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  • Mémoires effacées

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Mémoires effacées Frédérick D'Onaglia De Borée 16 mai 2019 311 pages Polar Chronique 26 mai 2019 Deux éléments de ce polar m'ont plu : - Le fait que cela se passe en Camargue, en partie auprès de la brigade fluviale et nautique de Port-Saint-Louis-duRhône, sur et sous l'eau, et sur les plages de Beauduc. - La découverte de l'archéologie subaquatique. Le rendu de la vie au bord de la Méditerranée, sur un bateau de pêche ou un voilier, dans une caserne de gendarmerie est parfait. On s'y croit et on a très envie de rejoindre le sud et la Camargue. Les interactions entre les personnages sont bien décrites, on se sent inclu dans cet univers. Et évidemment l'histoire d'amour qui débute ainsi que les scènes en famille allègent l'ambiance. Un chalutier en pleine nuit L'Amarok, sous le commandement du capitaine dit " La Massue" aidé de Roberto son employé, se retrouve pris dans une tempête terrible en pleine zone protégée. La Massue n'en démord pas malgré les craintes de l'espagnol.... Il passe et repasse sur un endroit repéré à l'échosondeur, et racle les fonds. Bientôt ils sont bloqués, ils remontent la cage, à l'intérieur un cadavre... Des lumières illuminent la scène, celle de la gendarmerie maritime, venue pour les arrêter en zone protégée. C'est Iris qui est chargée du dossier ; elle dirige la brigade fluviale et nautique de Port-Saint-Louis-du-Rhône. Mère célibataire, ayant réussi à être respectée par son équipe d'hommes, elle peut compter sur sa famille et une de ses amies,Agathe, pour s'occuper de Charly son fils. Au retour de la brigade avec le corps, Iris croise son ancien boss, le capitaine Léo Sarlat, mis à pied par sa hiérarchie : une opération qui s'est terminée avec la mort de son coéquipier Tony et une blessure pour lui. Il ne réussit pas à se souvenir des évènements. Après un divorce difficile et la séparation d'avec sa fille Jade qu'il ne voit qu'en vacances, il est venu à Beauduc pour resserrer les liens avec son père, celui qui est parti soudain lorsqu'il était gamin. Il n'est donc pas au mieux de sa forme, amarré non loin de là. Iris voit en sa présence un signe et lui propose de collaborer avec elle sur sa première affaire de meurtre. Elle fait bien, car tout se complique avec la découverte d'un autre cadavre. Les deux victimes présentent le même tatouage, la lettre Omega. Beauduc, spot prisé des kitsurfeurs et des archéologues spécialisés en fouilles subaquatiques, est maintenant le lieu où semble s'être installé un serial killer. La ténacité de Iris, les intuitions presque surnaturelles de Léo vont être mises à contribution pour mener à bien cette enquête envers et contre tout. Ils vont devoir aller au delà des apparences, affronter certaines vérités sur leur entourage tout en gérant leur vie de parents et leur nouvelle idylle. Le coupable et ses mobiles sont tout à fait insoupçonnables. Un roman que j'ai eu du plaisir à lire, j'aime beaucoup la Camargue et l'archéologie, donc c'était déjà gagné dès le départ. Quatrième de couverture Doué d’une intuition hors du commun, le capitaine Léo Sarlat a été mis à pied par sa hiérarchie après la mort de son co-équipier lors d’une opération où lui-même a été blessé. Ce congé forcé est l’occasion pour lui de rendre visite à son père Jeff qu’il n’a pas revu depuis son départ soudain du foyer, il y a vingt ans. Tout juste arrivé en Camargue, Léo croise Iris, une ancienne collègue de la section de recherches de Marseille qui dirige désormais la brigade fluviale et nautique. Un cadavre a été retrouvé dans les fonds protégés de Beauduc par un pêcheur braconnier. Loin de partager la méfiance de ses collègues à l’égard de Léo, Iris est ravie de pouvoir mettre à contribution ses talents d’enquêteur, d’autant que deux nouveaux cadavres sont bientôt découverts… Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • La nuit des orateurs

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La nuit des orateurs Hédi Kaddour Gallimard 14 janvier 2021 368 pages Historique Chronique 25 juillet 2021 Lire ce « thriller historique » en ce moment de troubles fut une expérience exceptionnelle et flippante à la fois car ce que l'on pourrait croire une époque révolue semble ressurgir brutalement. La peur d'une dictature avec son cortège de complots, de paranoïa, d'incertitudes, de vies brisées, de corps torturés, détruits, déchiquetés ; la mort partout planant non avec une faux mais un lacet, un glaive, un poignard, une fourche, tout objet propre à faire souffrir longuement, sadiquement, est l'alliée semble-t-il du grand homme égal d'un Dieu, Domitien. Il fut charmant, cultivé, il fut l'ami d'enfance de Lucretia, la femme de Publius Cornelius dit Tacite. Une épouse border line, d'une intelligence redoutable, rompue aux jeux de dupes de la Cour, érudite, une guerrière de tous les instants formée à survivre grâce à une enfance à la suite de son général de père Agricola, être aimé, admiré, dont elle sait que la disparition n'avait rien de naturelle. Mise à l'abri par celui-ci, alors qu'elle n'avait que douze ans, grâce à un mariage avec un homme de quinze ans son aîné, elle a grandi vite, dans l'urgence. Son instinct de survie la pousse à décider de se rendre auprès de Domitien afin de connaître ses attentions quant à l'exécution de son compagnon ou sa possible grâce. Tacite a apporté son aide à deux avocats relisant leur plaidoirie. L'affaire consistait à défendre les intérêts d'une province romaine contre les agissements illégaux d'un certain Massa, ami de César. Les trois compères gagnent, ils devraient s'en tenir là. Mais c'est compter sans l'indiscrétion, la forfanterie et les revendications politiques d'un des membres du trio, allant jusqu'à appeler au retour de la République. Rien ne va plus. Domitien hait les complots, les séditieux, il est sans pitié, cruel, aveuglé par de soudaines crises de fureur. L'exercice du pouvoir l'a changé en monstre qui se repaît de la souffrance des autres. C'est un psychopathe illustrant une décadence de la civilisation romaine. Hédi Kaddour écrit admirablement, la beauté de ses mots aide à lire ce texte effroyable sur le fond, à affronter l'indicible, à se plonger dans un monde fou, dans une ambiance anxiogène et délétère. Une société en putréfaction où survivre est un exploit. Nous sommes très éloignés des péplums hollywoodiens, enfermés dans une réalité atroce où l'intelligence et la faculté de rester en permanence sur le qui-vive sont indispensables. Un roman qui pour moi est un véritable thriller historique sur le totalitarisme. Édifiant ! Quatrième de couverture Que peut-on dire, que peut-on faire sous la tyrannie ? Il est sénateur et avocat, il s'appelle Publius Cornelius, il a pour surnom Tacite. Autour de lui les gens tombent. Il n'est pas encore écrivain mais seule la littérature pourrait être à la hauteur des événements qu'il traverse. Sa femme, Lucretia, décide de se rendre au palais impérial pour plaider la clémence auprès d'un souverain qui tue comme on éternue. La scène est à Rome, au premier siècle, sous le règne de Domitien. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Les diables de Cardona

