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  • Deux sœurs

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Deux sœurs Elizabeth Harrower Rivages 29 avril 2017 354 pages Traduites par Paule Guivarch Thriller Chronique 25 mai 2017 Ce texte fut publié d'abord en 1966, c'est effectivement un classique dans la lignée de Daphné du Maurier ou de Pearl Buck. Le sujet en est malheureusement toujours aussi moderne, celui de la condition féminine mais particulièrement du destin de celles qui se retrouvent entre les mains d'un pervers narcissique. Sydney, années 40/45, deux soeurs Laura et sa cadette de huit ans Clare sont littéralement abandonnées à leur sort par une mère irresponsable et égocentrique à la disparition de leur père. Laura pianiste, chanteuse, littéraire douée et promise normalement à un bel avenir doit oublier ses rêves et son désir d'étudier afin de prendre en charge leur trio sur le plan financier en acceptant un travail de sténo pour l'entreprise Shaw. La mère souhaitant retourner en Angleterre, Laura va accepter de se marier avec son patron de 25 ans plus âgé. C'est un contrat pur et simple pour mettre les deux soeurs à l'abri dans la joli maison de banlieue de Felix Shaw, leur "bienfaiteur". Cependant très habilement l'auteure met tout en place comme dans un film d'Hitchcock, pour transformer une vie qui pourrait être paisible en un cauchemar de tous les instants, une torture tant pour les deux femmes que pour nous. Par traits délicats, petites touches grinçantes, c'est un thriller psychologique insupportable qui donne des envies de rébellion et de crier, on aimerait sauver Laura du bourreau mais aussi d'elle-même. Car ce qui est passionnant et maléfique plus que le mal nommé Felix, ce sont les mécanismes psychologiques pervers qui vont s'installer dans le cerveau de Laura pour supporter l'indicible et même se donner le mauvais rôle. Pourra-t' elle être sauvée, qu'adviendra-t'il de Clare témoin et victime collatérale ? Un vrai thriller psychanalytique australien d'une grande actualité ! Traduit seulement aujourd'hui, espérons avoir accès à d'autres titres de Mme Harrower. Quatrième de couverture Après « Un certain monde », très remarqué par la presse et les libraires, Rivages poursuit la découverte de ce génie méconnu des lettres australiennes avec un nouvel inédit, «Deux sœurs», roman psychologique qui plaira aux fans de Daphné du Maurier. Clare et Laura décident de fuir leur terrible famille grâce à Felix, un homme charmant qui se présente en bienfaiteur. Mais l'homme se révèle d'une grande cruauté au fil du temps, manipulateur et tyran. Best-seller en Australie, ce livre s'impose comme un classique instantané. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Des mots pour agir contre les violences faites aux femmes

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Des mots pour agir contre les violences faites aux femmes Eve Ensler et Mollie Doyle Editions des Femmes Antoinette Fouque Bibliothèque des voix 10 février 2021 1 h 52 , lu par Guila Clara Kessous avec la participation de Francis Huster Manifeste Chronique 31 mars 2021 Francesca Isidori à la réalisation : « Parler des violences faites aux femmes, parce que c’est un problème qui est au cœur même de ce monde et dont on ne parle pourtant toujours pas, qu’on ne voit pas, auquel on ne donne pas de poids ou de sens. Pour que les mots brisent l’engourdissement et la négation, la dissociation et la distance, les mensonges. » E.E. Ce recueil rassemble des textes écrits par une cinquantaine d’écrivaines et écrivains américains, sous la direction d’Eve Ensler et Mollie Doyle, pour servir de base à l’organisation d’événements contre les violences faites aux femmes et aux filles. Les bénéfices de la vente de ce livre parlant seront versés à La Cité de la Joie, le centre révolutionnaire fondé par Eve Ensler et le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix, où trouvent refuge et soutien les victimes de viols de guerre en République Démocratique du Congo. Guila Clara Kessous est artiste de l’Unesco pour la Paix, elle a reçu en 2020 le Global Gift Women Empowerment Award. Texte d'origine : A Memory, a Monologue, a Rant, and a Prayer, 2007, Villard Books – The Random House Publishing Group devenu Des mots pour agir contre les violences faites aux femmes, 2009, Éditions des femmes - Antoinette Fouque pour la traduction et l’édition française en 2009. Je vous dirai presque d'écouter en premier la dernière plage de cet ouvrage tant le texte de 9'25" de Antoinette Fouque « Pour un nouveau contrat humain » est édifiant, percutant, porté par un souffle de passion, une réelle indignation et le désir ardent d'informer l'auditoire, afin qu'ensemble nous empruntions avec succès le virage sociétal qui se présente à nous, sans laisser qui que ce soit sur le bas côté. Pour le bien commun, nous devons avancer, nous battre pour un monde égalitaire où chacun puisse grandir, vivre, s'épanouir quelque soit son genre, sa nationalité, sa religion, etc... puisque ce qui est fondamental est notre appartenance à l'humanité. Que la moitié de celle-ci soit, depuis l'avènement du patriarcat tout puissant, reléguée à un rôle subalterne, objetisée, battue, violentée, mise plus bas que terre par des actes insupportables de cruauté ou des comportements plus insidieux et policés tout aussi destructeurs, ne peut être la suite de notre histoire commune. Un équilibre doit être absolument trouvé, les injustices, crimes, actes de violences contre les femmes quels qu'ils soient dénoncés, condamnés lourdement. Les mentalités doivent changer au plus vite. Cette métamorphose de notre monde peut et doit se faire sans "guerre" de sexe, sans faiblesse ni compromission. Un NON puissant s'élève des voix multiples réunies ici dans cet enregistrement, de tous les horizons, de toutes les époques, citoyen(ne)s agissant pour sauver les victimes d'aujourd'hui et l'avenir de nos enfants... La plus grande révolution de l'histoire de notre humanité passe par cela, il n'y a pas d'autre choix possible. La liste des textes : - À la recherche de la musique du corps de Michael Klein - Premier baiser de Mollie Doyle - Ténèbres de Betty Gayle Tyson - Blueberry Hill de Christine House - Le massacre de Marie Howe - Ma mère les mains raides comme des poignards de Dave Eggers - Maurice de Kathy Najimy - Monologue du Darfour de Winter Miller - Celia d'Edwige Danticat - Je me dis que je ferme les yeux pour la dernière fois de Hanan al-Shaykh - En souvenir d'Imette de Periel Aschenbrand - Respect de Kimberlé Crenshaw - Vivre libre au grand jour, et qu'importent les représailles de Talisma Nasreen - Le soutien-gorge de Sharon Olds - Bain de bière à la banane de Lynn Nottage - Boîte de nuit de Nicole Burdette - Travail d'une femme de Maya Angelou - La fourrure est de retour d'Eve Ensler - À la reconquête de notre force intérieure de Jane Fonda. Et enfin le texte de Antoinette Fouque pré cité. Que ce soit fictionnel ou relatant des faits, tous s'inspirent d'une réalité haïssable, détruisant des femmes dans la sphère intime mais également sur des théâtres internationaux, où le viol est utilisée comme une arme de guerre massive, où l'esclavage est un système économique, où des familles et plus largement des sociétés entières sont gangrenées, détruites, anéanties et cela ne peut être plus longtemps toléré. Avec la mondialisation nous ne pouvons plus nous permettre de détourner les yeux : il est ici le Mal absolu, pas au loin, et il revêt toujours les mêmes atours, pose toujours les mêmes actes. Le sexe de la femme et sa capacité extraordinaire à procréer est au centre de tous les enjeux politiques, économiques, sociétaux. J'ai été perturbée, chamboulée, traumatisée, sidérée, mise en fureur par ces textes qui en soit sont un unique cri. Je m'y suis retrouvée également. Cette clameur est d'une puissance phénoménale, porteuse d'espoir, nous invitant à poursuivre la lutte de tous les instants chez nous, en nous-mêmes et en nous impliquant dans des mouvements mondiaux contre les violences faites aux femmes. Vous écouterez principalement la voix de Guila Clara Kessous et pour un extrait, celle de Francis Huster. Les deux artistes réussissent à servir cette partition délicate, difficile, avec infiniment d'empathie et de respect. Leur engagement est indéniable. Les voix sont plus que jamais l'Orient du texte, là où surgit la lumière. Quatrième de couverture « Parler des violences faites aux femmes, parce que c’est un problème qui est au cœur même de ce monde et dont on ne parle pourtant toujours pas, qu’on ne voit pas, auquel on ne donne pas de poids ou de sens. Pour que les mots brisent l’engourdissement et la négation, la dissociation et la distance, les mensonges. » E.E. Ce recueil rassemble des textes écrits par une cinquantaine d’écrivaines et écrivains américains, sous la direction d’Eve Ensler et Mollie Doyle, pour servir de base à l’organisation d’événements contre les violences faites aux femmes et aux filles. Les bénéfices de la vente de ce livre parlant seront versés à La Cité de la Joie, le centre révolutionnaire fondé par Eve Ensler et le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix, où trouvent refuge et soutien les victimes de viols de guerre en République Démocratique du Congo. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Derrière les grilles de Summerhill

