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- La mélodie sans les paroles
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La mélodie sans les paroles Catherine Benhamou Editions des Femmes Antoinette Fouque 3 juin 2021 80 pages Roman Chronique 16 juin 2021 « Hope" is the thing with feathers - That perches in the soul - And sings the tune without the words - And never stops - at all - Emily Dickinson « L'espoir » est cette chose avec des plumes - Qui est perchée dans l'âme - Et chante la mélodie sans les paroles - Et ne s'arrête jamais - Je suis obligée de partager avec vous un souvenir personnel pour que vous puissiez mieux comprendre mon ressenti de cet ouvrage. Ma rencontre avec Emily Dickinson date de 1998 lorsque l'on me demanda d'interpréter 8 des « Twelve poems of Emily Dickinson » orchestrés par Aaron Copland à la Cité de la Musique de Paris. Il s'est passé le weekend précédant ce récital du jeudi un évènement particulièrement traumatisant et violent dans ma vie. Ma soeur aînée ne supportant pas que je sois dans la lumière m'a agressée et menacée ; le mardi on me faisait une piqûre de cortisone, malade à crever, pour que je puisse chanter et le jour J, les mots avec musique de cette très chère Emily m'ont portée, m'ont redonné l'espoir et l'équilibre dont j'avais besoin. Je comprends donc au plus profond de moi ce désir de rester dans l'ombre pour ne plus être en danger. Grâce à cette artiste du clair obscur, je pouvais revenir dans la clarté. Je l'ai retrouvée plusieurs fois par la suite, par exemple, à la demande de Philip Roth venu en France pour une rencontre littéraire, admirateur inconditionnel de la poétesse, cette fois ce fut donc le cycle complet avec piano, et enfin elle fut au centre de mon travail de metteur en scène de récitals théâtralisés lors de la création en 2009 de RE/PLI/QUE mêlant lyrique et origami. Déjà, à l'instar de Catherine Benhamou, il était évident pour moi que Emily Dickinson, celle qui se cacha du monde toute sa vie devait s'incarner sur scène ; que sa joie, sa profondeur, son intelligence, son ultra sensibilité, son inventivité, son humour féroce, son indignation, son courage, son audace artistique éclatent aux yeux de tous celles et ceux qui ne la connaissent pas. C'est une poétesse de l'intime et du grandiose, intemporelle, inclassable, novatrice qui nous fauche au détour d'un vers, d'un mot... Sa voix devient nos voix.... Elle se transcende, elle devient incandescence, elle affronte ses peurs enfermée dans sa chambre, regardant et analysant le monde qui l'entoure par le cadre limité de sa fenêtre et, toujours, elle est d'une justesse sidérante. La pièce ici offerte par Catherine Benhamou est une oeuvre d'une grande sensibilité, grave et drôle, allant à l'essentiel des quelques étapes marquantes de la vie d'Emily. Elle aborde également les conséquences psychologiques, matérielles, sur son entourage quant à sa décision de rester cloîtrée la plupart du temps excepté lorsqu'elle fait du pain et jardine un peu. Rendons hommage à sa sœur, à Mabel qui ont permis l'édition de ses oeuvres post mortem. Cet isolement qu'elle-même pense être le symptôme de sa folie n'est pas pour moi un signe d'aliénation mais bien plutôt un geste artistique jusqu'au-boutiste. On se pose évidemment la question d'une possible agoraphobie ou d'une crainte pour le moins légitime en tant que femme et artiste de sortir et d'être détruite par le bruit et la fureur de ce monde. Sa conscience extrême de ce qui l'entoure, du moindre détail, du moindre bruit, ne l'isole pas au contraire, elle capte de loin mais distinctement la guerre, elle comprend les dangers que son célibat et sa liberté de pensée pourraient générer de la part de ses contemporains misogynes obéissant à des préceptes inégalitaires et patriarcaux. Elle sait quel rôle elle doit jouer sur cette Terre, elle sait que toute son énergie, son attention doivent être au service de la poésie. Elle se pense folle, quelques fois elle se qualifie de génie, elle a en tous cas un formidable instinct de préservation qui lui permet de laisser, malgré elle, à la postérité une oeuvre colossale et en même temps touchant à l'infime, à l'intime. Aaron Copland l'a merveilleusement compris, son orchestration suit les méandres de sa pensée, douce puis éclatante voire violente. Cette pièce de théâtre est un bijou et un magnifique hommage à cette Fée ou Sorcière, à vous de choisir.... Merci infiniment aux Éditions des femmes Antoinette Fouque pour leur confiance renouvelée. Merci à Catherine Benhamou. Quatrième de couverture Librement inspirée par la vie d’Emily Dickinson (1830-1886), aujourd’hui considérée comme l’une des plus grandes poétesses anglo-saxonnes, La mélodie sans les paroles retrace le parcours d’une créatrice au XIXe siècle, en Amérique, alors que les femmes n’avaient pas encore le droit de vote et appartenaient corps et âme à leur mari. Consciente de son génie, elle va s’enfoncer dans la claustration et le silence. Autrice d’environ 1 800 poèmes et plus de 1 000 lettres, Emily Dickinson n’a pas été publiée de son vivant. Pourtant, son premier recueil connut immédiatement un succès phénoménal. « Je suis dix – ma force est décuplée – alors je retiens tout et j’observe par l’entrebâillement – c’est à ce moment-là que les mots arrivent – il faut juste leur obéir – c’est comme un torrent qui recouvre tout – les mêmes mots qui ont allumé le feu se transforment en torrent pour le contenir – vous voyez je le savais je ne dois pas en parler – ça vous inquiète » C. B. Biographie de Emily Dickinson : Nom de naissance Emily Elizabeth Dickinson. Emily Dickinson, née le 10 décembre 1830 à Amherst dans le Massachusetts et morte le 15 mai 1886 dans la même ville, est une poète américaine. Issue d'une famille aisée ayant des liens communautaires forts, elle a vécu une vie introvertie et recluse. Après avoir étudié dans sa jeunesse, durant sept ans à l'académie d’Amherst, elle vit un moment au séminaire féminin du Mont Holyoke avant de retourner dans la maison familiale à Amherst. Considérée comme une excentrique par le voisinage, elle est réputée pour son penchant pour les vêtements blancs et pour sa répugnance à recevoir des visites, voire plus tard à sortir de sa chambre. La plupart de ses amitiés sont donc entretenues par correspondance. Bien qu’ayant écrit presque mille huit cents poèmes, moins d’une douzaine ont été publiés de son vivant. En outre, ceux-ci ont été généralement modifiés par les éditeurs afin de se conformer aux règles poétiques de l’époque. Les poèmes de Dickinson sont en effet uniques pour leur époque : ils sont constitués de vers très courts, n’ont pas de titres et utilisent fréquemment des rimes imparfaites et des majuscules ainsi qu'une ponctuation non conventionnelle. Un grand nombre de ses poèmes traitent de la mort et de l’immortalité, des sujets également récurrents dans sa correspondance avec ses proches. Même si la plupart de ses connaissances devaient savoir qu’Emily Dickinson écrivait, l’étendue de son œuvre n'est connue qu’après sa mort, en 1886, quand Lavinia, sa plus jeune sœur, découvre sa cachette de poèmes. Son premier recueil posthume est ainsi publié en 1890 par des relations personnelles, Thomas Wentworth Higginson et Mabel Loomis Todd, qui en altèrent fortement le contenu. Ce n’est qu’avec l’édition de Thomas H. Johnson en 1955, Les Poèmes d’Emily Dickinson (The Poems of Emily Dickinson), que parait pour la première fois un recueil complet et pratiquement intact de son travail. Malgré des critiques défavorables et un grand scepticisme vis-à-vis de ses performances littéraires de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, les critiques anglo-saxons considèrent à présent Emily Dickinson comme une poète américaine majeure. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Femmes, race et classe
