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- Sommeil blanc
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Sommeil blanc Emelie Schepp Harper Collins Noir Janvier 2018 409 pages traduites par Rémi Cassaigne Thriller Chronique 17 février 2018 Deuxième tome de la trilogie, « Sommeil blanc » suit « Marquée à vie » que j'ai chroniqué précédemment. Nous retrouvons donc ce personnage de procureure suédoise Jana Berzelius, femme double au passé trouble d'enfant-soldat, qui un temps est une guerrière cruelle et sans état d'âme, et à d'autres moments une bourgeoise au service de la loi en tenue de luxe et aux allures de gravure de mode.Et cependant, à bien s'y attarder, son regard trahit ses terreurs d'être découverte, sa solitude, ses blessures d'enfant non cicatrisées, sa souffrance quant aux secrets de sa naissance et de son adoption par Karl Berzelius, procureur général depuis trente ans, dans des conditions suspectes. Un ennemi du passé, Danilo, ressurgit, un garçon élevé avec elle devenu tueur. Elle n'a pas le choix, elle doit l'éliminer en premier. Son nom apparaît dans une enquête dont elle a la charge concernant la mort d'une jeune thaïlandaise à Norrkoping, dans un train entre Copenhague et Stockholm. Elle a fait une overdose, une des capsules qu'elle avait avalée s'étant ouverte dans son estomac. Puis c'est le corps d'un jeune punk qui est retrouvé dans son appartement, égorgé, lui aussi lié au trafic de drogue.Un nouveau chef semble en avoir repris les rênes. L'équipe de Jana va devoir mettre les bouchées doubles, mais il semblerait qu'elle ait toujours un métro de retard. L'atmosphère s'alourdit, l'étau se resserre autour de la procureure, les policiers commencent à douter d'elle... Thriller essoufflant, d'action, à la construction fragmentée, paniquant et judicieusement mené jusqu'à son point final ou plutôt de suspension.... Troisième tome se profilant déjà.J'ai eu du mal à me retrouver dans tous les personnages au départ, alors que j'avais lu le précédent en mai dernier. Me restait tout de même des scènes clés. Cette héroïne tout à fait originale est une sacrée trouvaille, ses méthodes sont particulières, violentes, on ne sait si on doit l'aimer ou non. En ressort, la souffrance de devoir en permanence jouer un rôle, de ne pouvoir se confier à personne, même si le très attentionné Per, lui aussi procureur, sape peu à peu ses défenses. Attendons donc la suite de ce récit, en souhaitant une rédemption et une vraie libération pour Jana.... Une très bonne lecture. Quatrième de couverture Une enquête de Jana Berzelius Quand une jeune Thaïlandaise utilisée pour faire passer de la drogue est retrouvée morte des suites d’une overdose, tous les indices tendent à prouver qu’un certain « Danilo » est lié à l’affaire. Un ennemi personnel que Jana Berzelius a bien l’intention de faire disparaitre. Ancien frère d’armes, il en sait trop sur son enfance sordide. En parallèle, l’équipe de Jana se concentre sur la recherche d’un magnat de la drogue qu'on dit d’une intelligence hors du commun. Tout en brûlant de connaitre son identité, Berzelius doit aussi veiller à ce que Danilo ne dévoile pas... la sienne. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Solitudes
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Solitudes Niko Tackian Calmann-Lévy 6 janvier 2021 252 pages Thriller & Polar Chronique 27 mai 2022 « Un roi sans divertissement est un homme plein de misères. » Pascal.« Aussi épaisses soient les brumes qui les protègent, certaines vérités ne peuvent être oubliées. » Introduction par une exécution froide assénée comme une condamnation digne des dieux de l'Olympe.... Mais le monde des morts refuse l'offrande et le sacrifié se réveille sur la table d'autopsie, amnésique portant sur lui une marque indélébile creusée dans sa chair. Puis suit un premier extrait d'un texte antique énigmatique de Parménide..... Lorsque Élie Martins découvre le cadavre d'une jeune femme pendue à un pin célèbre baptisé l'"arbre taillé" en plein massif du Vercors, son monde s'écroule, ses fondations se fissurent.« La victime est un message à son intention, il en est certain, et il est terrifié. »Le mot en grec ancien gravé sur le dos de la suppliciée le glace d'effroi.... aletheia... traduction : vérité. Nina la flic chargée de l'enquête trouve cette signification au mot « aletheia » :« Il n'y a pas de passé qui ne surgisse et ne provoque une sensation de joie. La joie tragique d'avoir retrouvé le perdu » . Niko Tackian nous offre à nouveau un thriller policier en pleine montagne au cœur d'une tempête effroyable, jouant des codes du surnaturel, des croyances ancestrales. Inspiré par l'œuvre de Giono, il nous propose un huis clos en extérieur, les personnages étant piégés par le brouillard tant réel que psychologique. Ils cherchent désespérément la sortie de ce labyrinthe, tâtonnant pour trouver le fil d'Ariane menant à la solution de cette énigme macabre. Les morts violentes s'accumulent alors que les éléments se déchaînent. Une ombre maléfique plane sur tous et les incantations d'un chef indien n'y changeront rien... Chapitres très courts, écriture nerveuse, descriptions poétiques, oniriques de la région, sentiment d'une inéluctabilité implacable prêt à s'abattre sur tous les protagonistes ; la traque épique a commencé voici bien longtemps et doit se finir alors que les éléments se déchaînent, que la colère des Dieux détruit tout. Étouffant, suffoquant, ce récit ne pourra que vous emporter au centre du cyclone... Et vous allez adorer. "Solitudes" est un thriller montagnard réussi, digne d'une tragédie antique intemporelle, parfaitement maîtrisé et très bien écrit. Quatrième de couverture Élie Martins est garde nature dans le massif du Vercors. Il y a douze ans, une blessure par balle l’a laissé totalement amnésique. Depuis, il s’est reconstruit une vie dans cette région aux hivers impitoyables, aux brumes si opaques qu’elles vous égarent en deux pas. Alors qu’une tempête de neige s’abat sur le Vercors, des traces étranges mènent Élie jusqu’à l’« arbre taillé », un pin gigantesque dressé comme un phare au milieu de l’immensité blanche. Une femme nue est pendue à ses branches. Cette macabre découverte anime quelque chose sur la toile vierge des souvenirs d’Élie. La victime est un message à son intention, il en est certain. Et il est terrifié. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Sidérations
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Sidérations Richard Powers Actes Sud 22 septembre 2021 400 pages traduites par Serge Chauvin Roman Chronique 28 octobre 2021 Dans la lignée de « L'Arbre Monde », l'opus précédent de Richard Powers. Comme toujours, avec ou grâce à cet homme, j'ai pleuré à la lecture de ce roman d'une extrême beauté, crépusculaire, résonnant comme un cri désespéré d'avertissement. Le titre est d'une justesse folle : Sidérations face à tout ce que nous devons affronter depuis trois ans et en fait, depuis bien plus longtemps. Je suis soulagée... et catastrophée en même temps, que cet auteur en particulier, celui qui est mon "écrivain totem" depuis des années, doué d'une telle faculté d'analyse, d'une telle intelligence émotionnelle et conceptuelle, puisse partager une vision de notre monde proche de la mienne. Richard Powers prend sa plume pour jouer son rôle d'humain, de citoyen de la Terre, par le biais de cette fiction mêlant éléments réels et Fantastique. Les Sidérations sont effectivement multiples : - Celle de nous tous comme statufiés par l'énormité des derniers événements, de ce qui nous attend... si on ne bouge pas très vite. - Celle du père, Theo, le narrateur, conscient des transformations sociales, écologiques, économiques, morales, partout sur la Terre, alors que son métier est d'imaginer à quoi ressembleraient d'autres planètes, refuges d'une humanité en errance, peut-être. - Celle surtout d'un enfant encore choqué par la mort de sa mère, une activiste engagée pour la protection de la Nature... Hypersensible, ressentant au centuple, comme un membre super empathique de