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Derrière les grilles de Summerhill Nikola Scott City Editions 13 janvier 2021 368 pages traduites par Hélène Tordo Thriller Historique Chronique 2 février 2021 Dans la tradition des livres de Jane Austen quant à la qualité de l'analyse sociologique et psychologique d'une Angleterre à la veille de grands tournants historiques ou sociétaux, ce roman de Nikola Scott est une réussite. Basculant entre deux jeunes femmes à deux époques différentes, aujourd'hui dans un monde en pleine mutation et remise en question de son fonctionnement patriarcal, et à la veille de l'entrée en guerre du pays en 1939, l'auteure décortique l'enchaînement et le déroulement de faits successifs, qui mis bout à bout, peuvent mener à une tragédie, à des vies gâchées. Ce qui relie Chloe l'épouse enceinte, mariée à un médecin inquiétant, à Madeleine, toute jeune fille attendant le retour de sa sœur Georgiana en cet été 39 au Domaine de Summerhill, est un personnage de livre pour enfants, Roxy le petit renard. Ce héros créé par Maddy, qu'elle a mis en scène dans ses illustrations, a pris une place essentielle et positive quelques années plus tard dans l'existence de deux orphelins apeurés : Chloe et son frère Danny, atteint d'une maladie dégénérative. Grâce à cet être de fiction courageux et affrontant les difficultés sur son chemin, ces deux femmes vont se rencontrer à un moment dramatique de l'existence de Chloe qui vient d'apprendre sa grossesse. Nous comprenons assez vite qu'elle est en grand danger. Il est symboliquement très beau et juste que le héros de son enfance réapparaisse par "hasard" à l'instant où tout pourrait tourner à la catastrophe. Lui qui lui a donné la force de surmonter la mort de ses parents et de porter la responsabilité écrasante de son jeune frère, revient alors qu'une vie innocente grandit en elle et qu'elle doit donc prendre des décisions essentielles à leur survie. Elle est à la croisée des chemins... Foxy a également été d'une grande aide pour Madeleine voici des décennies, lorsque le monde s'apprêtait à plonger à nouveau dans un gouffre. L'orage s'approchait, la menace se précisait alors que Georgiana revenait au domaine familial à bord de sa voiture, après six mois en Europe, accompagnée d'amis et d'un séduisant et énigmatique prétendant.... Le danger à quelques années de différence plane au dessus de Chloe et Madeleine, mais aussi de Georgiana et Danny. Comment la trajectoire de l'une peut être déviée par l'expérience de l'autre, voilà ce que Nikola Scott raconte avec talent et sensibilité dans ce roman historique qui peut s'apparenter à certains moments à un thriller tant le suspense nous fait frissonner. Ce récit dont on devine en partie les tenants et aboutissants pourrait sembler classique par son style et sa forme. Certainement l'est-il dans le bon sens du terme, cependant il traite de sujets graves aux conséquences néfastes et inadmissibles hier comme aujourd'hui. J'ai beaucoup aimé ce livre que j'ai lu avec énormément de plaisir en raison de la beauté de l'écriture, la qualité du scénario. On ressent énormément d'empathie pour les personnages ; les descriptions des cadres de vie et la reconstitution historique nous permettent une immersion complète dans ces lignes. On repense en tournant la dernière page aux livres de notre enfance et à leur importance dans la construction de notre personnalité, de notre être profond. « Derrière les grilles de Summerhill » est un hymne à la littérature enfantine et à la transmission des savoirs entre des générations de femmes. Quatrième de couverture Alors qu’elle s’apprête à donner naissance à son premier enfant, Chloe semble tout avoir pour être heureuse. Pourtant, derrière la façade d’une vie de famille parfaite, c’est une jeune femme blessée. Un jour, le hasard conduit ses pas à Summerhill, une grande propriété en bord de mer. C’est là que vit Madeleine, une vieille dame qui a passé toute sa vie dans ce lieu enchanteur. Malgré leur différence d’âge, les deux femmes se rapprochent et Chloe devine que de douloureux secrets hantent Madeleine depuis la fin des années 1930. Alors que le monde bruissait des rumeurs de la guerre, les drames se sont succédé derrière les grilles de Summerhill. Chloé découvre que sa vie et celle de la vieille dame ont d’étranges similitudes. Dans les méandres de l'histoire de cette famille, Chloe va chercher à percer ses propres secrets... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Dans la toile

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Dans la toile Vincent Hauuy Hugo Thriller 2019 396 pages Thriller Chronique 5 mars 2020 Complètement fou, furieux même, mais quel livre ! Troisième opus pour cet auteur dont l'intelligence me stupéfie encore. Concepteur de jeux vidéo par ailleurs, je suis toujours abasourdie, admirative de la façon dont il est capable de traiter énormément de données en même temps tout en poursuivant un but bien précis. C'est comme si nous étions en face d'un immense puzzle et que, pendant que nous reconstituons lentement l'image d'ensemble, lui l'ai déjà, dans son esprit, terminée. Nous avons en permanence des trains de retard et courons après les différents personnages comme nous pouvons. Dans les deux premiers livres de Vincent Hauuy, j'étais d'emblée perdue sachant que je n'ai pas le même fonctionnement intellectuel que l'auteur, pas la même logique. Déroutant et original d'où évidemment un immense succès de librairie. Cette fois-ci, je me sentais plus sécure au départ dans un environnement que je croyais comprendre. À tort, car des paliers se sont succédés jusqu'au tourni. Nous sommes pris dans différentes toiles : celle tissée par l'auteur, par les personnages consciemment ou à leur insu, mais aussi dans la peinture née de l'esprit embrumé d'Isabel. Un thriller excellentissime tout en duplicité, pièges, ressemblant à une énorme et terrifiante matriochka. Bravo ! Décidément, j'ai vraiment été gâtée avec les thrillers lus ces dernières semaines. Quatrième de couverture Isabel Gros est une miraculée. Seule survivante d'une fusillade, elle a passé deux semaines dans le coma. Contrainte d'abandonner sa carrière de critique d'art et ne supportant plus la vie citadine, elle quitte Paris avec son mari, pour s'installer dans leur nouveau chalet, au cœur des Vosges. Souffrant de graves séquelles, Isabel pense se reconstruire grâce à la peinture. Mais le malaise qu'elle ressent dès son arrivée va rapidement se transformer en terreur. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Correspondance

