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- Le théâtre de Slavek
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le théâtre de Slavek Anne Delaflotte Mehdevi Gaïa 2018 399 pages Roman Chronique 26 octobre 2018 " J'ai le sentiment d'avoir vécu au bord, au bord du bonheur, au bord d'une scène, au bord d'un pays, mais dans Prague toujours." La personnalité même de l'auteure, sa vie si dense et étonnante, imprègnent ce récit qui, on le comprend en le découvrant, devait forcément naître de cette femme. Après des études en droit international et diplomatique, la pratique du piano et du chant lyrique, elle devient relieur et écrit plusieurs romans dont " La relieuse du gué" et " le portefeuille rouge" que j'ai chroniqués, ainsi que " Fugue" et "Sanderling". Elle vécut à Prague pendant presque vingt ans. Tout est donc là pour écrire ce merveilleux roman dont le décor est évidemment Prague de 1707 à 1788, laissant le narrateur Slavek Sykora, sculpeur de lumières dans plusieurs théâtres, on dirait aujourd'hui chef éclairagiste, nous raconter sa vie, sa ville, ses amours, témoin de toutes les joies, peines, peste, guerres, blocus, périodes de paix, spectacles d'opéra ou de théâtre. Un clair obscur embrumé par l'opium nécessaire à éloigner la douleur de la vieillesse, nimbé de l'or des bougies. Celles-ci lui restent encore des théâtres où il magnifia les artistes à l'aide du feu et des miroirs stratégiquement placés pour décupler la lumière. Rencontres avec les plus grands du temps, les politiques, les nobles, les artistes et compositeurs passés à la postérité, mais aussi tous les humbles, pauvres, modestes, artisans, commerçants, faisant battre le cœur de la cité bénie que jamais Slavek n'abandonna. Une confession des dernières minutes alors que le Don Giovanni de Wolfgang Amadeus Mozart vient d'être créé et qu'enfin une pièce en tchèque a pu être représentée. La Bohème et son destin de terre continuellement envahie, Prague et ses quartiers et sa population bigarrée où être juif fut encore une cause de souffrance et d'exil selon les nouveaux rois. Une écriture qui se fracture parfois comme la mémoire de Slavek, des oublis comme certaines pages non numérotées. De la poésie tout en délicatesse, de la fragilité, une vérité intime en filigrane sur fond historique. Un homme qui bien que coupé en deux dès ses sept ans par les roues d'un carrosse n'en reste pas moins un être complet, acteur et témoin de son temps. Oui un très beau roman ! " Prague. La rumeur monte jusqu'aux fenêtres d'un vieil homme qui se souvient. Tout jeune garçon, Slavek perd l'usage de ses jambes, renversé par la calèche du comte Sporck. Celui-ci ne fuira pas sa responsabilité, prenant en charge l'éducation du jeune homme. Slavek traverse le XVIII ème siècle dans une Prague soumise aux épidémies, aux guerres, mais où le théâtre s'épanouit. Il s'y verra confier l'éclairage des spectacles et opéras. Discret, séducteur, sensible aux arts et notamment à la sculpture et la musique, Slavek tourne le dos à l'obscurantisme, et trouve sa place en maître des lumières." Quatrième de couverture La rumeur de Prague monte jusqu'aux fenêtres d'un vieil homme qui se souvient. Tout jeune garçon, Slávek perd l'usage de ses jambes, renversé par la calèche du comte Sporck. L'éducation et la passion des arts le portent dans la Prague du XVIIIe siècle soumise aux épidémies, aux schismes religieux, aux conflits politiques. Le théâtre y est naissant, et Slávek trouve sa place en maître des lumières. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La femme du banquier
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La femme du banquier Cristina Alger Albin Michel 2019 413 pages traduites par Nathalie Cunnington Thriller Chronique 19 octobre 2019 Un roman dans la droite ligne des thrillers politico-financiers de Paul Loup Sulitzer ou des films tel « Le loup de Wall Street » de Martin Scorsese, sauf que les personnages principaux sont trois femmes, et non une seule comme le laisse entendre le titre inapproprié : Annabel épouse de Matthew Lerner cadre à la Swiss United, banque offshore, Zoe la jeune et jolie collaboratrice du jeune homme, réservant bien des surprises, et enfin Marina Tourneau journaliste depuis dix ans, fiancée au fils d'un prétendant à la Maison Blanche.... Toutes vont oeuvrer de concert sans forcément se connaitre pour révéler un scandale aussi important que le Watergate, ou l'affaire Madoff... Une course haletante car leurs vies sont en danger ainsi que celles de tous ceux qui les ont précédées et les assistent dans cette vaste opération de lancement d'alerte au niveau international. Un roman passionnant, intelligent, très bien écrit, parfaitement mené, impossible à lâcher. J'ai adoré ce récit, sa fin, à tel point que j'ai réservé le précédent titre de Cristina Alger « Park Avenue » . Je ne peux que vous le conseiller en ces temps de changement de société, de fin souhaitable d'un l'ultralibéralisme criminel, de mondialisation mal contrôlée. Quatrième de couverture L'épave d'un avion privé à destination de Genève est retrouvé dans les Alpes. Parmi les victimes : Matthew Lerner, cadre dirigeant de la Swiss United, célèbre banque offshore. Seule face aux secrets qu'il a laissé derrière lui, Annabel, la jeune veuve de Matthew, finit par comprendre que sa mort n'a rien d'accidentel, et se retrouve prise dans un jeu de cache-cache terrifiant... Pour échapper aux puissants ennemis qui la menacent, elle aurait besoin de l'aide de Marina Tourneau, une ambitieuse journaliste qui enquête sur un récent scandale lié à la Swiss United. Mais cette dernière osera-t-elle publier son article ? " Suspense, paranoïa, sueurs froides et terreurs au programme.... Après le succès de l'éblouissant Park Avenue, Cristina Alger plonge dans le monde opaque de la haute finance. Ce roman où glamour, corruption et politique se mêlent raconte aussi la quête éperdue d'une femme pour découvrir la vérité sur un homme qu'elle croyait connaître. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- 22/11/63
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires 22/11/63 Stephen King Albin Michel 2013 934 pages traduites par Nadine Gassie Suspense SF Chronique 25 août 2018 Mon premier Stephen King et pas des moindres.... ! Un petit air de code Quantum la série..... Je m'incline bien bas devant le célèbre Stephen pour ce thriller historique, fantastique, cette fiction parfaitement construite, imaginée, où figure tout ce que je recherche dans ce type de littérature et encore plus. D'abord le style, l'écriture directs, beaux, simples qui nous plongent avec beaucoup de talent dans cette Amérique des années 60 et surtout le Texas. On s'y croirait : le recours à la mémoire sensorielle du lecteur, nous ramène comme dans une capsule temporelle à cette époque où les aliments avaient encore leur saveur, où les accents du terroir coloraient les dialogues, où la radio passait des standards du swing et du rock'n'roll, où l'air de certaines zones industrielles étaient insupportable, sans parler du diesel, où une partie de la population vivait sous le seuil de pauvreté dans des bidonvilles, pendant que d'autres nageaient dans les dollars, où déjà des monstres sévissaient dans de petites villes damnées, tuant leurs enfants sans que les forces de police ne puissent les arrêter faute des moyens du XXIe siècle, où la ségrégation et le racisme étaient de mise, (Dallas n'étant pas un exemple de tolérance et d'intelligence en ces années, une métropole haïssable et invivable pour notre héros), où des grands hommes élevaient la voix avant d'être assassinés tel Martin Luther King pendant que d'autres distillaient la haine