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les diables de Cardona Matthew Carr Sonatine Été 2018 440 pages traduites par Claro Thriller Historique Chronique 3 septembre 2018 Grâce au talent de l'auteur j'ai pu mener à bien cette lecture jusqu'à la fin moyennant une pause de 24 heures pour mes yeux très fatigués par la police choisie pour l'édition de ce thriller historique heureusement formidable et passionnant. Nous sommes 25 ans avant la grande expulsion des morisques d'Espagne, décidée en 1609 par Philippe III. ( Voir mon retour du 28 août dernier sur " L'expulsion" de Michel Del Castillo). Cette tragédie n'a donc pas eu lieu, mais la situation des convertis en Castille et en Aragon n'est pas bonne, elle devient même désastreuse. Les morisques sont considérés par les vieux-chrétiens ou l'Inquisition comme des hérétiques. L'Espagne d'alors est un pays où "tout le monde fait semblant, ..., Les prêtres font semblant d'être des saints. Les femmes font semblant d'être vertueuses. Les juifs et les Maures font semblant d'être chrétiens, et les hommes qui n'ont pas une goutte de sang bleu dans leurs veines achètent des titres et font semblant d'être nobles pour ne pas payer d'impôts et afin que d'autres hommes s'inclinent devant eux. " Tout commence donc en 1584, au petit matin, un prêtre bien particulier et licencieux dans ses mœurs est tué sauvagement dans l'église de Belamar de la Sierra, un village aragonais à la frontière française. De plus, on profane les lieux et on laisse une inscription en arabe sur les murs. Immédiatement on pense que c'est l'oeuvre du Rédempteur, un inconnu se présentant comme le défenseur des morisques, promettant le massacre de tous les chrétiens, à l'instar des musulmans à Grenade et dans le sud de l'Espagne voilà plus de seize ans. Certains morisques ont en effet été contraints de se convertir mais vivent toujours en pratiquant secrètement l'Islam. Bernardo de Mendoza, Licenciado donc magistrat à Vallaloid, ancien soldat ayant combattu les mahométans et humaniste issu d'une famille juive, se voit chargé de l'enquête à la veille de la venue du Roi Philippe II sur place. L'affaire semble simple, mais elle ne l'est pas, surtout car la fille du Roi, Carolina doit se marier prochainement en Aragon. Cette couronne et ses seigneurs bénéficient de certaines mesures d'exception quant à l'application de la Loi. Il faudra donc toute sa diplomatie et son intelligence à Mendoza pour découvrir la vérité. Il part accompagné de Gabriel un jeune homme de dix sept ans, son scribe, qu'il a sauvé bébé d'une mort certaine pendant la guerre contre les Maures, de son cousin le valeureux et épicurien Ventura, d'un allemand Necker, loyal et sévère, et de deux autres compagnons. Dès leur arrivée, tout empire, les meurtres continuent. L'attitude hypocrite, mensongère, peureuse ou fière de tous ne facilite pas la tâche de l'équipe. Entre un Inquisiteur Mercader sans pitié et psychopathe, un seigneur Vallcarca du domaine voisin, sans moralité ni foi, son fils Rodrigo son double en plus bête, tous deux louchant sur les terres et richesses de la comtesse de Cardona, la belle et mystérieuse Isabel, et les extrémistes de tous poils, Bernardo de Mendoza devra faire preuve de ruse, de bravoure, d'autorité et d'humanité pour déjouer les complots, et dénouer les fils longuement noués par une âme corrompue et ténébreuse. Matthew Carr est un maître en la matière ; journaliste, essayiste, romancier de thrillers axés sur les religions, il sait parfaitement faire renaître sous nos yeux un XVI ème siècle réaliste et fabuleux. On s'y croirait vraiment. Un ardent plaidoyer pour la liberté de croyance, pour la paix. À découvrir avec de bonnes lunettes ou des pauses. Quatrième de couverture Espagne, XVIe siècle : un mystérieux tueur musulman s'en prend à l'Église catholique. 1584. Le prêtre de Belamar de la Sierra, un petit village d'Aragon à la frontière avec la France, est assassiné, son église profanée. Sur les murs : des inscriptions en arabe. Est-ce l'œuvre de celui qui se fait appeler le Rédempteur, dont tout le monde ignore l'identité, et qui a promis l'extermination de tous les chrétiens, avec la même violence que celle exercée sur les musulmans ? La plupart des habitants de la région sont en effet des morisques, convertis de force au catholicisme, et qui pratiquent encore l'islam en secret. À la veille d'une visite royale, Bernardo de Mendoza, magistrat à Valladolid, soldat et humaniste, issu d'une famille juive, est chargé de l'enquête. Très vite, les tensions s'exacerbent entre les communautés, une véritable guerre de religion se profile. Et les meurtres continuent, toujours aussi inexplicables. Entre l'Inquisition et les extrémistes morisques et chrétiens, la tâche de Mendoza va se révéler ardue. Historien et spécialiste des religions, Matthew Carr nous transporte dans un XVIe siècle d'un réalisme époustouflant. Sa connaissance des mœurs de l'époque, son sens de l'intrigue, son empathie pour ses personnages, font de ce plaidoyer pour la liberté une œuvre inoubliable. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Millésime 54

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Millésime 54 Antoine Laurain Flammarion 4 avril 2018 272 pages Divers Chronique 23 juin 2018 Je vais vous éviter toute prose liée de près ou de loin au monde viticole, ce serait un peu facile... Où peut-être gouleyant ! Oui voilà aussi délicieux qu'une partie de pêche à la truite au soleil en bonne compagnie. Cela aurait pu s'appeler « Y'a d'la joie...», ce roman, ce conte, ce poème, étant une vraie merveille d'imagination, de drôlerie, de tendresse, d'émotions, de fantastique. Les premiers mots de remerciements de l'auteur : « Avec la participation exceptionnelle et par ordre d'apparition, qu'elle soit fugace ou non de : S.A.S. le duc de Windsor, Salvador Dali, Jacques Prévert, Robert Doisneau, Marcel Aymé, Harry MacElhone, François Truffaut, Claude Chabrol, Jean-Luc Godard, Audrey Hepburn, Hubert de Givenchy, Jean Gabin et Édith Piaf. » Antoine Laurain a écrit 7 romans, traduits en plus de vingt langues. C'est mon premier livre de cet auteur ! Mais comment ai-je fait pour le manquer ? Remarquablement écrit, ciselé, imagé, c'est un bijou, de ces livres d'utilité publique, de ces œuvres refaisant naître le sourire et l'étincelle dans l'œil. Faites-vous un vrai plaisir, imaginez la plus belle pâtisserie de votre choix , la plus délicieuse, et bien cette fiction est comme un mille feuilles ou un croissant aux amandes mes pêchés mignons, offrez-vous vite. J'ai toujours regretté de ne pas avoir connu les Halles à la grande époque avant que le quartier ne soit défiguré, de ne pas avoir entendu le sabir, le langage haut en couleurs des bouchers, ni vu les étals et l'otarie et son ballon.... Grâce à ce livre c'est chose faite, et je peux m'en aller rêver sous ma couette... « Millésime 54 », sortez la jolie vaisselle, les verres étincelants, étendez une nappe sur l'herbe et dégustez. Quatrième de couverture Paris, un soir de septembre. Peu de choses relient Hubert, propriétaire de son appartement de famille, Magalie, restauratrice en porcelaine, Julien, barman débutant, et Bob, touriste américain de passage dans la capitale. Pourtant tous les quatre vont ouvrir et partager une bouteille de Château Saint-Antoine 1954 retrouvée dans la cave du vieil immeuble où ils habitent. Le lendemain matin, les rues ne sont plus tout à fait les mêmes, ni les autobus, ni les commerces, ni les gens. Un délicieux parfum d'autrefois flotte sur la ville. Et pour cause : ils sont retournés dans l'année du vin ! Sortilège ? Rupture temporelle ? De la traversée d'un Paris éternel où l'on croise Jean Gabin comme Audrey Hepburn, jusqu'aux mystérieuses vignes du Beaujolais qui vont livrer leur secret, les voilà pris dans un tourbillon le temps d'un week-end ailleurs. Millésime 54 est une fête, une invitation au voyage qui fait la part belle à l'amour, à l'amitié et au désir de merveilleux qui sommeille en chacun de nous. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Une vie après l'autre