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Correspondance Clarice Lispector Editions des Femmes Antoinette Fouque 2021 400 pages traduites par Didier Lamaison, Claudia Poncioni et Paulina Roitman Divers Chronique 24 décembre 2021 Edition intégrale. Je ne sais pas pour vous mais à chaque fois que je lis les lettres d'une personnalité sachant sa date de décès, je ressens une tristesse indicible, je me sens presque coupable de ne pas l'avertir, d'autant plus, lorsque celle-ci est attachante et bouleversante. C'est ici le cas de Clarice Lispector dont nous pouvons suivre la trajectoire, celle d'une très grande écrivaine, singulière, originale, depuis les années quarante jusqu'à sa disparition en 1977. Nous rencontrons une jeune fille et épouse de diplomate, issue de la bonne société, se sentant profondément brésilienne, éprouvant un manque, une mélancolie teintée d'humour, la saudade dont le sens réel est si peu traduisible. Une brésilienne donc d'origine russe qui écrit ces lettres à ses deux sœurs, à sa famille, à ses amis comme si c'était une conversation orale. Le moyen pour elle de maintenir l'illusion d'être encore chez elle. Elle écrit n'importe où, elle se livre sans affectation, avec amour, loyauté, taquinerie, tour à tour la camarade, l'écervelée de façade, la grande sœur voire même la "mère juive" un peu soulante. Elle souffre de son éloignement imposé par le mandat diplomatique de son époux nommé en Italie, en Suisse, aux USA... avec et pour lequel, elle joue la comédie des apparences. Elle connaît les codes, elle les applique alors même que les conditions de vie sont précaires, que le conflit mondial tape à sa porte. Elle discourt sur des riens, des futilités, sur les babioles et souvenirs qu'elle achète pour sa famille, pour rassurer celle-ci et donner le change. C'est en réalité une âme intranquille, intransigeante, précautionneuse, respectueuse des autres, capable malgré son manque de sûreté, de juger ses contemporains, de les analyser, d'accepter leurs imperfections, trop consciente de ses propres limites. Le divorce et son retour au Brésil avec ses deux fils, sa maturité nouvelle, sa carrière d'écrivain, de journaliste, son talent à se relever, à faire face au quotidien difficile pour tout artiste, à quelques exceptions près, sa pugnacité et sa capacité à défendre ses droits en tant qu'écrivaine, à obtenir des contrats juridiquement acceptables pour elle et ses héritiers, son absence totale de naïveté, en font une femme, une mère, une amie, une créatrice, une citoyenne du monde admirable et complète. Elle devient pygmalion de deux jeunes écrivains allant même à considérer Andrea comme la fille qu'elle aurait voulu avoir. Elle se dévoile et en même temps reste d'une grande pudeur sur ses grands chagrins, sur la maladie de son fils aîné, sur ses relations houleuses avec son époux, sur ses terreurs pendant la Seconde Guerre mondiale alors qu'elle est basée à Naples, sur les horreurs dont elle est témoin ne serait-ce qu'à l'hôpital militaire. Élégance, éducation, souci de ne pas inquiéter ceux qu'elle aime, ou peut-être processus de préservation afin de pouvoir continuer à écrire et à créer. J'ai recopié trois passages édifiants ayant trait à ce qui forge la nature d'un artiste, sur la ponctuation et sur son style littéraire. Je vous les communique après la présentation de l'éditeur. Certains passages de ces lettres à Pierre de Lescure chez Plon, en français, sont des plus savoureuses. Son art à jouer du système, de la flatterie, pour obtenir par exemple la nationalité brésilienne dans sa lettre adressée au président, est indiscutable. Étonnamment, elle ne parle pas directement de la guerre qui fait rage, ni de son statut de juive ( elle est athée) ; elle partage cependant ses moments nombreux de déprime dans ce rôle de femme de ... si mal taillé pour elle. À part son rôle effectif à l'hôpital auprès des militaires tombés au combat, elle semble vouloir rester dans une bulle protectrice. Elle s'ennuie ou plutôt se sent inutile alors que son premier roman paraît ...elle n'a que 23 ans. Dans les critiques, on la compare à Virginia Woolf qu'elle n'a pourtant jamais lue, encore. Disséquer l'âme humaine dans un style inimitable, très personnel, en décalage, fera d'elle la figure littéraire brésilienne incontournable. La naissance de ses fils l'ancre un peu plus dans la réalité et en même temps l'amène à faire perdurer la magie de l'enfance et de l'innocence dans des contes oniriques. Ses échanges avec les grands noms de l'art, de la littérature, de l'intelligentsia internationale sont autant de témoignages historiques et précieux, des trésors. Extraits : 1/De la ponctuation À Pierre de Lescure, Éditions Plon, décembre 1950, rédigée en français avec des fautes laissées par l'éditeur : « Je ne vois pas de raison pour qu'en français le livre devienne une autre œuvre. Je voudrais encore éclaircir le suivant. La ponctuation que j'ai employée dans le livre n'est pas accidentelle et ne résulte pas d'une ignorance des règles grammaticales. Vous m'accorderez que les principes élémentaires de ponctuation sont apris dans n'importe quelle école. Je suis pleinement consciente des raisons qui m'ont fait choisir une ponctuation et je tiens à ce qu'elle soit respectée. » 2/De la traduction Toujours à Pierre de Lescure « PS : J'ai révisé la liste de phrases jointes à votre lettre et dont la compilation a l'objectif de me prouver mes « impropriétés de vocabulaire ». Je tiens à vous faire savoir que je n'ai trouvé aucune impropriété dans les phrases que vous avez choisies. Ce que j'ai trouvé c'est exactement ma façon d'écrire, dont le mérite je ne tiens pas/ je me refuse à discuter. Vous avez détaché les phrases du texte a qui elles appartiennent, ce qui n'en facilite pas la compréhension. Comme il s'agit de textes où j'essaie d'enregistrer les pensées les plus intimes de mes personnages, les phrases détachées peuvent paraître plus obscures qu'elles ne le sont. Toutefois, je n'y vois aucune impropriété vocabulaire. » 3/ De la nature artistique À Tania sa sœur « Berne 15 juin 1946 Tania chérie, [...] Chérie, ceux qui font de l'art souffrent comme les autres à ceci près qu'ils ont un moyen de l'exprimer. Si tu en juges à travers moi tu te trompes. Si je souffre en travaillant ce n'est pas du seul fait de mon travail, c'est qu'en outre je ne suis pas très normale, je suis inadaptée, j'ai une nature difficile et ombrageuse. Mais même moi, avec ce tempérament et cette anormalité de tous les instants, si je ne travaillais pas ce serait pire. Quelquefois je pense que je devrais cesser d'écrire, mais je vois bien aussi que travailler est ma morale, mon unique morale. Je veux dire, si je ne travaillais pas, je serais pire parce que ce qui me donne une voie c'est l'espérance de mon travail. » Tout est dit. Je tiens à souligner la qualité extrême de la traduction et le soin apporté comme toujours par les Éditions des femmes Antoinette Fouque. Respect et gratitude. Quatrième de couverture Après les éditions complètes des Chroniques (2019) et des Nouvelles (2017), voici celle de la Correspondance de Clarice Lispector, qui offre pour la première fois en un seul volume près de 300 lettres de l’une des plus grandes écrivaines de son temps. Cette nouvelle édition, publiée au Brésil en septembre 2020, rassemble la correspondance publiée par les Editions des Femmes-Antoinette Fouque dans les recueils Mes Chéries (2015) et Lettres près du cœur (2016), celle publiée par les éditions Payot-Rivages en 2012 sous le titre Le seul moyen de vivre, dans une nouvelle traduction, à laquelle s’ajoutent plus de 70 lettres inédites à la valeur historique inestimable. Ainsi l’on parcourt 37 années de vie d’une épistolière qui en vécut 57, dont une quinzaine loin de son pays. Il y a d’abord les lettres adressées au premier cercle de ses proches : mari, sœurs, fils, apparentées. L’autrice y exprime la quotidienneté sans le moindre apprêt d’une existence expatriée d’épouse attentionnée, de mère attentive, de femme… L’écriture en est ici déconcertante par sa spontanéité et sa connexion directe au réel, chez une écrivaine réputée pour sa sophistication et son extrême autosurveillance. « Vous voulez m’apprendre qu’il pleut ? Dites : « Il pleut ». Il y a ensuite les lettres adressées à un deuxième cercle, celui de ses amitiés littéraires. Soit un nombre conséquent de destinataires contemporains de Clarice, qui ont illustré la vie littéraire brésilienne très brillante pendant ces trois décennies (Lúcio Cardoso, Fernando Sabino. João Cabral de Melo Neto et Lêdo Ivo, Mário de Andrade, ou encore Rubem Braga, Lygia Fagundes…). La vocation littéraire de Clarice, les angoisses et les mystères de la création, les servitudes de l’écriture, les certitudes et les impasses de la pensée nourrissent les interrogations qu’elle adresse à ces grands esprits. Enfin, il y a les lettres pouvant être qualifiées de professionnelles, où l’on voit l’autrice se préoccuper, avec un acharnement émouvant, du sort de ses œuvres, qui dépend d’abord des instances éditoriales, puis de ceux qui en sont les premiers récepteurs : les journalistes. L’importance « énorme » (Clarice adore cet adjectif) qu’elle y attache se révèle, entre autres, par son échange, en français, de quatre lettres avec P. de Lescure, alors directeur des éditions Plon, à propos de la première traduction de Près du cœur sauvage. Par l’incroyable profondeur de l’interprétation qu’elle nous livre de son propre texte, l’autrice nous donne une exceptionnelle leçon d’auto-exégèse. Ainsi cette édition qui vient compléter le cycle de publication de ses œuvres par les Editions des Femmes-Antoinette Fouque, constitue une pièce essentielle du puzzle claricien. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Constance Pascal - Une pionnière de la psychiatrie française (1877-1937)