comme Edwin Walker d'extrême droite, où la télévision diffusait des programmes inoubliables, où évidemment la guerre froide continuait et la haine du communisme se renforçait, et toujours cette figure ignoble de Hoover, qui j'espère paye pour ses crimes. C'était gonflé de s'attaquer à l'assassinat de Kennedy, sachant la controverse, les thèses complotistes, qu'il a généré depuis, sachant que ce fut un thème rebattu. Miracle, grâce au recours à un " instrument de mise en perspective intéressant", le voyage dans le passé, de 2011 à 1958, le suspense est intense. On tient à avancer rapidement dans l'histoire pour vérifier nos propres thèses ou spéculations. Et si JFK avait été sauvé, que serait-il arrivé à notre monde ? Passionnante question ! Je suis d'accord avec l'auteur quant à l'énigme de la culpabilité de Lee Harvey Oswald et d'une potentielle complicité d'autres intervenants : mieux vaut penser comme l'énonce le principe du rasoir d'Occam que l'explication la plus simple est aussi la meilleure. Ce thriller est aussi une fabuleuse histoire d'amour exaltante, jubilatoire, éternelle. " Quand il y a de l'amour, les cicatrices de la variole sont aussi jolies que des fossettes." Proverbe japonais. Cette histoire d'amour qui s'ajoute à tous les moments de description de la vie simple de personnes de bonne volonté, en particulier dans la petite ville de Jodie, où le narrateur sera professeur d'anglais et metteur-en-scène, (je souligne l' éloge émouvant à l'enseignement), déclenche une nostalgie, un attendrissement, une passion qui élèvent ce récit au niveau d'un très beau livre, un classique que l'on garde jalousement dans sa bibliothèque. On ressort de cette grande aventure humaine avec une exacerbation de notre" tendresse particulière pour l'absurdité essentielle de la vie. " « Il est pratiquement impossible à la raison d'assimiler le fait qu'un petit homme solitaire ait pu abattre un géant au milieu de ses limousines, de ses légions, de ses foules, de sa sécurité. Si une telle nullité a pu détruire le chef de la nation la plus puissante de la terre, alors un monde de démesure nous engloutit et nous vivons dans un univers absurde. » Norman Mailer La vérité dépasse toujours la fiction. Mais avant d'atteindre la date fatidique du 22 novembre 1963, cinq ans d'un périple extraordinaire vous attendent à la suite de Jake. Quatrième de couverture Imaginez que vous puissiez remonter le temps, changer le cours de l'Histoire. Le 22 novembre 1963, le président Kennedy était assassiné à Dallas. À moins que... Jake Epping, professeur d'anglais à Lisbon Falls, n'a pu refuser la requête d'un ami mourant : empêcher l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Une fissure dans le temps va l'entraîner en 1958, à l'époque d'Elvis et JFK, des Plymouth Fury et des Everly Brothers, d'un dégénéré solitaire nommé Lee Harvey Oswald et d'une jolie bibliothécaire qui deviendra le grand amour de Jake. Avec une extraordinaire énergie créatrice, Stephen King revisite au travers d'un suspense vertigineux, l'Amérique du babyboom, des « Happy days" et du rock n'roll.». Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Pénitence
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Pénitence Philip Kerr Le Masque 15 fevrier 2017 461 pages traduites par Philippe Bonnet Polar thriller historique Chronique 18 juin 2020 Titre original « Prayer ». « La prière n'est pas une distraction de vieille femme oisive. Bien comprise et appliquée, c'est le plus puissant instrument d'action. » Mahatma Gandhi « Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières. » Oscar Wilde « La colère de Dieu reste longtemps assoupie. Elle est restée cachée pendant un million d'années avant qu'il y ait des hommes et seuls les hommes ont le pouvoir de la réveiller.» Cormac McCarthy, Méridien de sang Bienvenue dans le monde merveilleux des églises nationalistes chrétiennes fondamentalistes. Bienvenue au Texas où la Bible est voisine des armes à feu, où Dieu est terrifiant, sévère, imprévisible, violent.... Oubliez toutes les paroles d'amour, de partage et d'acceptation de l'autre et des différences. Une plongée dans un cauchemar qui touche l'Europe et la France où les évangélistes de tous poils pratiquent un prosélytisme vomitoire, vous attendent à la sortie du métro ou aujourd'hui se permettent de vous laisser un message sur votre répondeur ( incident chez moi dimanche dernier) au mépris des lois évidemment. Car Oui ! les textes sacrés ont annoncé dans l'Apocalypse tout ce qui se passe actuellement.... Oui ! leur site internet m'attend pour élever mon âme et me sauver... Je croyais que les prédicateurs échevelés, narcissiques, outranciers, grotesques, plus intéressés à s'enrichir qu'à aider véritablement leur prochain étaient une spécialité américaine... Eh bien non ! Ici, Philip Kerr pousse le curseur bien plus loin, flirtant avec le surnaturel à la manière de Stephen King dont certaines œuvres sont citées dans ce roman. Cela pourrait faire rire, mais non, car au- delà du traitement en thriller fantastique, l'auteur fait le portrait à l'acide, en visant juste, de ces "hommes de Dieu", de ces " Églises" au fonctionnement sectaire avec leurs cathédrales immenses et luxueuses, leurs scandales judiciaires, leurs secrets protégés par des milices armées, leur richesse ostentatoire et écœurante fasse à un troupeau d'êtres perdus, éduqués ou non, ayant besoin maladivement de faire partie d'un groupe, sans capacité d'analyse des textes sacrés. Lobotomisés ! Je dois dire que j'ai frémis de dégoût, de rage face à ses dérives aujourd'hui en notre République laïque. Nous voilà retournés dans un passé lointain où être athée était impensable, inacceptable, passible de la mort et de la malédiction éternelle. Vous allez trembler ! Un livre étonnant, stupéfiant, de cet auteur plus connu pour sa série Bernie Gunther et sa trilogie dans le monde du football. Une fin qui m'a achevée... Également, il est passionnant de suivre cet agent du FBI, Gil Martins, du département de lutte contre le terrorisme intérieur, et ainsi de prendre conscience de la bataille qui se joue contre tous les groupes armés religieux, racistes, sexistes.... Cela fait vraiment peur. Un personnage principal très ambivalent, paumé, pas forcément sympathique, confronté à des forces qui le dépassent. Un sacré bon thriller que je recommande vivement. Quatrième de couverture « Terriblement alléchant, sincèrement effrayant et délicieusement diabolique ! » The Observer Gil Martins est un agent du FBI qui lutte contre le terrorisme depuis Houston, Texas. Il est le témoin quotidien d’actes de violence perpétrés par des extrémistes de toutes sortes. Autrefois croyant, la réalité cruelle de son travail le porte à remettre en question l'existence de Dieu, ce qui provoque de fortes tensions avec sa femme, Ruth. Lorsque plusieurs personnalités athées – dont un professeur de biologie, un obstétricien et un journaliste – sont victimes d'attentats aussi étranges qu’inexpliqués, Martins lance une enquête malgré le scepticisme de ses supérieurs. Ses recherches l’amènent à l'Église Izraël, où une jeune membre de sa congrégation, terrifiée, est convaincue que les victimes ont été tuées par leurs prières. Martins doute de sa santé mentale mais quand cette dernière est retrouvée morte à son tour, il découvre chez elle une liste de noms ; une liste de toutes les victimes jusque-là... et bien d'autres encore. Déterminé à arrêter cette barbarie, Gil Martins s'approche de la source des prières et semble devenir lui-même la cible d'un Dieu vengeur. Sa seule planche de salut sera de faire pénitence... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La nuit des béguines