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Femmes, race et classe Angela Davis Editions des Femmes Antoinette Fouque format poche 13 février 2020 576 pages traduites par Dominique Taffin et le collectif de traduction des éditions des Femmes Essai Chronique 29 avril 2020 Texte de 1981 paru un an plus tard aux éditions Random House, New York, et en 1983 aux Éditions des femmes Antoinette Fouque dans la collection Essais Politique, économie. Un texte de presque quarante ans ! Vous pourriez penser qu'il n'est qu'un témoignage historique intéressant quant au développement de la pensée militante luttant contre le sexisme, le racisme, les inégalités sociales et économiques, contre la phallocratie : vous auriez en partie raison, seulement, car bien malheureusement, cet essai devrait être lu par tous aujourd'hui, étant donné que notre société rétrograde dangereusement quand au respect des libertés et des droits de chaque citoyen et des femmes en particulier. Il y a de quoi être désespéré face à l'énormité de la tâche qui nous reste à accomplir ayant l'impression que nous remettons inlassablement le travail sur le métier. Bien sûr, le texte est teinté de marxisme, cela n'est ni étonnant, ni caché, cependant Angela Davis dresse un tableau réaliste, honnête et récapitulatif de ce qui fut fait par nos prédécesseurs en terme de lutte depuis la guerre de sécession jusqu'aux années 1980. Ce texte foisonnant d'informations, d'anecdotes, d'analyses politiques et psychosociales tout à fait édifiantes, passionnantes, d'une finesse folle, d'une clarté incroyable, (tant le sujet est complexe et comprend de ramifications), a provoqué en moi un effarement quant à l'absurdité et l'iniquité de certains faits et événements, mais aussi de la jubilation à découvrir un tel ouvrage incontournable, d'une grande modernité et acuité ; et enfin une admiration sans borne pour toutes ses guerrières de la première heure, noires ou blanches, accompagnées d'hommes de bien, face à des racistes, sexistes, capitalistes, criminels d'une bêtise et malhonnêteté crasses et vomitoires. Je ne peux que vous conseiller à tous de lire attentivement cet essai, il en va de notre avenir post confinement. Il est d'une aide certaine à l'élaboration d'une pensée et d'une stratégie, afin de changer notre société, notre monde et cela très vite, car il y a urgence. Grâce à ces mots, nous pourrions éviter certains écueils rencontrés par nos aïeux, et gagner en efficacité. L'histoire de toutes ces femmes et hommes, noirs ou blancs affrontant l'indicible, l'insupportable et restant droits dans leurs bottes, doit nous inspirer un courage sans borne. Les anecdotes et témoignages recopiés ici par l'auteur ponctuent heureusement la démonstration ardue et experte tant politique, économique que sociale. Des découvertes atterrantes vous attendent qui vous bouleverseront et vous indigneront. Aujourd'hui, MeToo a changé depuis peu la donne quant au sexisme et la situation des femmes dans la société, des victimes se sont organisées elles-mêmes en associations dont les voix sont entendues par les gouvernements ; l'ultralibéralisme capitaliste et de monopole est dénoncé et conspué par le peuple partout dans le monde ; les groupes de lutte LGBT ont rejoint les organisations féministes ; la notion de " Race" a été totalement détruite par la science, puisqu'il n'existe qu'une race humaine et non une multitude de races liées à la couleur de peau, (parlons donc plutôt d'origine ethnique visible dans notre ADN) ; enfin c'est la fin d'une ère secouée de soubresauts compréhensibles d'une bête déjà mourante, de ce capitalisme dépassé et honni. L'idée de revenu universel a fait son apparition, une réforme du système d'imposition est envisagé très sérieusement, un mode de consommation raisonnable dans le respect de la nature et des besoins réels des humains, est attendu par tous ceux qui savent lire et interpréter les évènements actuels. Mais sans la connaissance de ce que fut la lutte de nos prédécesseurs, nous perdons du temps. Donc, comme toujours, notre libération découle de la culture et de la connaissance. Tout est aujourd'hui à notre portée, grâce à l'informatique, les réseaux sociaux propagateurs des informations vitales et lanceurs d'alerte. On ne peut plus nous mentir, nous maintenir la tête sous l'eau... Encore faut-il que nous ayons la moitié de la témérité de toutes les figures emblématiques ressuscitées dans ce livre de Angela Davis. Incontournable ! Nécessaire ! Lisez-le absolument. Quatrième de couverture Dans Femmes, Race et Classe, Angela Davis, historienne et militante, développe une analyse critique des liens parfois conflictuels ayant existé au cours des XIXe et du XXe siècles entre féminisme et luttes d’émancipation du peuple noir. Elle démontre que les luttes ont porté leurs fruits à chaque fois qu’elles ont été solidaires. Se refusant à mettre en concurrence les différents éléments constitutifs de sa propre identité, elle affirme que les oppressions spécifiques doivent être articulées à égalité pour dépasser les contradictions et mener un combat global contre le système capitaliste au fondement de toutes les exploitations. Cet essai dense et fondateur, écrit en 1980, trouve aujourd’hui une actualité centrale avec les débats contemporains sur le féminisme dit « intersectionnel ». Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Retour à Yvetot
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Retour à Yvetot Annie Ernaux Editions des Femmes Antoinette Fouque Bibliothèque des voix Janvier 20119 Lu par Dominique Blanc de l'Académie Française Roman Chronique 27 décembre 2019 Post-scriptum de l'autrice passionnant, bouleversant et inédit. « Les livres ont donc constitué très tôt le territoire de mon imaginaire, de ma projection dans les histoires et des mondes que je ne connaissais pas. Plus tard, j'y ai trouvé le mode d'emploi auquel j'accordais beaucoup plus de confiance qu'au discours scolaire ou au discours de mes parents. J'étais encline à penser que la réalité et la vérité se trouvaient dans les livres, dans la littérature. » Nous voici plongés à la source, à la naissance d'un talent, celui d'une femme qui réussira à transmettre, pour notre plus grand bonheur, dans ses écrits avec infiniment de délicatesse, de finesse, de causticité, son interprétation du monde. Elle est passionnée de littérature, cette porte ouverte sur tous les possibles, dès sa jeunesse à Yvetot, petite cité Normande, dans un cadre normatif, commercant.... Mais évidemment, l'adolescence, l'apprentissage de l'âge adulte sont un réel bouleversement, d'autant plus lorsqu'on a développé une âme romanesque, intranquille. Alors raconter ses premières années, ses premiers pas de jeune femme, prend des allures de grande aventure, d'événement exceptionnel ; plus grave, plus notable, devenir ce qu'elle est fondamentalement, une écrivaine, une littéraire, la fait s'interroger sur sa possible traîtrise à son milieu d'origine, à sa famille, à leur langage plus simple que le sien. Revenir à Yvetot c'est revenir sur ses premiers émois, ses premières fausses certitudes, ses premières hontes, gènes, victoires....un acte courageux, douloureux, indispensable ; voici donc un texte émouvant, sans concession ni fausseté, sublimé par Dominique Blanc, que j'admire profondément, dont la voix si nuancée, si éminemment "féminine", me rassure certainement à tort, me transporte toujours. L'entretien exceptionnel qui suit, pendant lequel Annie Ernaux décrit et analyse des photographies anciennes, égrenant les années, cherchant les signes avant coureurs de ce qu'elle serait, restera dans les mémoires. Quatrième de couverture « Son enfance, sa mémoire, sont la matière même de ses livres. Pourtant, c'est seulement en 2012 qu'Annie Ernaux retourne à Yvetot sur invitation de la ville de Normandie qui l'a vue grandir. Elle y vient y donner une conférence sur son travail qui y est intimement lié. Ce retour en tant qu'écrivaine est un véritable événement littéraire et c'est cet événement qui est retranscrit ici. À la suite de ce texte lu par Dominique Blanc, Annie Ernaux se remémore, dans un entretien inédit, des moments de son enfance et de sa jeunesse à Yvetot à travers des photographies qu'elle a choisi de commenter. » Annie Ernaux passe son enfance à Yvetot, en Normandie. Agrégée de lettres modernes, elle publie son premier roman, Les Armoires vides, en 1974, et obtient le prix Renaudot pour La Place en 1984. En 2017, elle a reçu le prix Marguerite Yourcenar pour l'ensemble de son œuvre. Dominique Blanc mène de front une double carrière prolifique au théâtre et au cinéma. Elle a reçu, entre autres, le César de la meilleure actrice pour son rôle dans Stand-by de Roch Stephanik en 2001, et le Molière de la meilleure comédienne dans La Douleur de Marguerite Duras en 2010. Elle est pensionnaire de la Comédie Française depuis 2016. Pour La Bibliothèque des voix, elle lit aussi Mattea de George Sand (2004) et de Gradiva de Wilhelm Jensen (2005). Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La vengeance des mères
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La vengeance des mères Jim Fergus Cherche Midi 22 septembre 2016 386 pages Historique Chronique 25 avril 2017 Ce livre magnifique aux grands espaces est une fresque historique remarquable et bouleversante, car il touche évidemment à des faits avérés purement inacceptables concernant le traitement infligé aux Cheyennes mais surtout aux femmes dans les années 1875. C'est la suite du tome « Mille femmes blanches ». Celles-ci furent données à des cheyennes dans les régions reculées du Nebraska à l'instigation du chef Little Wolf dans un souci d'intégration. Grant a accepté et mille malheureuses, issues des milieux les plus pauvres et modestes, ou enfermées dans des prisons et asiles vont être déportées. Certaines signèrent librement leur adhésion au programme FBI, d'autres non ! Contre toute attente elles réussirent à s'adapter à cette vie de liberté proche de la nature. Elles se marièrent et eurent des enfants sangs mêlés. Parmi elles, les soeurs jumelles Margaret et Susan Kelly qui donneront naissance à deux paires de jumelles, et May Dodd. Ce sont les journaux de cette dernière (que nous avons lus dans le premier opus) qui ont été édités dans le Chitown Magazine par son rédacteur en chef Jon William Dodd, son descendant. Après la mort de celui-ci, son fils prend la relève. Le 14 mai 2015 il a la visite