la famille animale, la souffrance de chaque espèce en voie de disparition. Un enfant hurlant, terrifié par ce qu'il entrevoit de l'avenir, un enfant criant pour nous alerter, une Cassandre pas suffisamment armée pour supporter notre inaction, ou notre indifférence, ou notre coupable aveuglement. C'est l'histoire d'un père qui doit sauver son fils trop pur, surdoué du cœur et intellectuellement, un enfant que le système veut broyer, écraser pour le faire rentrer dans les cases, pour qu'il se taise.... Quoi de mieux qu'une surmédication, quoi de mieux que de la chimie pour tuer le naturel...? Les balades que le tandem père-fils fait dans la Nature, réel personnage de ce roman dans les Great Smoky Mountains, ou sur l'écran d'un ordinateur à la découverte de planètes potentielles bases de repli, ne suffisent pas à calmer le garçon.... Bifurcation de l'auteur alors vers la science fiction onirique..... Une solution miracle est proposée à ce père désespéré de ne pouvoir protéger son fils, de le rassurer... Et pendant qu'un nouveau voyage commence dans d'autres sphères de la conscience, le monde explose, des virus apparaissent, des régimes politiques deviennent totalitaires, la surveillance des citoyens oppressante.... Plus on bascule en enfer, plus l'enfant, grâce à un programme fabuleux expérimental, renaît, trouve le bonheur et la force de se battre pour la faune et la flore, grâce à une simulation, une nouvelle utilisation de son cerveau...sans chimie, sans médicaments ; son père est cette fois dans son sillage, suiveur, élève de sa progéniture... Plus Robin devient le digne héritier de sa mère, plus il se retrouve émotionnellement dans les bras de la disparue, plus le danger en dehors de cette bulle se rapproche.... J'ai mis beaucoup de temps pour écrire ce texte, car je suis bouleversée par l'œuvre et suis terrifiée par la justesse du propos. La beauté formelle du roman est incroyable, décuplée par la grande élégance et le respect de l'écrivain et de l'homme, laissant à son lecteur suffisamment d'espace pour pouvoir s'approprier ces mots, ces visions. Il n'impose rien, il nous fait voir et comprendre. Au centre de tout, l'enfance sacrifiée sur l'autel du profit, du pouvoir, de toutes ces absurdités, à l'instar de ces animaux, de ces végétaux, de cette Nature que nous laissons détruire. Référence est faite à tous les évènements d'hier et actuels et puis... à un virus passant de la faune à l'homme comme une malédiction inéluctable.... Un digne retour des choses ? Et les enfants, nos enfants, qu'allons-nous leur dire ? Avons-nous même un avenir ensemble ? Un roman comme une voix puissante, faite de tous les cris de chaque espèce qui s'efface, de chaque arbre qui tombe, de chaque humain qui devient ombre. WAKE UP ! Quatrième de couverture Dans une Amérique au bord du chaos politique et climatique, un père embarque son jeune fils souffrant de troubles du comportement dans une sidérante expérience neuroscientifique. Richard Powers signe un nouveau grand roman questionnant notre place dans le monde et nous amenant à reconsidérer nos liens avec le vivant Depuis la mort de sa femme, Theo Byrne, un astrobiologiste, élève seul Robin, leur enfant de neuf ans. Attachant et sensible, le jeune garçon se passionne pour les animaux qu’il peut dessiner des heures durant. Mais il est aussi sujet à des crises de rage qui laissent son père démuni. Pour l’apaiser, ce dernier l’emmène camper dans la nature ou visiter le cosmos. Chaque soir, père et fils explorent ensemble une exoplanète et tentent de percer le mystère de l’origine de la vie. Le retour à la “réalité” est souvent brutal. Quand Robin est exclu de l’école à la suite d’une nouvelle crise, son père est mis en demeure de le faire soigner. Au mal-être et à la singularité de l’enfant, les médecins ne répondent que par la médication. Refusant cette option, Theo se tourne vers un neurologue conduisant une thérapie expérimentale digne d’un roman de science-fiction. Par le biais de l’intelligence artificielle, Robin va s’entraîner à développer son empathie et à contrôler ses émotions. Après quelques séances, les résultats sont stupéfiants. Mettant en scène un père et son fils dans une Amérique au bord du chaos politique et climatique, Richard Powers signe un roman magistral, brillant d’intelligence et d’une rare force émotionnelle, questionnant notre place dans l’univers et nous amenant à reconsidérer nos liens avec le vivant. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Rêve d'indiennes
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Rêve d'indiennes Colette Vlérick Calmann-Lévy Mai 2021 416 pages Historique Chronique 5 juillet 2021 « Le coton Connu depuis des siècles, il devient un enjeu dès le XVIIe siècle. L'étoffe, légère et fraîche en été, absorbait la transpiration, se lavait et séchait facilement, à l'inverse des étoffes de lin et de laine. Quant à la soie, travaillée à Lyon depuis François 1er, son prix la réservait aux riches.Bon marché, le coton connut un engouement immédiat, d'abord pour les tissages " en blanc" puis, dès qu'arrivèrent des Indes les premières toiles peintes, pour ces contonnades colorées qu'on appela "Indiennes". Les premiers comptes rendus de voyageurs occidentaux en Inde parlent d'un procédé qui justifie pleinement le nom de "toiles peintes" qu'elles reçurent également. À partir d'un pochoir, et armé de fins pinceaux de bambou, l'artisan peignait les motifs tracés sur la toile. Les traitements subis par l'étoffe fixaient si bien les couleurs qu'elles devenaient de plus en plus belles au fil des lavages. Les motifs de petites fleurs stylisés, importés, ainsi que la technique de fabrication, par des commerçants et artisans arméniens à Marseille au XVIIe siècle, ont donné naissance, par exemple, aux étoffes dites "provençales", toujours en usage. Une partie du coton, en fil ou déjà tissé, provenait de la côte orientale de la Méditerranée ou d'Afrique du Nord, via les ports et villes de l'Empire ottoman appelés Échelles du Levant, et ce dès le XVIe siècle.La présence du coton en Europe remonte ainsi à cinq siècles... C'est en grande partie pour sa culture aux Amériques et dans les iles des Caraïbes que se développa l'esclavage. C'est ainsi qu'une plante a transformé le monde. » Cette note en fin d'ouvrage me semblait importante afin de comprendre les enjeux réels qui motiveront les protagonistes de cette histoire. Pouvons-nous, lorsque nous enfilons le matin un simple t-shirt, imaginer le périple à travers les siècles que cette fibre a traversé, mesurons-nous combien de bataille, de ténacité, de courage, de talent il a fallu à tous les indienneurs, tisseurs, apprentis chimistes, coloristes, dessinateurs, voyageurs, explorateurs, navigateurs pour qu'aujourd'hui nous puissions simplement enfiler le vêtement le plus basique de nos placards ? Cinq siècles de présence en Europe : ceci doit immédiatement nous faire envisager la bravoure des indienneurs pour maintenir le cap malgré les bouleversements politiques, économiques, les révolutions, les guerres, les embargos, sans parler des interdictions pures et simples de porter des Indiennes obtenus par les soyeux de Lyon auprès du Roi. Ainsi porter un simple bout de ces cotonnades peut vous valoir d'être arrêté en ce règne de Louis XV si on n'a pas de chance ou si vous faites l'objet d'un complot d'une femme jalouse. C'est ainsi que le destin de Louise sombre dans un cauchemar incompréhensible qui pourrait être long sans la protection du chevalier Philippe de La Gambais son maître à Brest. Comprenant que son épouse est à l'origine des mésaventures de la toute jeune fille, il mandate auprès d'elle, s'obstinant à ne pas vouloir revenir à l'hôtel particulier, un garçon débrouillard, Nicolas. Les aventures d'une vie les attendent, bien des malheurs mais aussi des joies, et l'exaltation de participer à une aventure extraordinaire quant à la production d'Indiennes bientôt autorisées.De Brest à Lorient, Nantes, Genève, la Suisse et les Caraïbes, ce magnifique récit nous embarque immédiatement, réussissant à