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La nuit des béguines Aline Kiner Liana Levi 2017 325 pages hors bibliographie Polar historique Chronique 9 avril 2019 J'ai eu la même joie et passion à lire ce roman que lors de la découverte adolescente des livres de Jeanne Bourin sur cette période médiévale. Donc je ne peux que vous conseiller de vous y plonger. « Il y a, parmi nous, des femmes, dont on ne sait comment les appeler, laïques ou moniales, car elles ne vivent ni dans le monde, ni hors de lui. » Collectio de Scandalis Ecclesiae - Gilbert de Tournai ( vers 1200-1284) « Quoi que puisse dire une Béguine, Prenez-le tous en bonne part : Tout est religion de ce qu'on trouve dans sa vie. Sa parole est prophétie, si elle rit c'est pour être sociable, si elle pleure, c'est par dévotion, si elle dort, elle est en extase, si elle songe, c'est une vision, si elle ment, n'en croyez rien. Si une Béguine se marie, c'est là son genre de vie à elle : ses vœux, sa profession ne sont pas pour toute la vie. Celle-ci pleure, celle-ci prie, et celle-ci prendra un époux. Tantôt elle est Marthe, tantôt Marie, tantôt elle se garde, tantôt elle se marie. Mais n'en dites rien que du bien : sinon le roi ne le souffrirait pas. » Le Dit des Béguines de Rutebeuf (1230-1285) Nous voici au début du XIVe siècle, comme au temps de ce bon Saint Louis, les juifs puis les lombards, tous ceux qui ont de l'argent sont harcelés, arrêtés, torturés, expulsés après que tous leurs biens aient été spoliés par la couronne... Une croisade, cela coûte très cher ! Les bûchers sont dressés pour les Templiers près de la porte Saint-Antoine, le roi Philippe le Bel, enfermé dans un catholicisme intégriste, prône un respect des textes sacrés, de l'ascèse, du sacrifice et de la mortification. La monnaie qu'il a fait battre est dévaluée, contient peu d'argent dans sa composition, est rebaptisée les pièces noires. Noirs sont aussi les nuages de fumée qui s'élèvent au dessus de Paris et du béguinage royal aujourd'hui disparu, jadis sis dans le quartier du Marais.( Voir les cartes). Ce lieu qui fut protégé par Louis IX et ses deux successeurs, regroupe une centaine de femmes ne voulant ni se marier, ni se destiner au cloître. Elles y sont libres d'étudier, de travailler, de prier, de vivre en communauté autonome, bénéficiant de dons royaux ou de nobles et seigneurs. Ainsi, sont-elles incroyablement libérées de l'autorité ou de la moindre tutelle masculine, dans cet endroit unique, hors des classes établies dans le reste de la société, ni religieuses, ni laïques, dans un état intermédiaire. De tous les âges, veuves ou jamais mariées, fortunées ou modestes, beaucoup d'entre elles sont des esprits élevés dans bien des domaines. Souvent, elles surpassent leurs homologues hommes, cela ne pouvait qu'engendrer la haine. Il est donc évident que cet état de fait ne pouvait être indéfiniment accepté par certains clercs, certains universitaires et religieux, et même l'Eglise, y voyant une indépendance de pensée coupable voire hérétique. Aline Kiner, tristement disparue en janvier dernier, nous invite avec infiniment de délicatesse, précision, empathie, dans ce fameux béguinage parisien pour y suivre plusieurs femmes symboliques, fortes, indépendantes, insoumises, en ces derniers jours d'existence. Une plongée en 3D dans ce décor fabuleux, en ces temps de violence et de danger, mais aussi d'élévation des âmes et des esprits. Au centre de ce récit passionnant et interpellant pour chaque femme, le manuscrit " Le Miroir des âmes simples et anéanties" de la Béguine Marguerite Porete, morte sur le bûcher à Paris en 1310. L'œuvre de cette femme est incontournable tant au plan de l'histoire de la spiritualité, de la mystique, que de la langue française. Quatrième de couverture Paris, 1310, quartier du Marais. Au grand béguinage royal, elles sont des centaines de femmes à vivre, étudier ou travailler comme bon leur semble. Refusant le mariage comme le cloître, libérées de l’autorité des hommes, les béguines forment une communauté inclassable, mi-religieuse mi-laïque. La vieille Ysabel, qui connaît tous les secrets des plantes et des âmes, veille sur les lieux. Mais l’arrivée d’une jeune inconnue trouble leur quiétude. Mutique, rebelle, Maheut la Rousse fuit des noces imposées et la traque d’un inquiétant franciscain... Alors que le spectre de l’hérésie hante le royaume, qu’on s’acharne contre les Templiers et qu’en place de Grève on brûle l’une des leurs pour un manuscrit interdit, les béguines de Paris vont devoir se battre. Pour protéger Maheut, mais aussi leur indépendance et leur liberté. Tressant les temps forts du règne de Philippe le Bel et les destins de personnages réels ou fictifs, Aline Kiner nous entraîne dans un Moyen Âge méconnu. Ses héroïnes, solidaires, subversives et féministes avant l’heure, animent une fresque palpitante, résolument moderne. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Et avec votre esprit
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Et avec votre esprit Alexis Laipsker Pocket Mars 2021 464 pages Thriller Chronique 7 octobre 2021 « Je m'en souviens maintenant. Je me souviens de comment tout à commencé. Je ne me souviens pas d'avant, Je me souviens simplement d'avoir fait Ce qu'on m'a demandé. » Geoff Tate Probabilité que vous vous fassiez hypnotiser par ce thriller crépusculaire, 100%, que vous en sortiez rincé, avec la nette impression de vous êtes fait tranquillement baladé, idem, certitude pour moi d'avoir découvert un excellent auteur de littérature noire utilisant toutes ses aptitudes de joueur de Poker afin de me faire plonger patiemment dans ses pièges à une vitesse folle, en fait dès les premières passes d'armes, dès que mes yeux se sont attachés à ces lignes. Bouillonnement des petites cellules grises garanti, gros mal de tête, vue qui semble se brouiller, cela va prestissimo, les évènements s'enchaînent nerveusement, le requiem prend un tempo endiablé. Excellentissime opus de cet écrivain ayant déjà commis "Le mangeur d'âmes". Décidément le cannibalisme au propre comme au figuré semble être un thème récurrent, les enquêtes où sont projetés les enquêteurs dévorant leur vie, leur temps, eux-mêmes, quelques fois. Pour Cannelle Pourson, commissaire à Strasbourg, la découverte du cadavre d'un chimiste, Georges Toussant, Prix Nobel, une sommité dans son domaine, ouvre les portes sur des ténèbres jusque là inconnues. Pour Simon Vairne, lieutenant à la DGSI à Paris, lorsque son patron lui ordonne d'enquêter sur la disparition à Lyon d'un physicien spécialiste en électromagnétisme, professeur émérite et chercheur, Jean-Edouard Haineteaux, pressenti en 2009 pour le Nobel, fait chevalier de la Légion d'honneur l'année suivante, il n'a d'autre choix que d'accepter et sans barguigner. Départ prévu donc pour le sud le lendemain. La nouvelle du massacre de Georges Toussant tombe aux informations télévisées du soir. Stupeur de Simon ! "Strasbourg et Lyon, meurtre et disparition, chimie et physique électromagnétique, Nobel et presque Nobel, aujourd'hui et quatre jours plus tôt.... [...] Probabilité qu'il s'agisse d'une coïncidence : moins de 15%." En excellent joueur de Poker, Simon sait que cette fois son jeu est bon, même très bon... Lorsqu'une lieutenant de police, Marion Mastereaux, de la région de Bonnieux entre dans la partie, en charge de trois disparitions inquiétantes, rien ne va plus, tout devient d'une complexité inusitée pour Simon et les 2 enquêtrices... Ce ne sont pas les probabilités qui cette fois vont pouvoir les aider à résoudre ces mystérieuses disparitions et ce crime monstrueux. Il va leur falloir de la ténacité, de la