étrange d'une femme cheyenne en costume traditionnel qui lui apporte, dans de grandes sacoches de cuir, la suite de l'histoire de ces héroïnes, mais cette fois rédigée par les soeurs et Molly McGill. En effet les traités passés n'ont pas été respectés par les USA et la tribu de Little Wolf a été attaquée. Des femmes dont May Dodd, des enfants, des guerriers et des vieillards sont massacrés. Margaret et Susan en réchappent mais leurs bébés meurent de froid lors de leur fuite dans les montagnes. Trahies par les États-Unis, ayant perdu leur famille et le seul bonheur qu'elles aient connu dans leur vie, un immense sentiment de vengeance va monter en elles pour les transformer en guerrières sanglante et sans pitié. Ce sont maintenant des cheyennes blanches. Peu de temps après cette tragédie, et bien que le FBI soit abandonné, d'autres femmes sont envoyées dans le Nebraska par erreur. Leur convoi est attaqué par des cheyennes maintenant en guerre contre les blancs, et 7 d'entre elles seront sauvées par la volonté de Hawk, guerriers magnifiques et mystérieux, qui décide de les gracier. Elles arrivent au camps de fortune, rencontrent les soeurs, et décident de les suivre plus loin dans les terres, de ne pas revenir vers un monde "civilisé" qui les a toujours condamnées. Une très belle galerie de portraits est offerte à nos yeux provoquant la révolte, l'empathie, la pitié, la haine ou l'admiration. Il est impossible de rester insensible à ces destins et aux actes impardonnables des blancs. Ces femmes vont donc former la ligue guerrière féminine des Coeurs Vaillants et participeront à de nombreuses grandes batailles. Molly Standing Bear, en apportant ces documents au journaliste, poursuit un but mais lequel ? Que sont devenues les soeurs, Molly et tous les autres ? A vous de le lire.... Ce roman est un chef d'oeuvre incontournable et universel. C'est un récit épique, romantique, dramatique, splendide et émouvant aux larmes. L'écriture est soignée et diversifiée, entre Molly ancienne institutrice, et les soeurs qui sont autodidactes au parler gouailleur et épicé. Quatrième de couverture 1875. Dans le but de favoriser l’intégration, un chef cheyenne, Little Wolf, propose au président Grant d’échanger mille chevaux contre mille femmes blanches pour les marier à ses guerriers. Grant accepte et envoie dans les contrées reculées du Nebraska les premières femmes, pour la plupart « recrutées » de force dans les pénitenciers et les asiles du pays. En dépit de tous les traités, la tribu de Little Wolf ne tarde pas à être exterminée par l’armée américaine, et quelques femmes blanches seulement échappent à ce massacre. Parmi elles, deux sœurs, Margaret et Susan Kelly, qui, traumatisées par la perte de leurs enfants et par le comportement sanguinaire de l’armée, refusent de rejoindre la « civilisation ». Après avoir trouvé refuge dans la tribu de Sitting Bull, elles vont prendre le parti du peuple indien et se lancer, avec quelques prisonnières des Sioux, dans une lutte désespérée pour leur survie. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Afropea: Utopie post-occidentale et post-raciste
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Afropea: Utopie post-occidentale et post-raciste Léonora Miano Grasset Septembre 2020 224 pages Essai Chronique 29 juillet 2021 Je suis française née dans le 93, je me sens profondément et je me présente en tant que française d'outre-mer et plus précisément d'Abidjan où je suis restée jusqu'à mes sept- huit ans. Je n'ai aucun souvenir de mes parents, de mes années avant la Côte d'Ivoire. Mon seul référent de l'époque est Souleymane qui s'est occupé de moi tout en travaillant pour ma famille. Exilée de force en France, c'est ainsi que je l'ai vécu, j'ai découvert que j'étais une fille et que cela m'empêchait de faire tout ce que je faisais avant, et que j'étais blanche... J'ai cinq cousins et cousines nés de ma tante paternelle et d'un médecin ivoirien. Que vois-je en eux et en leurs enfants quand j'en rencontre un ou lorsque je vois soudain une photographie de l'un d'entre eux ? Ma famille, mon sang. C'est pourquoi ce livre de Léonora Miano m'a immédiatement interpellée lors du débat suivant l'émission consacrée à la colonisation française, documentaire exceptionnel en deux parties. Le calme, l'intelligence, le regard acéré, la voix chaude et vibrante de conviction, la pertinence du propos et ce mot AFROPEA répété par l'auteure, m'ont persuadée qu'il me fallait ce texte. La France pour moi est une terre de rencontre, de mélange des histoires, des origines, des peaux. Elle n'est pas blanche elle est multicolore et forte de cette richesse incroyable née d'une histoire tragique liée à l'esclavage, puis à la colonisation, mais aussi à des exils imposés ou voulus par l'émigrant venant ajouter son expérience à celle des autres citoyens. La France n'est pas hexagonale, elle s'étend bien plus loin dans les îles, en Guyane.... Elle existe aussi dans tous les pays où la culture française, les mots Liberté Égalité Fraternité, résonnent comme autant de tambours d'espoirs, claquent comme autant de drapeaux de Paix. Pays des DROITS de L'HOMME !!! Ce n'est pas rien. ÉGALITÉ DES CHANCES ET DES DROITS. Nous sommes à une croisée des chemins où les mondialistes cherchent à garder leur mainmise sur notre planète, à faire perdurer un système politique et économique en bout de course, dangereux, à préserver une version de l'Histoire tronquée de tout ce qui n'est pas occidental et souvent blanc. L'Histoire de France est aussi celle des habitants de tous les territoires d'outre-mer, de Guyane, de la Réunion, de Tahiti, des Antilles... ; elle est aussi celle de tous les émigrants d'hier et d'aujourd'hui venus en France pour survivre, travailler, faire des enfants qui sont français. Enseigner aujourd'hui l'Histoire de nos ancêtres les Gaulois est ridicule, inexact, mensonger. Notre France a aussi un passé africain, vietnamien, cambodgien, polonais, italien, algérien, etc....... Pourquoi imposer à des enfants de France une histoire parcellaire qui ne donne pas l'idée exacte de la grandeur de notre multiculture ? Léonora Miano se concentre ici sur les afropéens, en particulier ceux de France, nés ici, dont les parents viennent des pays subsahariens. L'autrice rappelle qu'elle est camerounaise, qu'elle a demandé la nationalité française pour sa fille qui elle est afropéenne, pour que chaque passage de douane ne soit plus une épreuve. Elle met l'accent sur les différences notables de conception des choses entre afropéens vivant en France, subissant tous les jours le racisme, dans un pays où les relents de colonialisme sont toujours fortement perceptibles, et les subsahariens qui représentent la majorité visible dans leurs pays respectifs. Ainsi l'exemple des marionnettes noires aux défilés de Dunkerque est extrêmement mal vécu par les afropéens alors que les subsahariens y voient un hommage à leur culture. Elle souligne également la distance énorme entre un afro-américain, un subsaharien, un afropéen. Le vécu et l'histoire sont différents ; le regard qu'ils portent chacun sur le monde et l'idée qu'ils ont d'eux-mêmes dans la société, sur cette terre, sont variés, parfois opposés, mais peuvent et doivent trouver un terrain d'entente. Nous tous devons trouver le moyen d'être ensemble, un pays, une nation d'une extrême richesse, honnête quant au passé, désireux de reconnaître les erreurs, les crimes anciens, monstrueux commis contre l'humanité, afin qu'enfin, sans tomber dans la culpabilité ou la victimisation tétanisantes, nous puissions avancer et écrire notre histoire future. Pour les pays subsahariens également il est urgent de repenser l'avenir, de s'éloigner de l'Europe, de l'Occident, de former enfin une Union Africaine forte de toutes les cultures, richesses du continent. Pour clore ce retour, j'ai souligné un passage que je trouve superbe : L'identité afropéenne est frontalière, si l'on entend ce terme dans son acception subsaharienne ancienne qui fait de la frontière le lieu de la rencontre, de l'échange, plus que celui de la séparation. L'altérité existe, mais elle se présente aussi comme une opportunité. Le conflit, lorsqu'il affleure, trouve sa résolution dans la nécessité d'épargner à chacun l'humiliation." Un essai magnifiquement rédigé, qui nous oblige tous à nous interroger sur nos comportements, nos réactions, notre positionnement dans ce monde, et qui représente aussi un très beau message d'amour et d'espoir d'une mère à sa fille. Quatrième de couverture Léonora Miano n’est pas une Afropéenne (afro-européenne). Ceux qui se définissent ainsi ont grandi en Europe. Marquée par l’Afrique subsaharienne, la sensibilité de l’auteur se distingue de celle des Afropéens. Ceux-ci se sont construits en situation de minorité. Ce qui détermine la perception de soi, complique l’identification et la solidarité entre Afropéens et Subsahariens. La France identifie à l’Afrique tous ses citoyens d’ascendance subsaharienne, privilégiant les natifs de ce continent. Cela ne favorise pas l’ancrage des Afropéens dans leur pays, leur capacité à se sentir responsables de son destin. Pourtant, ceux qui se sont donné un nom – Afropéens – dans lequel Afrique et Europe fusionnent, s’ils sont fidèles aux implications de cette association plus qu’à leur amertume, peuvent incarner un projet de société fraternel, anti-impérialiste et anti-raciste. Dans une France en proie aux crispations identitaires, la perspective afropéenne apparaît encore comme une utopie. De part et d’autre, la tentation du rejet est puissante. 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- Mes Jardins de Paris