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Constance Pascal - Une pionnière de la psychiatrie française (1877-1937) Felicia Gordon Editions des Femmes Antoinette Fouque 2023 368 pages traduites par Danièle Faugeras Biographie Chronique 25 mai 2023 « Les idées sont des succédanés des chagrins. » Marcel Proust « « Doctoresse C. Pascal (1877-1937) » est inscrit sur la pierre tombale du cimetière de Neuilly-sur-Marne, 4e division, numéro 1352, il faut se baisser et frotter la pierre pour faire apparaître les lettres, ainsi que celles de Jeanne Pascal-Rees, sa fille, et Edmund Rees, son gendre, une plaque « Souvenir d'amitié », des lichens blancs sur la dalle noircie. » L'oubli aurait pu en effet engloutir le nom de Constance Pascal si sa fille n'avait pas décidé qu'il n'en serait rien, que l'œuvre de sa mère en tant que pionnière de la psychatrie française ne serait pas effacée dans les livres d'histoire toujours si inégalitaires envers la moitié de la population mondiale. Ainsi, vieille femme à l'orée de sa fin, Jeanne Pascal-Rees a pris la plume et écrit à Felicia Gordon. Elle lui a fait confiance, lui a révélé le secret de sa naissance et ce que celui-ci représentait de souffrances endurées par sa mère. La période de cette fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle n'est pas tendre pour les femmes. Elles sont enfermées dans un carcan de lois patriarcales injustes et insupportables. Dès sa jeunesse en Roumanie, le pouvoir de son père s'abat sur la jeune fille de bonne famille, celui-ci ne lui laissant pas le choix : se marier, enfanter et se taire. Difficile d'accepter cela pour Constanza à la tête bien faite, éduquée, curieuse, surdouée. Un rêve, partir en France dont elle parle la langue. Elle se coupe de ses racines, de cette famille, de ce frère Trajan qui a repris le flambeau paternel, et se lance seule dans une nouvelle vie en pays étranger. Même aujourd'hui, nombre d'entre nous serions paniqués. Sa terreur l'oblige à se surpasser, elle réussit, se fait lentement une place dans le monde hospitalier et particulièrement dans celui de la psychiatrie. Cela signifie qu'en cette époque bénie, elle ne peut ni se marier car elle serait de facto reconsidérée comme mineure sous tutelle de son époux et ne pourrait évidemment pas garder son poste, ni avoir d'enfants hors mariage. De plus le personnel étant logé sur place, bonjour la promiscuité, l'absence de vie intime et de confort. Elle est engagée dans la lutte pour l'égalité entre les sexes et le droit de vote des femmes mais use également de ses atouts féminins pour obtenir ce qu'elle veut sans en abuser. Elle utilise les codes de son époque : là où les journalistes et les collègues ne voient qu'une charmante et très féminine doctoresse, ils devraient discerner le caractère en acier trempé, la volonté farouche de se faire entendre et d'obtenir les améliorations indispensables à la bonne marche des services psychiatriques dont elle a la charge. Elle n'est pas présentée par Felicia Gordon comme une personne irréprochable, exemplaire, héroïque. Elle est imparfaite, autoritaire, entêtée, faillible car femme et doctoresse de son temps, par exemple son traitement par chocs émotionnels pathogènes ou thérapeutiques de certaines maladies mentales est pour le moins dangereux, et l'utilisation des internés pour ces essais sans leur consentement plus que discutable. En revanche mettre sous le tapis sa contribution évidente et essentielle aux progrès des soins apportés aux malades en ce début du XXème siècle, à la manière de les traiter avec humanité, en particulier les enfants pour certains moins atteints ayant accès grâce à elle à l'éducation, son obsession de l'hygiène, de l'ordre, du non-usage de la violence, est totalement inacceptable. Son questionnement sur l'origine des pathologies, innées ou acquises, est primordial ; Sa remise en question des théories freudiennes est remarquable comme sa compréhension de l'importance de la psychologie et de la bienveillance auprès des malades mais aussi du personnel soignant. Son problème avec l'autorité découle certainement de ses relations traumatisantes avec son père et ensuite son frère. Cette femme est orageuse et ses éclairs peuvent être violents. Enquiquineuse, entêtée, insupportable, mais aussi clairvoyante, géniale, profondément humaine sous des dehors froids et professionnels. Les responsabilités qu'elle va endosser dans un monde d'hommes sont colossales et l'épuiseront. Mais elle va continuer jusqu'au bout de ses forces. Quant à sa vie privée, il est difficile pour nous de comprendre à quel point la société entière maintenait les individus piégés par des règles qui nous apparaissent totalement ubuesques aujourd'hui. Ainsi cette impossibilité de se marier si une femme travaillait, l'opprobre jeté sur les mères célibataires, l'interdiction pour un individu de divorcer d'un conjoint interné, ou pour un militaire de se marier s'il voulait faire carrière. Les relents de l'ère napoléonienne sont encore bien puissants et vont empoisonner la vie intime et professionnelle des français jusqu'à l'après Seconde Guerre mondiale. Constance va vivre toute sa vie de mère dans la crainte que le secret de la naissance de sa fille bien aimée ne soit découvert. Cette biographie est passionnante tant elle nous fait découvrir, par le biais de la vie exceptionnelle de cette héroïne, l'histoire de la psychiatrie moderne. Un livre remarquable, bâti sur des fondations solides, des documents privés mis à disposition généreusement par Jeanne Pascal-Rees, et officiels. On mesure actuellement combien le chemin sera encore long pour que les malades soient pris en charge correctement, tant il est évident que nous pouvons nous inquiéter des traitements appliqués aujourd'hui dans certains établissements psychiatriques. Nous régressons, c'est un fait, malgré toute l'abnégation et l'implication de certains membres du personnel hospitalier. Ce sont toujours les plus faibles et démunis qui souffrent en période de guerre. La nôtre est sociale et économique. Ne nous leurrons pas et faisons en sorte que tous les progrès et toutes les avancées réalisés par des praticiens telle Constance Pascal n'aient pas été vains. Quatrième de couverture Constance Pascal a été l’une des premières femmes psychiatres en France, début du XXe siècle. D’origine roumaine, elle décide très jeune de prendre son destin en main et débute des études de médecine en France. Connue pour ses travaux sur la démence précoce, elle a fondé l’une des premières écoles françaises pour les enfants présentant de graves difficultés d’apprentissage. Sa ténacité lui a aussi permis d’obtenir la direction de plusieurs départements de psychiatrie. Soucieuse d’améliorer les traitements ainsi que le confort de vie de ses patients, elle s’est heurtée toute sa carrière à la misogynie et au mépris de certains de ses supérieurs hiérarchiques. Cela n’a en rien entamé sa détermination. L’analyse d’articles et travaux de Constance Pascal elle-même permet d’appréhender son apport à la psychiatrie avec plus d’acuité. Dans cette biographie fournie, mêlant archives de sources institutionnelles et familiales, Felicia Gordon s’attache également à retracer le parcours intime de cette femme d’exception, à travers sa relation discrète mais constante avec le général Mengin mais aussi celle, toute aussi belle, qui l’unissait à sa fille. Cette biographie n’est pas seulement celle de Constance Pascal. Il s’agit d’une fresque vivante du développement de la psychiatrie en France, de la Belle époque jusqu’à la veille de la seconde guerre mondiale. On imagine difficilement, n’est-ce-pas, une vie plus laborieusement et plus glorieusement remplie ? Mais ce ne fut pas, certes, sans avoir à lutter contre toutes les routines, les préjugés de tous ordres et surtout contre un misonéisme parfois intransigeant. Les femmes de la génération qui monte ne devront pas oublier au prix de quels efforts, de quels sacrifices, de quelles douleurs parfois leurs aînées auront creusé le sillon. Élise Émile-Magne à propos de Constance Pascal. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Congo Requiem

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Congo Requiem Jean-Christophe Grangé Albin Michel 4 mai 2016 736 pages Thriller Chronique 1 décembre 2017 Suite de « Lontano », on retrouve tout le clan Morvan. Le patriarche Grégoire, ancien de la police ayant rendu des services multiples et secrets aux différents gouvernements en place, usant de méthodes violentes, hors la loi pour raison d'État. En parallèle, il multiplie ses sources de revenus comme avec l'entreprise Coltano au Congo, mine où s'échinent des pauvres hommes et enfants à extraire du Coltan, utilisé entre autres pour nos fichus portables. Fait avéré de ces pays européens se repaissant sur les cadavres d'Africains sacrifiés sur l'autel de nos faux besoins de consommation. Un Grégoire Morvan haï par ses trois enfants, témoins de sa perversité et de sa cruauté pendant toute leur enfance. Une femme Maggie assujettie et complice des crimes de son mari ; un fils aîné Erwan flic au 36, en recherche de vérité sur son père et sur son histoire réelle, non la fable d'une origine bretonne ; Gaëlle fille à papa insupportable, borderline, vendant son physique aux plus offrants, et enfin et pas le moindre, Loïc, génie des finances, cocainomane, en instance de divorce de Sofia, la progéniture d'un condottiere mafieux en cheville avec Grégoire depuis des années. Nous retrouvons l'enquête sur l'Homme-clou, ce tueur en série reproduisant les rites magiques transformant ses victimes en statues votives. Ainsi Grégoire pour aller surveiller ses intérêts sur place au Congo à la mine de Coltano, et Erwan cherchant à clore son dossier sur le tueur fou et en particulier un des premiers meurtres ignobles de Cathie Fontana, partent ensemble pour l'Afrique. Dans une ville créée de toutes pièces par des descendants de colons belges, l'homme-clou avaient tué sauvagement plusieurs de leurs filles. Cette affaire avait alors été confiée à Grégoire en début de carrière ; les destins de l'homme-clou et des Morvan Père et fils sont manifestement liés. Je ne peux en dire plus sans dévoiler des éléments du premier tome. Le dernier personnage de ce monstrueux récit est l'Afrique , terriblement attirante, belle, addictive, mais surtout dangereuse, où toutes les atrocités, les impossibles ont lieu, où l'on tue des peuples entiers sans états d'âmes, où certains, oubliant leur Terre, la vendent et la trahissent pour un pouvoir éphémère. La guerre du Rwanda, les génocides sont dans toutes les pensées, les deux conflits du Congo également, mais les hommes ont la mémoire courte et le goût du sang. Des passages d'une extrême violence quoique lyriquement écrits, et indispensables à la compréhension du récit, sont à lire avec précaution. Les enjeux politiques et financiers sacrifiant les peuples sont parfaitement expliqués. Et ce ne fut pas simple, car rien n'est simple en terre africaine. En parallèle, un assassinat horrible survient en Italie, donnant l'occasion à Loïc et Gaëlle de prendre la main en l'absence du père et du grand frère. Un passage de témoin, un changement dans l'équilibre des forces passionnant à suivre. Et puis l'impensable arrive... Un thriller sombre où l'inéluctable est la règle, où tout n'est qu'apparence, où les certitudes du premier tome volent en éclats. Du grand art ! Quatrième de couverture On ne choisit pas sa famille mais le diable a choisi son clan. Alors que Grégoire et Erwan traquent la vérité jusqu'à Lontano, au cœur des ténèbres africaines, Loïc et Gaëlle affrontent un nouveau tueur à Florence et à Paris. Sans le savoir, ils ont tous rendez-vous avec le même ennemi. L'Homme-Clou. Chez les Morvan, tous les chemins mènent en enfer. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Commedia nostra