patience, une mémoire infaillible, une imagination folle, de la bravoure et un instinct de dingue pour sortir indemnes et triomphants de la partie mortelle qui s'engage alors contre un ennemi machiavélique et suprêmement intelligent. Surfant sur les dernières découvertes scientifiques dans les domaines de la neurologie et y ajoutant des éléments ayant trait au Poker, Alexis Laipsker nous offre un thriller original, extrêmement bien construit et imaginé, au rythme fou, aux personnages réalistes et attachants. À lire absolument, une Nouvelle Voix du Polar s'élève effectivement, et c'est une toute autre chanson. Celle-ci devrait vite devenir un best-of. Quatrième de couverture Les esprits les plus brillants de la planète sont kidnappés. Machination, complot ou expérience scientifique ? « Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène ! « C'est sur ces mots de son assassin que, en pleine fac de Strasbourg, un Prix Nobel de chimie se voit férocement massacré et dépouillé – littéralement – de son cerveau. Quatre jours plus tard, dans la région lyonnaise, un célèbre physicien disparaît des radars. Pour le lieutenant Vairne, pro du poker et obsédé de mathématiques, la probabilité qu'il s'agisse d'une coïncidence n'excède pas 15 %. Probabilité que le carnage continue ? Sang pour sang... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Le huitième livre de Vésale
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le huitième livre de Vésale Jordi Llobregat Cherche Midi 7 avril 2016 624 pages traduites par Vanessa Capieu Thriller historique Chronique 5 avril 2017 Pour un premier roman, c'est un coup de maître, du coup j'attends avec impatience le second ; s'il est de la même facture, quel bonheur ce sera de le lire. Thriller historique, celui-ci a évidemment un double intérêt : Le récit policier génialement construit et l'histoire de l'anatomie et du père incontesté de cette science moderne André Vésale (1514-1564), contemporain de Copernic, à qui nous tous devons d'être soignés correctement au XXIème siècle. Sans lui, son courage, sa ténacité, pendant combien de temps les médecins auraient-ils encore appliqué les dogmes de Galien, faux et dangereux. Je vous laisse vous reporter à la biographie de ce grand homme que j'ai postée sur ma page. Ce livre est une course poursuite après un meurtrier aux méthodes horrifiques, s'appuyant sur le livre d'anatomie de Vésale (comprenant 7 livres sur 700 pages) et surtout un supposé huitième « Octavus Liber » , dans la Barcelone de 1888 et ses souterrains putrides, à quelques jours de l'ouverture de l'Exposition Universelle . C'est très marquant, ce passage entre ce XIXème siècle de l'industrialisation, des grandes découvertes et de l'électricité, de la déshumanisation des masses laborieuses au service du profit de quelques uns, et cet écrit du XVIème siècle d'une modernité et une prescience hallucinante au service de l'humanité. Le vrai plaisir aussi est de lire les descriptions détaillées des lieux les plus célèbres ou les plus inconnus de cette ville voici 127 ans. Un régal pour l'amoureuse de Barcelona que je suis. Daniel Amat revient donc en catastrophe à Barcelone après 7 ans d'absence, ayant reçu à Glasgow où il a refait sa vie, un télégramme lui annonçant la mort soudaine de son père l'éminent et respecté Don Alfred Amat i Roures. Celui-ci s'était converti dernièrement à la médecine des pauvres dans le quartier de la Barcelanota, mais également mettait tout en oeuvre pour retrouver un tueur de jeunes filles modestes de ce quartier, les laissant défigurées, brûlées, en lambeaux. La légende est vite répandue que ce serait une bête immonde la Gos Negra qui serait à l'origine de ces morts. Au sortir du cimetière, Daniel est abordé par un journaliste de faits divers au Correo de Barcelona, Bernat Fleixa, qui lui apprend que son père a certainement été assassiné et qu'il était assisté par un étudiant en chirurgie bien curieux et surdoué, Pau Gilbert. Daniel qui s'est littéralement enfui voici 7 ans de Barcelone après l'incendie de la maison familiale où ont péri sa fiancée et son frère Alec, dont il se sent encore responsable, revoit également Irène la soeur de sa fiancée lors des funérailles.... Daniel va donc devoir affronter sa propre histoire, rechercher la vérité sur ce qui s'est déroulé lors de l'incendie, et traquer avec l'aide de Fleixa et Gilbert un psychopathe monstrueux. C'est un Jules Vernes policier et moderne que vous offre Jordi LLobergat, à dévorer avec enthousiasme. Quatrième de couverture Barcelone, 1888. Quelques jours avant l'ouverture de l'Exposition Universelle, Daniel Amat, un jeune professeur d'Oxford, est de retour dans sa ville natale pour assister aux funérailles de son père. Il y apprend que ce dernier, médecin dans les quartiers pauvres de la ville, enquêtait sur les meurtres mystérieux de jeunes ouvrières. Leurs blessures rappelant étrangement un ancien fléau ayant sévi il y a bien longtemps, la ville est la proie de toutes les superstitions. À l'aide d'un journaliste et d'un étudiant en médecine, Daniel reprend les investigations et découvre bientôt que les crimes sont liés à un mystérieux manuscrit, œuvre d'un anatomiste du XVIe siècle, Vésale. C'est dans les galeries de tunnels souterrains qui courent sous la ville que Daniel mettra à jour l'incroyable secret qui hante Barcelone. Avec cette œuvre monumentale saluée par une critique unanime, véritable labyrinthe de mystères et d'énigmes, Jordi Llobregat signe un thriller historique qui fera date. Au-delà de personnages aux ambiguïtés multiples, et d'une construction diabolique, il nous fait véritablement ressentir l'âme d'une ville, Barcelone avant l'apparition de l'électricité, plus fascinante, sombre et baroque que jamais. Magistral ! Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Les chiens de Belfast T1
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les chiens de Belfast T1 Sam Millar Seuil Policiers 9 janvier 2014 272 pages traduites par Patrick Raynal Thriller et Biographie Chronique 4 mai 2017 Premier de la tétralogie comprenant aussi Le cannibale de Crumlin Road et Un sale Hiver tous publiés au Seuil, Au scalpel. ( 260 /270 pages pour chacun). Le premier mot qui m'est venu est « organique » pour le style, les images, les mots utilisés. Les hommes flics, criminels ou notre héros le détective Karl Kane, et même les femmes ne font pas dans la dentelle, dans leurs actes ou dans leurs propos. Ce peut être violent , ordurier, scatologique même, très explicite en matière de sexualité mais au fond, cela trahit une urgence de vivre, une angoisse latente ressurgie du passé, une façon de narguer le destin en démontrant sa force. « Même pas peur » ! Mais en fait tout le monde crève de trouille que le mal se repointe, que les salauds s'en sortent, ou qu'on soit découvert. Tout n'est que façade et double jeu. Et Karl est le premier à rouler des mécaniques alors que c'est un homme cultivé, rêvant d'être édité, profondément épris de Naomi sa secrétaire, toujours traumatisé par son passé, et en ce début de ce récit dans une très mauvaise passe financière. Il serre les fesses au propre comme au figuré. ( Une scène chez le médecin concernant ce dernier point est d'ailleurs d'une drôlerie parfaite). Cela finit de lui mettre le moral en berne lorsque se présente un certain Munday le payant grassement pour enquêter discrètement sur un corps retrouvé la veille. Évidemment Karl accepte la mission. Il comprendra que l'origine du mal est à chercher dans le passé. Ainsi son hyper sensibilité liée à son enfance lui permettra de pressentir des choses sans même les formuler. Sa grande force réside d'ailleurs dans cette