tisser des liens solides entre les personnages attachants et le lecteur. Remarquablement bien écrit et mené, nous quittons Nicolas et Louise forts de tous les enseignements et anecdotes qui font des destinées particulières, les ruisseaux puis les rivières qui alimentent le puissant fleuve de l'Histoire.J'ai infiniment aimé ce roman, je ne peux que vous le conseiller. Quatrième de couverture Louise n’a pas encore treize ans quand la police du roi la déshabille en pleine rue de Brest. Son crime ? Elle porte une étoffe prohibée, une indienne. Toute l’Europe s’est prise de passion pour ces cotons tissés en Inde et peints de couleurs éclatantes. Mais la France les interdit toujours, en plein XVIIIe siècle ! La honte pousse Louise à s’enfuir de la maison de son tuteur, le chevalier Philippe de La Gambais. Envoyé à sa recherche, Nicolas, un autre protégé du chevalier à peine plus âgé qu’elle, choisit de l’accompagner. C’est le début d’un long périple semé d’obstacles et de drames mais aussi de rencontres lumineuses. À Lorient, Louise trouve une place dans une bonne maison et Nicolas à la Compagnie des Indes. Il y découvre la beauté des indiennes, importées légalement pour être exportées dans les pays qui les autorisent. Dès lors, convaincu que la prohibition ne tiendra plus longtemps, il veut tout apprendre sur leur fabrication. Là sera son avenir ! Mais pas à Lorient : à Nantes ! Louise l’y retrouve et le succès leur semble promis quand, l’interdiction enfin levée, se créent les premières manufactures d’indiennes nantaises. Mais de lourds secrets pèsent sur eux... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Précipice
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Précipice Céline Denjean Michel Lafon 23 février 2023 496 pages Thriller polar Chronique 24 octobre 2023 Cela fait tellement plaisir de suivre depuis le début une autrice, sûre de son talent et de sa singularité, et de la voir s'épanouir et recevoir la reconnaissance de ses pairs et du public. Septième thriller donc pour Céline Denjean et septième challenge totalement relevé. Joie de revenir ainsi en pays basque et de découvrir une nouvelle héroïne. Du très bel ouvrage bâti sur un thème classique, la vengeance, et qui cependant nous happe dès la première ligne pour nous laisser sonnés à la dernière. Entre temps, le scénario est particulièrement bien mené, les retournements de situation parfaitement dosés, comme si Céline Denjean était dans notre tête et suivait en live les pérégrinations de nos petites cellules grises, se jouant de nous, envoyant valdinguer toutes nos pauvres déductions. La perte d'indépendance de la pensée dès lors que l'on fait partie d'un groupe quel qu'il soit est un sujet à nouveau traité ici comme il le fut dans les opus précédents. Le harcèlement et la perte de contrôle née de la fureur et de la rage sont aussi abordés dans ce roman. Éducatrice spécialisée de formation, ayant à cœur l'accompagnement des jeunes, l'autrice s'attache à un groupe d'adolescents scolarisés dans un établissement haut de gamme pour futurs champions sportifs en 2001-2002 : la belle Clara, centre de toutes les attentions, Alexandre le tombeur, David son frère jumeau, Magyd à la testostérone en folie, Thibault et Valériane respectivement ami d'enfance obèse et meilleure copine de Clara. Vingt ans plus tard, Valériane est retrouvée dans sa maison perdue de l'arrière-pays basque, sauvée de justesse d'une mort affreuse par noyade dans sa baignoire par un providentiel livreur de pizza . La major Louise Caumont de la Brigade de Recherche de Tarbes est chargée de l'affaire avec ses collègues Violaine et Julien. Un étrange Tag a été bombé dans la salle de bain : MPC/1. La personnalité borderline et sauvage de la victime, ancienne médecin légiste, intrigue notre enquêtrice. L'inscription lui fait craindre une suite meurtrière. Elle a raison, cela n'est que le début. La chute dans le précipice n'en sera que plus longue et effrayante pour tous. Un deuxième Tag MPC/2, une seconde victime ; Louise est maintenant en co-saisine avec la BR de Bayonne. La rencontre entre la jeune major Léa Badenco et notre quinquagénaire présage une collaboration future des plus houleuses. Mais pas le temps pour une guerre des égos, une autre bataille doit être menée, le tueur en série accélérant le mouvement. « Les Louves du polar », mouvement dont le but est de donner plus de visibilité aux autrices de polar français, est donc ici parfaitement représenté. Bravo Céline Denjean. Quatrième de couverture « Donner l'alerte, hurler de toutes ses forces ! On allait l'entendre... Mais le cri mourut dans sa bouche, un chaos d'idées se fracassa dans son esprit, une déferlante d'effroi.» Quel est le prix à payer pour dissimuler l'inavouable ? Lorsque la vérité met vingt ans à remonter à la surface, le désir de vengeance n'en est que plus dévastateur... Guidée par son instinct, Louise Caumont, de la brigade de recherches de Tarbes, se lance dans une course contre la mort : qui sera la prochaine cible et pourquoi ? Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Psychologues du crime
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Psychologues du crime Florent Gathérias et Emma Oliveira Fayard 2018 270 pages Chronique 11 septembre 2019 Un extrait d'un passage marquant : « La matière psychocriminologique attire beaucoup. Neutraliser ce qui fascine est une façon d'incorporer la puissance attribuée au criminel. C'est un métier compliqué, car il implique une réflexion éthique constante, une remise en cause continuelle des outils utilisés comme de leur qualité, et la rigueur scientifique qu'exige cette combinaison de psychologie et de criminologie. » En 2005, grâce aux livres de Carine Hutsebaut, psychothérapeute, criminologue et profileuse de criminels j'ai pu prendre une distance nécessaire et salvatrice par rapport à ce qui m'arrivait. Afin de remettre cet événement personnel dans un contexte plus large, afin de comprendre intellectuellement que les criminels qui m'avaient attaquée n'avaient rien d'original, qu'ils n'étaient en rien surpuissants, omnipotents, afin de passer du stade de victime à celui de chasseresse, je devais étudier le portrait de ce type de délinquants dûment décrits dans les livres de cette femme fabuleuse. Grâce à son travail rigoureux, précis, sans pathos tétanisant, le travail pour me relever était enclenché. Également le fait qu'elle reste toujours ouverte à toute éventualité différente de ses premières impressions, qu'elle soit dans la remise en question permanente, qu'enfin elle reçoive également les criminels en thérapie, m'a aidée à ne vouloir aucune vengeance et à ne pas éprouver une haine destructrice. Le travail des psychocriminologues est essentiel et semble-t-il sans fin... Ce livre écrit à quatre mains où chacun prend la parole tour à tour, est une bonne entrée en matière pour ceux qui voudraient se consacrer à cette profession ou pour ceux qui s'intéressent simplement à ce métier, son évolution, son exigence, sa dureté, sa beauté. Je sais que Carine Hutsebaut a sauvé ma vie sans le savoir en recontextualisant par ses écrits l'indicible, l'impensable. Elle vient de faire paraître en 2019 " Profession profileuse, sur la piste des criminels sexuels". Pour un plan plus large, je vous recommande aussi le livre reportage de Jean-Christophe Portes " Les experts du crime" paru en 2018. Ici cinq affaires sont présentées, cinq cas typiques, de la découverte des victimes jusqu'à l'arrestation du coupable..Certains cas ont demandé des années, exigeant que la science évolue afin de pouvoir lire et comprendre les preuves matérielles. Un long travail de patience, de ténacité, d'abnégation, d'humilité, une mission où surtout, il faut éviter de se prendre pour celui qui sait... Les cinq parties s'intitulent : - Le tueur de l'Essonne - Un corps dans l'Yonne - Le violeur des balcons - Le cadavre du bois de Phalempin - J'aime la mort, vous aimez la vie Un beau tandem d'amis et de professionnels au service de la vérité et des victimes. Quatrième de couverture Ce mardi 22 février, au petit matin, une dépanneuse tracte une Peugeot 405 beige hors des flots de l’Yonne. L’habitacle est vide mais la voiture est connue des services de police. C’est celle de Marie-Laure que toute la région recherche. Dix jours plus tard, un corps féminin dérive, dos face au ciel. La jeune fille est identifiée et les résultats de l’autopsie révèlent qu’elle a été assassinée. Pour cette affaire, comme pour les quatre autres révélées dans ce livre, la police fait appel à deux psychocriminologues afin d’aider ses enquêteurs : Florent Gathérias et Emma Oliveira. Suivant leur rigueur méthodologique sans cesse renouvelée, les deux professionnels ont pour mission de traquer les détails permettant de cerner la personnalité du criminel. Comment le meurtrier a-t-il opéré ? Qui est sa victime ? Pourquoi elle ? Depuis l’affaire Merah jusqu’à celle du « tueur de l’Essonne », Florent Gathérias et Emma Oliveira lèvent enfin les mystères et fantasmes qui enveloppent leur profession. Une plongée haletante dans la psychologie des criminels. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Pietra viva
