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  • La guerre de Troie et l'inconscient grec. Le rôle des femmes

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La guerre de Troie et l'inconscient grec. Le rôle des femmes Efi Papavassilopoulou Editions du Panthéon 21 février 2020 64 pages Essai Philosophie Chronique 15 juin 2021 Je vous préviens tout de suite : je n'ai aucune formation ni intérêt particulier pour la Psychiatrie, la Psychanalyse, et suis une bûche en Philosophie. Donc, c'était plutôt gonflé et risqué de la part de Efi Papavassilopoulou de me demander de lire et donner mon avis sur cet essai et les trois précédents. Ai-je tout compris ? Je vous l'ai dit, je suis limitée donc, Non ! Mais, en revanche, l'histoire qui m'a été contée, que je croyais connaître, sous ce nouvel éclairage, m'a passionnée, stupéfaite, et a provoqué chez moi de multiples réflexions quant aux sens cachés des légendes, mythes grecs et autres, qui sont les pierres angulaires sur lesquelles se sont construits nos sociétés imparfaites, nos mentalités, notre inconscient commun et dans cet essai, l'inconscient grec. Je ne sais pas vous, mais Hélène est un personnage que j'ai toujours trouvé ambivalent, pas très cernable ni aimable. Comme quoi mon instinct était en partie bon. Dès l'introduction, Efi Papavassilopoulou, nous explique que Hélène est symbole de la beauté, et celle-ci est pour les Grecs " une apparition comme aleithia, la vérité, dans son sens initial, qui veut dire dévoilement, la naissance du nouveau. Les Grecs sont à la recherche d'Hélène, perdue, volée ou encore enlevée. Les Troyens croient qu'ils la possèdent." Ils s'arrêtent aux apparences alors que leurs ennemis vont au delà. Hélène est donc en soi et malgré elle un objet de manque et bien vite une bonne raison pour les Grecs de prendre la mer afin d'aller la récupérer, d'où un voyage, une mise en mouvement de toute une armée dont se détachent certaines figures de héros, humains ou à moitié Dieu, tel Achille. Hélène est aussi celle qui, en une seule figure, regroupe toutes les femmes ou disons que chaque femme est une partie de cet idéal féminin, sa métonymie et sa métaphore. Après un rappel du déroulement de ce conflit qui dura dix ans, cette guerre de mâles, Efi Papavassilopoulou nous rappellent que sans les femmes pas de guerriers, pas d'alibi au voyage, pas non plus de résolution du conflit ou de vengeance. Et de nous nommer ces femmes inoubliables, héroïnes involontaires, nos aieules, celles dans lesquelles nous pouvons nous reconnaître : leur destin est le nôtre, leur amour, leur courage, leur haines, leurs actes remarquables ou effroyables préfigurent notre actualité et illustrent déjà ce que nous allons toutes devoir supporter, affronter siècles après siècles, sacrifiées, sans toujours le comprendre vraiment, sur l'autel d'une illusoire supprématie mâle ou dogmatique. Chez les Grecs nous retrouvons Iphigénie, Clytemnestre, Pénélope et Thétis. Chez les Troyens, Hécube, Cassandre, Andromaque. Toutes ces héroïnes ont des liens soit de parenté, soit de ressemblances en terme de traumatismes, d'expériences, de réactions. L'analyse de Efi Papavassilopoulou est brillante et m'a soufflée car évidemment, vu sous cet angle, beaucoup de conceptions universelles et intimes, personnelles, sont chamboulées. Nous-mêmes, lectrices, comprenons en quoi nous sommes aussi métonymie ( figure de style par laquelle on désigne le tout par la partie, le contenu par le contenant : exemple boire un verre pour signifier boire ce qui est contenu dans le verre - source wikipédia) et métaphore d'Hélène....Et Hélène me direz-vous ? Elle est d'aucun bord, jouant un rôle incompréhensible, collaborant avec les deux bords. Cela remet les évènements en perspective et leurs conséquences pour les vainqueurs et les vaincus... A méditer.... Quatrième de couverture « La guerre de Troie montre comment se construit l’inconscient collectif grec. Le récit est centré autour de la légende de la « belle Hélène ». Elle est liée à l’imaginaire, mais sa fonction est symbolique. Pour les Grecs, la beauté est une apparition comme aleithia, la