double personnalité victime / chasseur. L'alternance entre 1978, des récits de cauchemars ou de flashbacks et aujourd'hui fragmente ce thriller en augmentant sa nervosité et la nôtre aussi. L'humour et l'autodérision de Karl et les dialogues avec Naomi nous le rend très attachant et sympathique même s'il bougonne beaucoup. C'est donc une histoire cash, trash, tendre, drôle par moment et même truculente, très bien construite. On sent un Auteur amoureux de la vie, de sa ville, par forcément en amitié avec la police, et épris d'authenticité et de vérité. Je continue donc la trilogie tranquillement et vous en fait un retour ce soir également sur ma page Eva Impressions littéraires Quatrième de couverture Il s’en passe de belles, à Belfast, cet hiver-là… Deux mains gauches sont découvertes dans les entrailles d’un sanglier abattu à la chasse. Vingt ans plus tôt, c’étaient des chiens sauvages échappés du zoo qui déchiquetaient les corps… Et il ne fait pas bon s’attarder dans les bars : une femme mystérieuse — pute ou pas pute ? — attire plusieurs hommes de la ville dans ses filets , puis s’offre à leurs dépens des séances de torture raffinées avant de les achever. Le soin de démêler les fils sanglants de cette série macabre échoit à Karl Kane, détective privé cabossé par la vie et hanté par un drame digne d’un fantasme de James Ellroy. Et ce n’est pas la police qui va l’aider. L’humour noir, très noir, mais cultivé, de Sam Millar est de nouveau présent dans ce premier volet d’une trilogie policière pas comme les autres. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Bleu de Sèvres
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Bleu de Sèvres Jean-Paul Desprat Seuil 2006 727 pages Historique Chronique 29 mars 2019 Deux autres tomes suivent, concernant les aventures des frères Masson sous Marie Antoinette puis la Révolution française, et à travers elles, est retracé le destin de la Manufacture de Sèvres. Roman historique certes mais effectivement aussi d'espionnage industriel sous Louis XV. Celui-ci, conseillé adroitement par Madame de Pompadour, sa bonne amie à défaut d'être encore sa maîtresse, devient seul et unique actionnaire de la Manufacture de Sèvres. Jusque là, les pièces qui en sortent sont en porcelaine très fragile et délicate, une porcelaine tendre permettant aux couleurs d'être lumineuses et exceptionnelles. Ce qui serait formidable serait donc d'allier la beauté de la porcelaine française à la solidité de la porcelaine dure, fabriquée en Saxe. On sait que pour y arriver, il va falloir trouver de nouveaux dosages pour la pâte, à laquelle on ajoutera du kaolin. Parallèlement en Auvergne, nous rencontrons deux frères, les Masson, Anselme chimiste et Mathieu, son cadet aveugle, musicien et organiste prodigieux. Leur petit frère va rester sur place tandis que les aînés vont rejoindre la capitale afin d'y faire carrière, forts des lettres d'introduction de leurs maîtres et protecteurs. Les premiers temps sont difficiles dans ce tourbillon qu'est Paris, mais grâce aux bonnes recommandations dans leurs bagages les portes s'ouvrent à Versailles et dans une paroisse proche de leur hôtel, dotée d'un orgue qui n'attend que Mathieu. Anselme quant à lui va faire ses premiers pas à la Manufacture de Sèvres en tant que chimiste. Un monde à part où les rivalités sont légion, où une guerre larvée couve entre réactionnaires ne voulant rien changer et les précurseurs d'une nouvelle ère. Le pauvre Anselme est entre le marteau et l'enclume. Bien vite il semble évident qu'il va falloir chercher la solution de la porcelaine dure jusqu'à Strasbourg où siège la Manufacture de Paul Hannong qui a mis au point un procédé. À sa mort, ses deux fils et ses deux filles se disputent l'héritage. Pierre-Antoine Hannong, sous ses dehors de jeune fat, maîtrise parfaitement la technique. Un accord est passé. Le strasbourgeois rejoint l'équipe de Sèvres tout en gardant encore pour lui tous les secrets paternels de fabrication. Les tractations avec la couronne par l'entremise de Bertin, le ministre, commencent. Pierre-Antoine s'installe chez les deux frères, l'aventure débute. Sachant que la fille aînée du roi n'est pas du tout d'accord pour que Madame de Pompadour affermisse encore son pouvoir sur Louis XV, elle entreprend de son côté de faire intervenir sa belle soeur mariée au dauphin, Marie-Josèphe de Saxe, auprès de son père pour mettre la main sur les gisements de kaolin de cette région éloignée. Donc très vite, les ennemis de la Pompadour, les ambitieux, les passéistes vont agir contre Pierre-Antoine ... Et s'il existait en France des gisements de kaolin ? Également, la question de la situation des handicapés au XVIII ème siècle est traitée, de l'abandon auquel ils sont confrontés, à l'aide qui leur est apportée par des médecins et bienfaiteurs, ayant soin de comprendre ces malades et d'adapter des méthodes d'éducation et donc d'intégration à la société. Exemplaire ! À part les personnages des Masson et de leur entourage, tout est vrai. Une chronologie des faits historiques qui a constitué la trame de ce roman est ajoutée en fin d'ouvrage, ainsi qu'un court passage sur l'histoire de la porcelaine tendre française jusqu'en 1759. Un livre parfaitement équilibré entre les deux ingrédients qui le composent, une écriture magnifique, des personnages vrais ou virtuels plus vrais que nature. Un grand roman qui de plus, me rappelant l'oeuvre de Jean Diwo, nous permet de mieux connaître et apprécier notre patrimoine artistique et artisanal. À lire absolument ! Quatrième de couverture Louis XV, adroitement inspiré par Mme de Pompadour devient, en 1760, l'unique actionnaire de la Manufacture de Sèvres. Afin de percer le secret de la porcelaine dure, fabriquée en Saxe, il engage deux frères chimistes. Mais des coups bas se multiplient et des espions sortent de l'ombre... Ecrit avec fougue et talent, voici la passionnante aventure d'une des premières affaires d'espionnage industriel. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La petite communiste qui ne souriait jamais
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La petite communiste qui ne souriait jamais Lola Lafon Actes Sud 2014 272 pages Historique Chronique 8 décembre 2017 Prix de la Closerie des Lilas 2014, le Prix Ouest-France Étonnants-Voyageurs 2014, le Grand prix de l'héroïne Madame Figaro 2014, le Prix Jules Rimet, le Prix Version Fémina-FNAC, le Prix du Café littéraire de Sainte-Cécile-les-Vignes (PRIX CALIBO) 2014 ainsi que trois prix des lecteurs dans divers salons du livre. Deux chocs pour commencer : celui de l'écriture de Lola Lafon comme pour son tout dernier opus lu le mois dernier. « On convoque les éléments : nage-t-elle dans un océan d'air et de silence ? On repousse le sport, trop brutal, presque vulgaire en comparaison de ce qui a lieu, on rature, on recommence : elle ne sculpte pas l'espace, elle est l'espace, elle ne transmet pas l'émotion, elle est l'émotion. Elle apparaît - un ange -, remarquez ce halo tout autour, une vapeur de flashs hystériques, elle s'élève au-dessus des lois, des règles et des certitudes, une machine poétique sublime qui détraque tout. » Tout est là, cet instant miracle où la grâce et la puissance de Nadia Comaneci se révèle au monde entier en cet été 1976, où la grâce aussi et la force de la romancière explosent également à nos yeux. Le deuxième coup au sternum est évidemment la description de cette première notation de la gymnaste alien, la machine Longines qui se détraque, hors norme, 10 ! Elle a obtenu 10 ! Électricité le long de l'échine et des bras me faisant croire que j'ai peut-être attrapé froid ! Mais non ! C'est bien la description de