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Commedia nostra Sylvain Gillet Ramsay 18 août 2020 312 pages Polar Chronique 3 novembre 2020 Un jeu de dupes et tromperies distillé par une gouaille à la Audiard. Un style actuel et des situations délirantes. " Qui aime bien châtie bien, dit-on ! Je l'espère et le crois après avoir lu ce polar ébouriffant de Sylvain Gillet qui n'y va pas avec le dos de la cuillère : les comédiens et la faune qui les entoure en prennent pour leur grade, disons-le.... L'auteur déploie un arsenal impressionnant contre ses maudits théâtreux, intermittents du spectacle débutants ou sur le retour, mythomanes professionnels, tristes clowns et héros de pacotille, agents artistiques minables, metteurs-en-scène ratés, survoltés, techniciens de plateau sans espoirs.... Tout n'est que vanités, tromperies, apparences, égos surdimensionnés, ridicules, bêtises.... Pas joyeux, joyeux le tableau ! Mais si, au contraire, car le verbe est haut, la fantaisie et l'inventivité littéraires réjouissantes, le rythme enlevé, le scénario formidable et étourdissant, on rit des personnages, des situations, de nous-mêmes, comme en enfance... On se souvient de nos premières amours, nos premiers éclats de rire ou émerveillements à la découverte de Guignol, de Molière, de la comedia dell'arte, d'Audiard... Le plaisir est presque gustatif, on répète les mots, les formules, les expressions truculentes, les traits d'esprit, les sorties imparables... C'est brillant, ciselé, au cordeau, une comédie de boulevard où tout est millimétré et maîtrisé, du grand Art, fruit d'un travail de longue haleine par un Artisan des mots qui remet inlassablement son travail sur le métier, qui peaufine avec amour, exigence, et tendresse oui, tendresse, ces lignes. Car ce qui fait la beauté d'un texte, tel que celui-ci, est évidemment la tendresse et l'empathie, réelles même si bourrues, de l'auteur pour tous ces comédiens, saltimbanques, artistes, incarnés ici par Antoine le Magnifique.... Comme dans une comédie irlandaise où rires et larmes sont intimement liés, où légèreté et drame sont inséparables, la réponse à une question universelle se dessine.... Nous tous, à certain moment de bascule vers la maturité, nous nous interrogeons, comédiens, interprètes ou citoyens lambda : qu'avons nous fait de notre vie ? L'avons-nous réussie ou avons-nous des regrets, des remords, des sentiments de culpabilité lancinants ? Savons-nous finalement, au terme de ce long parcours, qui nous sommes vraiment ? Ici, dans cette fiction drolissimme où tout le monde est le con, l'imbécile, le bouc émissaire des autres, où règnent l'autodérision, l'humour acéré sans possibilité de se fourvoyer ou d'être l'autruche de service, l'expression française "jouer un rôle" prend tout son sens. Être comédien devient un amusement auquel on s'adonne avec beaucoup de sérieux sans plus savoir quand arrêter la partie. Bienvenus chez les schizos incapables d'entendre le clap de fin, continuant à donner la réplique, à incarner un personnage fictif. Réalité, virtualité ? Pour Antoine Aria, rien n'est clair... Il n'y a plus de frontière, à l'instar de son agent aux méthodes peu orthodoxes, flirtant avec la filouterie et qui, inéluctablement, l'entrainera dans une aventure des plus périlleuses où les loubards deviennent maffieux, où les balles sont réelles, où les questions de vie ou de mort sont sur la table.... Mais notre Antoine a du métier, du panache, de la grandeur..... les parrains de tous pays auront du fil à retordre avec ce septuagénaire encore vert.... Préparez-vous à courir, à rire aux éclats tout en essuyant quelques larmes.... Préparez-vous aussi à user de vos petites cellules grises avec célérité, à oublier toute forfanterie, toute galéjade, et à vous regarder à travers le miroir des apparences... Vous l'avez compris : je suis fan ! Merci à l'auteur pour cette lumineuse découverte. Quatrième de couverture Pour Antoine Aria, vieux tragédien au chômage, la coupe est pleine. Jouer la carotte dans une publicité alimentaire est indigne de lui. Alors, quand on lui propose d'interpréter un ancien chef mafieux pour un cachet à nombreux zéros, il n'hésite pas. Seulement cette fois nous serons sur du live. Les partenaires n'auront que très peu connu le Conservatoire et les flingues seront bien réels. Une réconciliation des branches française et américaine de la "Famille" assez éloignée d'une quelconque distanciation brechtienne, qui pourra s'avérer...plutôt dangereuse. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Chien 51