vérité, dans son sens initial, qui veut dire dévoilement, la naissance du nouveau. Ils questionnent par ce biais la naissance, et donc la mort et l’être. » À travers le récit de la guerre de Troie se révèle la structure de l’inconscient collectif hellène. La femme grecque et troyenne dévoile une métonymie d’Hélène. Les Troyens y voient l’apparence, l’illusion, les Grecs y voient une apparition, un symbole de vérité. Hélène n’est en réalité que le prétexte pour le voyage et l’enrichissement que les Grecs ont tiré de la guerre. Efi Papavassilopoulou nous entraîne à reconsidérer sous l’angle psychanalytique le récit de la guerre de Troie. Et si l’enjeu des combats entre Grecs et Troyens n’était pas une femme mais ce qu’elle représente : la vérité. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Mon nom est Rouge

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Mon nom est Rouge Orhan Pamuk Folio 25 avril 2003 732 pages traduites par Gilles Authier Polar Historique Chronique 10 mars 2019 Ce roman est une miniature en soit où chaque détail de l'histoire est minutieusement décrit, où chaque personnage ou entité prend la parole pour nous conter le destin de l'Empire ottoman et de figures célèbres à travers des contes et légendes, où la vie des artistes enfermés dans les ateliers de dessinateurs et enlumineurs au service du Sultan est narrée, de leur enfance entre coups, sévices et viols de leur innocence par le chef de cet espace, pédophile par respect des règles, des coutumes immuables... Je suis restée atterrée j'avoue par ce texte, où tout semble couler de source, l'infamie étant naturelle, acceptée, en réalité des mots de dénonciation d'un système ancestral d'éducation des jeunes garçons, chair humaine inspirant désir et concupiscence de la part d'adultes, se positionnant, par ailleurs, comme des pères de substitution, et coulant des jours heureux auprès de leurs épouses et leurs enfants. L'auteur, l'air de rien, analyse, en donnant la parole à quatre hommes narrant leurs jeunes années, les conséquences de ces viols sur leur équilibre mental, leur faculté à construire leur vie ensuite, leur aptitude à la résilience. On ne peut évidemment s'empêcher de faire un parallèle avec aujourd'hui où les pédophiles trouvent des appuis certains auprès d'organes d'autorités, leur vie facilitée par la nomination de certains nouveaux responsables aux postes les plus importants de la justice, du gouvernement, et par de nouvelles lois iniques... Mais réduire ce roman, prix du meilleur livre étranger en 2002, à cela serait une erreur car il est également un thriller policier dès le premier chapitre intitulé avec un souci dramatique "Je suis mon cadavre" ! Cela promet... Tant dans le fond que dans la forme, il est original, ajoutant par petites touches des éléments essentiels à la compréhension de l'enquête et de cette micro-société des miniaturistes à Istanbul en 1591. De plus, il se veut également roman d'amour à l'instar des légendes entourant certains couples mythiques de la littérature persane. Personnellement, la dulcinée m'a beaucoup agacée, tête à claques, mais ce personnage permet de comprendre la place de la femme, son statut en ce seizième siècle de l'autre côté du Bosphore, en des temps où l'influence de l'Occident sur les moeurs et les arts inquiètent les plus traditionnalistes et réactionnaires. Ainsi l'utilisation en peinture de la perspective, des ombres, la volonté de représenter fidèlement la vérité, la ressemblance avec les modèles souhaitant se faire portraiturer à la mode vénitienne tel le Sultan, inquiètent les plus extrémistes en matière de religion... Les meurtres qui vont être perpétrés par l'assassin, dont nous ne découvrirons l'identité qu'à la fin d'un long périple à travers Istanbul jusqu'à la grande bibliothèque du Sultan, trouvent leur mobile dans cette opposition entre Orient et Occident. Perdurant aujourd'hui, cette réflexion sur l'origine du mal est passionnante et pertinente. Un roman enrichissant, érudit, unique, drôle lorsque les dessins de chiens, de chevaux, d'argent, de mendiants prennent la parole, dont la construction parfaitement pensée