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Pietra viva Léonor de Récondo Editions Points Grands Romans 6 janvier 2015 192 pages Historique Chronique 30 juillet 2023 « Sol d'una pietra viva L'arte vuol che qui viva Al par degli anni il volto di costei. » « Dans une pierre vive L'art veut que pour toujours Y vive le visage de l'aimée. » Michelangelo Buonarroti Madrigal à Vittoria Colonna, ca. 1540-45 Dans le prolongement de la biographie très précise et factuelle de l'artiste par Nadine Sautel lu avant cet ouvrage, voici un roman biographique apportant le supplément d'âme et de chair à la compréhension d'un être complexe au premier abord rébarbatif. À l'instar de ses sculptures, Michelangelo paraît froid, inapprochable, bien peu humain. Léonor de Récondo en fait un personnage de roman et, ce faisant approche, me semble-t-il, de la vérité quant à l'origine des tourments de cet homme et de son incapacité à tisser des liens avec son entourage. Il est, sur bien des aspects une énigme pour la postérité, ayant décidé de détruire la majorité de ses écrits avant de mourir très âgé. L'auteure remplit les vides avec délicatesse, respect, allant au-delà des apparences, faisant œuvre d'une empathie extrasensible, nous offrant ainsi un portrait bouleversant du grand artiste devenu sous nos yeux un éternel enfant en deuil de sa mère. Elle choisit comme contexte historique de cette fiction le moment où Michelangelo doit se rendre dans les carrières de Carrare afin de choisir les morceaux de marbre qui serviront à l'élaboration du tombeau du pape Jules Il. L'artiste ne le sait pas, mais cette commande le plongera en enfer sur plus de vingt ans. Avant de partir, la mort d'un jeune religieux, Andrea, qui le guidait jusqu'aux cadavres qu'il étudiait pour parfaire ses connaissances du corps humain, le bouleverse à un tel point que ce départ très loin de Rome ressemble à une fuite éperdue afin d'échapper à nouveau à la Grande Faucheuse. Celle-ci lui a déjà tant pris, cette ultime disparition bien énigmatique lui apparaît d'autant plus insurmontable. La parenthèse que lui offre son séjour dans ce village peuplé de gens simples, durs à la tâche, ne peut que lui être bénéfique, mais la Mort là encore l'attend... Les rencontres avec un enfant, Michele, et un homme-cheval, Cavallino, pourront-elles lui apporter la paix de l'esprit et du cœur ? Les lettres en provenance de Rome lui apporteront elles l'explication à la disparition d'Andrea, si beau et si jeune ? Et enfin, Michelangelo pourra-t-il se réconcilier avec lui-même, avec son passé ? Une femme mystérieuse venue le visiter dans ses songes pourrait peut-être le réconforter et lui offrir les clefs de la porte ouvrant sur un avenir plus lumineux. Roman magnifique, d'une grande poésie, ciselé avec amour, avec grâce. "Imaginer, sculpter, créer afin que sa volonté se fasse sur la pierre." Grâce aux mots, Léonor de Récondo fait émerger de l'obscurité le visage magnifié de cet être d'exception, de ce génie mal connu, de l'homme derrière la figure illustre. La pierre devient chair... Le visage de l'aimée à jamais surgit... Quatrième de couverture Génie indétrônable et consacré, Michel-Ange est au faîte de sa gloire. Mais derrière le maître se cache un homme qui doute. Hanté par la mort d'un jeune moine à la beauté fascinante, Michel-Ange se réfugie à Carrare, au creux d'une carrière, où il s'attelle à l'exécution du futur tombeau du pape Jules II. À la recherche des blocs de marbre les plus parfaits, c'est une nouvelle part de lui-même qu'il va découvrir. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Perspective(s)
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Perspective(s) Laurent Binet Grasset 16 août 2023 303 pages Uchronie historique Chronique 24 septembre 2023 « Essayez donc de découvrir qui je suis d'après mes mots et mes couleurs. » Orhan Pamuk, Mon nom est rouge « Les temps sont durs pour l'art. » Michel-Ange, Lettre à son père Fabuleux roman policier historique sous forme épistolaire, rien de moins ! Ainsi l'auteur multiplie les perspectives et points de vue. Un sacré challenge totalement relevé. J'ai découvert Laurent Binet grâce à son roman extraordinaire « Civilizations ». J'avais été conquise par l'écriture magnifique, l'originalité du thème, l'érudition stupéfiante. Je n'ai donc pas pu résister lorsque j'ai lu la quatrième de couverture de ce dernier opus. En juillet , je retrouvais Michel-Ange grâce à une biographie signée Nadine Sautel et la fiction « Pietra viva » de Léonor Récondo. L'une d'une précision factuelle formidable, l'autre réincarnant avec brio ce personnage mystérieux et secret, jaloux de sa vie privée. Ainsi, que Michel-Ange soit un des acteurs principaux de ce polar historique était irrésistible. Oui, les temps sont très durs pour les artistes en cette année 1557 à Florence alors que l'Inquisition est omnipotente, que la chair et la nudité sont rejetées, que l'intimité des êtres est violée, jugée, condamnée, que le sort des créateurs (peintres, sculpteurs, architectes...) est lié au bon vouloir de leurs mécènes. Censure hypocrite des mœurs, de la pensée, alors que l'ambitieux Cosimo de Médicis, Duc de Florence, poursuit le rêve d'obtenir plus de pouvoir, plus de territoire. Ils caresse dans le sens du poil le Pape Paul IV élu en 1555 et imagine de nouvelles alliances en mariant sa fille ainée, Maria, au fils du duc de Ferrare, Alfonso d'Este, à la triste réputation. Les femmes ne sont que des monnaies d'échange... Catherine de Médicis, tante de la jeune fille, est bien placée pour le savoir. Littéralement vendue au roi de France gamine, elle n'a aucune pitié pour ses consœurs et fomente des complots contre le Duc de Florence qu'elle hait car elle est l'héritière légitime du duché de Florence. Utiliser la naïveté de sa nièce ne la gène aucunement, avoir recours à des criminels et aventuriers tel Benvenuto Cellini, non plus, aidée en cela par son cousin Piero Strozzi, maréchal de France. Le décor est planté. La mort du peintre Pontormo dans ce contexte doit donc être rapidement expliquée. Celui-ci achevait la fresque de San Lorenzo. Il aurait été également l'auteur d'un tableau impudique et scandaleux , "Vénus et Cupidon", où le visage de la déesse serait celui de Maria de Médicis. Impensable, inacceptable. Meurtre ou suicide de Pontormo... ? Cosimo de Médicis charge son homme de confiance, Vasari, d'élucider ce mystère. De multiples pistes se présentent à ce dernier qui perdu, en appelle à Michel-Ange, romain depuis plus de vingt ans, vieillard épuisé par l'achèvement de la Chapelle Sixtine alors que le nouveau Pape condamne la nudité des figures déjà peintes par le grand homme. Thriller, polar, fresque historique, roman de cape et d'épée, reconstitution somptueuse, analyse fine des turpitudes morales et politiques de l'époque, réflexion profonde sur la place de l'artiste dans la société et sa mission finale, cette fiction est tout cela et