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Chien 51 Laurent Gaudé Actes Sud 17 août 2022 304 pages Roman Chronique 27 décembre 2022 « À celles et ceux qui n'ont pas oublié Delphes. » « Car ce qui a existé une fois fait partie pour toujours des archives indestructibles. » Paul Claudel, Le soulier de satin, Deuxième journée, scène XIII. J'ai fini cet ouvrage dans le même état de stupeur admirative que lorsque j'ai tourné la dernière page de "Sidérations" de Richard Powers paru en 2021 chez Actes Sud. « Chien 51 » au titre si énigmatique est un roman d'anticipation politique, sociétal et onirique. Une poésie d'autant plus violente et presque venimeuse qu'elle imprègne ce texte, terrifiant de justesse et de pertinence, d'une fausse douceur, d'une fluidité anormale. Le sentiment d'inéluctabilité est insupportable, la perte du contrôle sur nos vies, jour après jour, dans tous les domaines est mise en lumière adroitement dans cette fiction où tous les curseurs de l'improbable sont poussés au maximum. Nous glissons de plus en plus vite vers l'inacceptable depuis quelques années à l'instar des personnages de ce cauchemar que ce soit Zem Sparak le flic ou « chien » de la zone 3, assez âgé pour avoir vécu dans le monde d'avant, ou sa partenaire imposée, la jeune inspectrice en zone 2, Salia Malbergh. Dans un univers où des check points contrôlent le flux entre les différentes parties de Magnapole, la discrimination règne, l'impérialisme est tout puissant, la population n'est que bétail à qui l'on dit quand travailler, quand copuler : « On ne dit plus salarié mais cilarié parce qu'être chez GoldTex, c'est être autant un citoyen qu'un salarié. » Une carotte lui est tendue régulièrement, celle de la grande loterie de Destiny. D'un côté de la ville, en zone 3, le froid, la saleté, le pourrissement, la désespérance et la peur de tout et surtout des colères du ciel et des pluies acides car nul dôme pour protéger les habitants ; en zone 2, ce n'est pas le paradis mais il y a le dôme, on y travaille dur, obéissant aveuglément aux ordres du pouvoir central. Quelques résidents de la zone 3 y transitent le temps d'une journée de labeur. La zone 1 est l'Olympe où vivent luxueusement les élus, les ultra riches. Je me suis référée aux oeuvres de Enki Bilal ou Stephen King notamment « Under the dome », mais aussi au film de CostaGavras, « Adults in the room » concernant la crise économique et humaine en Grèce voici peu de temps. Les deux enquêteurs se retrouvent à devoir collaborer malgré eux car le corps éventré, retrouvé en zone 3, appartient à un certain Pamouk résidant en zone 2, heureux gagnant du tirage de Destiny et bénéficiaire d'une rarissime greffe d'Ethernytox octroyée qu'à certains privilégiés. Le greffon a été sauvagement prélevé. Curieux ! Plus notre tandem relève d'indices, plus il est perdu ; toutes les pistes mènent à un très haut personnage responsable de la sélection des heureux bénéficiaires de cet Ethernytox, Mr Kanaka, élu de la Commission santé. Dans cette cité où « une dissolution totale de l'individu dans le grand projet commun. N'être plus rien qu'un corps qui travaille » est la règle absolue, comment un homme d'hier, apatride mais toujours profondément grec, peut-il survivre ? Quelle raison a-t-il de continuer à vivre lui, le traître à lui-même et aux autres ? Cette rencontre avec Salia, cette enquête, vont-elles lui permettre de trouver une forme de rédemption ? Tant de questions restent en suspens : Pourquoi 51 ? Qu'est devenu la femme de sa vie disparue dans les limbes ? Y a-t-il un avenir acceptable pour le monde ? Retournera-t-il un jour en ce lieu qui fut la Grèce, peut-être à Delphes ? Quand viendra la paix, enfin ? Oscillant entre brutalité, description factuelle, poésie hypnotique et sensualité torride, "Chien 51" est un des grands romans de 2022, courageux, engagé, où tout est dit sans agresser le lectorat quoique soit ses convictions. Un roman percutant émotionnellement et politiquement ayant pour but de provoquer notre réflexion, de suggérer une mise sur pause nécessaire à l'analyse de notre situation actuelle et l'élaboration de solutions. C'est un texte terrible tourné vers l'avenir, tant qu'il en est encore temps. Incontournable ! Quatrième de couverture C’est dans une salle sombre, au troisième étage d’une boîte de nuit fréquentée du quartier RedQ, que Zem Sparak passe la plupart de ses nuits. Là, grâce aux visions que lui procure la technologie Okios, aussi addictive que l’opium, il peut enfin retrouver l’Athènes de sa jeunesse. Mais il y a bien longtemps que son pays n’existe plus. Désormais expatrié, Zem n’est plus qu’un vulgaire « chien », un policier déclassé fouillant la zone 3 de Magnapole sous les pluies acides et la chaleur écrasante. Un matin, dans ce quartier abandonné à sa misère, un corps retrouvé ouvert le long du sternum va rompre le renoncement dans lequel Zem s’est depuis longtemps retranché. Placé sous la tutelle d’une ambitieuse inspectrice de la zone 2, il se lance dans une longue investigation. Quelque part, il le sait, une vérité subsiste. Mais partout, chez GoldTex, puissant consortium qui assujettit les pays en faillite, règnent le cynisme et la violence. Pourtant, bien avant que tout ne meure, Zem a connu en Grèce l’urgence de la révolte et l’espérance d’un avenir sans compromis. Il a aimé. Et trahi. Sous les ciels en furie d’une mégalopole privatisée, “Chien 51” se fait l’écho de notre monde inquiétant, à la fois menaçant et menacé. Mais ce roman abrite aussi le souvenir ardent de ce qui fut, à transmettre pour demain, comme un dernier rempart à notre postmodernité. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Bréviaire de la brouette

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Bréviaire de la brouette Michel Giard De Borée 11 mars 2021 120 pages Historique Terroir Recueil Chronique 9 avril 2021 Dans la catégorie Beaux livres, voici un ravissant ouvrage très joliment tourné et illustré, à lire et admirer pour son plaisir seul ou en famille, entre amis de toutes générations. Car une brouette est l'objet utilisé par tous, des miniatures de nos vacances à la plage, dans les jardins de nos grands parents, dans nos rues, sur les chantiers etc... Tellement présente et usuelle que nous ne la regardons plus. Et pourtant.... Elle est notre Histoire. Repartez à la découverte de la brouette du jardinier, du maraîcher, de la lavandière, du vigneron, du vinaigrier, du cantonnier, du maçon, du forestier, du rémouleur, des laitières, beurrières, fromagères, devenues étals pour les marchands sur les places des villages.... Sans oublier celles des marais salants, des casernes, de l'Exode, du camp de Birkenau, du missionnaire... Vous voyagerez avec les plus exotiques, les chinoises, ou les plus incroyables, celle par exemple du Facteur Cheval. La capitale de la brouette est Saverne.. mais au fait, d'où vient-elle ? Une compagne de nos bonheurs et des jours les plus sombres, brouettes magnifiées dans les peintures, les chansons, au cinéma, l'incontournable des dictons, des jeux d'enfants, des fêtes populaires, des cartes postales... Elle est toujours là, usinée, moins poétique mais porteuse de projets, petits ou grands. Un très très joli livre à glisser dans toutes les poches, à offrir en toutes occasions. Quatrième de couverture Sautez dans la brouette, on va vous pousser jusqu'au fond du jardin ! Vous allez faire une balade abondamment illustrée de documents anciens, photos, cartes postales et dessins pour nous dire combien elle a tenu et rient encore une place bien à elle dans la marche du monde ! Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Brèves de solitude

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Brèves de solitude Sylvie Germain Editions des Femmes Antoinette Fouque 17 juin 2021 4 h 31 mn, lu par l'autrice Roman Chronique 14 septembre 2021 Texte édité en 2021 chez Albin Michel, la musique est une création sonore de Vincent Henquinet, la réalisation toujours très soignée est de Francesca Isidori : J'avais un peu peur d'écouter ce texte quant au sujet traité, en raison de mon extrême sensibilité concernant la détresse, partout visible et choquante nous entourant hier comme aujourd'hui, et la gravité des évènements actuels. Je pensais ne pas sortir indemne, prendre le risque de remettre certaines cicatrices à vif. Et puis, pas du tout. Au contraire même, l'autrice réussit, grâce à sa finesse d'analyse, son regard acéré mais toujours bienveillant, son empathie et bien évidemment son talent de narratrice et d'écrivaine, à nous faire sortir de notre confinement intellectuel et psychologique, à nous faire sourire voire carrément rire de certaines situations totalement ubuesques et savoureuses nées de cette période folle, à nous émouvoir aux larmes à l'évocation des gestes mêmes infimes de profonde humanité, d'amour, de tendresse, de solidarité. Le cauchemar covid 19 commence juste au début de ce récit, il n'y a pas si longtemps et pourtant cela nous paraît soudain si lointain, quelques mois qui semblent des années tant ils furent denses, tant nous retrouver face à l'impensable, face à nous mêmes, a semble-t-il allonger les minutes. Pour certains la conscience de l'avènement d'un changement de société gravissime en marche est immédiate pendant que d'autres continuent leurs vies comme si de rien n'était. C'est le temps où parler, exprimer ses opinions après des mois de réflexion et d'analyse de la situation n'est pas encore venu. C'est le temps de la sidération post choc. La porte d'entrée qui se ferme, qui nous emprisonne tout en nous protégeant, enfin pour ceux qui ne sont pas à la rue... L'occasion pour certains aussi de faire une pause forcée mais en réalité bien venue dans la course poursuite qu'était devenue leur vie, et puis tous ceux seuls qui se prennent tout dans la face, qui ne sont pas armés pour affronter un tel isolement, un tel abandon. Sylvie Germain nous offre, et c'est véritablement un cadeau, une galerie de portraits très contrastée lui permettant d'aborder tous les aspects de cette crise sanitaire des premières heures et ses répercussions négatives mais pas seulement sur : Joséphine, Guillaume, Magali, Anaïs, Xavier, stella, Serge, Émile, Émir, Merlin, Yllka, Garou, Bobby, Ehtnaca, Véronique, un inconnu.....nous finalement. Ce roman est une respiration construit en deux parties, Autour d'un silence et Lune solitudes, une suspension, un moment pour intégrer et faire le point sur ce que nous avons déjà traversé avant d'affronter la suite des événements. « Brèves de solitude » réussit à recréer le lien entre nous, à briser notre isolement. Le témoin est passé, merci à l'autrice qui réussit en outre une très belle lecture de son texte. Quatrième de couverture Ils ne se connaissent pas et se regardent en chiens de faïence dans le square parisien où quotidiennement ils se croisent. Joséphine, Guillaume, Anaïs, Xavier, Stella, Serge, Émir… Ils entendent d’une oreille l’arrivée lointaine d’un fléau au nom baroque. Mais ils ne s’en préoccupent guère, si ce n’est Magali qui vient de retrouver le goût de vivre, ou lorsqu’ils plongent leurs pensées dans les yeux fiévreux d’un vagabond. Bientôt les voici enfermés, à regretter la présence irritante et rassurante des autres. « Ah, qu’on lui en donne les moyens, c’est à-dire du temps, et il écrira son Odyssée, sa Divine Comédie, son Guerre et Paix, son Moby Dick, sa Légende des siècles, son Désert des Tartares, son Crime et châtiment, son Frankenstein, son Bruit et la Fureur, son Vie et destin, son Pavillon d’or… Oui, du temps, du temps rien qu’à lui, et le magma d’images qui couve et bout dans sa tête, le plasma de mots qui gronde et chuinte dans son sang, entreront en éruption, en explosion. Du temps et du silence où laisser résonner toute cette haute clameur. » S.G. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Block 46