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Mes Jardins de Paris Alain Baraton Mon Poche 27 mai 2021 370 pages Guide Chronique 3 octobre 2021 Un guide des jardins édité au format poche, idéal afin de l'emporter partout avec vous dès que l'envie vous prend de partir vous aérer, de vous reconnecter au végétal par le biais de ces espaces verts où la Nature, maîtrisée jusqu'à un certain point, vous offrira des cadres magnifiques d'autant plus en cet automne commençant. Des lieux où liberté du corps rime avec lâcher prise ; jardins, squares, parcs d'hier ou contemporains comme autant de carrefours de rencontres, de possibles, de réflexions, d'expositions, de joies et de peines. Des ponctuations dans la ville, dans le béton, où la mémoire des disparus est vivace, où l'hommage aux grands personnages de notre Histoire persiste, où l'oubli de ce qui fut créé, offert à la postérité est impossible, comme autant de cailloux blancs jalonnant le récit de l'humanité dans ce qu'elle a de plus remarquable, d'exceptionnel. La justice, par la création de certains de ces lieux et surtout leur baptême, est victorieuse en ce que certaines personnalités bien mal loties de leur vivant obtiennent la reconnaissance ad vitam eternam. L'organisation de ce guide est aussi à noter, préférant à un classement alphabétique ou par arrondissement des thèmes poétiques plus illustratifs et séduisants : Les voix des jardins où se retrouvent des artistes interprètes de scènes théâtrales, musicales, etc ... Jardins des auteurs de Péguy réhabilité en passant par Tolstoï pour finir avec le Square des poètes... Les jardins des Arts faisant la part belle à Emile Gallé, Renoir, Brassaï ou encore à certains musées et lieux d'exposition... Évidemment, les Jardins résistants sont incontournables car qui, plus que les combattants de la liberté et de la défense des droits de l'homme ou victimes de la barbarie, mérite que sa mémoire soit bénie ? donc Martin Luther King, Anne Franck, Ilan Halimi, Estienne d'Orves, Albert Schweitzer... Jardins féministes encore trop peu nombreux, Louise Michel, Suzanne Lenglen... Les jardins partagés eux aussi persistant à offrir un espace à quelques chanceux. Puis les jardins politiques et militaires, royaux, expression du pouvoir.... Plus touchants et moins ostentatoires, les jardins des îles, qui mènent évidemment aux jardins d'amour, enfin !!! Plus étonnants les jardins maudits dont font partie le Parc Montsouris, des Buttes-Chaumont, des Batignolles... !!!! Les jardins contemporains dont un de mes lieux préféré à Paris, le Parc de la Villette. Un ouvrage de passionné, d'érudit sachant rester accessible, à déguster lentement, à ressortir régulièrement. Un classique du genre regroupant près de 150 descriptions. Merci aux Éditions Mon Poche pour leur confiance renouvelée. Quatrième de couverture Voici le premier livre exhaustif jamais écrit sur les jardins de Paris. Et quel meilleur spécialiste que le jardinier le plus célèbre de France, Alain Baraton, qui est aussi le jardinier de Versailles ? à Paris, les jardins sont multiples et portent de multiples noms. Qu'ils soient parcs, squares, promenades ou jardins à proprement parler, ils recèlent bien des surprises et dévoilent un visage parfois méconnu de la capitale, cette ville que l'on ne croit que de pierre et de monuments : célèbres, ils abritent des recoins mystérieux ; ignorés du grand public, ils sont le délice des habitants du quartier. Alain Baraton s'en fait le guide passionné dans une série de balades thématiques allant des jardins féministes aux jardins maudits, en passant, entre autres, par les jardins de chanteurs ou les jardins de pouvoir. Dans cette promenade où nous apprenons en marchant, chaque lieu est l'occasion d'une anecdote historique, botanique ou personnelle. Cet ouvrage est beaucoup plus qu'un guide : il est aussi un merveilleux voyage dans le temps et dans l'espace qui conduit son lecteur de l'antique Lutèce à la Chine contemporaine et même à la lune, tout en ne bougeant pas de Paris. Il est enfin l'occasion de découvrir un Alain Baraton personnel et engagé, fervent défenseur de la nature mais aussi de certains militants ou de la cause des femmes. Ces jardins de Paris sont nos jardins, qui ne doivent plus rester secrets. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire Jonas Jonasson Audiolib 2013 12 heures 48 minutes, lu par Philippe Résimont Roman Chronique 20 janvier 2019 Traduit par Caroline Berg. « Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire devrait définitivement enterrer les clichés tenaces d'une prétendue mélancolie nordique. » Le Figaro C'est le moins que l'on puisse dire ! La couverture, le titre, tout vous fait penser que vous allez pénétrer dans un univers burlesque, fantaisiste, bien barré, gags et crises de rire garantis. Les chroniques que j'avais pu lire à sa sortie étaient d'ailleurs axées en grande partie sur ce monde décalé créé par Jonas Jonasson. Oui, effectivement, j'ai beaucoup ri, d'autant plus grâce à l'interprétation savoureuse, brillante d'intelligence du comédien Philippe Résimont, à la voix grave si belle et bien placée, donnant immédiatement à ce texte ses lettres de noblesse. Les portraits des intervenants sont parfois dans l'outrance, la caricature, ou la tendresse et la profondeur. Tout est en camaïeu, irisé comme une belle aurore boréale. Ainsi l'histoire de ce centenaire, Allan Karlsson, qui décide de fuguer en chausson par la fenêtre de sa chambre de la maison de retraite, le jour de son anniversaire a de quoi attirer notre attention ; toutes les aventures rocambolesques qui s'ensuivent, les rencontres improbables pendant sa fuite avec au final quatre complices aussi déjantés que lui, sont délicieusement absurdes et caustiques. Je dirais même que c'est très acide et détonnant, car sur le passage de ces cavaliers, apocalypse et carnages sont tout de même de la partie. Hum hum ! Cela n'aurait pas suffi à remporter mon suffrage. Je ne suis pas adepte de l'absurde.... Non, ce que j'ai trouvé formidable et passionnant, en parallèle de ce road trip avec police et procureur aux fesses de notre lascar et ses amis, ce sont les flashbacks de la jeunesse de ce suédois jusqu'à nos jours. Et là c'est un festival d'étincelles.... Allan Karlsson, sans aucune éducation, ni croyance religieuse ou politique, totalement indépendant, traçant sa route sans regarder en arrière, est un génie des explosions, des bombes. Le Léonard de Vinci des artificiers. Et cette aptitude exceptionnelle va lui permettre de rencontrer toutes les figures les plus marquantes du XX ème siècle, sur toutes les zones de conflits, de guerres, de révolutions, des USA à la Russie, à la Corée du Nord, à l'Espagne, Paris, Bali, Iran, et j'en passe, de Truman, Johnson, Churchill, Staline, Mao, Franco, de Gaulle,..... et j'en passe encore. Jonas Jonasson s'amuse à tranquillement incruster dans le décor à des moments de l'histoire contemporaine charnières, notre Allan, pour en faire l'élément déclencheur de multiples catastrophes et retournements de situation. Au-delà de ce jeu, nous voilà face à une sacrée description en détails des évènements essentiels du siècle dernier, une description épique, tragique, comique et diablement efficace. Guerres mondiales ou froide, révolutions industrielle ou bolchévique, des palaces, au goulags au dos d'un chameau ou sur les routes de la Suède contemporaine, ce roman décoiffe violemment. C'est irrésistible car le ton est sérieux, la construction au cordeau sur des bases et une analyse historiques indiscutables. On rit, on réalise aussi la gravité de ce qui nous est raconté, et on prend conscience que le détachement, l'humour peuvent nous permettre de nous distancier suffisamment pour devenir très vigilant à ce que certaines choses ne recommencent pas. Un hymne à l'indépendance et la liberté de penser, à la jeunesse éternelle et l'espoir. Quatrième de couverture Alors que tous dans la maison de retraite s’apprêtent à célébrer dignement son centième anniversaire, Allan Karlsson, qui déteste ce genre de pince-fesses, décide de fuguer. Chaussé de ses plus belles charentaises, il saute par la fenêtre de sa chambre et prend ses jambes à son cou. Débutent alors une improbable cavale à travers la Suède et un voyage décoiffant au cœur de l’histoire du XXe siècle. Car méfiez-vous des apparences ! Derrière ce frêle vieillard en pantoufles se cache un artificier de génie qui a eu la bonne idée de naître au début d’un siècle sanguinaire. Grâce à son talent pour les explosifs, Allan Karlsson, individu lambda, apolitique et inculte, s’est ainsi retrouvé mêlé à presque cent ans d’événements majeurs aux côtés des grands de ce monde, de Franco à Staline en passant par Truman et Mao... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Le porteur de joie