ce moment unique après une prestation parfaite, irréelle, qui me fait frissonner. Pour tous ceux qui cherchent le geste parfait, l'excellence dans leur discipline, ce premier chapitre est inspirant, redonne l'envie de vivre à nouveau un tel moment. Ensuite tout le livre se déroulant chronologiquement, intercalant les mots de l'auteure et ceux de Nadia C. soit au téléphone soit par écrit, retrace toutes les années Ceaucescu, vu par les occidentaux mais aussi par Nadia enfant du communisme et Nadia adulte. Que pouvait-elle faire ou penser ? Une enfant sans sourire, une enfant seule, et sa mère insiste sur ce point. Une fillette qui dès trois ans voulait tout accomplir seule. Communisme ou non, embrigadement et lavage de cerveau de la gamine, certes, mais au dessus de tout, sa volonté farouche d'être unique, de vaincre. La bonne rencontre avec son entraîneur Béla et sa femme Marta, un engagement total de cet être asexué pour dominer et contrôler chaque parcelle de son corps et de son esprit. Qui peut comprendre ? Quant à la vérité, la sacro sainte vérité, elle est multiple, ne nous leurrons pas, et c'est là où le bât blesse certainement pour cette femme, la perte de contrôle, plusieurs interprétations des faits. Elle en rajoute aussi, brouille les pistes, entretient peut-être ainsi sa légende. Et puis alors ? Il reste les moments d'éternité qu'elle a offerts au monde, cela est indiscutable. Et un coup de pied à la lune à défaut de l'envoyer dans la fourmilière. Je salue également dans ce livre, et ce fut extrêmement violent et dur à découvrir, tous les passages de descriptions historiques que ce soit en occident, tellement irrespectueux et prétentieux, ou en Roumanie. Les exactions, les lois et règles, les polices même pour vérifier l'intimité des femmes devenues des génitrices en puissance à la gloire du pays, proprement insupportables. Mais Lola Lafon réussit à raconter l'indicible, l'innommable. La puberté, le passage vers la féminité, une maladie insupportable tant pour le pouvoir en place qui perd sa poupée, que pour le monde olympique. À gerber, les articles de la presse internationale. L'ange sacrifié sur l'autel de quoi en fait ? De la perception malsaine des adultes sur les enfants, des années où Jodie Foster et Brooke Shield interprètent des gamines prostituées ! Puissant et sans concession donc, comme son héroïne, ce roman vous laisse avec un certain mal au cœur, dégoût et inquiétude mêlés. Mais aussi un respect pour la finesse d'analyse sur ce qui s'est déroulé. Je ne me souviens pas de cet été 76, pas la télé et pas en Europe à l'époque, en revanche l'épisode de 1980 et de la juge roumaine qui refuse de donner les résultats truqués par les russes, et le regard de Nadia à ce moment de trahison inimaginable, oui je m'en souviens parfaitement. Grand livre ! Quatrième de couverture Parce qu’elle est fascinée par le destin de la miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans apparue aux JO de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d’accéder au statut de mythe planétaire, la narratrice de ce roman entreprend de raconter ce qu’elle imagine de l’expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d’une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d’une enfance éternelle. Mais quelle version retenir du parcours de cette petite communiste qui ne souriait jamais et qui voltigea, d’Est en Ouest, devant ses juges, sportifs, politiques ou médiatiques, entre adoration des foules et manipulations étatiques ? Mimétique de l’audace féerique des figures jadis tracées au ciel de la compétition par une simple enfant, le roman acrobate de Lola Lafon, plus proche de la légende d’Icare que de la mythologie des “Dieux du stade”, rend l’hommage d’une fiction inspirée à celle-là, qui, d’un coup de pied à la lune, a ravagé le chemin rétréci qu’on réserve aux petites filles, ces petites filles de l’été 1976 qui, grâce à elle, ont rêvé de s’élancer dans le vide, les abdos serrés et la peau nue. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Et toujours les forêts
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Et toujours les forêts Sandrine Collette A Vue d'Œil 24 juin 2019 432 pages Divers Chronique 12 juin 2020 Ce roman crépusculaire et pourtant lumineux a reçu la même année le grand prix RTL-Lire, le prix de la Closerie des Lilas ainsi que le prix du Livre France Bleu - Page des Libraires. La nature, les grands espaces, les conditions extrêmes d'existence, l'écologie, la responsabilité de l'humanité, la survie suite à une catastrophe naturelle ou causée par l'homme, sont des thèmes récurrents dans l'oeuvre de cette grande romancière aussi douée dans la littérature noire que blanche. Son regard incisif sur ce qui advient de notre monde nous porte à voir l'invisible, à comprendre l'indicible, à imaginer l'extraordinaire. L'auteure place ses personnages dans des situations impossibles, insupportables et pousse le curseur du drame au bout... Pas d'échappatoire semble-t-il à chaque fois, l'inéluctabilité du destin semblant trop puissant pour l'être humain si fragile, si petit. Et dans ce contexte terrifiant, exceptionnel, le pire et le meilleur de l'humanité s'expriment... Soit les héros malgré eux se surpassent, se subliment, soit ils redeviennent des bêtes... Ici, nous imaginons une catastrophe nucléaire, tout est brûlé, décimé... Après un départ dans la vie dramatique, abandonné par sa mère, suivi de quelques années de douceur auprès d'une grand-mère retrouvée, Corentin reprend suffisamment de force pour poursuivre ses études supérieures à la grande ville en laissant derrière lui son aïeule. Mais la Chose advient.... Alors retrouver cette vieille femme devient vital... Le jeune homme se met en marche pour rejoindre les grandes forêts et le vallon au creux duquel repose la maison familiale... Que retrouvera-t-il ? La mort ou l'espoir ? Une débâcle, une longue marche, des rencontres au détour du chemin, des cadavres, la ruine, un univers calciné au milieu duquel un compagnon fidèle l'attend... Ce texte poétique, lyrique, tragique est un avertissement déjà lancé par d'autres écrivains tels Richard Powers ou Peter Heller et bien d'autres, car il y a urgence à comprendre que le pire est envisageable. Nous ne sommes pas à l'abri, nos enfants ne sont pas à l'abri.... Pour le faire comprendre, ce roman catastrophe laisse à voir ce qui pourrait arriver... Un retour à l'origine des temps, où l'homme attend que la Vie redonne des signes de présence, de renaissance. Un très beau roman sombre et essentiel à lire absolument afin de garder foi en l'humain, en la vie, en l'instinct.... Et ne pas oublier que le danger reste plus que jamais présent si nous ne changeons pas rapidement. Un thème déjà traité qui pourtant, par le talent de Sandrine Collette, devient une oeuvre rare et originale. Un souffle, une musique reconnaissables entre tous. Quatrième de couverture Corentin, personne n’en voulait. Ni son père envolé, ni les commères dont les rumeurs abreuvent le village, ni surtout sa mère, qui rêve de s’en débarrasser. Traîné de foyer en foyer, son enfance est une errance. Jusqu’au jour où sa mère l’abandonne à Augustine, l’une des vieilles du hameau. Au creux de la vallée des Forêts, ce territoire hostile où habite l’aïeule, une vie recommence. À la grande ville où le propulsent ses études, Corentin plonge sans retenue dans les lumières et la fête permanente. Autour de lui, le monde brûle. La chaleur n’en finit pas d’assécher la terre. Les ruisseaux de son enfance ont tari depuis longtemps ; les arbres perdent leurs feuilles au mois de juin. Quelque chose se prépare. La nuit où tout implose, Corentin survit miraculeusement, caché au fond des catacombes. Revenu à la surface dans un univers dévasté, il est seul. Humains ou bêtes : il ne reste rien. Guidé par l’espoir insensé de retrouver la vieille Augustine, Corentin prend le long chemin des Forêts. Une quête éperdue, arrachée à ses entrailles, avec pour obsession la renaissance d’un monde désert, et la certitude que rien ne s’arrête jamais complètement. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La Capture - qui sème les coups récolte la vengeance