plus encore. Je suis totalement bluffée à nouveau en refermant cet ouvrage en bonne place dans ma bibliothèque. Gratitude profonde pour ces heures de beauté, d'intelligence, d'humour, d'aventure..... Je le recommande vivement. Quatrième de couverture Florence, 1557. Le peintre Pontormo est retrouvé assassiné au pied des fresques auxquelles il travaillait depuis onze ans. Un tableau a été maquillé. Un crime de lèse-majesté a été commis. Vasari, l’homme à tout faire du duc de Florence, est chargé de l’enquête. Pour l’assister à distance, il se tourne vers le vieux Michel-Ange exilé à Rome. La situation exige discrétion, loyauté, sensibilité artistique et sens politique. L’Europe est une poudrière. Cosimo de Médicis doit faire face aux convoitises de sa cousine Catherine, reine de France, alliée à son vieil ennemi, le républicain Piero Strozzi. Les couvents de la ville pullulent de nostalgiques de Savonarole tandis qu'à Rome, le pape condamne les nudités de la chapelle Sixtine. Perspective(s) est un polar historique épistolaire. Du broyeur de couleurs à la reine de France en passant par les meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, chacun des correspondants joue sa carte. Tout le monde est suspect. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Nos Âmes au diable
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Nos Âmes au diable Jérôme Camut et Nathalie Hug Fleuve 17 mars 2022 374 pages Thriller Chronique 17 septembre 2022 « À l'insouciance des jeunes filles, Aux femmes qu'elles deviennent Aux photos en noir et blanc qui témoignent À Rosemarie Checking et à Elisabeth Soulès" Le hasard des emprunts en bibliothèque m'ont fait lire l'un après l'autre le dernier titre de Olivier Norek, "Dans les brumes de Capelans" et celui-ci : il semble que le thème traité soit d'actualité car dans ces deux romans la trame, dans ses grandes lignes, est la même, à quelques détails près qui font tout de même que j'ai eu autant d'intérêt à lire l'un comme l'autre de ces thrillers psychologiques très réussis. Barbara Abel également avait eu le courage d'aborder magistralement ce qui est, dans notre société, un véritable tabou. Premier livre de ce tandem pour moi qui ne sera pas le dernier, je pense, tant le tout est bien écrit, mené, développé jusqu'à un final attendu et cependant bouleversant. En trois parties, (l'enlèvement de la fillette à proprement dit et ses conséquences immédiates, puis six ans après la disparition, et enfin deux heures après le kidnapping de la mère), ce récit présente, sans concession mais sans être gratuitement trash, tous les aspects matériels, psychologiques de ce qu'un tel événement traumatique peut générer pour une famille mais aussi pour les forces de l'ordre, les proches, toute la société, symptôme d'une maladie systémique dont on ne veut pas parler et qui pourtant est bien réelle. La mère de Sixtine, Jeanne, est narratrice d'une partie du drame et nous guide auprès d'autres parents victimes directes de l'indicible, du silence, de l'ignorance quant au sort réservé à leurs enfants. Une analyse poussée des différents types de réactions face à cela nous est offerte, de l'écroulement, à la lutte, à la lâcheté, à l'aveuglement. Le huis clos de la troisième partie nous fait nous diriger adroitement, en des chapitres extrêmement courts, vers une conclusion dévastatrice et... incontournable d'une certaine façon. C'est un récit qui brise le cœur, qui nous remet en mémoire tous ces visages de petits disparus, tous ces cris de parents qui ne se résignent pas, qui voudraient au moins pouvoir enterrer leurs petits... Très bon thriller ténébreux et profondément humain, traversé d'instants de joie, d'amour, de solidarité, d'amitiés... Quatrième de couverture Il vaut parfois mieux ignorer la vérité... Mi-juillet, Sixtine, dix ans, disparaît sur une plage de l'île d'Oléron. Pour Jeanne, sa mère, c'est tout son monde qui s'écroule. Elle s'en veut d'avoir été trop accaparée par son métier. Elle en veut à son mari, qui aurait dû surveiller leur petite brune aux yeux bleus, mais qui a failli, trop occupé à donner un énième coup de canif dans leur contrat de mariage. Lorsque les recherches conduisent finalement à un multirécidiviste connu par la justice pour le viol de quatre fillettes, Jeanne comprend que rien ne sera jamais plus comme avant. Et son travail de résilience s'annonce d'autant plus long que le corps de Sixtine n'a jamais été retrouvé. Une absence qui laisse planer comme une incertitude... Et si la vérité s'avérait plus sordide et glaciale encore que la mort d'un enfant ? Les auteurs se livrent : Avec Nos âmes au diable, vous abordez un sujet très sensible, à savoir la disparition d’un enfant, et vous nous ouvrez ainsi les portes de l’insoutenable, vous poussez le lecteur dans ses derniers retranchements. Comment vous est venue l’idée de ce roman ? Regarder les gens vivre, c’est la base de notre travail. Pour animer des personnages de papier, les rendre attachants, terrifiants ou détestables, il faut connaître la nature humaine. Et dans cette espèce qu’est l’humanité, il y a des individus dont le devenir nous préoccupe particulièrement, ce sont nos enfants. Comme beaucoup de parents, il nous arrive de penser à un monde où ils n’existeraient plus, et cette idée nous est insupportable. Pour poursuivre sur la genèse de ce roman, écrire permet de vivre par procuration, de déposer un fardeau, d’approcher l’insoutenable sans jamais vraiment s’y exposer. L’idée naît en partie de la volonté de nous confronter dans l’écriture à ce que l’on ne supporterait pas dans la vie. Mais pas uniquement. Ces dernières années, de nombreux crimes ignobles ont impliqué des enfants et des adolescents. Nous nous sommes demandé où les proches trouvaient la force de continuer à vivre, et pour certains d’accorder leur pardon aux coupables. Tant de gens différents sont impactés par ces affaires. Les victimes elles-mêmes, leurs proches, leurs amis, les enquêteurs, mais aussi les familles des assassins. Et puis, nous avions également envie de créer le personnage d’une mère, une femme qui bascule dans l’horreur et qui se relève pour être à nouveau confrontée à l’indicible. Comment traverse-t-on ce que l’on imagine de pire ? Plusieurs fois ? Et comment ressort-on d’une telle épreuve ? L’idée de Nos âmes au diable, c’est un peu tout ça à la fois. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Les rubans de la vengeance
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les rubans de la vengeance Alain Delage De Borée Terre de Poche 15 juin 2023 480 pages Historique Chronique 23 juillet 2023 « Que sait exactement Marie-Louise du passé de Gustave, son époux passementier ? » Si vous n'avez pas lu « L'Étrangère de Collonges » paru en 2015 réédité en 2022, cela ne vous dérangera pas afin de découvrir et aimer cette suite. J'ai particulièrement apprécié ce roman de terroir au suspense parfaitement entretenu que je classerai également dans les thrillers tant la peur s'installe peu à peu, tant on frissonne au fur et à mesure que la vérité affleure. La découverte de l'univers de la passementerie en cette première moitié du XIXème siècle est passionnante. L'organisation initiale de cet artisanat familial et privé entre Donneurs d'ordres passant les commandes de rubans et autres ornements auprès de Commis de barre faisant la tournée des Passementiers privés à leurs domiciles est étonnante. Système fonctionnant très bien avant l'industrialisation forcenée à grande échelle. L'époque est aux grands bouleversements sociétaux et politiques, aux révoltes des ouvriers pas encore syndiqués contre le roi, en particulier dans la région de Lyon en passant par la Savoie jusqu'à la frontière du pays. Tout commence dans une auberge de Saint -Just-sur-Loire dans le Forez, ou deux cœurs battent à l'unisson : ceux de Marie-Louise et son jeune et bel époux, Gustave. Pourtant la peine d'avoir enterrer son père, Joseph Grange, étreint la jeune femme, et le départ en tournée de son mari Commis de barre ne la réjouit pas. Le faire changer d'activité