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Une vie après l'autre Kate Atkinson Grasset 2015 519 pages traduites par Isabelle Caron Historique Chronique 24 juin 2019 Premier opus de la série consacrée à Ursula et Teddy Todd, soeur et frère, traitant de la seconde guerre mondiale ; « L'homme est un Dieu en ruine » est le second tome. Historique et surnaturel, un mélange détonnant, un livre fabuleux ! Bien, c'est officiel, je suis fan de cette auteure extraordinaire, de son intelligence, son style, son humour réjouissant, son talent de conteuse, son art de la construction vertigineuse menée jusqu'au bout avec un brio hors du commun. Plus j'avançais dans ce récit, plus j'étais admirative me demandant jusqu'où Kate Atkinson était prête à aller, où étaient ses limites en terme d'imagination, de créativité, de folie. Car cette histoire est démente, s'appuyant sur des faits historiques rigoureusement avérés, mais mise en valeur grâce au parti pris de la plongée dans le surnaturel. Gonflé ! En soit, imaginer qu'à chaque partie ratée on puisse la recommencer, qu'on ait droit à un game over, cela a déjà été utilisé comme ressort dramatique. Donc c'aurait été beaucoup trop simple pour les merveilleuses petites cellules grises de l'écrivaine. Non, elle va bien plus loin et se faisant elle traite d'un sujet philosophique, existentiel, universel : Et si nous pouvions recommencer notre vie pour effacer les erreurs commises. Mieux, et si sans parler de réincarnation mais sachant que nous avons quelques fois l'impression troublante de revivre des situations pourtant nouvelles, d'avoir une sorte de don de prescience, si ces phénomènes avaient une explication somme toute évidente : que tous nous vivons plusieurs vies, plusieurs débuts, plusieurs fins, et que donc nos décisions s'affinant d'existence en existence, comme un bon ouvrier ou un forgeron qui devient meilleur en forgeant, nous puissions influer sur les évènements, sur l'Histoire. Ceci posé, l'auteure réussit, sans nous perdre, à nous raconter plusieurs destins en parallèle, et adroitement à nous dresser un tableau de ce qui arriva en Europe à partir de février 1910 en Angleterre et en Allemagne. Bluffée ! Ainsi nous suivons Ursula Todd de ses naissances à ses morts, une même âme, entité, vivant des trajectoires différentes... Nous débutons ce roman par une scène incroyable, celui de l'assassinat de Hitler en 1930 à Munich par notre héroïne, puis dès les deux chapitres suivants, nous assistons à ses mises au monde, deux ratées, la suivante réussie.... Vous voilà en haut du toboggan...plongez ! Formidable ! J'ai adoré ce livre, j'ai énormément appris, j'ai retrouvé la joie ressentie lors des lectures des romans de Teresa Révay ou Jane Thynne, mettant en scène des héroïnes dans le contexte de ce conflit mondial, sans pour autant inclure de la SF. Grande écrivaine, Kate Atkinson a été distinguée par toutes les récompenses prestigieuses ( Prix Whitbread Book of the year, titre de Member of the Order of the British Empire en 2011, prix Costa en 2013....) et nous offre à chaque fois une oeuvre littéraire originale, risquée, de haute facture, nous amenant à réfléchir à nos propres choix, nos lâchetés ou bravoures quotidiennes. Quel livre ! Quatrième de couverture 11 février 1910 : Ursula Todd naît - et meurt aussitôt. 11 février 1910 : Ursula Todd naît - et meurt quelques minutes plus tard, le cordon ombilical enroulé autour du cou. 11 février 1910 : Ursula Todd naît - le cordon ombilical menace de l'étouffer, mais cette fois le médecin est là pour le couper, et Ursula survit... Ursula naîtra et mourra de nombreuses fois encore - à cinq ans, noyée ; à onze ans, dans un accident domestique ; ou encore à vingt ans, dans un café de Munich, juste après avoir tiré sur Adolf Hitler et changé ainsi, peut-être, la face du monde... Si l'on avait la possibilité de changer le cours de l'Histoire, souhaiterions-nous vraiment le faire ? Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Les instruments de la nuit

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les instruments de la nuit Thomas H.Cook L'Archipel 26 mai 1999 281 pages traduites par Sophie Dalle Thriller Chronique 13 septembre 2017 Livre douloureux, nécessitant plusieurs fois au cours de la lecture de reprendre son souffle. " Graves savait qu'il était impossible d'envisager l'horreur avant qu'elle ne vous tombe dessus et ne vous laisse, sinon mort, du moins insensible. Éteint à l'amour des espaces ouverts et des promenades solitaires. Éteint aux plaisirs du silence et à la tranquillité des pièces désertes. Aveugle aux autres, aux épargnés dans un monde divisé entre ceux dont l'expérience leur montre le Mal partout et ceux qui, ne l'ayant jamais connu, ne le voient nulle part. Indifférent surtout à l'idée réconfortante que les profondeurs de la terreur ne sont pas infinies et que la peur n'est pas enracinée en l'homme." " Il faut agir pour ne pas se laisser envahir par ses propres démons." Deux phrases magnifiques en exemple de l'écriture lyrique et profonde de ce maître de la noirceur, capable de créer une atmosphère anxiogène et hors du temps. Le personnage principal auteur d'une série d'enquêtes sombres et horribles, tente par l'écriture de survivre comme il peut au passé, à l'indicible tristesse et à l'épouvante ressentie petit garçon, à la culpabilité aussi. Il vit la réalité tout en étant toujours en état second transformant à vue les événements, les personnes réelles, les plaçant sur une scène virtuelle au centre d'un scénario macabre. Cette faculté de se réfugier dans la création et l'inconscient le sauve, en fait un auteur à succès et en même temps ne lui permet pas d'affronter ses démons. L'héritière Allison Davies déjà âgée, convaincue par les dons de Paul Graves, l'invite en résidence artistique dans son domaine comme elle le fait depuis toujours. Cependant la raison véritable de son invitation est une requête bien particulière qu'elle va présenter à l'écrivain hanté par sa propre enfance. Proposer une version après enquête, au meurtre d'une jeune fille de ses amies, dans sa jeunesse, sur la propriété de l'Hudson Valley. Un homme a été arrêté alors mais cela n'est pas plausible. Paul va accepter de venir passer l'été sur place. Une autre auteure de pièces de théâtre est aussi conviée à cette résidence. Tous deux vont chercher, interroger, réveiller les souvenirs des témoins encore présents. Adroitement la nouvelle partenaire de Graves va peu à peu également le libérer de ses entraves. Mais toute vérité est-elle supportable ? Est-ce la rédemption ou la mort qui l'attend au bout de cette quête ? Violent et superbe comme toujours, sombre et lumineux également, un livre étonnant quant aux virages pris soudainement, dont je sors grave et plus forte aussi. Des mots justes qui touchent l'âme et la quintessence de chaque être.Roman à part... Quatrième de couverture Il est des romanciers « hantés » par leurs personnages. Paul Graves est de ceux-là. Lorsqu'il accepte d'être, pour quelques jours, l'hôte du domaine de Riverwood, il ignore que cette propriété victorienne fut, cinquante ans plus tôt, le théâtre d'un crime jamais résolu. Personnages en proie à leurs démons, intrigue à double fond : avec ces Instruments de la nuit, Thomas H. Cook dissèque les zones d'ombre de la conscience humaine. « Les visions de Cook, comme tamisées par un filtre nocturne, hantent longtemps après qu'on a refermé son livre. » The New York Times Book Review. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Animal