augmente le sentiment de peur et de malaise. Un dépaysement total, un grand voyage au plus près des miniatures et des vies de chaque protagoniste examinées à la loupe. Quatrième de couverture Istanbul, en cet hiver 1591, est sous la neige. Mais un cadavre, le crâne fracassé, nous parle depuis le puits où il a été jeté. Il connaît son assassin, de même que les raisons du meurtre dont il a été victime : un complot contre l'Empire ottoman, sa culture, ses traditions et sa peinture. Car les miniaturistes de l'atelier du Sultan, dont il faisait partie, sont chargés d'illustrer un livre à la manière italienne... Mon nom est Rouge, roman polyphonique et foisonnant, nous plonge dans l'univers fascinant de l'Empire ottoman de la fin du XVI ème siècle, et nous tient en haleine jusqu'à la dernière page par un extraordinaire suspense. Une subtile réflexion sur la confrontation entre Occident et Orient sous-tend cette trame policière, elle-même doublée d'une intrigue amoureuse, dans un récit parfaitement maîtrisé. Un roman d'une force et d'une qualité rares. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Là où chantent les écrevisses

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Là où chantent les écrevisses Delia Owens Seuil 2 janvier 2020 480 pages traduites par Marc Amfreville Historique Chronique 4 août 2020 Beau, très beau.... Magnifique traduction. « Va aussi loin que tu peux. Tout là-bas, où on entend le chant des écrevisses. » « Ça veut dire aussi loin que tu peux dans la nature, là où les animaux sont encore sauvages, où ils se comportent comme de vrais animaux... » « Poème de Amanda Hamilton : Mouette blessée à Brandon Beach Tu dansais dans le ciel, âmes aux ailes d'argent, Et tu éveillais l'aube de tes cris perçants. Tu suivais les bateaux, affrontais l'océan. Avant de capturer et de m'offrir le vent. Tu te brisas une aile, elle traînait à terre Griffant le sable blanc aux rives de la mer. Quand les plumes se brisent, on ne peut plus voler, Mais l'instant de la mort n'est pas encore fixé. Quand tu as disparu, je ne saurais dire où, La marque de ton aile est resté parmi nous Un cœur brisé hélas ne saura plus voler Mais l'instant de la mort n'est pas encore fixé. » Premier roman de Delia Owens qui connaît un succès phénoménal à près de soixante-dix ans...!!! C'est déjà suffisamment remarquable pour vous intriguer.Et lorsque l'on découvre sa biographie, on ne peut être que soufflé par cette trajectoire hors norme d'une femme qui va au bout de ses passions, amoureuse de la vie, de la nature, engagée dans la lutte pour la protection de notre planète et diablement douée dans maints domaines. Ce n'est pas le premier ouvrage de cette biologiste voyageuse, ni son premier succès éditorial, mais c'est sa première fiction. Chapeau bas ! En lisant les premières lignes, après avoir admirer la couverture, je pensais déjà avoir entre les mains un très beau roman naturaliste, ode à notre Terre et plus particulièrement à la région des marais de Caroline du Nord avec sa faune et sa flore foisonnantes et bruissantes de mille vies. Je pensais aussi que ce serait un magnifique récit d'amour, dramatique, poétique qui me ferait frissonner, rêver... Jerepensais"Ànosannéessauvages"deKarenJoyFawlerouauxtitresdePeterHeller,similairesen beautétantdans la forme que par le message universel et humaniste véhiculé. Cela aurait été parfaitement incomplet, si je n'avais gardé en tête le prologue, décrivant la découverte par deux gamins d'un cadavre au pied d'une tour de guet en 1969. Et là nous basculons dans un thriller policier et au final judiciaire comme peut les réussir un John Grisham. Tout est authentiquement beau dans ce roman, tout est d'une grande délicatesse et finesse d'analyse, d'une grande maîtrise, poésie, tout nous emporte jusqu'aux confins du monde où les sentiments sont d'autant plus forts et bouleversants qu'ils ne sont pas exprimés. Un livre également sur l'exclusion sociale de celle qui est différente, victime de la rumeur, en un temps où les noirs n'avaient aucun droit, où les femmes ne pouvaient entrer dans les bars, où tout n'était que carcan, apparence, bienséance hypocrite.Enfin c'est l'histoire d'une petite fille prise dans un étau, qui n'a rien fait de mal, qui sera abandonnée, maltraitée, supportant faim et solitude au coeur des marais où la nature en son entier, les oiseaux en particulier, vont devenir ses seuls compagnons, derniers barrages avant la folie. N'oublions pas Tate, compagnon de jeunesse et premier amour, et le couple afro-américain formé par le vieux Jumping et sa femme Mabel, parents de substitution.De magnifiques descriptions de paysages, des beautés de cette région vous attendent, ainsi qu'un réel suspense policier. Jusqu'à la dernière ligne vous douterez de vos déductions. La solution vous sera révélée d'une manière originale... L'eau, le ciel, le vent, les oiseaux et même un chat seront des acteurs essentiels à ce récit, insufflant de la force à notre héroïne afin d'affronter les tourments de sa jeune vie...Le parcours initiatique vers la liberté et la confiance de la Fille des marais, de Kya, deviendra le vôtre.Je n'ai pas de mots assez forts pour vous transmettre mon admiration et ma gratitude envers cette écrivaine qui a su ainsi embellir quelques heures de ma vie, sans oublier son traducteur Marc Amfreville. Ce roman a été adapté en film. Quatrième de couverture Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n'est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent. A l'âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l'abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie. Lorsque l'irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Le rapport Gabriel

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le rapport Gabriel Jean d'Ormesson Gallimard 1999 426 pages Roman Essai Chronique 23 août 2018 J'avoue que j'avais un peu du mal pour arriver à la fin, mais cette fin est épatante ! Je ne m'y attendais pas du tout. Dieu est hors de lui, furieux contre l'humanité qui ne croit plus en lui, qui ne tourne plus rond.« Le visage fermé, le regard sombre, les mains derrière le dos, il faisait les cent pas dans son éternité. »Le ton est donné, la beauté de l'écriture, l'humour, une douce dinguerie encore et toujours, de l'érudition, l'œil qui frise, l'auto dérision et surtout voici 19 ans déjà l'anticipation de la mort, de sa mort. On passe des larmes de rire de douce moquerie ou de réelle vacherie, à celles de tristesse et du chagrin du deuil ; Marie, l'amante perdue, passe telle une ombre bien-aimée tout au long du récit. Donc reprenons : Dieu peste et décide d'abandonner les humains à leur sort, ni plus ni moins ! Il leur a tout donné, et lui gâchaient sa vie. Que deviendraient-ils si plus rien ne marchait normalement dans l'univers ? Dysfonctionnement total, grève générale, la terre ne tournerait plus, le soleil s'éteindrait, etc..... etc.... Avait-il bien fait de les créer, ces enfants ingrats ? Il fait appeler l'ange Gabriel, le professionnel des messages sur terre, qui doit donc y redescendre pour établir les faits et surtout un rapport afin que Dieu tranche la question. Chez qui atterit-il ? Je vous le donne en mille : chez un Jean d'Ormesson en triste état, déprimé ! Est-ce un bon choix ? À eux deux, ils vont essayer de convaincre l'Éternel que l'humanité vaut le coup d'être sauvée. Pour ce faire, notre académicien va donc raconter sa vie et des moments clefs de l'Histoire universelle. « Les hommes étaient capables, dans leur orgueil, de mettre fin à la planète où ils s'étaient développés, au choix, selon vos repères et selon vos modes de calcul, depuis quarante mille ans, ou depuis deux cent mille, depuis trois millions ou quatre milliards ou cinq milliards ou quinze milliards d'années. Ils étaient capables de se changer eux-mêmes en autre chose, en monstres, en robots, en créatures de rêve ou de cauchemar, en amas de cadavres ou en génies à la chaîne. Ils étaient capables de tout. Et de défier à eux seuls l'Éternel et ses lois. - Eh bien, dit Gabriel, nous y voilà. » C'est bien là le noeud du problème. Ainsi en apprend-on beaucoup sur une certaine France, sur la politique, la presse, le monde de l'édition, sur l'organigramme précis des anges, archanges et autres habitants du ciel, sur l'auteur qui doute toujours ! Comme d'habitude je souris après avoir écouté Jean d'Ormesson avec le regret de son absence. Mais son éternité est toute dans ses livres. Quatrième de couverture Ce n'était pas la première fois que les hommes mettaient Dieu hors de lui. Le visage fermé, le regard sombre, les mains derrière le dos, il faisait les cent pas dans son éternité. Il se disait que sa vie serait meilleure sans les hommes. Il leur avait tout donné. Et d'abord l'existence. Il finissait par se demander s'il avait bien fait de les tirer du néant. La tentation lui venait de les abandonner à eux-mêmes. On verrait bien ce qu'ils deviendraient s'il se refusait tout à coup à soutenir l'univers, si la Terre cessait de tourner, si le Soleil ne les chauffait plus et ne les éclairait plus, si les lois de la physique s'effondraient brutalement, si le temps s'arrêtait. Il fit appeler l'ange Gabriel, qui lui avait déjà, à plusieurs reprises, servi de messager auprès des hommes. Gabriel, une nouvelle fois, descendit sur la Terre. Il s'installa chez moi. Et, pour essayer de fléchir l'Éternel, je rédigeai avec lui le rapport qui porte son nom. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Et moi, je vis toujours

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Et moi, je vis toujours Jean d'Ormesson Gallimard 2018 280 pages Roman Essai Chronique 27 février 2018 Tellement étourdie par cette longue transe fabuleuse, cette longue conversation entre nous humains et l'Histoire Universelle, des cavernes à nos jours, un long message d'amour de toute éternité laissé par un immortel, capable de jongler avec mille entrées tel dans le dictionnaire, connaissances, sentiments et interprétations, sans nous mettre dans la situation de l'ignare. Cette faculté d'être à 360 degrés et pourtant de réussir à nous raconter cette fresque millénaire, suivant une construction précise, claire, logique, est incroyable. Le souci du détail tout en synthétisant le propos.Quel texte foisonnant, empli d'accumulations, de strates, de virgules, à lire pour l'extrême beauté de la langue à haute voix ; être certain de ne rien passer, ignorer, se nourrir intellectuellement mais surtout émotionnellement. Quelle joie pure! Le flambeau est passé je pense à d'autres génies et j'y crois, mais quel chance d'avoir"connu" cet Homme ! Je pleurais pendant des jours sa mort et en fut la première surprise, cette fin qui j'espère fut douce et libératoire, certain d'avoir accompli sa mission. Il est rare de voir réuni dans 280 pages seulement, de telles vérités, de telles connaissances, de telles interprétations éclairées quant à la trajectoire de notre humanité, quant à son avenir. En ces temps obscures et incertains, jean d'Ormesson réussit à donner de l'espoir. Le destin est en marche selon ce personnage de l'Histoire Universelle notre interlocutrice, et la possibilité pour nous de changer peut-être notre futur, illusoire. Ce qui sera doit être ! Il y a une logique dans l'articulation des évènements qui effectivement saute aux yeux peu à peu. Demain la suite ..... Je mets donc mes pensées en ordre... Après quelques heures de repos, ce matin, je reprends mon texte par cet extrait du Juif errant, un des avatars de l'Histoire parmi bien des hommes et femmes de substitution pour approcher les grands de ce monde : " Est-il rien sur la Terre Qui soit plus surprenant Que la grande misère Du pauvre Juif errant ? Que son sort malheureux Paraît triste et fâcheux ! Juste ciel ! Que ma ronde Est pénible pour moi ! Je fais le tour du monde Pour la cinquième fois. Chacun meurt à son tour Et moi, je vis toujours. " « Et moi je vis toujours . » Toujours ?.... Y a-t-il une fin de l'histoire ? Chacun d'entre nous naît, vit, meurt .... Naître, pour vous, c'est déjà mourir ; mourir c'est avoir vécu. Moi, je ne meurs pas. Je continue. Je suis hier, aujourd'hui, demain.