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La Capture - qui sème les coups récolte la vengeance Nicolas Lebel Le Masque 23 mars 2022 288 pages Thriller et polar Chronique 1 novembre 2022 Le premier opus de cette série des Furies s'intitulait « Le Gibier » paru en 2021 : Retour des Furies, un trio de tueurs dont les pseudonymes sont Alecto le chef, hommes âgé balafré, Megara, une femme d'une grande beauté et Tisiphone un caméléon. Sous ces noms de déesses vengeresses comme ressurgissant des Enfers, ces trois psychopathes exécutent des contrats juteux pour toute sorte de clients. Lorsqu'une cible est désignée, Alecto écrit alors, tel un chorégraphe, une danse, en réalité une traque d'un gibier ; une activité des plus rentables qui ne souffre aucune improvisation, aucun grain de sable dans les rouages de la machination mise en place pendant des mois. C'est compter sans Simone Chen, lieutenante de police au Bastion, qui depuis la fin de la dernière enquête et son issue désastreuse, est blacklistée par ses collègues, sa hiérarchie, et tourne comme une lionne en cage. Revanche et vengeance sont à son programme. Elle continue à pister les Furies et les a repérées sur l'île Bretonne de Morguélen. Sur place, le capitaine Raphaël Romero vient de prendre son poste, après une période de dépression, auprès du vieux major Mortier. Leur mission, surveiller un criminel de guerre pour l'OCLCH, l'Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine. En effet, le père de la commune, Andras Petrovácz, habitant dans le presbytère en face de leur studio d'observation, est en fait Andro Dragović, un traître au peuple Croate pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Le matin même un vieux pêcheur Jules est enterré. Il se serait noyé, tombé ivre de son bateau. Sa nièce Mae est inconsolable. C'est le moment que choisit Chen pour débarquer sur place la rage au cœur, le flingue à la ceinture, tous les sens en alerte et en particulier son flair. Les pièces de cette nouvelle partie d'échecs sont en place, le vent se lève, les Furies entament leur danse... Mais où sont-elles, qui est leur cible ? Cette rencontre de plusieurs forces en puissance vous promet une lecture savoureuse, passionnante, essoufflante et toujours empreinte d'un humour inventif comme dans la série du Capitaine Mehrlicht. Un second épisode réussi ! Vivement le troisième ! Quatrième de couverture Morguélen. Un nom funèbre pour une île bretonne giflée par les vents. Un terrain idéal pour la lieutenante Chen, lancée dans une traque sans merci. Dans son viseur : des tueurs à gages insaisissables, les Furies, déesses du châtiment. Mais à l’heure de la rencontre, la partie pourrait bien compter plus de joueurs qu’il n’y paraît. Et quand le prêtre de cette île du bout du monde entre à son tour dans la danse, une seule certitude demeure : quelqu’un va mourir. Jeu de miroirs à huis clos, le nouveau roman de Nicolas Lebel entraîne le lecteur dans une course échevelée où tout n’est qu’ombres et reflets. Porté par l’humour et l’ingéniosité inégalables du lauréat du Prix des lecteurs du Livre de Poche, La Capture impose Nicolas Lebel comme l’une des voix les plus brillantes du thriller français. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Gina
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Gina Maria Climent Huguet Editions des Femmes Antoinette Fouque 2023 175 pages traduites du catalan par Carmen Fernandez Montava Roman Chronique 6 avril 2023 Ce livre est lauréat du prix Amposta 2019 et du prix Setè Cel 2020 : Premier roman réussi pour une autrice talentueuse à la plume vive, faussement enfantine, délicate, qui manie avec élégance l'humour pour ne pas pleurer ou se victimiser. D'une adolescente particulière, mal dans sa peau, à une jeune femme confrontée à l'impensable, Maria Climent Huguet trace un portrait précis oscillant entre impressionnisme et hyper-réalisme. On se retrouve dans ces lignes, on éclate de rire franchement à certains moments savoureux et jubilatoires, on se fige à la lecture de certaines pensées intimes et manifestement universelles. C'est avant tout un livre sur l'Amour, de soi, de l'autre, de l'enfant à venir, de la Vie. Une mise à nu courageuse et frémissante Quatrième de couverture L’énergie et une bonne dose d’humour pour affronter la maladie. Gina découvre à l’aube de ses 30 ans que la vie est sérieuse. Elle n’a toujours pas laissé derrière elle son adolescence alors que le diagnostic d’une maladie grave finit par tomber : sclérose en plaques. Récit à la première personne d’inspiration autobiographique, par une narratrice introvertie et furieusement ironique, Gina est la chronique d’une expérience de passage à l’âge adulte, tissée à partir des évènements plus ou moins truculents qui ont jalonné la vie d’une jeune femme insouciante. De l’enfance dans un village de « deux mille habitants et une centaine de milliers de moustiques », jusqu’aux nuits de fête dans une Barcelone branchée, aux soirées entre copines ou aux expériences amoureuses qui s’analysent auprès d’une thérapeute particulièrement originale. Quand la maladie survient, tout semble s’arrêter dans la vie de Gina. Mais c’est sans compter sur son énergie vitale et le regard qu’elle porte sur elle-même, lucide, drôle, tendre et fort à la fois. La maladie ne fera pas d’elle une victime. Et au bout d’un chemin fait d’un désir d’enfant de plus en plus prégnant, il y a peut-être l’amour d’une autre femme… « Cette année-là, mes parents m’avaient amenée comme toujours le 1er juillet, mais, grande nouveauté, je n’arrivais pas seule : j’avais emporté avec moi toute la stupidité de l’adolescence. J’étais brusquement devenue à moitié idiote : j’avais honte de tout, je n’avais rien à dire à mes grands-parents, je ne voulais rien faire, je voulais tout faire, je ne savais pas m’ennuyer et je regardais bizarrement tout et tout le monde. » M.C.H Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Jeux de miroirs
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Jeux de miroirs E.O.Chirovici Les Escales 2016 308 pages traduites de l'anglais par Isabelle Maillet Thriller Chronique 4 décembre 2017 Cet écrivain roumain est un auteur de nombreux best-sellers dans son pays, et "Jeux de miroirs" est son premier livre traduit en français. " Les souvenirs sont comme des balles de pistolets : certaines vous sifflent aux oreilles et ne font que vous effrayer ; d'autres vous transpercent et vous déchirent. " Kill the Dead de Richard Kadrey. Le postulat du début est alléchant : Peter Katz, agent littéraire reçoit une lettre accompagnée d'un manuscrit intriguant "Jeux de miroirs" d'un certain Richard Flynn. Celui-ci s'y remémore quelques semaines pendant ces études voici trente ans. Une tragédie avait clos cette période, bouleversant et détruisant la vie de l'auteur. En effet il avait été suspecté du meurtre du professeur Wieder, éminent psychologue, tué à la fin des années 80. Richard explique tous les évènements avant cette nuit terrible, évoquant sa belle colocataire, Laura, étudiante de Wieder. Seulement malheureusement ce récit est incomplet, juste 70 pages. Richard propose dans son message, si Peter est intéressé, de