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Animal Sandrine Collette Denoël 2019 283 pages Divers Chronique 21 juin 2019 « Humain, Animal, pour survivre ils iront au bout d'eux-mêmes. Un roman sauvage et puissant » Vous voyez les photos sur les réseaux sociaux où figurent des chasseurs et leurs proies, ces clichés qui donnent sérieusement envie de vomir et qui posent la question de la sauvagerie gratuite d'êtres humains dits civilisés. J'aime beaucoup certains films tels Predator 1 et surtout 2, oui je sais, c'est étonnant, et certaines scènes de traque en forêt du Kamtchatka ici m'y ont fait penser, car imaginez que, soudain, un animal devienne un " alien" chasseur d'hommes, stratégique, intelligent, et ce n'est pas du Chantal Goya... Assez jouissif d'imaginer que cela puisse être possible. Évidemment extrêmement bien écrit au ton très personnel, ce roman a pour cadre la nature imposant sa loi, comme dans les opus précédents de cette auteure. Toujours une analyse psychologique tout en finesse, une construction précise, chirurgicale. Et une fin qui nous retourne. Un destin tragique et inéluctable, une piste afin de comprendre les raisons de certains pour commettre des carnages aujourd'hui inutiles, un voyage qui débute et finit au Népal. Un dépaysement donc géographique mais aussi psychiatrique, car en ce qui me concerne je ne peux en aucun cas comprendre toute atteinte à la vie d'animaux par plaisir. Original et pertinent. Quatrième de couverture Dans l'obscurité de la forêt népalaise, Mara découvre deux très jeunes enfants ligotés à un arbre. Elle sait qu'elle ne devrait pas s'en mêler. Pourtant, elle les délivre, et fuit avec eux vers la grande ville où ils pourront se cacher. Vingt plus tard, dans une autre forêt, au milieu des volcans du Kamtchatka, débarque un groupe de chasseurs. Parmi eux, Lior, une française. Comment cette jeune femme peut-elle être aussi exaltée par la chasse, voilà un mystère que son mari, qui l'adore, n'a jamais résolu. Quand elle chasse, le regard de Lior tourne à l'étrange, son pas devient souple. Elle semble partie prenante de la nature, douée d'un flair affûté, dangereuse. Elle a quelque chose d'animal. Cette fois guidée par un vieil homme à la parole rare, Lior et les autres sont lancés sur les traces d'un ours. Un ours qui les a repérés, bien sûr. Et qui va entraîner Lior au-delà de ses limites, la forçant à affronter la vérité sur elle-même. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Khalil

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Khalil Yasmina Khadra Julliard 2018 264 pages Roman Chronique 12 avril 2019 Un roman très courageux, intelligent, incontournable, osé... Mais qui mieux que cet auteur pour relever le défi d'entrer dans la tête d'un terroriste, Khalil, jeune homme paumé, venu de Belgique jusqu'à Paris en cette mi- novembre 2015 pour se faire sauter dans le RER juste après que d'autres djihadistes se soient faits exploser au Stade de France... Manque de pot, pas de Paradis, ni de vierges au programme, il a beau appuyer sur l'interrupteur, rien ne se passe... La course commence alors pour cet anti-héros afin de retourner chez lui, pour comprendre ce qui s'est passé, pour ne pas être désavoué par son émir ou recruteur ou pire par son imam. Également, ce temps où il doit se cacher, lui permet de se souvenir de sa jeunesse, de sa famille, de la façon dont il a été embrigadé dans cette opération kamikaze... Au fil de ses rencontres avec ceux qui font partie de sa cellule d'action, on comprend mieux l'organisation et les relations entre ses hommes en perdition, manipulés par ceux qui utilisent la religion à des fins de conquête et de pouvoir. On comprend l'articulation des évènements, les faits, mais on ne peut évidemment pas pardonner. À retenir particulièrement les pages 228 à 230 édifiantes, retraçant le parcours de ce gamin perdu et de son copain, ne trouvant sa place ni dans sa famille, ni dans la société belge. Qui est-il ? La parole est aussi donnée à tous les musulmans pratiquants ou non, catastrophés, révoltés, victimes directes ou collatérales des djihadistes. Un roman plus que réaliste, essentiel, magnifiquement écrit, apportant du lyrisme à la lutte contre l'horreur, l'inhumanité... Vous vous souvenez d'où vous étiez lors de ces attentats ? Moi oui, inoubliable ! Gratitude envers Yasmina Khadra. Quatrième de couverture Paris, ville des lumières, nous sommes le Vendredi 13 novembre 2015. L'air est encore doux pour un soir d'hiver. Tandis que les Bleus électrisent le Stade de France, aux terrasses des brasseries parisiennes on trinque aux retrouvailles et aux rencontres heureuses. Une ceinture d'explosifs autour de la taille, Khalil attend de passer à l'acte. Il fait partie du commando qui s'apprête à ensanglanter la capitale. Qui est Khalil ? Comment en est-il arrivé là ? Dans ce nouveau roman, Yasmina Khadra nous livre une approche inédite du terrorisme, d'un réalisme et d'une justesse époustouflants, une plongée vertigineuse dans l'esprit d'un kamikaze qu'il suit à la trace, jusque dans ses derniers retranchements, pour nous éveiller à notre époque suspendue entre la fragile lucidité de la conscience et l'insoutenable brutalité de la folie. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • En sacrifice à Moloch

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires En sacrifice à Moloch Asa Larsson Albin Michel 2017 444 pages traduites par Caroline Berg Thriller polar Chronique 5 mai 2018 Troisième livre que je lis de cet auteure et je crois que celui-ci est mon préféré. L'héroïne va beaucoup mieux et vit dans la maison de sa grand-mère en pleine nature avec Vera une chienne rescapée de la dernière affaire de Rebecka et morveux un chiot pataud et craquant qui apporte beaucoup de tendresse dans ce récit. Le respect à la nature, et des cycles de vie, les us et coutumes, les rapports humains plus directs et sains dans cette campagne participent largement à l'ambiance que j'aime dans ce livre. Le saut en 1914 est également un élément essentiel, car nous en apprenons énormément sur la Suède et son Histoire. J'ai vraiment été heureuse de retrouver la procureure Rebecka Martinsson, l'inspecteur Anna-Maria Mella et sa famille nombreuse, Tommy Rantakyro, Fred Olsson et Sven-Erik stalnacke. Le policier Krister Eriksson, défiguré par un feu enfant, maître-chien, amoureux de Rebecka en silence, le vieux voisin père de substitution de la jeune femme Sivving, et tous les chiens qui ont une grande importance dans ce récit. Évidemment il faut un salaud de service détestable, jaloux et envieux de Rebecka, le procureur Carl von Post. Il va lui couper l'herbe sous les pieds et lui voler son enquête. Tout le monde va en pâtir, les enquêteurs en premier et les victimes qui n'obtiennent pas justice. « Au terme d'une traque impitoyable dans les forêts de Lainio, en Laponie suédoise, un ours féroce est abattu. Dans sa panse : les restes d'un homme... Cette macabre découverte est suivie quelques mois plus tard par l'assassinat d'une femme à coup de fourche. Chargée de l'enquête, la procureure Rebecka Martinsson ne tarde pas à recouper ces faits à priori sans rapport : les deux victimes avaient un lien de parenté ; ils étaient père et fille. Mais ils ne sont pas les premiers à disparaître, comme si une étrange malédiction frappait la famille... » En effet personne ne retrouve Marcus le petit fils de Sol-Britt Uusitalo, la victime....et la malédiction semble trouver sa source en avril 1914, lorsque Elina Pettersson, institutrice rencontre dans le train qui la mène à Kiruna où elle a obtenu un nouveau poste, Hjalmar Lundbohn, Président-Directeur général de la LKAB, la compagnie minière de la ville. Le décor est planté, les rôles distribués pour que vous puissiez profiter au mieux de ce policier nordique, où l'ombre des disparus s'assoient toujours au milieu des vivants, attendant qu'on les libère, qu'on trouve leurs meurtriers. Quatrième de couverture Au terme d'une traque impitoyable dans les forêts de Lainio, en Laponie suédoise, un ours féroce est abattu. Dans sa panse : les restes d'un homme... Cette macabre découverte est suivie quelques mois plus tard par l'assassinat d'une femme à coups de fourche. Chargée de l'enquête, la procureure Rebecka Martinsson ne tarde pas à recouper ces faits a priori sans rapport : les deux victimes avaient un lien de parenté ; ils étaient père et fille. Mais ils ne sont ni les premiers ni les derniers à disparaître, comme si une étrange malédiction frappait leur famille... Après le succès de Tant que dure ta colère, Asa Larsson, star du polar scandinave, part sur les traces d'un terrible et lointain secret, dans les paysages crépusculaires et inquiétants du Grand Nord suédois. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Boréal