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Block 46 Johana Gustawsson Bragelonne Thriller 2015 336 pages Thriller Chronique 4 mars 2017 Je reste silencieuse intérieurement lorsque je lis un texte, mais lors de la découverte de ce récit, Block 46, la Symphonie n° 3 de Gorecki est remontée peu à peu du fond de ma mémoire, du fond de mon âme. Ce livre est bien plus qu'un remarquable thriller, il est un hymne à toutes les victimes de l'indicible, de la cruauté et de la barbarie incompréhensibles qui se sont déchaînées dans les camps et en particulier à Buchenwald. A été atteint un niveau d'inhumanité inimaginable, où toutes les turpitudes de psychopathes ont pu s'exprimer en toute liberté. Ce livre décrit parfaitement la bataille entre le Bien et le Mal dans son exemple le plus représentatif et le plus honteux. La construction magistrale nous fait osciller entre la Suède où est retrouvé le corps de Linnea, jeune créatrice de bijoux talentueuse, et Londres. Là aussi ont été retrouvés des cadavres d'enfants énucléés, trachée sectionnée, bras gauche scarifié. Ces mêmes stigmates relient toutes les affaires et rapprocheront Emily, profileuse canadienne de génie et la française Alexis, écrivaine spécialiste des tueurs en série, et amie de la victime. Ce tandem original remontera toutes les pistes, évitera tous les pièges entre les deux pays, entre 2014 et 1944. Le style est très fluide, direct, les chapitres courts, les glissements entre les époques parfaitement maitrisés, et le profilage du type de criminel ciselé. Qui a déjà vu le Mal absolu au fond des yeux d'un psychopathe déshumanisé comprendra encore mieux ce texte. Ce qui est essentiel lorsque Satan est face à nous, c'est de tout faire pour sauver son âme, sauver son humanité. Ce texte y réussit parfaitement en redonnant la place d'honneur aux âmes pures et aux justes. Je n'ai pu lâcher ce livre jusqu'à deux heures du matin tant il est hypnotique et apporte quelque réponses essentielles quant à l'existence de tels criminels. A lire absolument. Quatrième de couverture Falkenberg, Suède. Le commissaire Bergström découvre le cadavre terriblement mutilé d’une femme. Londres. Profileuse de renom, la ténébreuse Emily Roy enquête sur une série de meurtres d’enfants dont les corps présentent les mêmes blessures que la victime suédoise : trachée sectionnée, yeux énucléés et un mystérieux Y gravé sur le bras. Étrange serial killer, qui change de lieu de chasse et de type de proie... En Suède, Emily retrouve une vieille connaissance : Alexis Castells, une écrivaine pleine de charme spécialisée dans les tueurs en série. Ensemble, ces deux personnalités discordantes se lancent dans une traque qui va les conduire jusqu’aux atrocités du camp de Buchenwald, en 1944. « Attention, âmes sensibles s’abstenir. » Yvan, Blog Émotions « Rien n’est vrai mais tout est exact. » Dominique Durand, Association française Buchenwald-Dora. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Black Girl

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Black Girl Zakiya Dalila Harris Calmann-Lévy 2 février 2022 377 pages traduites par Maureen Douabou Thriller Chronique 25 mai 2022 « L'histoire des Noirs appartient au genre de l'horreur. » Tananarive Due dans « Horror Noire : A History of Black Horror » documentaire réalisé par Xavier Burgin en 2019. Phénoménal ! D'une intelligence, d'une cruauté, d'une pertinence inouïes que l'on pourrait croire consacré seulement à la Question Noire aux USA mais qui bien entendu concerne plus largement et universellement toute population discriminée pour raison multiple et injustifiable. Cela commence comme un roman sociétal, cela devient peu à peu un thriller dérangeant, flippant, un remake adapté de "Les Envahisseurs". Un humour au vitriol, une analyse du monde de l'édition au scalpel comme traité par Jason Mott dans son roman fabuleux " L'enfant qui voulait disparaître". On retrouve les thèmes du racisme quotidien, se manifestant par des attaques brutales, violentes, voire des meurtres, des exécutions perpétrées par la police, mais aussi des micro-agressions sournoises, involontaires ou préméditées, sur le lieu de travail, dans la vie de tous les jours, que doivent encaisser en permanence les afro-américains et les femmes en particulier. Les États-Unis d'Amérique se positionnent depuis 1945 comme modèle mondial à suivre, s'ingérant dans la politique et la vie de millions d'humains hors de leurs frontières, continuant aujourd'hui à appliquer une ségrégation raciale inacceptable sur ses terres. Le meilleur exemple étant de se croire obligé de préciser l'origine ethnique de chaque américains : sinoaméricains, hispano- américains, afro-américains... Phénomène extrêmement choquant finalement en ce qu'il démontre que l'Histoire n'a pas été digérée, que les mensonges, les faux semblants perdurent ainsi que la prétendue "supériorité blanche". Comment vivre dans un pays qui se considère blanc et qui fait toujours sentir à la population de couleur qu'elle n'est pas réellement acceptée, intégrée, traitée à égalité de chance ? Doit-on, pour survivre dans cette réalité absurde, se nier soimême, tout faire pour se diluer, quitte à tourner le dos à sa communauté ? Oublier ses codes, son Histoire, devenir déloyal pour survivre coûte que coûte sans penser qu'à long terme, cela est mortifère et suicidaire. Dilemme auquel va être confrontée Nella Rogers, jeune fille de bonne famille, arrivée du Connecticut à New York son diplôme en poche, ayant réussi à se faire embaucher par les Éditions Wagner voici deux ans. Pas très sûre d'elle, tiraillée entre le monde blanc wagnérien et sa communauté symbolisée par sa meilleure amie Malaika, elle voit l'arrivée d'une nouvelle collègue noire comme la preuve que le monde change enfin ! Vraiment ? La paranoïa s'installe, le doute, la méfiance empoisonnent sa vie. Même son petit ami Owen, blanc, ne réussit pas à la rassurer. Son rêve de devenir une éditrice noire a puisé ses sources dans la vie d'une célèbre éditrice de chez Wagner qui voici vingt ans a fait du roman de sa meilleure amie Diana un best seller inoubliable, « Cœur brûlant », pour toute noire américaine. Mais elle a disparu soudain et depuis deux décennies, le mystère plane sur ce qu'elle est devenue. Nella est obsédé par cette héroïne malgré elle, de plus en plus mal à l'aise face à sa nouvelle collègue Hazel.... Lorsqu'elle reçoit un premier message menaçant lui intimant de quitter les Éditions Wagner, rien ne va plus. Elle doit comprendre ce qui se passe vraiment, qui est Hazel : aidée par Malaika, elle accepte de jouer le jeu, de se rendre à des réunions beauté pour cheveux naturels ou des happenings littéraires organisés par cette "fausse" sista... Nella se sent oppressée, surveillée, guettée, en danger... La silhouette de sa prédécesseure noire éditrice de « Cœur brûlant » ,ayant permis à Richard Wagner de devenir le plus grand éditeur de New York, apparaît et disparaît tout au long de ce thriller psychologique, politico-sociétal. Ce roman ouvre l'horizon sur ce qui se passe également dès qu'une quelconque discrimination est infligée injustement à une partie de la population et que certains choisissent d'obéir et de rentrer dans le rang quitte à perdre leur liberté réelle, leur personnalité, l'essence même de leur être. Pouvons-nous nous battre contre ceux qui semblent détenir le pouvoir ou devons-nous collaborer et trahir les nôtres, nousmêmes ? Voilà la seule question à se poser aujourd'hui ! Percutant et essentiel en ces jours de ténèbres. Quatrième de couverture Et si votre voisine de bureau vous voulait du mal ? La jeune Nella Rogers travaille à New York dans une prestigieuse maison d’édition et semble destinée à une carrière prometteuse. Cependant, elle souffre du manque de diversité au travail ainsi que des micro-agressions qu’elle subit au quotidien. Elle se retrouve constamment tiraillée entre le désir d’exprimer ses véritables opinions et la nécessité de préserver son poste. Son monde bascule le jour où Hazel est recrutée : elle a de longues dreadlocks sublimes, et revendique haut et fort sa culture afro-américaine. Elle incarne exactement le type de femme que Nella aimerait être. Ensemble, elles pourraient révolutionner le monde de la culture pour les générations à venir. Mais peu de temps l’arrivée de cette nouvelle collègue, Nella se sent observée et commence à recevoir des lettres de menaces… Et si la venue d’une autre fille noire était finalement le début de son calvaire ? Un premier roman détonnant qui questionne les inégalités dans le monde du travail avec panache et audace, tout en faisant monter le suspense avec une intrigue captivante et surtout… décapante Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Billy Summers