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le porteur de joie Maurice Chalayer De Borée 7 avril 2022 411 pages Historique Terroir Chronique 11 juillet 2022 « Même si, pour tisser le canevas de son histoire, l'auteur s'est inspiré de faits réels, les exploits sportifs de Joseph Guillemot ( 1885-1975 ) et, notamment sa victoire aux Jeux Olympiques d'Anvers en 1920, celle-ci n'en demeure pas moins le fruit unique de son imagination ( seuls les temps « chronographiques », empruntés à la vraie histoire, sont rigoureusement exacts). » Les informations sur la vie privée du modèle dont s'est inspiré l'auteur sont rares mais les faits connus permettaient de créer un personnage formidable, hors du commun, inspirant, au destin exceptionnel. Quand la réalité dépasse la fiction... "Il court, tout le virage, la tête renversée, avec une façon de sourire crispé aux lèvres, dans cette allure d'extase douloureuse si commune aux coureurs ; il est comme le saint, oui... Comme le saint sur le bûcher. " Dominique Braga, 5000, récit sportif, 1924. De l'enfance dans le Cantal à Paris, Marseille, l'Angleterre, jusqu'à la Belgique et la victoire aux Jeux Olympiques d'Anvers... Le roman biographique s'ouvre sur le jeune Joseph, petit de taille et rondouillard découvrant soudain qu'il aime courir : une révélation qui transformera le garçon en athlète en le rapprochant de son père Marius, ancien gymnaste, socialiste, anticlérical et admirateur de Jean Jaurès... En ce début du XXe siècle, dans ce village où les directives du curé sont paroles d'or, la séparation de l'Eglise et de l'État défendue par Aristide Briand est vécue comme une attaque d'un mode de vie, une révolution orchestrée par des mécréants. D'autre part, depuis que l'Alsace et la Lorraine ont été perdues après la défaite de 1870, le désir de revanche de certains est exacerbé par les va-t-en-guerre du gouvernement allant jusqu'à inclure dans l'éducation des enfants l'instruction de techniques de combat sous la responsabilité des maîtres d'école. De l'autre côté du Rhin, la haine des Français et le lavage de cerveau sont aussi de mise. Contexte donc très particulier divisant la population et les familles à l'instar de celle du petit Joseph, son père et sa mère étant pacifistes, socialistes et non pratiquants, la grand-mère étant ultra-catholique et traditionnaliste. L'ambiance est volcanique et pendant que les adultes s'écharpent, se disputent, Joseph continue à courir avec ses copains Sarah, la fille du maire, et Adrien, le fils du boucher, deux hommes opposants politiques de Marius, n'attendant qu'une nouvelle guerre pour aller massacrer des Allemands. Heureusement le père et l'instituteur vont œuvrer pour entraîner le gamin surdoué et l'amener jusqu'à ces premières victoires régionales. La terrible guerre survient au lendemain de l'assassinat de Jean Jaurès : comment le jeune homme et les siens vont-ils traverser cet enfer ? Peuvent -ils encore imaginer de reprendre la vie, de gagner d'autres compétitions ? « Il me fut facile de partir à la guerre sans grand émoi, tout simplement parce que j'étais jeune et que, sur tous les jeunes hommes, on faisait souffler un vent qui sentait la voile de mer et le pirate. » Jean Giono, Jean le Bleu, 1932 Ce roman biographique, historique et de Terroir, nous conte la trajectoire éblouissante d'un de nos plus grands champions et, même pour une personne peu intéressée par l'athlétisme, la description de l'entraînement, des courses, des exploits m'a captivée. J'ai lu ce récit avec un immense plaisir. J'aime énormément l'écriture somptueuse de Maurice Chalayer, j'aime son souci du détail, de réalisme, de vérité historique, j'aime la façon dont il réussit à nous attacher à ses personnages émotionnellement et à nous replonger dans un passé lointain soudain très actuel, grâce à son seul talent. J'aime le rappel de ce que fut le quotidien de nos aïeux, durs à la tâche, emportés dans la tourmente générée par des événements dramatiques qu'ils seront bien obligés d'affronter. J'aime ce Joseph si singulier, tenace jusqu'à l'entêtement, loyal, instinctif, indépendant, profondément émouvant et admirable. C'est un livre réconfortant me rappelant ce qui doit primer dans la vie en cette période anxiogène et tragique. J'espère qu'il en sera de même pour vous. Quatrième de couverture Dans la famille Guillotot, tout le n'est d'accord : tandis que Marius, son père, soutient activement les idées de Jaurès, sa grand-mère, Rosine, très pieuse, ne supporte pas la séparation de l'Église et de l'État soutenue par son gendre. Joseph, lui, n'a qu'une passion : courir. Qu'un rêve : devenir champion olympique ! Avec ses deux amis, Rachel, la fille du maire, et Adrien, le fils du boucher, il passe des heures à s'entraîner. Mais la guerre qui se profile à l'horizon pourrait bien bousculer le destin des trois jeunes gens... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Abîmes
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Abîmes Sonja Delzongle Denoël 9 février 2022 444 pages Thriller Chronique 24 juillet 2022 Mais il ne se décide pas de se tuer car la foi qui lui reste lui dit qu'il doit boire jusqu'à la lie ce calice de douleur, que cette douleur cruelle ancrée dans son cœur sera seule la cause de sa mort." Hermann Hesse, Le Loup des steppes Dans la continuité stylistique de "L'homme de la plaine", Sonja Delzongle nous emmène en randonnée, ou plutôt nous piège dans un parcours du combattant alternant longues marches au bord d'un précipice ou forcées dans une tempête de neige, en session d'escalade en à pic, de plongée dans des lacs glacés, de course effrénée dans de sombres forêts... Enfin vous avez compris : vous allez devoir trouver le moyen de survivre alors que vous voyez disparaître un à un vos compagnons dans cette "escapade" mortelle aux multiples lacets, tournants, culs-de-sac, jusqu'à enfin parvenir à découvrir un horizon immense face à vous. L'autrice fait preuve d'une maîtrise totale, jouant des surprises, retournements de situations, divulgations incroyables, suspense insoutenable : le dénouement nous laisse sans voix comme la vie elle-même... La nature est omniprésente, est l'actrice principale. La laideur, la souffrance, la perversion, les catastrophes ne sont imputables qu'à l'homme. Tout commence donc par le crash d'un avion se fracassant sur la montagne... Une avalanche d'événements vont en découler... Nous sommes dans les Pyrénées à la frontière espagnole, pays de légendes, de sorcières, de superstitions, de silence, de mystère, de secrets inavouables.... Haut les cœurs ! Un excellent thriller alliant action et psychologie ! Quatrième de couverture Janvier 1999. Viktor Mendi, un homme d'affaires, et son épouse s'écrasent avec leur avion de tourisme dans le massif pyrénéen du Mont-Perdu, à la frontière franco-espagnole. Vingt-quatre ans plus tard, leur fils, Antoine, arrive dans la région. Auparavant en fonction chez les chasseurs alpins, il vient d'obtenir sa mutation dans la gendarmerie du village natal de son père. Très vite, sa supérieure, la redoutable capitaine Elda Flores, comprend que sa nouvelle recrue lui cache quelque chose. Quel secret obsède Antoine ? D'où lui vient cette défiance envers les habitants du village ? Quels liens entretient-il avec la communauté qui vit en autarcie dans la forêt voisine, et notamment avec la mystérieuse Miren ? Lorsqu'un berger découvre dans son pré sept bonhommes de neige disposés autour du message « Ont vous auras » , tracé dans la poudreuse, le village est saisi d'effroi. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Ce que cachait Archie Ferber
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Ce que cachait Archie Ferber Casey B.Dolan Denoël Sueurs Froides 2017 439 pages traduites par Arnaud Baignot Thriller Chronique 19 janvier 2018 « Aucune chasse ne vaut la chasse à l'homme, et ceux qui ont longtemps chassé des hommes armés, qui ont aimé ça....ne trouvent plus jamais saveur à autre chose. » Ernest Hemingway Titre original « Unnatural Relations » , c'est le moins que l'on puisse dire des rapports humains, si j'ose dire, entre Archie Ferber et le reste du monde. Difficile de le comprendre, de le cerner tant ces réactions sont dissociées du stimulus qui les provoque. Il se fâche quand il n'y a aucune justification à le faire et inversement. Autant dire que pour Felicity Sloane, experte médico-légale à Boston, appliquant les méthodes de pointe de l'ATEC, ce n'est pas une sinécure de rendre un avis d'expertise sur cet homme accusé de participation au meurtre de la mère porteuse de la petite Hannah, fillette qu'il a tant désirée avec son mari Matthew, jeune sud-africain du Cap, rencontré sur Internet et venu le rejoindre voici quelques années à San Francisco, où tout est plus facile pour un couple gay. Normalement donc une jolie petite famille, mais... Tout pour être heureux pour Archie, au départ jeune texan timide qui a formidablement réussi dans la restauration, ouvrant franchise sur franchise dans