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Boréal Sonja Delzongle Denoël Sueurs Froides 2018 444 pages Thriller Chronique 1 avril 2018 « Maybe I'm foolish, maybe I'm blind Thinking I can see through this and see what's behind Got no way to prove it so maybe I'm blind But I'm only human after all, I'm only human after all Don't put your blame on me Take a look in the mirror and what do you see Do you see it clearer or are you deceived on what you believe Cos I'm only human after all, you're only human after all Don't put the blame on me Don't put your blame on me....» Chanson « Human » de Rag'n Bone Man Peut-être est-ce bien là le problème ? Nous ne sommes que des humains, jamais notre faute, toujours celle de l'autre. Nous sommes les animaux les plus stupides et prétentieux de la planète ! Tellement suicidaires que nous détruisons notre propre lieu de vie, notre maison universelle, notre Terre. Et ce faisant, nous tuons des centaines et des centaines de nos soeurs et frères, humains ou animaux. Nous rayons des races entières de faune et espèces de flore, indispensables à l'équilibre de l'écosystème, et à notre survie dans les siècles à venir. Nous massacrons, assassinons, mais les cadavres ne sont pas assez visibles, semble-t-il, pour notre conscience aveugle ! Continuons à jouer les autruches malgré les alertes ! Nous sommes tous coupables ! Base Arctica, 1er janvier 2017, région de Thulé, Groenland. J3. La deuxième équipe de scientifiques vient de prendre le relais de la précédente, des spécialistes d'horizon divers : Roger Ferguson, du ministère de l'Environnement danois, chef d'expédition et sismologue, Anita Whale, chef en second, climatologue britannique, Atsuko Murata, responsable de recherches et géologue japonaise, Dick Malte, glaciologue canadien, Mathieu Desjours, étudiant français, photographe vidéaste et interprète en inuit de l'expédition, et Akash Mouni, chef de cuisine réunionnais. Ils sont là pour une mission de surveillance du réchauffement climatique et donner l'alerte quant aux conséquences prévisibles, à plus ou moins longue échéance, de ce phénomène sur la planète. L'inlandsis représente 80% du Groenland, des failles vertigineuses soudaines dans la couche de glace seraient une catastrophe annonciatrice de bien pire. La mission d'Arctica est donc primordiale. Une sortie d'une partie de l'équipe afin de prélever des carottes de glace ensuite analysées par Dick, tourne au cauchemar. Arrivée dans une vallée, une vision indescriptible de milliers de bœufs musqués pris dans le permafrost, yeux terrorisés figés à jamais dans l'horreur, les tétanise. Tout autour de ce cimetière veillent des gigantesques statues de pierres. Ainsi plusieurs hécatombes animales inexplicables ont été signalées depuis près de cinquante ans. C'est la mission de Luv Svendsen, biologiste norvégienne célèbre et détestée par certains, d'en faire le relevé exhaustif. Travaillant pour la Wildlife Protection Society, elle doit se terrer dans un habitat invisible en Norvège, avec son bébé Joy. Son mari Dave, souvent absent, paye même un garde du corps depuis que Luv a été victime d'une tentative de meurtre, enceinte, à Oslo. Elle reçoit alors de très mauvaises nouvelles d'un ami grand reporter au National Geographic, Niels Olsen, concernant l'extinction des abeilles, gravissime pour la survie de toutes les espèces, et une autre de sa mère l'appelant de Londres. Son monde personnel est sur le point de s'écrouler, elle ne peut plus se cacher malgré les protestations de Dave. La mise en place est faite : nous voici projetés dans un thriller engagé politiquement au sens pur du mot, et écologiquement, très documenté, flippant, car basé sur une réalité terrorisante pour tous. C'est aussi un thriller psychologique et anxiogène, dans cette nuit infinie, ce blizzard coupant, ce froid impensable, dans une sorte de huis clos, coupé de toute vie normale, où la moindre erreur, la plus petite maladresse sont fatales, où chacun a des secrets. . Ce livre est un récit "cinématographique" avec des scènes incroyables de beauté, de très grand spectacle, puis des moments intimistes accentuant notre empathie pour les membres de la mission ou les groenlandais ; magistralement écrit et construit, c'est aussi un lanceur d'alerte. Peur au ventre quant au destin des personnages, de Luv en particulier, terreur quant à des faits réels passés et actuels et leurs conséquences possibles sur la Terre. Être humain, ou être, simplement être un des éléments de ce monde animal, en toute humilité et respect de la Nature. En sommes-nous capables ? Boréal est un roman à l'impact évident, universel, en plus d'être une œuvre littéraire de grande facture. C'était mon dernier livre de cette auteure, j'en ressors affermie dans mes convictions et reconnaissante de m'avoir remis en mémoire immédiate, l'essentiel. « I'm a human but I don't want to be blind. » Quatrième de couverture Janvier 2017, au Groenland. Là, dans le sol gelé, un œil énorme, globuleux, fixe le ciel. On peut y lire une peur intense. C'est ainsi que huit scientifiques partis en mission de reconnaissance découvrent avec stupeur un bœuf musqué pris dans la glace. Puis un autre, et encore un autre. Autour d'eux, aussi loin que portent leurs lampes frontales, des centaines de cadavres sont prisonniers du permafrost devenu un immense cimetière. Pour comprendre l'origine de cette hécatombe, le chef de la mission fait appel à Luv Svendsen, spécialiste de ces phénomènes. Empêtrée dans une vie privée compliquée, et assez soulagée de pouvoir s'immerger dans le travail, Luv s'envole vers le Groenland. Ils sont maintenant neuf hommes et femmes, isolés dans la nuit polaire. Le lendemain a lieu la première disparition. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Moderato cantabile