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Billy Summers Stephen King Albin Michel 21 septembre 2022 560 pages traduites par Jean Esch Divers Chronique 21 janvier 2023 « j'étais perdu mais maintenant je me suis retrouvé » « I once was lost but now am found » Extrait de Amazing Grace J'ai eu beaucoup de joie à lire ce roman, la même que pour 22/11/63, le côté anticipation en moins, bien que l'auteur ne puisse s'empêcher de faire des clins d'œil à ses anciens ouvrages. Les fans seront amusés. C'est l'histoire d'une rédemption, d'un sauvetage et d'un passage de témoin entre deux êtres qui s'aiment. C'est un roman noir, très américain, traversé de fulgurances lumineuses, d'amour et d'amitié vrais. Pour Bill Summers, un dernier contrat à honorer et enfin il pourra raccrocher les armes et cesser de jouer la comédie de l'imbécile inoffensif aux yeux de ceux qui lui commandent de tuer d'autres criminels Ancien tireur d'élite, cultivé, curieux, il sent d'instinct qu'il ne faut pas tirer plus longtemps sur la corde, il a déjà de la chance d'être encore en vie. Le prochain assassinat demande une longue préparation, une Immersion de trois mois et une nouvelle identité : celle d'un écrivain. Une opportunité pour Bill qui ressent le besoin de mettre noir sur blanc tout ce qu'il s'est passé dans sa vie depuis son premier meurtre. En plus, cela lui rapportera 2 millions de dollars. Tout roule, la petite ville de province est charmante, ses voisins aussi mais quelques détails clochent que notre ami repère vite en mode paranoïa. Il commet aussi l'impensable, il s'attache à certains, comme les enfants de la maison d'à côté. Pas discret, discret. Le premier quart de la somme lui est bien transféré, tout semble aller mais... Bill se prend au jeu de l'écrivain et commence à rédiger l'histoire de Benji. Et pour nous, voici l'occasion de comprendre comment les évènements du passé se sont articulés pour donner naissance à Bill le tueur à gages. C'est aussi pour l'auteur le moyen de nous conter la vie de jeunes GI sur le front à l'étranger, leur transformation en tireurs d'élite, leurs traumatismes jamais pris en charge.... Le roman se partage en deux parties avant et après la rencontre avec Alice. En dire plus serait gâcher la surprise. J'ai beaucoup aimé ce personnage, ses fragilités, ses fêlures, son humanité, oui, bien qu'il soit un assassin. J'ai aimé le scénario très cinématographique et l'humour omniprésent. Bien écrit, bien traduit, une belle couverture, je ne peux que vous le conseiller. Un roman à part dans l'œuvre de Stephen King. Quatrième de couverture L'histoire d'un type bien...qui fait un sale boulot. Billy Summers est un tueur à gages, le meilleur de sa profession, mais il n'accepte de liquider que les salauds. Aujourd'hui, Billy veut décrocher. Avant cela, seul dans sa chambre, il se prépare pour sa dernière mission... À la fois thriller, récit de guerre, road trip et déclaration d'amour à l'Amérique des petites villes, Billy Summers est l'un des romans les plus surprenants dans l'œuvre de Stephen King, qui y a mis tout son génie et son humanité. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Bestiaire des proverbes des animaux sauvages

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Bestiaire des proverbes des animaux sauvages Christian Bouchardy et Christian Godin De Borée Beaux Livres 14 octobre 2021 176 pages Beau Livre Chronique 24 octobre 2021 Des proverbes du monde entier en 176 pages, illustrés de gravures anciennes. Un cadeau parfait à regarder attentivement avec les enfants et les jeunes, à reprendre inlassablement, empreint d'une sagesse millénaire, de celle issue des temps où l'homme n'avait pas l'outrecuidance stupide et suicidaire de se croire supérieur à la Nature. Une réflexion extrêmement juste est faite dès le départ : aujourd'hui nous avons un ministère de l'environnement... Ridicule, la Nature aurait-t-elle besoin d'un ministère si l'homme la respectait encore, aurions-nous besoin de cette administration si nous n'avions pas nous mêmes pollué et détruit notre milieu naturel, la Terre. « Lorsque l'on parle aujourd'hui d'environnement, cela signifie que la nature a disparu. « Environnement » est un mot qui implique que le monde n'a d'existence que par rapport à l'homme, et donc consomme le divorce entre l'homme et la nature. Imagine-t-on des "ministères de la nature" à la place de nos ministères de l'environnement ? » De l'observation de la Nature, de la faune et la flore, nos aïeux ont déduit des vérités, découvert des similitudes entre les fonctionnements humains et animaux. En scrutant le comportement animal avec le regard d'un humain, ils y ont reconnu ou projeté leurs qualités ou défauts. Ces projections nous les retrouvons dans les Fables d'Ésope ou de la Fontaine mais également dans les dictons, proverbes et expressions du monde entier. L'idée générale est la même, seul l'animal change. Bien entendu la récolte de ces textes est plus généreuse quand il s'agit de souligner le négatif, le défaut, non sans une bonne dose d'humour, d'ironie, voire de moquerie. On sourit devant tant de pertinence, on y reconnaît certains personnages de notre quotidien, et cela nous offre un petit sentiment de vengeance sur les fâcheux, on peut également s'y voir.... et ainsi être remis à notre place. Nous découvrons aussi, dans des paragraphes en italique suivant certains proverbes incompréhensibles aujourd'hui, des traditions et modes de vie éclairant notre lanterne. Ainsi le passé, rural en particulier, de nos aïeux est ressuscité de fort belle façon, joyeusement et intelligemment. L'intervention du philosophe Christian Godin suscite une réflexion plus profonde quant à nos responsabilités, nos fautes, nos oublis et amnésies bien faciles, responsables d'une situation écologique inquiétante et révoltante. Cet ouvrage magnifique, embelli de gravures anciennes, de chromos, d'images publicitaires, de bon points, à l'esthétique Vintage des plus charmantes, est également un cri d'alarme, un coup de semonce. Si nous continuons à nous comporter comme les rois auto-proclamés de la Terre, nous allons finir dans le mur. Cette course en avant effrénée, oublieuse des leçons du passé, oublieuse des règles de la nature, nous mènera dans un gouffre. Une merveille à mettre entre toutes les mains, à feuilleter, admirer et relire sans cesse avec les jeunes générations : que le témoin de l'expérience continue à passer entre les êtres humains soucieux de préserver notre si belle planète. Quatrième de couverture Pour l'écriture de ce recueil, qui réunit un millier de proverbes, de dictons et d'expressions du monde entier concernant les animaux sauvages, un naturaliste et un philosophe se sont associés pour faire partager aux lecteurs leur savoir et leurs réflexions. Ce livre que l'on pourra lire en tous sens, a pour ambition d'être à la fois instructif et divertissant. Et s'il nous parle d'un monde qui n'existe plus, celui de nos ancêtres, et des autres cultures, c'est bien encore et toujours à nous qu'il s'adresse ! " Ce Bestiaire des proverbes, dictons et expressions n'est pas divisé par animaux, auquel cas l'ordre alphabétique aurait pu convenir, mais par grands thèmes, communs à toutes les cultures du monde et de l'histoire. - Première partie : L'homme dans le monde L'homme et son environnement - Les saisons et le temps qu'il fait - Le sens de l'observation - La vie des animaux - Deuxième partie : La condition humaine À chacun son naturel - Pauvres de nous ! - L'union fait la force - La force du faible - La gent féminine - Séduction, amour et ménage - Maladie et mort - Troisième partie : Les comportements mauvais Les défauts physiques - Les vices de caractère - Erreurs, bêtises et illusions - Injustices - Les actions vaines et sottes - Quatrième partie : Les bons comportements Le sens de la mesure - Pas de résultat sans peine ni inconvénient - Patience, méfiance, prudence et précaution - La ruse Épilogue : Ce que hier nous apprend aujourd'hui. Cet ouvrage a été écrit à quatre mains. Christian Bouchardy, naturaliste passionné par la nature et les animaux, a recueilli pendant de nombreuses années, parmi les proverbes, dictons et expressions mettant en scène des animaux dans toutes les cultures du monde, ceux qui lui ont semblé remarquables par leurs formulation originale ou pittoresque, leur force d'incitation pour la pensée ainsi que pour leur poésie. Il a proposé à Christian Godin la rédaction d'un ouvrage en collaboration où la voix du philosophe se mêlerait à celle du naturaliste afin que le savoir, l'image et l'idée, trop souvent séparés dans nos sociétés modernes, puissent enfin se réunir. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

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