tout le pays. Jusqu'au mois de septembre 2015 au Cap où le drame frappe.... Deux parties : - La première intercalant des huis clos en flashback correspondant aux séances d'expertise des deux époux, séparément, par Felicity avant leur extradition au Cap, et le procès public sur place quelques mois plus tard, dont l'interrogatoire de notre héroïne par maître Stein pour la défense et le procureur MacCormack. Et tout le temps, la psy sent que quelque chose cloche sérieusement dans la version de Archie. Est-il vraiment innocent ou joue-t-il avec elle ? On pense un peu "Au silence des agneaux " tant le découpage est cinématographique (et le personnage proche de Hannibal par son intelligence et son côté incontrôlable), ce qui se comprend puisque l'auteure est également une comédienne reconnue et primée, présentatrice de programme télévisé et une chroniqueuse radio. - La deuxième se situe en Idaho et au Texas sur les pas d'Archie, course contre la montre pour Felicity qui va remonter dans le passé de ce mythomane pour tout vérifier. Et elle fait bien, car ce qu'elle découvrira est au delà de l'imaginable. De chasseresse, elle deviendra proie, mais une seule idée l'obsède : où est la petite Hannah ? Est-elle en vie ? Thriller je dois dire étonnant et remarquable, je l'ai lu d'une traite admirant le savoir faire de l'écrivaine. Proprement un très bel exemple de ce qu'une fiction de littérature dite noire peut être lorsque tout est parfaitement maîtrisé, construit, où l'image et le psychologique se mêlent intimement. Un livre qui pourrait être un scénario, mais qui est véritablement une œuvre littéraire. Très réussi ! J'espère qu'il y aura une suite... Quatrième de couverture Chaque psychiatre a, au cours de sa carrière, rencontré un patient pas comme les autres. Un patient qui l’obsède, qui hante ses pensées et ses cauchemars. Pour Felicity Sloane, experte médico-légale à Boston, il s’agit d’Archie Ferber, jeune Texan timide qui a fait fortune dans la restauration. Lui et son compagnon Matthew désirent un enfant à tout prix. Toutes leurs tentatives d’adoption aux États-Unis se soldant par des échecs, ils se tournent vers l’Afrique du Sud, pays d’origine de Matthew, où ils font appel à une mère porteuse qui met au monde la petite Hannah. Mais le bébé disparaît, la mère est sauvagement assassinée, et c’est Archie qui est montré du doigt. Y compris par Matthew. La seule personne capable de le sauver d’une extradition vers l’Afrique du Sud est Felicity Sloane. Celle-ci est capable de mesurer les tendances meurtrières d’un suspect grâce à des techniques de pointe. Mais cela suffira-t-il à tirer Archie d’affaire? Et est-il réellement l’innocente victime qu’il prétend être ? Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Filles de la mer
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Filles de la mer Mary Lynn Bracht Robert Laffont 2018 424 pages traduites par Sarah Tardy Historique Chronique 29 septembre 2019 Page 182 : « Séoul, décembre 2011 Les manifestants scandent des slogans devant l'ambassade du Japon. Emmitouflés dans leurs manteaux les plus chauds, bonnets sur la tête, brandissant des banderoles de leur mains gantées, il crient : Le Japon doit reconnaître ses crimes. Justice pour les grands-mères. La voix d'un homme résonne dans un mégaphone : Reconnaissez vos crimes de guerre, pas de paix tant que le Japon n'admettra pas sa culpabilité ! Près du portail, quelqu'un crie à son tour : TOUTES LES GUERRES SONT DES CRIMES CONTRE LES FILLES ET LES FEMMES DE CE MONDE. » Le viol, arme de guerre massive, attaquer son ennemi dans ce qu'il a de plus cher, de plus intime, détruire, abîmer, s'approprier ses biens. Car depuis le début de l'humanité, depuis que l'homme a compris que la capacité à porter et enfanter ne donnait aux femmes aucun caractère magique, que lui aussi participe à la conception d'une nouvelle vie, les femmes payent un lourd tribut. L'homme semble se venger de toutes ces années où les femmes avaient une place prépondérante dans la société, chamanes, prêtresses, déesses, égales des hommes. Nous payons une note sévère, nous avons été infantilisées, soumises, réduites à l'état d'objets, de biens par certains hommes, par un système patriarcal. Réduites à être des sous êtres... Aujourd'hui encore, fleurissent et sont édités en France et partout dans le monde, des théories masculinistes généralement accompagnant des textes fascistes, néo nazis, racistes, homophobes, antisémites. Ce roman terriblement beau et incontournable nous raconte un épisode de l'Histoire moderne peu connu, une ou deux lignes dans nos manuels d'écoliers. L'occupation japonaise jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale de la Corée, en particulier ici du sud. Annihilation des populations de rangs inférieurs, interdiction de pratiquer leur langue, de faire perdurer les coutumes ancestrales. Déjà vu des milliers de fois, pas original mais efficace pour assujettir toute une population. On estime entre 50 et 200 mille femmes, jeune filles voire fillettes kidnappées, enlevées, séquestrées, battues, torturées, violées, tuées, dans des bordels en Mandchourie. Elles sont devenues des femmes de réconfort pour les soldats de l'Empereur du Japon. Ce livre est la course l'une vers l'autre à travers le temps de deux sœurs, Hana et Emi sa petite sœur. L'aînée sera kidnappée en été 1943 sur une plage de l'île de Jeju alors qu'elle pêche avec les autres femmes de la communauté des haenyeo, les femmes de la mer. Sa petite soeur est sur le rivage, pour la protéger, elle se met à découvert et est emportée par un soldat, Morimoto, qui va littéralement faire une fixation sur elle. Vous découvrirez les raisons de sa folie, peu à peu, de Jeju à la Mandchourie jusqu'en Mongolie... Il la traque, la torture inlassablement... le portrait de cet homme est un véritable profilage de ce type de criminel pervers et narcissique, se donnant tous les droits en ces temps de guerre. Saut jusqu'en décembre 2011, sur l'île de Jeju où nous retrouvons Emi, une vieille dame, qui pêche toujours avec ses amies... Elle a eu deux enfants, une fille et un garçon, et un mari qu'elle n'a jamais aimé, mort depuis cinq ans.... Doucement, elle se dévoile dans toute sa détresse et sa force, en se rappelant sa vie pendant la guerre, la disparition de sa soeur Hana puis de ses parents, et toute la période de guerre civile entre coréens avec la scission du pays en deux Zones... Là à nouveau, les femmes sont des enjeux, des biens que l'on se partage, que l'on s'attribue, elles ne sont rien. Emi porte tout cela comme un fardeau, nul ne sait vraiment ce qui lui est arrivé, surtout pas ses enfants. Mais en décembre 2011, la millième manifestation du mercredi à Séoul des grands-mères, anciennes femmes de réconfort des soldats japonais, réclamant justice, a lieu. Depuis trois ans, Emi se rend à Séoul chez sa fille pour participer à cet événement exceptionnel et essentiel. Car Emi s'est enfin lancé à la recherche de sa sœur Hana... Au milieu de la foule, soudain elle voit une statue, celle de la Paix, son coeur s'arrête.... " Un premier roman époustouflant " Publishers Weekly Évidemment bouleversant, touchant, extrêmement dur, précis, les faits rien que les faits même si romancés : un roman fondamental en ce qu'il décrit minutieusement avec respect et déférence, en un hommage digne, sans pathos inutile, la vie et le martyre de ces milliers de femmes, nos soeurs, ayant dû traverser, supporter, dépasser pour continuer à vivre, l'impensable, l'indicible. Un devoir de transmettre, de raviver le souvenir, de faire réentendre les voix des disparues... " 2015 : les gouvernements japonais et coréen du Sud annoncent " un accord historique" au sujet des" Femmes de réconfort"- pour faire enlever la statue de la Paix et ne plus jamais soulever cette question." Tout va donc pour le mieux n'est-ce pas ? Cela est sans compter avec les artistes, les historiens, les témoins, les écrivains qui se font un devoir de rallumer la flamme du souvenir... Ne jamais oublier, rester vigilant.... Le Mal rode toujours.... L'américaine d'origine sud-coréenne, Mary Lynn Bracht l'a bien compris. Après une enfance passée au Texas dans une communauté sud-coréenne, dépositaire des souvenirs de sa mère et des milliers de femmes qui ont passé des heures cauchemardesques en Corée lors du conflit mondial, aujourd'hui londonienne, elle réussit grâce à ce premier texte un exploit, car il est extrêmement difficile d'écrire un tel récit avec une telle responsabilité sur les épaules vis à vis des siens. Quatrième de couverture " Il est parfois plus difficile de respirer en dehors de l'eau que dans les profondeurs des vastes océans... Sur l'île de Jeju, au sud de la Corée, Hana et sa petite sœur Emi appartiennent à la communauté des haenyeo, au sein de laquelle ce sont les femmes qui font vivre leur famille en pêchant en apnée. Un jour, alors qu'Hana est en mer, elle aperçoit un soldat japonais sur la plage qui se dirige vers Emi. Aux deux filles, on a maintes fois répété de ne jamais se retrouver seules avec un soldat. Craignant pour sa sœur, Hana rejoint le rivage aussi vite qu'elle le peut et se laisse enlever à sa place. Elle devient alors, comme des milliers d'autres Coréennes, une femme de réconfort en Mandchourie. Ainsi commence l'histoire de deux sœurs violemment séparées. Alternant entre le récit d'Hana en 1943 et celui de Emi en 2011, Filles de la mer se lit au rythme des vagues et dévoile un pan sombre et bouleversant de l'histoire de la Seconde Guerre Mondiale en Asie. Au fil du récit, par la grâce de leurs liens indéfectibles, les deux héroïnes nous ramènent vers la lumière, où l'espoir triomphe des horreurs de la guerre." Un roman historique intemporel de nécessité absolue. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Le hameau des purs