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Moderato cantabile Marguerite Duras Editions des Femmes Antoinette Fouque Bibliothèque des voix Janvier 2021 2 h 26, lu par Fanny Ardant Roman Chronique 25 janvier 2021 Dépouillement du récit réduit à une trame extrêmement simple avec un minimum d'effets, construction formelle rigoureuse, le tout au service de l'émotion exprimée en filigrane, comme si tout était voilé, comme le grain de la voix choisie pour magnifier ce texte. Moderato cantabile, Éditions de Minuit, 1958 Musique : Anton Diabelli - Sonatine en fa majeur, OP. 168, n°1 : 1. Moderato cantabile (1839). L'indication musicale « moderato cantabile » qui donne son titre à cette oeuvre pourrait également concerner le rythme de ce récit modéré et chantant. Pas de rapidité d'exécution ou de décision brusque pour la mère du jeune pianiste, Anne Desbaresdes, une fois qu'elle est entrée dans le bar où s'est produit le crime passionnel, pas de "appassionato" non plus lorsqu'elle rencontre Chauvin, un ancien employé de son mari, Directeur d'Import Export et des Fonderies de la Côte. Elle souhaite comprendre le geste de l'homme ayant assassiné sa maîtresse à sa demande semble-il. Elle est fascinée, elle dont la vie de bourgeoise est si bien réglée et monotone, juste ponctuée par les cours une fois par semaine de son fils, qui ne sera jamais nommé, avec le professeur de piano mademoiselle Giraud , tout d'un coup, Anne éprouve le besoin de se rendre tous les jours au café pour parler de ce fait divers avec un inconnu tout en buvant de plus en plus. l'enfant se retrouve à jouer seul,, heureux sur le quai devant le bar pendant qu'irrésistiblement Anne vient à se dévoiler, à raconter sa vie oisive, ennuyeuse à Chauvin. Elle "chante" pour lui mais il semble déjà savoir tout de l'existence de la jeune femme, de sa maison. Nous commençons à nous inquiéter pour cette imprudente qui se grise de plus en plus de vin, qui en vient à oublier même la présence de son fils dehors, qui en dit trop à cet inconnu ; celui-ci est-il dangereux, en veut-il à son ancien patron ? on a l'impression qu'il a épié le couple et surtout Anne, de l'extérieur de leur villa. Elle va peu à peu perdre pied jusqu'à une réception organisée chez elle où elle arrive en retard et ivre. était-ce le but rechercher par Chauvin ? La déséquilibrer ? Un roman court d'une centaine de pages qui pourtant dans ce condensé comprend tout un drame, de la leçon de piano pendant laquelle le cri de la femme assassinée retentit, en passant par les nombreux rendez-vous de Anne et Chauvin puis le dîner raté, jusqu'enfin au dernier entretien entre les deux protagonistes principaux, sans la présence de l'enfant, se clôturant par un baiser rapide. Huit chapitres pendant lesquels rien ne sera élucidé, rien ne sera véritablement dit mais seulement suggéré, ou tout restera en suspend entre ennui profond et possibilité de tout bousculer. La mort violente de cette amante par son amoureux pourrait être un déclencheur pour Anne, mais ce n'est pas le cas, elle reste dans ce monde de tiédeur et d'inaction. On souhaiterait presque que Chauvin soit plus dangereux, plus violent ... La voix et le phrasé si particulier et reconnaissable de Fanny Ardant apporte le trouble et la sensation de danger, presque de malaise à cet opus considéré comme une des oeuvres les plus significatives de ce que l'on a appelé le Nouveau Roman : scénario minimaliste, banalité des scènes créant toutefois une atmosphère anxiogène, insécure, où le désir se manifeste dans le vide finalement. « D'où vient qu'étant court ce récit nous retienne longuement ? (Non qu'il nous donne l'impression de n'en plus finir : c'est nous qui n'en finissons pas avec lui.) D'où que, se tenant semblait-il à la superficie des êtres, il nous paraisse aller si profond ? » Claude Mauriac dans le Figaro du 12 mars 1958. Pour lui, l'exclusion est le thème de Moderato cantabile où le dialogue ne menait à rien, « sinon à nous rendre sensibles notre propre solitude et notre inanité. » Ce roman sera adapté par Marguerite Duras, en collaboration avec Gérard Jarlot pour les dialogues, en 1960 pour le film du même nom de Peter Brook, avec Jeanne Moreau (Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes de 1960) et Jean-Paul Belmondo. un film considéré comme représentatif de la Nouvelle Vague cinématographique comme le livre de Marguerite Duras le fut du Nouveau Roman en littérature. On se laisse hypnotiser par cette voix chantante comme griffée par la vie, par ce tempo moderato ma non troppo.... Une très belle réalisation à nouveau des Editions des femmes Antoinette Fouque. Quatrième de couverture « – Veux-tu lire ce qu’il y a d’écrit au-dessus de ta partition ? demanda la dame. – Moderato cantabile, dit l’enfant. La dame ponctua cette réponse d’un coup de crayon sur le clavier. L’enfant resta immobile, la tête tournée vers sa partition. – Et qu’est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ? – Je sais pas. Une femme, assise à trois mètres de là, soupira. » M. D. Un enfant forcé d’apprendre le piano n’arrive pas à retenir le sens de « moderato cantabile » dans la sonatine de Diabelli. Venu du rez-de-chaussée, un cri déchire la leçon. Un homme a assassiné une femme d’une balle en plein cœur. Anne Desbaresdes, la mère de l’enfant, revient obsessionnellement au café où le crime a eu lieu pour s’enivrer et interroger un homme. Elle cherche à comprendre, ou à se perdre. Fanny Ardant marque le cinéma français depuis son rôle, en 1981, dans l'Aa Femme d'à côté, avec Gérard Depardieu. De François Truffaut à Alain Resnais, en passant par Patrice Leconte et François Ozon, elle s'est construit une carrière d'actrice exigeante et passionnée au cinéma comme au théâtre. Elle a obtenu le César de la meilleure actrice en 1996 pour son rôle dans Pédale douce de Gabriel Aghion. Elle a déjà prêté sa voix vibrante à onze livres audio de La Bibliothèque des voix." Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Regrets éternels

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Regrets éternels Pieter Aspe Albin Michel 31 octobre 2018 314 pages traduites par Emmanuele Sandron Thriller Chronique 15 février 2019 Première édition en 2006 19ème épisode traduit en français sur la trentaine existants en néerlandais des enquêtes en Flandre et plus particulièrement à Bruges du commissaire Pieter Van In accompagné de l'inspecteur en chef Guido Versavel et de la substitut du procureur et épouse adorée de Pieter, Hannelore Martens. Ambiance particulière de cette magnifique ville avec des incursions dans d'autres régions belges, situation pour nous " exotique" dans ce pays écartelé où l'on découvre également la force encore vive des patois et traditions de chaque région, critiquant généralement les autres. Ajoutez à cela une consommation permanente d'alcool et de café dans tous les bistrots et estaminets connus du trio ou aux domiciles des témoins ou coupables, et vous y êtes. Haute en couleurs et peut-être un peu caricaturale, on s'attache néanmoins à cette fine équipe, chacun ayant un sacré caractère. Le couple amoureux et torride Hanne-Pieter est un point important de ce récit, apportant de la légèreté et de l'humour où le drame prend la plus grande place. " Des coulisses du pouvoir aux scandales politiques sur fond de grande criminalité : Pieter Aspe rouvre l'une des pages les plus sombres de l'histoire de la Belgique. Passionnant." En effet, voici quarante ans une série de braquages perpétrée par la bande de Nivelles a fait 28 victimes entre 1982 et 1985. L'énigme des tueurs du Brabant reste non élucidée jusqu'à ce jour. Un journaliste, Michiel Lambrechts de la Gazets est retrouvé assassiné de deux balles dans la tête chez lui. Bien vite, Van In et Versavel, en charge du dossier, comprennent qu'il travaillait à nouveau sur cette vieille affaire. Toutes ses recherches, tous ses documents ont été emportés par le tueur. Le risque est très grand pour notre trio car tous ceux qui se sont approchés de cette enquête sont morts violemment, comme le procureur Demedts, soit-disant suicidé par pendaison. Les implications aux plus hauts degrés du pouvoir dans ces attaques à main armée sur des civils sont connues de tous, mais pour le moment non prouvées. La veuve de Demedts, toujours certaine que son mari a été exécuté car il approchait trop de la vérité, a la frayeur de sa vie lorsqu'elle trouve ses trois chats pendus au même endroit que son regretté époux. Elle appelle immédiatement le procureur actuel en pleine discussion avec Van In dans son bureau. Ils se rendent immédiatement sur place. Mme Demedts leur apprend alors que le dossier monté par son mari à l'époque existe toujours... Une course poursuite commence alors des plus périlleuses et mortelles. La série macabre n'en est qu'à ses débuts. La frontière entre politique et justice est ténue et provoque plus de difficultés encore. Certains ne veulent pas que la vérité soit découverte alors qu'ils vivent en toute impunité depuis toute ces années. Phénix, leur tueur se met sur les traces des enquêteurs. Danger ! Un polar très réussi, mené rapidement, clair, bien construit. Des héros pour lesquels on ressent de la sympathie, des doses parfaites d'humour, de suspense, de frisson, respectées, un savant équilibre favorisant le plaisir de la lecture. Une série télévisée des dix premiers tomes a été faite en néerlandais. Bien, très bien ! À découvrir .... Quatrième de couverture Entre 1982 et 1985, une série de braquages sanglants terrorise la Belgique. Vingt-huit personnes tuées de sang-froid et pas l'ombre d'une piste fiable. Quarante ans plus tard, l'énigme des « tueurs du Brabant » reste d'une brûlante actualité. C'est précisément sur ce dossier que travaillait le journaliste d'investigation Michel Lambrechts. Retrouvé chez lui avec deux balles dans la tête, il laisse des informations capitales aux mains de tueurs qui ont embarqué tous ses documents. En se lançant dans l'enquête, le commissaire Van In et ses acolytes n'ont qu'un espoir : ne pas finir comme tous ceux qui se sont frottés à cette histoire, dont le procureur Demedts, retrouvé pendu... Des coulisses du pouvoir aux scandales politiques sur fond de grande criminalité : Pieter Aspe rouvre l'une des pages les plus sombres de l'histoire de la Belgique. Passionnant. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • La collection disparue