afin qu'il l'aide à tenir l'établissement est peine perdue. Or sans la présence protectrice de son père, Marie-Louise dite la Maloui, n'est pas rassurée. Les évènements vont lui donner raison puisqu'un inconnu va l'agresser dès la réouverture de l'auberge ; sans l'intervention de deux clients, cela aurait pu tourner au drame. Le couple doit trouver quelqu'un pour seconder la propriétaire de l'auberge en l'absence de Gustave. D'autant plus que d'étranges mésaventures touchent à présent ce dernier lors de ses tournées. Une menace plane sur les jeunes gens et les silences de l'un intriguent de plus en plus celle qui s'interroge sur le passé de son amoureux et sa véritable nature. Notre héroïne malgré elle va devoir faire preuve de ténacité et de courage pour affronter enfin la réalité et ne plus vivre dans un mirage. Les personnages sont merveilleusement campés, le quotidien de nos aïeux ressuscité avec grâce, humour, détails et talent. On ressent la passion et l'amour qui animent l'auteur pour cette région et son histoire. Ils nous passe magistralement le témoin car nous restons accrochés à ce roman de bout en bout jusqu'aux révélations finales. Grâce à cette collection de romans de Terroirs, notre mémoire est sans cesse ranimée et notre connaissance du patrimoine national enrichie. Merci donc infiniment aux Éditions De Borée pour leur confiance renouvelée. Merci à l'auteur pour son engagement passionné et inspiré. Quatrième de couverture 1857. À la mort de son père, Marie-Louise se retrouve seule pour gérer l'auberge familiale. Son mari, Gustave, travaille dans le milieu de la passementerie et ne compte pas abandonner son métier pour aider sa femme. Mais soudain il reçoit des menaces, ses clients lui tournent le dos un à un et l'un d'eux malmène sa femme. Son mystérieux passé serait-il en train de le rattraper ? Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Nocturne au Louvre
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Nocturne au Louvre Brigitte Joseph-Janneney Cohen & Cohen Chronique L'action se situe au musée du Louvre, qui vient d'acquérir sa Grande Pyramide. Nous sommes en 1995.Nicolas Lesur vient d'être nommé directeur de la sécurité. Des phénomènes étranges et criminels, menacent de bouleverser la vie du musée, victime de calamités en série. Néophyte, jouant son avenir, le jeune ingénieur se trouve d'emblée dans l'obligation de se transformer en aventurier.Rumeurs et soupçons enveniment l'atmosphère de huis-clos de la digne institution. Dans ce climat délétère Nicolas entreprend seul une enquête qui s'apparente à une course de vitesse : il lui faut absolument mettre fin à ces désordres avant que les media ne s'en emparent et égratignent l'image de l'établissement.Le lecteur possède alors les clés du musée, convié à l'arpenter de fond en comble. Les coulisses livrent leurs secrets : postes de sécurité, réserves, toitures... Les œuvres se donnent à voir sous un éclairage inhabituel, parfois sous une lumière crue. Il croise aussi des personnages pittoresques, habités par leur vocation, obnubilés par leurs responsabilités : une communicante ficelle, une secrétaire pipelette, un manutentionnaire maladroit, un gardien sujet au vertige, un journaliste pique-assiette...La nuit est en elle-même un personnage de ce roman. Durant ces longues heures nocturnes, le musée est placé sous le contrôle de caméras parfois déficientes, et les rondiers illuminent de leurs torches le moindre recoin suspect, faisant résonner leurs pas sous les voûtes de pierre.Par sa modestie, par sa détermination et son sang-froid, Nicolas est un Tintin égaré dans les brumes de l'univers de Belphégor et finira, après maintes surprises et de nombreux retournements de situation, par résoudre l'énigme proposée au lecteur. Quatrième de couverture Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Memento Mori
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Memento Mori Mia Lekkson City Editions 9 novembre 2022 365 pages Thriller Chronique 9 janvier 2023 « Souviens-toi que tu dois mourir. » « Une voix souffle dans son oreille : bientôt, j'aurai votre peau, et un à un, vous disparaîtrez de la surface de cette terre. » Thriller policier de belle facture se situant à Paris en 2021 et 2001. Deux flics chargées de dossiers qui se recouperont forcément : les inspectrices Anne Lavelli et Carmen Mazetti, héroïnes de ce roman. Tout tourne autour du Parc de Choisy dans le XIIIe arrondissement. À vingt ans près, le masculinisme et la misogynie dans les forces de l'ordre sont tristement toujours d'actualité. La maison Poulaga, créée par des mecs, des vrais, a un peu de mal encore à accepter des femmes dans ses rangs malgré le phénomène #MeToo. Les violences faites aux femmes en milieu professionnel ou au sein de la cellule familiale sont aujourd'hui dénoncées haut et fort, ce n'est plus un problème de société que l'on puisse glisser sous le tapis. 2021. Une adolescente, Laure Delmas, costumée en sorcière d'Halloween est découverte droguée et évanouie dans le parc de Choisy. De la peinture rouge macule sa robe. Elle est la troisième victime d'un jeu en ligne : Witch Game. Anne Lavelli travaille au sein de la CRMD, la Cellule de Recherche des Mineurs Disparus. Elle connaît parfaitement les ravages que font ces jeux de rôles auprès des jeunes et particulièrement des adolescentes concernant Witch Game. Au même moment, elle apprend qu'une de ses amies, Marina Ferguson, réalisatrice de documentaire reconnue, est morte : au premier abord, un accident stupide. Le sujet du prochain projet de Marina concernant le harcèlement et les violences faites aux femmes pourrait avoir provoqué la fureur d'une personne concernée. On ne peut penser que les deux affaires soient liées mais les apparences sont trompeuses. Quant à Carmen, appelée comme Anne, mais vingt ans plus tôt, dans le même parc au même endroit sous le même arbre, un cèdre bleu de l'Atlas, elle découvre le corps d'une adolescente, Joan Verdier. Les premières constatations laissent à penser que c'est un suicide. Mais l'inspectrice est pointilleuse et sait que le diable se cache dans les détails. Elle enquête, en particulier au Lycée Claude Monet voisin, où était scolarisée la jeune fille comme l'est en 2021 Laure Delmas. Son entêtement à chercher la vérité n'est pas du goût de ses supérieurs et de son commissaire. Une femme doit rester à sa place. Anne découvre que Marina faisait des recherches sur Joan Verdier pour son reportage et, bien sûr, elle se renseigne sur le policier en charge du dossier en 2001. Les deux inspectrices sont donc, à partir de cet instant, liées l'une à l'autre à travers le temps, traquant un même criminel. Celui-ci et ses complices reçoivent des messages inquiétants, des Memento Mori menaçants, sous forme de vidéo très japonisantes façon Manga trash. Manifestement quelqu'un veut se venger et met la pression sur le groupe d'hommes. Une double traque s'engage entre : - l'équipe de Anne Lavelli et les tueurs d'une part et - l'expéditeur des menaces et ses mêmes criminels d'autre part. La tension est à son comble autant en 2001 qu'en 2021. Le danger est extrême, mais les femmes ne sont plus prêtes à accepter d'être sacrifiées sur l'autel du patriarcat. Un très bon scénario, de multiples questions et retournements, un suspense et une tension soutenus, une dénonciation au vitriol de l'hyper sexualisation de notre société, des dangers des jeux vidéos pour les jeunes, du masculinisme encore tout puissant aujourd'hui, un esthétisme digne des films d'action japonais. Un thriller policier et sociétal original donc, du bel ouvrage ! Quatrième de couverture On paie toujours pour ses fautes... Toujours ! Une jeune fille est retrouvée inconsciente dans un parc parisien, droguée et maculée de peinture rouge. Apparemment, elle a été victime d'un jeu qui fait fureur sur les réseaux sociaux : le Witch Game, dans lequel les organisateurs lancent des défis toujours plus dangereux. Peu de temps après, une cinéaste est découverte morte chez elle, victime d'une mauvaise chute. Simple accident domestique ? L'inspectrice Anne Lavelli n'y croit pas. D'autant que la victime préparait un film polémique sur les violences faites aux femmes. Alors que Lavelli enquête en parallèle sur les deux affaires, elle découvre qu'elles sont liées à une vague de suicides de jeunes filles, vingt ans auparavant. Dans l'ombre, un assassin semble tirer tranquillement les ficelles d'un véritable jeu de massacre. Et rien ne semble pouvoir l'arrêter... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Marie Octave Monod Une femme libre