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le hameau des purs Sonja Delzongle Denoël. Réédition en 2019 chez Gallimard 2011 380 pages Thriller Chronique 23 janvier 2020 Sonja Delzongle est définitivement néfaste pour mon sommeil car je ne réussis pas à m'extraire de ses scénarios et me voilà, alors que je suis épuisée, encore à lire à pas d'heure.... L'auteure a repeaufiné son texte, en faisant un récit terrible, hallucinant, de la dope... J'ai la sensation, pas désagréable je vous rassure, d'avoir été invitée à une partie de Colin Maillard qui se transforme soudain en Cache Cache dans la forêt de la méchante Reine. Elle nous met le bandeau sur les yeux, nous fait tourner dans un sens puis dans l'autre, et hop, nous lâche en pleine nature, pieds nus, c'est mieux, et tranquillement, silencieusement, sournoisement même, va se poster derrière un arbre ou un autre, nous guettant. Nous croyons connaître les règles du jeu, et non ! Raté ! Nous croyons comprendre le type de fiction que nous lisons... Et non, tout faux ! À découvrir vite ! Tout ce qui fait de cette femme un grand écrivain est là, déjà.... Du talent dès le départ, mais l'inné ne peut suffire à ce niveau d'excellence.... on mesure très bien tout le travail, patient, long, douloureux, mais aussi exaltant, pour réussir à offrir un tel texte. Je suis restée abasourdie, ne sachant pas du tout comment j'allais aborder ce retour de lecture... Sonja Delzongle est de la famille des artisans d'art.... Jamais d'à peu près, de concession, d'autosatisfaction.... Un roman sur l'isolement dans une nature généreuse ou terrifiante, sur la manipulation des consciences, des croyances, sur la folie meurtrière, la haine, la vengeance, la perte totale de repère.... J'ai pensé à Daniel Cario, à Franck Bouysse, à Cécile Coulon, à Céline Denjean.... Chacun apportant sa pierre à l'édifice, construisant une oeuvre littéraire puissante, authentique, où les voix du passé murmurent aux oreilles des personnages, où la réalité flirte avec le surnaturel, où les drames sont dignes des tragédies antiques et en même temps intemporelles.... Abasourdie, c'est le bon adjectif.... Chiche que vous commenciez la partie... Game over... Quatrième de couverture Audrey Grimaud, journaliste, est envoyée sur les lieux d'un incendie criminel ayant fait sept victimes. Dans ce hameau ravagé par les flammes réside une communauté de Purs qui a choisi de vivre à l'écart du monde moderne. Audrey connaît bien l'endroit : ses grands-parents faisaient partie de cette congrégation mystérieuse. Peu à peu, des épisodes troubles de son enfance remontent à la surface. Des disparitions suspectes, d'étranges accidents qui ont émaillé ses séjours là-bas. Et une figure sinistre lui revient en mémoire : l'Empailleur, un meurtrier d'une cruauté inouïe dont l'identité n'a jamais été découverte. Au risque d'y laisser sa vie et sa raison, Audrey décide d'explorer les secrets enfouis dans les ruines fumantes du hameau... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La Vallée des sacrifiés
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La Vallée des sacrifiés Christian Louis TDO 2 septembre 2021 432 pages Thriller Chronique 16 août 2022 Les lieux de cette histoire sont reconnaissables, mais les personnages sont imaginaires. Toute ressemblance serait un clin d'œil du hasard. " Belle mise en garde pour ce deuxième opus des enquêtes menées par Blandine Pujol, devenue OPJ stagiaire pas encore titularisée, et Vincent Darbon toujours journaliste pour le canard régional L'Echo du Piémont. Deux ans sont passés depuis que nous les avons quittés. Blandine a fait du chemin ; son talent d'enquêtrice sur l'affaire Charles Despierres, professeur de philosophie, ( voir Balade mortelle dans les Pyrénées, chez TDO Éditions - 2020) aidée en sous-main par Vincent, a été remarqué. Il est donc normal qu'elle soit aujourd'hui en passe de devenir un officier à part entière de la police judiciaire. Le premier épisode fut une mise en place et en situation de la série Pujol-Darbon. Naturellement donc, dans ce nouveau thriller noir et sociétal, l'auteur monte sacrément en puissance plongeant encore plus profondément dans les ténèbres qui envahissent d'une part, l'esprit d'un tueur en série sans pitié ni empathie et qui d'autre part, engloutissent cette région du Sud-Ouest : difficile de trouver encore des "zones blanches", tout semble vicié, corrompu, sali, pollué. Une main tranchée est retrouvée au pied d'une sculpture monumentale dont les têtes de maréchaux ont été coupées. Quel est le message ? Est-ce une mauvaise blague ? Lorsque des dégradations de peintures rupestres inégalables sont constatées lors d'une visite très officielle de politiques, de scientifiques éminents et de journalistes à la grotte de Gargas, plus de doute n'est permis. On y voit cinq mains peintes à l'envers copiant cyniquement la « fresque aux mains » célèbre de la grotte. Trente jours d'une traque épuisante attendent notre duo de choc qui évidemment se reforme dès que Vincent apprend que Blandine est chargée du dossier des mains coupées qui se sont multipliées. Cinq au total évidemment ! Les pistes sont nombreuses : extrémismes religieux, politiques, écologiques, actions de l'Opus Dei, de sectes satanistes.... Les cinq victimes ont-elles un lien ? Quel est cette fourgonnette blanche qui, telle une présence maléfique, hante la région.... ? Que représentent les lacs aux yeux du tueur ? Est-il un dément ou suit-il un scénario mûrement établi ? Un événement traumatique peut-il donner lieu à une telle explosion de violence sadique ? Un style littéraire toujours très reconnaissable et personnel inspiré, pour notre plus grand plaisir, de Michel Audiard mais pas que... beaucoup d'humour froid, un rythme soutenu, nerveux, une description au scalpel de certains occupants de cette région si belle dont l'Histoire nous est ainsi contée.... un thriller pur et dur qui fait froid dans le dos, un polar psychosociologique, d'action, acide et dénonciateur, parfaitement concocté, menant à un final inattendu.... Le troisième opus paraîtra donc en septembre 2022. On reste suspendus dans le vide, en apnée.... Quatrième de couverture Des mains tranchées sont déposées sur des sites patrimoniaux ; d’autres, utilisées comme des pochoirs inversés, ont dégradé des peintures rupestres. Et les corps lestés de leurs propriétaires offrent leurs moignons sanglants aux truites des lacs du Comminges, au pied des Pyrénées. Blandine Pujol, lieutenante stagiaire, et Vincent Darbon, journaliste revenu sur les terres de son enfance après un exil parisien, sont confrontés à l’horreur saugrenue de ces paluches solitaires aux empreintes digitales brûlées. Malgré son goût pour les pognes, l’assassin ne semble pas être un manuel. Plutôt un tourmenté, salement obsédé par les bouquets de phalanges. Style fluide, enlevé et abrasif au besoin. Christian Louis propose ici un polar parfois glaçant, réjouissant souvent. Avec un scénario béton et un rythme maîtrisé, l’auteur vous entraîne dans une enquête ténébreuse. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Woman Hating - De la misogynie