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La collection disparue Pauline Baer de Perignon Folio 10 mars 2022 304 pages Biographie Chronique 19 septembre 2021 "Un premier livre captivant, où les secrets de famille se mêlent avec émotion à la découverte de la peinture et à l'histoire de l'Occupation." Je ne sais pas pourquoi je reste un peu sur ma faim après cette lecture. Peut-être que le sujet souvent choisi me met en fureur et que la « timidité », la « discrétion » et l'ignorance de cette femme quant à son histoire familiale m'est incompréhensible. Il est vrai que peu à peu elle prend du poil de la bête, s'affirme, arrête de s'excuser d'exister. C'est une jeune mère, bourgeoise, dans les beaux quartiers, sans réelle activité professionnelle à ce moment là, sœur de, femme de, épouse de.... Comme il y en a tant totalement déconnectée de la réalité. De par sa naissance, elle connaît nombre de représentants émérites de l'intelligentsia et du microcosme Germanopratin et international, bénéficie d'une vie somme toute facile, baigne dans ce milieu des galeries d'art et des salles de vente. Il faut lors d'un concert de Caetano Veloso en 2015 au Grand Rex, et des retrouvailles avec Andrew un cousin du côté de son père pour qu'elle soit enfin réveillée : la phrase de ce dernier : "Je pense que Jules a été volé..." est décisive. À partir de là, la course poursuite s'engage, la quête de la vérité sur la spoliation et la destinée de son arrière-grand-père Jules Strauss, grand collectionneur d'oeuvres d'art, juif, mort en 1943 à Paris, devient obsession. Elle ne se sent capable de rien, elle devra tout apprendre, tout supporter, tout oser. Le nom de son aïeul ouvre bien des portes.... deux œuvres sont retrouvées mais combien sont encore en Allemagne ou ailleurs. Les rencontres avec les administrateurs de musées, les conservateurs, les contacts avec les représentants des gouvernements concernés refusant de reconnaître les faits ou jouant sur les mots sont à la limite du supportable, et notre guide seule ou accompagnée reste polie, courtoise, comme on le lui a appris, alors qu'elle aimerait hurler. Réveil donc d'une femme, apprentissage de la vérité. J'espère que cela continuera et que nous connaîtrons la suite des événements. Un très beau portrait également de Jules Strauss et de sa femme exemplaire. Quatrième de couverture « Tout a commencé avec une liste de tableaux griffonnée par un cousin que je connaissais à peine. Sur ce bout de papier, des chefs-d’œuvre impressionnistes, Renoir, Monet, Degas, exposés aujourd’hui dans les plus grands musées du monde, qui ont tous appartenu un jour à mon arrière-grand-père, Jules Strauss. Je ne connaissais rien de sa histoire, ni de sa collection disparue. Ces quelques mots notés à la hâte allaient changer ma vie, me conduire du Louvre au musée de Dresde, des archives de la Gestapo au Ministère de la Culture. Pendant trois ans, avec pour tout bagage ma curiosité et un goût prononcé pour les énigmes, je me suis lancée sur la trace de mes ancêtres, à la recherche de Jules Strauss, et d’une histoire qui ne m’a pas été transmise. Que s’est-il passé en 1942 ? Que restait-il de sa collection lorsque l’appartement familial fut perquisitionné par les nazis ? Je ne suis pas historienne de l’art, j’ai simplement voulu mener une enquête, policière et sentimentale, sur les traces de ma famille, juive, spoliée. Un témoignage personnel où l’émotion grandit page après page : le lecteur accompagne Pauline Baer de Perignon dans ses découvertes, ses batailles, ses déceptions, et une forme de réconciliation. La démarche qui fonde ce récit, de l’Occupation à aujourd’hui, soulève des questions nombreuses et complexes : que faire des œuvres qui ont traversé le chaos de l’Histoire ? Comment agir, lorsqu’on est simple citoyen, face à des législations sourdes ? Que comprendre du silence des générations qui nous ont précédé ? Enfin, et surtout, que nous transmet une œuvre d’art à travers le temps, par sa grâce et sa fragilité ? Un premier livre captivant et nécessaire. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Une cité si tranquille

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Une cité si tranquille Daniel Cario Presses de la Cité 17 mars 2022 360 pages Thriller Terroir historique Chronique 10 avril 2023 Troisième opus des enquêtes de l'adjudant de gendarmerie Philippe Derval récemment muté : Vannes, ses secrets, ses turpitudes, ses crimes sous l'apparence d'une coquette ville de Bretagne. Cependant, je ne classe pas ce polar dans la catégorie terroir car l'action aurait pu se dérouler dans une autre région dans une cité présentant les mêmes caractéristiques. Pour les fans de Chabrol, ce roman noir classique semble-t-il, prenant le temps de s'installer sur près d'un tiers de l'ouvrage, prend soudain de la vitesse et monte en puissance. La plume est vive, le regard acéré, le rythme essoufflant, le scénario tortueux et le final sidérant. Monsieur Cario est un maître en la matière, manipulant avec brio son lectorat, lui offrant une description acide et juste de notre société, de ses dérives. L'humanité peut être si fabuleuse et admirable et quelques fois si grotesque et désespérante. Que ce soit dans ses romans historiques ou contemporains, l'auteur provoque chez nous un sentiment angoissant d'inéluctabilité. Deux enquêtes parallèles donc pour le gendarme Derval, dans le collimateur de sa hiérarchie, et la séduisante lieutenante Héloïse Daubert en délicatesse avec la sienne au fur et à mesure que les indices désignent certains membres de la bonne société de Vannes. La menace latente devient réelle, les évènements se précipitent, notre adjudant Derval devra retrouver tout son instinct et son flair pour sauver leurs peaux et rendre justice aux victimes. Quatrième de couverture Troisième volet des enquêtes de l'adjudant Derval après « Trois femmes en noir » et « Les Brumes de décembre », entre univers du football et parties fines de notables... L'adjudant de gendarmerie Philippe Derval, muté depuis peu à Vannes, et la lieutenante de police Héloïse Daubert aiment se retrouver le soir au café pour évoquer les affaires qui les occupent. Pour le premier, c'est le corps d'une adolescente étranglée que l'on a trouvé au cimetière dissimulé sous une pierre tombale, pour la seconde le double homicide d'un couple sans histoire poignardé chez lui. Ces deux tragédies secouent la paisible ville de Vannes, d'autant que les mobiles paraissent incompréhensibles et que les cadavres ne tardent pas à s'accumuler. Isolés par leur hiérarchie, le gendarme et la policière échangent réconfort et entraide dans leurs enquêtes respectives. Et ne tardent pas à céder à l'attirance qui les pousse l'un vers l'autre. Un polar qui révèle les dessous d'une belle cité bretonne, entre univers du football et parties fines de notables... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Tu me vertiges