lui faire parvenir la suite. Évidemment, il se passionne pour ce fait divers, cherche à contacter Richard. Trop tard. Celui-ci est mort entre temps. Mais le témoin est passé entre les deux hommes, puis sera mis entre les mains d'autres enquêteurs, journalistes, qui tenteront de trouver la suite du livre et surtout la vérité sur cet assassinat. Chaque personnage se regarde dans un miroir déformant, tous commettent des erreurs d'interprétation, parce qu'ils voient les faits au travers d'un prisme lié à leurs propres obsessions. Cela donne le tournis, la réalité n'est pas celle admise par tous, et personne n'a en sa possession toutes les pièces du puzzle. " Un grand écrivain français a dit un jour que le souvenir des choses passées n'est pas nécessairement le souvenir des choses telles qu'elles furent..." . À vous de savoir si cela est juste. Quatrième de couverture Véritable phénomène d'édition, Jeux de miroirs est en cours de publication dans plus de 38 pays. Ce roman à la construction diabolique tient son lecteur en haleine jusqu'à la toute dernière page. LE ROMAN ÉVÈNEMENT DE 2017 Un agent littéraire, Peter Katz, reçoit un manuscrit intitulé "Jeux de miroirs" qui l'intrigue immédiatement. En effet, l'un des personnages n'est autre que le professeur Wieder, ponte de la psychologie cognitive, brutalement assassiné à la fin des années quatre-vingt et dont le meurtre ne fut jamais élucidé. Se pourrait-il que ce roman contienne des révélations sur cette affaire qui avait tenu en haleine les États-Unis ? Persuadé d'avoir entre les mains un futur best-seller qui dévoilera enfin la clef de l'intrigue, l'agent tente d'en savoir plus. Mais l'auteur du manuscrit est décédé et le texte inachevé. Qu'à cela ne tienne, Katz embauche un journaliste d'investigation pour écrire la suite du livre. Mais, de souvenirs en faux-semblants, celui-ci va se retrouver pris au piège d'un maelström de fausses pistes. Et si la vérité n'était qu'une histoire parmi d'autres ? Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La femme de l'autre rive
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La femme de l'autre rive Roger Faindt De Borée 8 avril 2021 392 pages Historique Chronique 2 mai 2021 « Quand l'horreur et l'ambiguïté de la réalité bousculent les idéaux politiques d'un homme sans que ce dernier ne parvienne totalement à y renoncer. » « Ô Nino, je ne peux plus chanter, Si je chante encore, mon cœur sortira de ma bouche Avec les larmes de mon chagrin... Et je mourrai ; Fais maintenant chanter ta guitare pour moi, Elle qui ne dit jamais le nom des femmes. Fais-la rire et danser de toutes ses cordes. Peut-être que mon cœur dans le sonore oubli, Dénouant sa peine amoureuse, Saura de nouveau rire et danser. » « Copla d'une peine fatiguée », Flamenco, Esteban De Sanlúcar La sauvagerie, l'envoûtement charnel, la poésie, l'inéluctabilité du destin habitent ce roman d'amours et historique, comme dans un film de Carlos Saura, dans l'opéra célèbre de Bizet ou le texte de Mérimée. « L'amour est un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser ; si tu ne m'aimes pas, je t'aime, si je t'aime, prends garde à toi » annonçait Carmen à Don José ; cruelle déclaration qui pourrait être aussi née dans la bouche de Lucien, guitariste inspiré, qui mène sa vie en toute liberté, celle de se battre en particulier pour une cause juste, celle des républicains espagnols luttant contre les nationalistes franquistes. Cette lutte à mort nourrie de convictions politiques et de soif de justice fait de lui un être souffrant, intransigeant, excessif, traumatisé. Il juge, ne supporte aucune zone de gris ou la moindre concession. Cet extrémisme l'isole malgré l'amitié d'Alexandre, luthier, qu'il héberge dans sa maison de Besançon, malgré l'amour et l'admiration d'une jeune guitariste, Estrella, réfugiée avec ses parents en France, des sympathisants de Franco. Il ne peut transiger avec ses croyances profondes, il ne peut trahir ses camarades des Brigades internationales, il ne peut oublier les scènes d'horreur nées des actes perpétrés par les deux camps. Le poids de son chagrin, de sa haine, de sa culpabilité l'empêche de vivre, d'aimer, de s'abandonner. Désirer et coucher avec une femme devient un acte désespéré, une tentative de se sentir toujours vivant. Il multiplie les aventures, les peaux, les odeurs, il collectionne les maîtresses sans s'attacher, juste avant de retourner sur les champs de bataille. Il veut rester insaisissable... Il se transforme en un être sadique et cruel. Il est paumé. Seule la musique reste une amante fidèle et passionnée dont il peut supporter la présence. En ces années d'enfer préfigurant la seconde guerre mondiale, alors que la peste brune s'étend, alors que l'effroi le tétanise, que l'attentisme d'Alexandre et des Français le désespère, furieux il en devient insupportable, obsédé, injuste avec tous et, en particulier, Estrella. Cependant, lors d'une énième mission pour les Brigades, alors que ses camarades exécutent des nationalistes dans un village, le regard d'une jeune femme l'arrête en pleine action, les pleurs de l'innocence, d'un nourrisson, l'obligent à agir selon des principes d'humanité et non plus politiques. Tout se brouille dans sa tête : il revient à Besançon transformé malgré lui. Son intransigeance passée était-elle fondée ? Tous les protagonistes de ce récit en temps de guerre civile et de conflits intimes, sont déboussolés, cherchent dans l'amour, la passion, la musique, des réponses à l'absurdité, des raisons de survivre et d'espérer, mais déjà l'écho des bottes nazis se rapproche... Un très beau texte habité, inspiré, mêlant onirisme, érotisme, sonorités gutturales ou harmonieuses ; on se brûle au soleil de l'Espagne, on se noie dans des torrents de boue et de sang, on rêve d'un autre monde, de fraternité et de paix, on palpite au rythme de la guitare de Lucien et des cœurs bouleversés des personnages. C'est une Tragédie universelle et intemporelle qui nous est contée ; cela nous laisse un sentiment de peur et d'infinie tristesse : effroi de constater que les leçons du passé ne sont pas comprises, désespoir face à toutes ces morts inutiles. Toutes les guerres sont nos guerres, nous concernent... Même au-delà des frontières, car l'enfer est à nos portes et le Diable s'en réjouit. Mais combattre le Mal sans user de moyens condamnables et semblables à ceux utilisés par l'ennemi, est-ce possible ? La barbarie a-t-elle une fin ? L'art, la musique, la beauté, peuvent-ils la contrer ? Lucien pourra-t-il trouver le chemin de la rédemption ? Une réflexion profonde sur l'engagement, une érudition fabuleuse et accessible quant au répertoire Espagnol et Sudaméricain dédié à la guitare, une plume imprégnée de poésie et de passion... Un souffle, une respiration, un silence soudain dans une partition tempétueuse, volcanique. J'ai été subjuguée. Quatrième de couverture 1936. Lucien, guitariste, s'engage dans les brigades internationales pour lutter contre le fascisme en Espagne. Blessé, il revient en Franche-Comté, y retrouve Alexandre, son ami luthier et fait la connaissance d'Estrella, une exilée espagnole d'obédience franquiste. Incapable de l'aimer et de lutter contre son envie de retrouver ses camarades révolutionnaires, Lucien repart. Chargé d'éliminer des civils nationalistes, il épargne alors la vie d'Elena et sauve une fillette de quelques mois. Deux événements qui fissurent ses certitudes... Contraint de fuir, il rejoint clandestinement la France avec le bébé. Elena les y retrouve peu après. Parviendront-ils à composer tous les trois la mélodie de leur bonheur ? Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs















