquête ne peut être menée que par un homme, un vrai, un prêtre évidemment, bien conscient de sa mission, lui si imbu de sa personne, le père Bernard-Marie Chanson. Mais Charlotte la chancelière, qui aime tant son Église, mère de trois fils turbulents, maîtresse femme à son travail et chez elle n'entend pas être écartée ; ainsi chacun de son côté va poursuivre ses recherches sur ce mystère, et la solution ne pourra que vous interpeller et vous étonner. Une belle occasion, grâce à ce roman drôle et incisif, mais aussi touchant, de brosser une galerie de portraits hilarants des membres actifs d'une paroisse, de dresser un état des lieux de la place et de la considération des femmes au sein de L'église, de leur légitimité à être ordonnées, et d'analyser finement les raisons réelles d'un homme pour devenir prêtre, de la nature de sa foi et de la force de son engagement sur une vie. Une vision claire sans concession d'une auteure catholique impliquée, d'une femme évoluant dans notre société et parfaitement connectée aux réalités de notre temps. Charlotte et Bernard-Marie vont être profondément transformés par leurs découvertes, par ce père Foucher exceptionnel qui au-delà de la mort poursuit son ministère de femme de Dieu. À lire, croyant ou non, pour la plume et l'intelligence du propos. Quatrième de couverture A la mort d'un vieux prêtre, les responsables de son diocèse découvrent qu'il s'agissait d'une femme. Sans que personne ne s'en doute, elle exerçait paisiblement sa vocation de prêtre depuis des années. La chancelière de l'évêché et un prêtre plus jeune enquêtent pour comprendre comment et pourquoi cette usurpation d'identité a pu avoir lieu. Avec humour et tendresse, Anne-Isabelle Lacassagne évoque avec ce roman la place des femmes dans l'Eglise d'aujourd'hui. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Le club très privé des nageurs à marée haute

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le club très privé des nageurs à marée haute Katie May Marabout La Belle Etoile Mai 2019 379 pages traduites par Claire Allain Comédie Chronique 9 juin 2019 En premier lieu, cette collection de livres feel-good « La Belle Étoile » est particulièrement jolie, de ravissantes couvertures, un toucher tout doux. Ce roman typiquement anglais, délicat, intelligent, drôle, réussit à nous faire basculer du rire à l'émotion jusqu'à être étonnamment avec les larmes aux yeux. J'en suis sortie avec le coeur bien rempli, l'envie de déménager au plus vite vers l'océan, et à nouveau désireuse de trouver des solutions à ma situation actuelle. Mission remplie. Transformer sa vie sur tous les plans à plus de 50 ans, reprendre son souffle, changer de décor, évoluer psychologiquement pour ne pas commettre inlassablement les mêmes erreurs, essayer enfin de refaire confiance, être fière de soi à nouveau. Moralité : pas de fatalité, impossible n'existe pas, rester honnête et fidèle à soi-même et à ceux que l'on aime, communiquer sur ses sentiments pour qu'aucun silence ne soit mal interprété, faire preuve d'empathie et d'ouverture d'esprit. Agir et toujours rester en mouvement, ne pas rester isolé, seul. Une très jolie galerie de personnages finement croqués, des sujets légers ou graves traités en profondeur, des scènes rocambolesques ou bouleversantes, tout est tellement juste évitant l'écueil du pathos inutile ou de la sensiblerie. Une jolie journée de lecture donc pour moi, de plus en plus addictive au fur et à mesure que j'avançais dans le récit. Ce roman est tombé au bon moment. De plus, Katie May ajoute pour le fun et le clin d'œil des recettes de cocktails, des conseils pour les nageurs en mer et un petit guide touristique de Whistable, sa ville, pour faire bonne mesure. Un livre qui fait donc du bien, n'hésitez pas. Merci aux Éditions Marabout-Hachette pour leur confiance. Quatrième de couverture Seuls les dingues de natation se retrouvent chaque jour de l'année à Whistable, car l'eau n'y est suffisamment profonde qu'à marée haute. Aussi quand Deb (bikini, lunettes de soleil) et Maisie ( maillot et lunettes de piscine, méduses) se rencontrent à Reeves Beach, elles découvrent une amitié improbable fondée sur la passion de la natation et sur leurs divorces récents. Bientôt, d'autres nageurs se joignent à elles, traversant chacun sa propre crise : Ann, une organisatrice autoritaire, Julie, mère de trois jeunes enfants, Chloé, brillante ado de 15 ans, et le discret Bill qui trouve l'apaisement dans l'eau salée... Quand les nageurs apprennent que leur plage va être transformée en un complexe de loisirs, ils se découvrent un combat commun pour faire échouer ce projet alors qu'en même temps, leur retraite secrète se trouve exposée aux yeux du public. Un roman qui parle de vagues, d'amour et d'amitié. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Le roi n'a pas sommeil