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Tu me vertiges Florence Marguier-Forsythe Le Passeur Éditeur Mars 2017 405 pages Biographie Chronique 31 décembre 2017 Dernier livre de l'année 2017 pour ma plus grande joie, une histoire d'amour, une vraie.... « Tu me vertiges » et Albert Camus répond à ce message de Maria Casares « Tu es mon unique ». Tout est dit. Lors d'une lecture organisée dans une librairie du XIVe arrt intitulée « Eros ou la passion amoureuse », Florence M. Forsythe a interprété un extrait de ce « roman biographique », celui où Albert annonce à Maria que sa femme Francine va venir le rejoindre à Paris. Dans un état de sidération soudain, Maria focalise son attention sur une lame du plancher du studio que son amant loue à Gide, afin de ne pas sombrer dans le gouffre vertigineux qui s'ouvre sous ses pieds. La justesse psychologique et la qualité de l'écriture m'ont immédiatement poussée à me procurer au plus vite ce livre. Chose faite, j'ai encore dû finir des ouvrages empruntés, avant de pouvoir enfin m'y replonger. J'ai donc relu les soixante premières pages puis la suite sans m'interrompre. La première impression qui me reste quelques heures après la fin de ma lecture est celle d'entendre encore les rires des deux amoureux filant en bicyclette dans les rues de Paris, ce 6 juin 1944, juste avant de passer leur première nuit ensemble. Date incontournable de l'histoire mondiale puisque c'est celle du débarquement en Normandie. Déjà, cette passion née pendant la guerre dans un certain contexte de danger, est en péril par la paix annoncée et tant espérée, et le retour probable de la femme de Camus. Mais cela, Maria ne peut le savoir. Trois mois plus tôt, en mars 1944, elle le remarque lors d'une Fiesta organisée chez les De Leiris afin de créer une pièce de Picasso absurde, mise en scène par Camus. Toute l'intelligentsia et le gratin parisien est présent, tout ce microcosme d'intellectuels, d'artistes, de créateurs géniaux, transgressifs, quelques fois désespérés, rescapés pour certains d'une première guerre mondiale monstrueuse, s'étant jetés à corps perdu dans les ivresses et les débordements des années folles pour conjurer le sort. En cette année 44, ils se retrouvent à nouveau le ventre criant famine, comme en état second lors de fêtes, où grâce au marché noir, ils peuvent se nourrir et se donner l'illusion que le monde tourne encore normalement. Tous ne se leurrent pas, certains résistent et se battent, d'autres font le dos rond, enfin malheureusement certains vont se révéler condamnables à la libération. Pour le moment, Maria a 22 ans, elle travaille au Théâtre des Mathurins sous la direction de son mentor Marcel Herrand. Elle se fait une très jolie place de comédienne grâce aux premiers rôles que lui offre son protecteur, et aussi d'actrice, elle vient de jouer dans « Les enfants du paradis ». Albert, à 31 ans, a déjà fait paraître « l'étranger », et vient de terminer la rédaction de la pièce le « Malentendu ». Il vient d'ailleurs de déposer un exemplaire à l'attention de Herrand afin qu'il la lise et peut-être la monte. Ce dernier est enthousiaste, une première lecture en présence de l'auteur est organisée. La vraie rencontre a donc lieu entre Maria et Albert. Au fil des répétitions, les liens se noueront peu à peu pour ne plus se défaire pendant quinze ans, sauf les deux ans de séparation qu'impose Maria à bout. En effet, après avoir enfin avoué à la jeune femme qu'il est marié, que sa femme arrive, Albert en rajoute une couche en l'informant de la naissance de jumeaux. Pour Maria, c'est une couleuvre impossible à avaler, son honneur, sa liberté de femme et d'artiste sont en jeu. Elle se sent justement en péril. Elle stoppe tout. Cependant le hasard ou le destin, ou Eros, remettent le 6 juin 1946 exactement, les amants en présence aux jardins du Luxembourg. Après une valse hésitation, tout recommence. Ils doivent se rendre à l'évidence que ces deux années, où chacun a vécu d'autres aventures, n'ont rien changé. On s'étonne déjà depuis la soirée chez les Leiris de l'attirance inexpliquée de Maria pour Albert. Et pourtant peut-être parce qu'elle est douée d'une prescience et d'un instinct fabuleux, elle sait inconsciemment que cet homme est le sien. Ils ont de nombreux points communs mais également des différences qui loin de les éloigner, les lient encore plus. Ainsi tous les deux sont en exil dans cette France raciste, élitiste, donnant la part belle à certains, issus de la grande bourgeoisie, de Normale Sup et des grandes écoles. Maria est née en Galicie, et dès ses onze ans déménage avec douleur à Madrid avec ses parents, membres de la très haute société, Gloria femme volage et fragile, et Santiago. Celui-ci vient d'être nommé ministre, c'est un homme d'une grande érudition, aux principes moraux de droiture et de devoir envers l'Espagne profondément chevillés en lui, engagé en politique comme en mission, critique mais juste, qui va éduquer sa fille dans les mêmes principes de fierté, d'honneur et de respect des aïeux, en plus de lui donner l'amour des lettres et du théâtre. Il lui offrira des exemplaires de pièces incontournables du répertoire. En 1936, il se voit contraint, compte tenu de la gravité des événements liés à Franco et la guerre civile espagnole, de mettre ses deux femmes dans le premier train pour Paris. Ce deuxième exil, après celui de Galicie à Madrid, va transformer Maria en guerrière et en protectrice de sa mère. L'enfance est terminée, l'attente après le père commence . Albert est né en Algérie, dans une famille modeste comprenant un père caviste, une mère d'origine espagnole sourde pratiquement et analphabète et un frère aîné Lucien. Malheureusement le père et le frère vont disparaître emportés par la guerre. La mère a trouvé refuge dans sa famille. Ainsi Albert grandit dans la pauvreté chez sa grand mère maternelle, recevant l'appui primordial d'un oncle très engagé politiquement et un professeur, tous deux conscients de la grande intelligence et du talent d'écrivain du jeune garçon. Adulte il devient journaliste, se marrie une première fois, c'est un échec, puis une seconde fois avec Francine, professeur de mathématiques, qui restera chez la grand-mère de son mari quand celui-ci doit rapidement s'exiler, ses écrits et articles n'ayant pas été appréciés par le pouvoir en place. Ce sont donc bien deux exilés, apatrides, qui se trouvent. Ils vont traverser les années ensemble, tout supporter, car leur foi en leur amour est inébranlable. Egalement aussi parce que Maria va faire beaucoup de concessions et d'efforts pour Albert, tout en réussissant à poursuivre sa brillante carrière. Et elle a bien du courage, car Camus est certes un homme brillant pragmatique, engagé, pur dans ses luttes contre le marxisme et le stalinisme, contre la peine de mort lors de l'épuration de l'après-guerre, contre l'existentialisme de son ancien ami Sartre et sa complice de Beauvoir, qui ne sortent pas glorieux de ce livre, cherchant une solution à l'absurdité de la condition humaine, oui tout cela est beau et grand ; mais c'est aussi un lâche dans sa vie privée, un Don Juan entouré de son harem, un égocentrique tête à claques il est vrai toujours à protéger sa femme dépressive, dépassé par son rôle de père, d'une possessivité et jalousie maladives et ridicules, fragilisé par la même maladie que le père de Maria, (troublant !) la tuberculose, émotionnellement toujours à bout. Maria sera sa maîtresse, son amour unique, sa mère, sa psy, sa muse. Albert sera son éducateur, son Pygmalion, il reprendra en quelque sorte le flambeau laissé par le père, Santiago. En 1960, un accident de voiture emporte Albert..... Maria peu à peu recommencera à vivre, travailler, créer, sans jamais oublier son vertigineux amour. Je les imagine très bien aujourd'hui danser jusqu'à la fin des temps sur un air de jazz..... Ce roman est aussi une description fabuleuse et réussie du microcosme intellectuel et artistique de Saint-Germain-des-Prés, et nous donne le plaisir de retrouver avec émotion certaines figures célèbres qui ont bercé nos jeunes années : Gérard Philip, Alice Sapritch, Juliette Gréco, Mouloudji, Piaf, Django Reinhardt, ..... Bravissima maestra ! Quatrième de couverture En 1944, Maria Casarès et Albert Camus se croisent à une soirée chez les Leiris. Elle est Espagnole, ardente et comédienne en vue ; il a publié récemment son roman L'Étranger, fréquente Sartre et Beauvoir à Saint-Germain-des-Prés, lieu où se retrouvent les figures intellectuelles et culturelles de l'époque. Tous deux sont des exilés que le théâtre réunit dans une passion partagée. L'Espagne, la " seconde patrie " revendiquée par Camus les relie aussi. Très vite, ils deviennent amants. Nous sommes le 6 juin 1944, la nuit du Débarquement. Mais la guerre se termine et la femme de Camus le rejoint à Paris. Maria décide de rompre. Ils se retrouveront deux ans plus tard. Leur histoire reprend et devient un amour véritable. Dans ce roman rythmé et virevoltant, construit autour des trois phases de l'histoire amoureuse de Maria et Albert (la rencontre, la rupture, l'amour vrai), le lecteur suit la trajectoire passionnelle des deux amants dans les hauts-lieux fréquentés par l'intelligentsia parisienne férue l'existentialisme, au théâtre et dans les les boites où l'on danse. Pour Camus, Casarès sera l'Unique ; et il restera, par-delà la mort, le seul homme qu'elle ait véritablement aimé. Florence M.-Forsythe est metteur en scène, comédienne, productrice d'émissions pour France Culture. Elle a bien connu Maria Casarès avec qui elle avait une amitié profonde et complice. Elles ont collaboré ensemble autour d'un projet de film sur l'actrice. Elle est notamment l'auteur de Maria Casarès, une actrice de rupture (2013) et de Jacques Lacarrière, passeur pour notre temps (2015). Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

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