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Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

Une infinité de matins

Colette Berthès

De Borée

18 juin 2020

456 pages

Roman terroir

Chronique

9 juillet 2020

Les travailleurs de la terre... demeurent les dépositaires d'une histoire. Beaucoup espèrent encore transmettre à la génération suivante un héritage constitué du patrimoine de savoir-faire et de valeurs... L'ancrage terrien est fort et il n'est pas écrit que les paysans ne renaissent un jour...

" Conclusion de l' « Histoire des paysans français » de Éric Allary.


Saga familiale, sociale, politique, paysanne, ce roman d'Amour pour la Terre et pour une certaine idée de la Vie commence comme un roman policier avec une prise d'otage à main armée, pour devenir une fresque historique extraordinaire sur près de cent ans dans cette région authentique du Quercy dont est originaire l'auteure. On ressent son amour, son attachement profond à cette région, la nécessité pour cette femme, par cette fiction, de mettre des visages sur ceux qui sont présentés vaguement, imparfaitement aux informations. De remettre de l'humanité, de la chair là où d'autres ne voit que des statistiques, des chiffres.


Ce roman m'a rappelé l'excellent et incontournable "Gain" de Richard Powers, retraçant en parallèle le combat d'une femme atteinte d'un cancer et l'épopée d'une famille américaine développant une entreprise de savons et chandelles devenant au fil du temps une hydre énorme dont les produits manufacturés sont présents dans tous les foyers du monde, sources de pollution des terres, de l'air, des nappes phréatiques.

Au début on applaudit les progrès, la modernité, les découvertes scientifiques qui sortent les femmes de leurs cuisines, qui permettent au plus grand nombre d'accéder à un certain confort matériel. Mais, cette industrialisation à tout prix et ce recours systématique à la chimie, mal contrôlés, exagérés, pourrissent tout et aujourd'hui mettent en péril l'existence de notre planète.


Dans ce roman de terroir engagé et très précis dans la description des différents éléments menant au drame de la prise d'otage, nous assistons à la vie des différentes générations de la même famille dans la ferme de Eliette désespérée, perdue en cet automne 2015. Son petit-fils David, averti du geste fou de sa mamie, va enfin lui parler réellement et l'écouter encore plus attentivement qu'il ne l'a jamais fait. Savoir d'où l'on vient pour enfin construire est ce que va découvrir le jeune homme pendant les quelques heures que lui concèdent les forces de l'ordre cernant la maison de famille.


Je regarde sur ma commode la photo noir et blanc d'une aïeule sur le seuil de sa maison au sol de terre battue, avec ce regard fier et franc dont je me sens, moi la citadine, la descendante...Je retrouve tout cela dans ce magnifique roman....


De la vie simple et dure des premières années du XX ème siècle où l'on vivait de rien, où l'entraide et l'honneur étaient les maîtres mots, où l'autarcie était une évidence et prendre un crédit non envisageable et honteux... vous vous dirigerez lentement jusqu'aux années 60 de lutte paysanne : aujourd'hui la survie est impossible pour les exploitants crevant sous les dettes, victimes des décisions iniques de l'Europe, qui pourtant au début travaillait vraiment au bien de tous. Leur désespoir mène aux suicides de certains, aux drames, à la tragédie. Vous assisterez à la naissance des syndicats, à l'assimilation des populations étrangères venues grossir les rangs d'une main d'oeuvre d'abord saisonnière puis permanente, au quotidien de ces hommes et femmes partenaires à égalité face au destin, à une industrialisation de l'agriculture et de l'élevage frénétique menant au pire, à la surproduction démente et irrationnelle, aux conséquences désastreuses de la mondialisation, des quotas et autres réglementations, imposés par les cols blancs...

Ce qu'affrontent les agriculteurs et éleveurs est tout simplement insupportable... Tout vous est raconté ici... C'est terrifiant, mais aussi par la plume magnifique de Colette Berthès, beau, essentiel, réel, humain, drôle, tendre, et pose une question centrale pour notre subsistance à tous :

« Après tout, pourquoi paysan ne serait il pas un métier d'avenir ? »

Nous sommes tous à la croisée des chemins et dépendons tous les uns des autres !

Quatrième de couverture

« À la ferme de Latarenque, Eliette ne s’en sort plus et prend en otage l’huissier qui la menace de saisie. David, son petit fils, est appelé en urgence pour tenter de la raisonner. Elle va alors lui raconter l’histoire de l’exploitation et de ses aïeux, les transformations et les nouvelles difficultés...
Ce récit donnera des idées au petit-fils qui va à son tour prendre la tête de l’exploitation et se lancer dans une culture raisonnée et bio. »

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