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Woman Hating - De la misogynie Andrea Dworkin Editions des Femmes Antoinette Fouque 23 mars 2023 256 pages traduite par Camille Chaplain et Harmony Devillard, avec le concours du CNL, Centre National du Livre Essai Chronique 2 avril 2023 « Après Woman Hating, on ne lit plus jamais un conte de fées de la même façon. » Ellen Frankfort, essayiste féministe Cela fait déjà plusieurs années que les Éditions des Femmes Antoinette Fouque me font l'honneur de solliciter mon avis sur leurs ouvrages. Rarement, je n'ai pu écrire une chronique sur l'un de leurs titres. À la fin de ma lecture houleuse de Woman Hating, je ne savais pas si je serai capable de rédiger une chronique qui ne soit ni faussement consensuelle et donc hypocrite, ni violente, tant je fus blessée par certains passages entre autres concernant l'inceste. ( Voir la réaction d'une lectrice copiée collée complétant cette première impression sidérée de ma part). Andrea Dworkin a 28 ans à la publication de cet essai politique et sociétal. Nous sommes en 1974, "peace and love" soit disant, période de remise en question de toute la société sur des sujets cruciaux ou moins. On cherche, on expérimente, on trouve et bien souvent on se perd. Andrea est issue d'une famille aimante, elle la remercie d'ailleurs en fin d'ouvrage, elle est très jeune et fougueuse. Elle a un talent certain pour écrire et trouver des formules chocs. Elle veut révolutionner, elle veut détruire certains carcans, certains dogmes... tout en imposant ses certitudes, ses conclusions, son mode de vie... J'espère qu'en vieillissant, sa pensée a été beaucoup plus nuancée et qu'elle s'est appuyée sur une expérience réelle de la vie et non une vision issue d'une posture purement intellectuelle. Amour et Paix ! Je regrette que ce texte retransmis tel quel n'ait pas été précédé d'une introduction remettant ce brûlot dans son contexte historique. Car, oui, il est extrêmement intéressant de le découvrir comme un livre ayant jalonné le long parcours de réflexion des féministes et de tout individu convaincus que la société devait impérativement évoluer, changer. Cet essai est en quelque sorte une photographie à un instant T et certainement pas une fin en soi. J'ai été profondément choquée, meurtrie et en colère à la lecture de certains chapitres concernant particulièrement les enfants, l'inceste. Comme je suis inquiète face à l'idée de la création d'une société androgyne... On en voit les conséquences catastrophiques sur les petits aujourd'hui même. Lire la dernière lettre envoyée au ministre de l'éducation nationale par les associations de protection de l'enfance, Les Mamans louves, notamment. Cependant, j'ai aussi été scotchée par la pertinence de son analyse de la guerre qui fut et est menée contre les femmes depuis des millénaires. Andrea Dworkin est brillante, incontestable sur ce sujet, prenant deux exemples concrets pour illustrer son propos : les pieds bandés en Chine, pratique barbare qui perdura 1000 ans, et la chasse aux sorcières. À nouveau, n'oubliez pas que l'autrice assène des réflexions et jugements qui étaient considérés comme vérité absolue à son époque. Par exemple : son interprétation du Moyen-Âge comme période d'obscurité et de barbarie pendant laquelle fut lancé le génocide des femmes jugées comme sorcières et bien.... non pas tout à fait ! C'est à la Renaissance étonnamment que l'Inquisition fit le plus de victimes. Les études et découvertes anthropologiques, archéologiques, historiques et scientifiques des deux côtés de l'océan ont largement fait évoluer notre vision de ce massacre infâme et du Moyen-Âge...(Je me permets de vous signaler les ouvrages actuels de Susan Smit sur ce thème, "La Sorcière de Limbricht" entre autres). Quant à l'inceste ? Que dire. Ce n'est pas un tabou à abattre, c'est une monstruosité contre nature, une gangrène qui détruit des générations d'innocents. Les mouvements "Metoo" qui se réfèrent aux textes de Andrea Dworkin, ont été rejoints par "Balancetonporc" par exemple et tous ceux qui se battent contre la pédocriminalité dans ou hors famille. Donc, la lecture de ce livre doit s'accompagner d'une recontextualisation permanente de celui-ci dans la chronologie. Je suppose et j'espère que la réflexion de cette jeune femme a évolué avec les années, l'expérience et la confrontation à la réalité sur le terrain. Je ne regrette pas d'avoir lu ces lignes, car elles illustrent parfaitement une époque de tâtonnements, d'erreurs mais aussi d'avancées majeures pour nous tous. Merci à Harmony Devillard : « Bonjour, Pour répondre à vos interrogations et vos remarques, je me permets d'attirer votre attention sur la note de la page 211 de la même édition : « * L’appréhension d’Andrea Dworkin de l’inceste et du tabou de l’inceste a significativement évolué depuis la publication de ce premier livre, dont elle a regretté cette dernière section provocatrice marquée par les spéculations des années 1960. Recueillir les témoignages concrets de victimes incestuées l’a plus tard amenée, préfigurant aux États-Unis le mouvement actuel #MeTooInceste, à affirmer : « L’inceste est terriblement important pour la compréhension de la condition des femmes. C’est un crime commis contre une personne, un crime dont la plupart des victimes ne se remettent jamais […], parce qu’il ne reste pas une chance au monde pour l’enfant. Tout son système de réalité, toute sa capacité à former des attachements, toute sa capacité à comprendre ce que recouvre l’estime de soi, sont détruits par une personne qu’elle aime. Les victimes d’inceste s’organisent à présent dans ce pays, et elles s’organisent de façon politique. » A. Dworkin, « Feminism: An Agenda (1983) », in "Letters from a War Zone", III « Take back the day », Lawrence Hill Books, Brooklyn, N. Y., 1993 (1989), pp. 139-140 (notre traduction, NdT). » Bien cordialement, Harmony Devillard » Quatrième de couverture Andrea Dworkin s’attaque aux ravages de la misogynie dans nos sociétés sexistes par une analyse de la représentation des femmes et des crimes de masse commis à leur encontre. Quel rapport y a-t-il en effet entre les contes de fées traditionnels, la pornographie, les littératures sadiennes, la contre-culture, mille ans de bandage des pieds des Chinoises et le Malleus Maleficarum, guide catholique allemand de la chasse aux sorcières? La haine viscérale et irrationnelle déchaînée contre les femmes. Dans une prose farouche et sans concession, l’autrice expose son analyse des rouages des sociétés sexistes et dissèque au scalpel la misogynie dans laquelle baignent encore nos cultures post-modernes. Le premier livre d’Andrea Dworkin, qui l’a révélée comme écrivaine et penseuse politique hors norme. Un incontournable du féminisme américain des années 70 qui a inspiré la génération actuelle de féministes, enfin traduit en France. L’engagement à mettre fin à la domination masculine en tant que réalité psychologique, politique et culturelle fondamentale de la vie sur terre est l’engagement révolutionnaire fondamental. C’est un engagement envers la transformation du moi et la transformation de la réalité sociale à tous les niveaux. Le cœur de ce livre est une analyse du sexisme (ce système de la domination masculine), de son essence, de la façon dont il opère sur nous et en nous. A.D. 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- Lignes de fuite
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Lignes de fuite Val McDermid Flammarion Mars 2015 440 pages traduites par Perrine Chambon et Arnaud Baignot Polar Chronique 10 septembre 2017 Titre original « The vanishing Points », paru en 2015 en France commençant par la déclaration « Si vous devenez célèbre sans savoir qui vous êtes, la célébrité vous définira ». De Oprah Winfrey . Cela donne froid dans le dos, mais il est vrai que certaines personnes parties de rien deviennent autres sous l'oeil des caméras. C'est de ce phénomène dont va être indirectement victime Stéphanie Harker, écrivaine de biographies dans l'ombre de ses clients célèbres ou nègre littéraire. Enfin elle décide de prendre des vacances avec son fils Jimmy et arrive avec lui a l'aéroport de Chicago pour la correspondance. Les américains frileux, obligent les voyageurs en transit à repasser par les points de contrôle et donc sous les portiques . Or Stéphanie ayant eu un accident et ayant des plaques et des vis pour réparer sa jambe sonne à chaque fois et a droit à une fouille en règle : Jimmy passe devant elle et doit l'attendre près des sacs le temps que sa mère soit fouillée. Mais pendant qu'elle attend qu'on vienne s'occuper d'elle, elle voit un homme s'approcher de son fils et l'enlever. Elle essaye de donner l'alerte mais les services de sécurité usent de tasers sur elle pour la calmer par deux fois. Le FBI prend l'affaire en main mais il est trop tard, Jimmy a disparu. Vivian McKuras en charge de l'affaire comprend vite que celle-ci est sérieuse, l'alerte Amber est donnée. Pour elle il est indéniable que Stéphanie est innocente mais quelque chose advenu dans sa vie est à l'origine de ce Kidnapping. Les six dernières années de la vie de l'écrivaine vont donc être épluchées et Vivian n'est pas au bout de ses surprises ; en premier lieu qui est véritablement Jimmy ? Une enquête en parallèle entre Chicago et Londres va se mettre en place avec pour correspondant de la police anglaise Nick Nicolaides. Formidable histoire et même si toutes les informations nous sont données, j'avoue ne pas avoir fait attention, portée par l'écriture et la rapidité de l'action. Lecture très agréable et haletante pour être tout de même bluffée par la fin. Elle aurait pu être prévisible bien plus tôt mais je n'ai pas chercher à avoir cette démarche de trouver la solution. Du grand art, un de ceux que est j'ai préféré de l'auteur. Une vrai réflexion également sur la célébrité télévisuelle. Belle lecture ! Quatrième de couverture Stéphanie Harker franchit les contrôles de sécurité à l'aéroport quand elle voit son fils, devant elle, se faire embarquer par un homme en uniforme. Prise de panique, elle sonne l'alerte. Mais les autorités mettent sa parole en doute. Alors que Stéphanie raconte sa version des faits au FBI, il devient évident que cette histoire est bien plus qu'un enlèvement. Pourquoi voudrait-on kidnapper Jimmy ? Qui est vraiment cet enfant pour elle ? Un thriller fiévreux et palpitant, dont on sort médusé. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs