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Marie Octave Monod Une femme libre Brigitte Joseph-Jeanneney Editions Du Palais Mémoire De Femmes 22 septembre 2023 364 pages, version illustrée Divers Chronique 22 septembre 2023 Marie Octave Monod est entrée dans ma vie voici plus d'un an et demi par le biais de sa biographie rédigée en 1937 et rééditée par les Éditions des femmes Antoinette Fouque. Celle-ci intitulée « Daniel Stern, comtesse d'Agoult. De la Restauration à la IIIe République « m'avait frappée par sa qualité rédactionnelle, par sa franchise, sa modernité et son sujet principal, évidemment. Une rencontre entre Marie d'Agoult et Marie Monod avait eu lieu car les deux femmes étaient des amoureuses absolues, entières. La vie de Marie Octave Monod était donc relaté dans la préface écrite par son petit-fils, Jean-Noël Jeanneney, et je découvris une figure hors du commun, singulière et particulièrement attachante. J'éprouve une profonde admiration pour son courage, son engagement tout au long de sa vie. Pour le bien qu'elle a diffusé autour d'elle, pour ses convictions, sa bravoure et son sens de l'honneur malgré tous les malheurs et drames qui l'ont frappée. Je l'aime également pour sa capacité à aimer, justement, à écrire ses propres règles se libérant sans violence du carcan imposé par la société et le milieu protestant dont elle est issue. Elle s'interroge sur certains principes immuables et se remet également en question cherchant à s'améliorer inlassablement, preuve, s'il en est besoin, de sa grande âme. Je pourrais reprendre les principales dates qui ont jalonné son existence mais ce livre le fait précisément et avec brio. Je préfère rester dans le domaine intime de mon ressenti. L'idée magnifique de Brigitte Joseph-Jeanneney d'écrire ce texte sous forme d'une autobiographie fictive apporte un supplément de cœur, tisse un lien émotionnel particulier avec le lecteur. Je rêvais que ce fut ma grand-mère qui s'adressait à moi comme Marie écrivant à Brigitte, jeune fille. Cette dernière explique que ce qui la rapprochait particulièrement de sa grand-mère était lié à leur veuvage et à l'adoption chacune d'un enfant. Certainement.... j'ajouterai une empathie extraordinaire et une générosité exceptionnelle. Ainsi l'idée de cette petite fille imaginant ce que son aïeule aurait pu lui révéler est bouleversant. C'est une biographie écrite à quatre mains à travers le temps et l'espace. Merci infiniment à Brigitte Joseph-Jeanneney pour la confiance qu'elle a bien voulu me témoigner. Je renouvelle également ma gratitude envers Sylviane Guillaumont-Jeanneney autrice de "Marie Chavannes dans son siècle 1876-1966 - Transmission et liberté" paru le 29 novembre 2022 aux Editions L'Harmattan dans la collection Mémoires du XXème siècle, et à Jean-Noël Jeanneney, tous deux sœur et frère de l'auteure. Quatrième de couverture Cette autographie fictive, nourrie d’archives inédites, du journal et des lettres de Marie Octave Monod, se fait l’écho d’une forte personnalité qui fut confrontée à deux guerres et à de douloureuses épreuves personnelles. Une voix singulière qui nous parle, nous éclaire, nous bouleverse. Il constitue aussi le témoignage précieux d’une vie de femme, au tempérament fort et généreux, une femme soucieuse de « rester maîtresse de sa vie », d’imprimer sa marque. Situation rare dans cette génération de femmes : Marie Octave Monod, née en 1876, a su garder tout au long de sa vie sa liberté d’action et de création, exister par elle-même. Tout en restant profondément attaché à son mari, collaborateur de Marie Curie. Elle n’a eu de cesse de défendre la cause des femmes, de lutter pour leur accès aux études et aux professions supérieures, de prévenir la prostitution. Inspirée par un féminisme pragmatique et tenace, douée d’un tempérament à la fois ardent et mesuré, elle posa ainsi les premiers jalons de leur émancipation. Historienne, Marie Octave Monod est l’auteure d’une biographie de Daniel Stern, où elle met en valeur l’indépendance d’esprit et de cœur de la comtesse d’Agoult. Foncièrement républicaine, progressiste, elle fut dreyfusarde à 20 ans, et fervente de Clemenceau toute sa vie, dont elle s’attacha à honorer la mémoire. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Marie Chavannes dans son siècle 1876-1966 - Transmission et liberté
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Marie Chavannes dans son siècle 1876-1966 - Transmission et liberté Sylviane Guillaumont-Jeanneney L'Harmattan Mémoires du XXe siècle 29 novembre 2022 296 pages Biographie Chronique 8 février 2023 Photographie de couverture : Marie Chavannes avec sa fille Marie-Laure, vers 1916, collection personnelle de Sylviane Guillaumont Jeanneney. Dernières lignes : « Je ne peux m'empêcher de croire au triomphe de l'esprit sur la matière, au triomphe définitif du bien, des forces d'amour, ce qui rend toute sa valeur au dévouement. C'est ce qui donne toute sa valeur à la vie du Christ, à son exemple et ses enseignements. » Quels qu'aient pu être ses doutes et ses indécisions, sa consolation au soir de sa longue vie est d'avoir aimé de « tout son cœur, de toute son âme et de toute sa pensée. » Et en effet, Marie Octave Monod, nom sous lequel je l'ai découverte en tant qu'historienne et biographe avec l'ouvrage « Daniel Stern, Comtesse d'Agoult », paru en 1937 et réédité en 2022 aux Éditions des Femmes-Antoinette Fouque, ne peut qu'être heureuse et fière, en souffre sa modestie naturelle, du travail effectué, du rôle extraordinaire qu'elle a joué pour sa famille, pour ses proches, pour les femmes et toute la société. Un destin hors du commun pour cette jeune fille romantique, sensible, respectueuse des dogmes protestants et des règles de bienséance, qui aurait donc pu se contenter d'une vie comme nombre de ses contemporaines dans l'ombre de leurs maris confinées à la maison avec leurs enfants. Mais Marie a d'autres aspirations, est d'une intelligence vive, et déjà mature et instinctive dès ses seize ans. Elle est curieuse de tout, elle aime les gens, elle est généreuse et applique les préceptes de bienveillance et d'amour du Christ. Même si des doutes quant à la religion apparaissent peu à peu, même si la société érige des murs entre les femmes et l'accès aux études universitaires, à la connaissance, à l'aptitude à penser par soi-même, il est hors de question pour elle, comme pour les siens, d'être reléguée à un rôle de potiche. La rencontre avec Octave Monod est fondamentale et source d'un bonheur conjugal de 32 ans malgré les souffrances, les guerres, les difficultés du quotidien, la misère et la famine partout présentes. Un mariage qui tient malgré une longue stérilité apaisée cependant par une adoption, des plus rares à cette époque, d'un petit Noël, et la naissance inespérée d'une petite fille, Marie-Laure. Surtout son époux, moderne avant l'heure, applique des principes d'égalité totale dans leur couple et ne peut concevoir que Marie se sente inutile, sans but, sans émulations intellectuelles, malheureuse. Un tandem, une équipe soudée autour des enfants regardant dans la même direction et souhaitant apporter leur pierre à l'édification d'une société plus juste, plus solidaire, plus égalitaire. Ils sont de tous les combats et même après le décès d'Octave, la lutte, l'engagement politique et sociétal remplissent la vie de Marie vaille que vaille, pour ne pas sombrer, parceque d'autres sont plus malheureux qu'elle. Une abnégation, une bataille quotidienne jusqu'à sa mort alors que le cœur saigne, alors que la maladie et la souffrance prennent possession de son corps, alors que les finances ne sont pas joyeuses et qu'il faut se restreindre encore et toujours. Ses engagements auprès des jeunes filles abandonnées à elles-mêmes afin qu'elles ne soient pas victimes de la prostitution et de la traite d'êtres humains, sa lutte afin de favoriser l'accès des femmes aux études et à l'éducation et évidemment à une carrière, sans oublier sa loyauté sans faille envers ses amis tel Georges Clémenceau, ne sont pas que des mots. Ils remplissent tout son temps, lui prennent toute son énergie. Mais elle en a encore pour ses enfants bien-aimés, pour ses petits enfants. Elle est physiquement présente auprès d'eux, jouent avec eux, les instruit, les porte à forger leurs propres jugements, à devenir des êtres conscients du rôle qu'ils se doivent de tenir dans le monde en tant que citoyens. Lorsque je lis la biographie de ces enfants et petits-enfants, je mesure combien la victoire est totale, la mission accomplie au-delà des espérances. Des gens de bien ! Une Femme exemplaire, avant-gardiste, audacieuse, courageuse que je suis honorée de rencontrer via cette biographie mais aussi par mes entretiens et échanges avec trois de ses petits-enfants. Une Figure emblématique qui redonne l'espoir en l'humanité. Un ouvrage profondément touchant de par ce qu'il raconte mais aussi par ce qu'il tait pudiquement : des mots de tendresse entre une grand-mère inoubliable et sa petite-fille. Ma gratitude à Sylviane Guillaumont Jeanneney pour sa confiance. Quatrième de couverture Marie Chavannes a traversé près d'un siècle de bouleversements, de drames et de progrès. Historienne de formation, elle s'est attachée toute sa vie à analyser l'évolution du monde et a vécu une tension permanente entre deux aspirations, celle de jouer pleinement son rôle d'épouse et de mère et celle de son engagement en faveur des femmes. Profondément marquée par son éducation protestante, Marie Chavannes fut soucieuse d'en transmettre l'héritage moral, tout en rejetant les contraintes sociales attachées à la condition féminine. Ce récit, présenté en une série de séquences, rend hommage à l'itinéraire d'une femme attachée tant aux choses de l'esprit que de l'âme et du cœur. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Les assassins d'Etienne Marcel
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les assassins d'Etienne Marcel Jean d'Aillon Robert Laffont 26 janvier 2023 480 pages Historique Chronique 30 septembre 2023 Troisième tome de la trilogie « Récits du temps de Charles V » composée également de : 1/ L'Archiprêtre et la Cité des Tours 2/ La Rançon du roi Jean Celui-ci a pour sous-titre : Les vilénies de Charles le Mauvais... Alias Charles de Navarre revendiquant le trône de France à la place de Jean le Bon. Le royaume étant affaibli, le roi ayant été capturé par les anglais pendant un certain temps, c'est son fils le dauphin Charles qui est devenu régent. Voici deux ans, le prévôt des marchands de Paris, Etienne Marcel, rêvant d'une royauté contrôlée, avait imposé au jeune homme un conseil lui limitant de fait ses pouvoirs. Pour rappel, Etienne Marcel était issu du grand patriciat urbain proche du pouvoir. Cependant, en raison des spéculations et dévaluations monétaires permanentes qui tuent le peuple, il décide de prendre la défense des petits artisans et compagnons qui forment le gros des classes dynamiques de l'économie citadine. Il devient le leader d'un mouvement réformateur qui cherche à instaurer une monarchie française contrôlée en 1357, en affrontant le pouvoir royal exercé par le dauphin Charles, futur roi Charles V. Représentant du tiers état, il joue un rôle capital au cours des états généraux successifs de 1355, 1356 et 1357 (qui devaient régler le paiement de la rançon du roi Jean). Malheureusement, le conflit avec le roi devient une guerre civile déclarée tournant en faveur de ce dernier. Une des versions officielles est que Étienne Marcel fut assassiné par les bourgeois parisiens qui lui reprochaient d'être allé trop loin dans l'opposition à la monarchie et l'accusaient d'avoir voulu livrer la ville aux Anglais. La réalité est peut-être plus compliquée.... Voici une brèche dans laquelle se faufile immédiatement Jean d'Aillon pour nous offrir ce polar historique passionnant, roman d'aventures, fresque politique, sociétale et d'espionnage tortueuse et savoureuse. En juillet 1358, donc, Jean le Bon a été délivré mais doit verser une rançon en plusieurs paiements. Il attend avec impatience l'arrivée de 100 000 florins correspondant à la deuxième échéance. Ainsi une délégation italienne est mandatée par le seigneur de Milan, Galéas Visconti. Celui-ci nomme à sa tête Pietro da Sangallo, capitaine florentin de basse extraction aux grands dam de deux de ses neveux, Luchino et Theodoro d'Este, emplis de haine qui ne tardent pas à ourdir des complots contre Pietro et son écuyer, Raffaello de Buondelmonti. Cependant, le grand poète Pétrarque, également diplomate, se joint à cette troupe comme ambassadeur, compliquant les plans des deux félons. Ainsi entre les manœuvres des deux frères d'Este et les hommes envoyés par Charles de Navarre, comte d'Évreux et beau-fils du roi Jean le Bon persuadé d'être le seul héritier légitime de la couronne de France, Pietro da Sangallo va devoir faire preuve d'intelligence, de sens stratégique et de bravoure pour mener à bien sa mission.... Cela est loin d'être évident, car qui voit-on arriver seuls à Paris avec les deux coffres de la rançon ? Les frères d'Este. Où est passé le reste de la troupe ? Gageons que le futur Charles V saura faire le tri entre le grain et l'ivraie malgré les décisions irraisonnées prises par son père, dont certaines ont mené le royaume au bord du gouffre. Reste toujours l'énigme de l'assassinat d'Étienne Marcel entachant le règne de Jean le Bon. Là aussi, le dauphin souhaite faire toute la lumière sur les tragiques événements d'il y a trois ans... Il faut faire vite car Charles de Navarre guette la moindre erreur pour renverser le pouvoir en place. Mais où est Pietro da Sangallo ? J'ai découvert cet opus avec beaucoup d'intérêt sans avoir lu les épisodes précédents. Cela ne m'a pas dérangée car j'ai fait de rapides recherches sur Etienne Marcel et Jean le Bon avant de commencer cet ouvrage. Les idées étaient donc claires et je pouvais me plonger avec un réel plaisir et une vraie gourmandise dans ce récit palpitant, nous offrant une reconstitution éblouissante de la vie en France en ce 14e siècle. Mettez vos pas dans ceux de notre héros, pénétrez dans le château du Louvre à cette époque, ferraillez sur les chemins aux alentours de la capitale : dépaysement total garanti. J'ai été très heureuse de découvrir enfin la plume de ce grand auteur, Jean d'Aillon. Gratitude. Quatrième de couverture Un nouveau roman historique policier passionnant de Jean d'Aillon, second opus de la série Récits du temps de Charles V. Juillet 1358. Le prévôt des marchands de Paris, Étienne Marcel, est assassiné au pied des remparts de la ville. La purge qui suit ce crime cache-t-elle la main d'un ennemi du pays ? Celui qui avait imposé au dauphin Charles la tenue d'un conseil lui ôtant tout pouvoir en échange de la régence s'était fait nombre d'ennemis, certes, mais parmi eux qui est vraiment à la manœuvre ? Des mois durant, l'affaire empoisonne le royaume de France déjà mal en point. Trois ans plus tard, une délégation milanaise, menée par le poète Pétrarque et le capitaine de la milice de Florence, entre dans Paris. Chargés de remettre au roi, Jean le Bon, cent mille florins, ils rencontrent son fils Charles... qui demande aux Italiens de faire toute la lumière sur le meurtre du prévôt. Commence une enquête périlleuse dans les eaux troubles de la cour, avec fausses pistes, chausse-trappes, dangers, menaces et surprises. Rien n'arrête ceux qui ont manigancé le crime. Parce que le complot ourdi est plus redoutable qu'imaginé ? La vérité est au bout de l'épée. 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