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le roi n'a pas sommeil Cécile Coulon Viviane Hamy 2012 160 pages Roman - Poésie Chronique 10 avril 2017 Nous avons beaucoup de chance de pouvoir suivre une auteure jeune certes, comme tout le monde se plait à le répéter, ( cela me fatigue pour ma part), mais surtout unique. C'est une artisane d'art qui ne se contente pas des dons qui lui ont été offerts. Liés l'un à l'autre par les thèmes développés : cette lutte inégale entre l'homme et la Nature, cette oppositions entre ville et campagne, ce destin qui semble inéluctable quelque soit la hargne du héros à s'en sortir, cette impression que l'on évolue hors du temps dans une tragédie grecque où les dieux décident de frapper comme bon leur semble. Le style est toujours direct, sobre puis tout d'un coup une image, une métaphore vous explose au visage et le coeur râte un battement, vous êtes en apnée, et vous relisez le passage pour être bien certain de ce que vous avez lu, et aussi afin de reproduire ce moment si rare de parenthèse enchantée, à la lecture d'une fiction. Je lis ses livres à voix haute, tant la musique de la langue est belle. C'est plus que du talent, ou un don, c'est une évidence, cette Femme est "écriture", "mots", l'encre sur le papier est son royaume, et je veux bien la croire lorsqu'elle dit, lors de l'émission de La Grande Librairie, que les fantômes lui chuchotent à l'oreille, pour ma part je pense que ce sont aussi des âmes tutélaires ou des anges. Je retrouve toujours l'écriture magnifique, intemporelle, organique, de cette auteure avec précaution, tant elle me touche, c'est ainsi, inexplicable, et je sais que je dois être alors très vigilante à tempérer ma sensibilité exacerbée. Cela a commencé avec "Le coeur du Pélican " en 2015, pourtant la course à pied n'est pas une de mes passions, mais le ton miironique mi-désespéré, cette description très juste des pensées et des spirales psychologiques qui envahissent le héros, et cette lutte courageuse tout de même pour aller au bout, m'ont suspendue en état second un certain temps. Hébétée ! Idem pour ces deux nouveaux romans : « Le roi n'a pas sommeil » m'a laissée dans une tristesse infinie, (je suis vraiment en sur-sensibilité en ce moment). Le mystère de la chute de Thomas Hogan est écrit comme un thriller , on aimerait comprendre pourquoi il se fait arrêter, qu'est ce qui l'a fait basculer ? Qu'aurait-il pu faire pour rester sur le bon chemin, avoir une vie "normale" dans sa propriété, dans sa ville, auprès de sa mère Mary, avec le médecin et ami O'Brien, et surtout Donna qu'il aurait épousé, avec laquelle il aurait eu des enfants ? Mais les cartes de la vie étaient-elles battues et servies de telle sorte que c'était déjà fichu, peut-on croire en la transmission de gènes viciés de génération en génération, était-il condamné avant même de naître ? Son trop grand calme, son côté taiseux, son sur-contrôle, ce jeu de comédien aguerri pour cacher sa désespérance, n'ont ils pas été à l'origine de l'implosion qui lui font commettre l'irréparable ? Livre très court dans l'édition Libra Diffusio, compact, aux odeurs d'humus, de terre, de bois, de sueur, d'alcool, de larme et de sang, est un incontournable dans le paysage actuel de la littérature française. Quatrième de couverture Le roi n'a pas sommeil raconte le destin tragique d'un enfant maudit : Thomas Hogan. Un conte dont le charme poétique opère irrémédiablement sur le lecteur. A la mort de son père qui lui lègue sa fortune, William Hogan, le père de Thomas, rachète une propriété d'une beauté sauvage et subjuguante : deux hectares de forêts envahis par les framboisiers sauvages et où paissent des cerfs et des biches. Une fois sa fortune dilapidée, il se tue au travail, de jour, à la Scierie du village et, de nuit, à la gendarmerie où il classe les dossiers des affaires les plus sordides. Est-ce cette proximité avec le crime ? Il est sombre, triste et violent. Mais il travaille dur et c'est un bon parti. Un soir de bal au village, il séduit une beauté, Mary, et l'épouse. Thomas naît de cette union. C'est un bel enfant, à l'opposé de son père, fragile et vulnérable. Mais sa vie bascule le jour où William s'entaille profondément la main droite à la Scierie. Cette blessure gangrène et emporte le père sans que le médecin de famille, O'Brien, ne puisse rien y faire. Comme un signe de mauvais augure, l'accident plane désormais sur le destin de Thomas. Celui-ci grandit et connaît l'amitié avec Paul, son double à qui tout l'oppose, puis l'amour avec Donna, l'admirable assistante du Docteur O'Brien. Bientôt, son destin sombre le rattrape : il deviendra pour tous le " fils maudit " de Mary, une légende. Dans un style sobre mais imaginé, Cécile Coulon nous entraîne dans un univers d'émotion qui allie une atmosphère paisible, et une mélancolie indicible. Son talent tient à sa capacité à rendre magique le quotidien et le banal. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Le chaste monde

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le chaste monde Régine Detambel Actes Sud Avril 2015 272 pages Historique Chronique 18 mai 2023 « Tôt ou tard viendra une ère de camaraderie sexuelle où le garçon et la fille considéreront avec un parfait accord dans l'étonnement un tas de vieux ressorts cassés qui auront été un jour l'homme et la femme ! » Robert Musil Le chaste monde.... !!!! Quel titre pour ce roman étonnant, car rien ne l'est dans ces pages, ni dans la Nature où se plonge le couple Axel-Lottie, ni dans la société où il évolue : tout est sexuel jusqu'à l'obsession, tout revient en permanence à l'acte, le désir, l'empire des sens... L'air est saturé d'hormones, d'envies irrépressibles. Dans une fin de XVIII ème siècle en pleine ébullition, d'une hypocrisie totale quant aux apparences trompeuses d'honorabilité, où le romantisme, l'amour courtois, hétéro et/ou platonique s'opposent à une réalité charnelle, sexuelle, plus pornographique que érotique, où les genres ne sont plus très bien définis, notre tandem se cherche, aspire à l'exploration de territoires lointains où tout serait à découvrir et à redéfinir, un endroit où ils pourraient peut-être se rejoindre, se fondre l'un en l'autre corporellement alors que seuls leurs esprits, pour le moment, sont à l'unisson. En effet, Axel est homosexuel donc Lottie a peu de chance d'obtenir satisfaction de son amant de cœur. Mais avant de pouvoir voguer sur les océans, bien des batailles devront être menées chacun de leur côté avant de se rencontrer et que l'évidence les foudroie : ils sont faits l'un pour l'autre mais comment concrétiser cette certitude. La reconstitution historique est somptueuse, l'érudition de l'auteure ne nous écrase pas mais nous enthousiasme, la plume superbe. La musique des textes de Régine Detambel est toujours singulière, obsédante usant des dissonances, des disharmonies, pour illustrer l'imperfection et donc la beauté de notre monde et des êtres. Un voyage intérieur au delà des frontières dessinées par la civilisation, un dépaysement total, un dépassement de soi, une destruction de toutes les certitudes. À vous d'ouvrir les portes vers l'inconnu... Quatrième de couverture En 1789, quand la Révolution française éclate, Axel von Kemp a vingt ans et se morfond dans son château de Regel, près de Berlin. Botaniste mais aussi éminent prospecteur minier des gisements de Saxe, cet ami de Goethe qui rêve de liberté sexuelle et de grands voyages exotiques finit par s’embarquer avec son amie de cœur, Lottie, une jeune femme juive aussi excentrique que profondément désespérée. Bardé d’instruments de mesure de toutes sortes, d’herbiers et d’un véritable laboratoire de chimie, leur tandem va arpenter, à pied ou à cheval, la majeure partie de l’Amérique du Sud, depuis le Venezuela, où tous deux débarqueront au terme d’une traversée épique sur un navire négrier, jusqu’au plus haut volcan des Andes, en passant par la remontée de l’Orénoque en pirogue. Dans les mystères de la jungle obscure, qu’ils vivront comme une épreuve initiatique bouleversant leur sexualité, ils trouveront enfin une forme d’épanouissement existentiel et intellectuel sous le signe du romantisme, quand l’écologie naissait à peine et que les poètes allemands pensaient ardemment l’union de l’homme et de la nature. Dans ce roman aussi puissant qu’enlevé, dont le protagoniste est très librement inspiré d’Alexander von Humboldt, le plus grand explorateur et scientifique allemand du début du XIXe siècle, Régine Detambel s’empare de l’esprit d’une époque dont elle revisite le génie et toutes les passions avec une impeccable érudition que vient voluptueusement bousculer une langue irrévérencieuse. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

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