« Un de vos grands hommes, vers le milieu du XXeme siècle, Vladimir Jankélévitch, écrit des mots Inoubliables : « Si la vie est éphémère, le fait d'avoir vécu une vie éphémère est un fait éternel. »» L'Histoire a pour nom puissance, savoir, beauté. Sur les cinq ou six événements les plus marquants qu'elle a traversés ou prévus, il y eut l'invention de l'écriture à Ur, il y a environ 5000 ans. Il a eu Alexandre le Grand qui apporta l'hellénisme jusqu'aux bords de l'Indus, puis la chute de l'Empire romain. Il y a eu l'imprimerie et la découverte du nouveau Monde. Et la Révolution française. Puis l'avènement de la Science et de la médecine moderne. Il y eut des personnages de légendes, des rois, des conquérants, des prophètes, des illuminés, des chercheurs de vérité tel Copernic, Darwin, Galilée, des écrivains, artistes, des scientifiques, des médecins, des guerres fameuses et terribles, la peste, il y eut Napoléon, et la fin des deux cents ans de l'omnipotence française, il y eut enfin et depuis un nouveau personnage réclamant à hauts cris la justice et l'égalité comme promis par la bourgeoisie en 1789. Ce nouvel arrivant est le Peuple. Peuple qui s'époumone toujours aujourd'hui, depuis près de 250 ans. « Ainsi l'Histoire Universelle après avoir fréquenté des prophètes, des conquérants, des empereurs, dont elle a fait la grandeur, ou qui ont fait la sienne, se trouve face aux fils de la convention nationale, le Peuple.»Lequel ? Celui qui depuis le XIXeme siècle met tout en œuvre pour reprendre aux bourgeois le pouvoir promis par la Révolution. L' Histoire Universelle devient alors Déchirure ! Oui le nom de cette Histoire est puissance, savoir, beauté mais aussi Amour. « Aimez, aimez, disait M. de la Fontaine, tout le reste n'est rien. » « Rien n'occupe plus l'Histoire Universelle que l'amour, si ce n'est que la mort.Tout tourne et s'agite et invente et se transforme. Ce qui change le moins dans un monde qui ne cesse de changer, c'est l'amour et la mort. Éros et Thanatos. Comme une brève d'éternité. » Et après un texte écrit presque dans l'urgence , exaltant et essoufflant, Jean d'Ormesson ou l'Histoire ajoutent :« Moi non plus, nous le savons, vous le savez tous, je ne suis pas éternelle puisque je suis le temps et que le temps s'écoule. J'ai passé. Je passe. Je passerai. Mais que je sois passée sous les espèces de l'histoire sur et devant ce monde éphémère où vous avez vécu est une vérité et une beauté pour toujours et la mort elle-même ne peut rien contre moi. » Une dernière pirouette et clin d'œil, l'Histoire Universelle ajoute :« Quelle idée de vouloir retracer tant d'espérances et d'échecs, tant de belles aubes et de tristes soirs ! Enfin ce qui est fait est fait. Il est trop tard pour corriger ce qui devrait être corrigé. Ne me jugez pas trop sévèrement. Je vaux mieux que ces souvenirs lacunaires et aléatoires qui, non contents de s'emparer de ma voix, ne constituent, en dépit de leur ambition, qu'un livre de plus parmi, les autres. » Un simple livre vraiment ? Bravissimo Maestro ! Quatrième de couverture Il n’y a qu’un seul roman – et nous en sommes à la fois les auteurs et les personnages : l’Histoire. Tout le reste est imitation, copie, fragments épars, balbutiements. C’est l’Histoire que revisite ce roman-monde où, tantôt homme, tantôt femme, le narrateur vole d’époque en époque et ressuscite sous nos yeux l’aventure des hommes et leurs grandes découvertes. Vivant de cueillette et de chasse dans une nature encore vierge, il parvient, après des millénaires de marche, sur les bords du Nil où se développent l’agriculture et l’écriture. Tour à tour africain, sumérien, troyen, ami d’Achille et d’Ulysse, citoyen romain, juif errant, il salue l’invention de l’imprimerie, la découverte du Nouveau Monde, la Révolution de 1789, les progrès de la science. Marin, servante dans une taverne sur la montagne Sainte-Geneviève, valet d’un grand peintre ou d’un astronome, maîtresse d’un empereur, il est chez lui à Jérusalem, à Byzance, à Venise, à New York. Cette vaste entreprise d’exploration et d’admiration finit par dessiner en creux, avec ironie et gaieté, une sorte d’autobiographie intellectuelle de l’auteur. (Quatrième de couverture de l'édition Gallimard 2018) Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Les Immortelles

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les Immortelles Makenzy Orcel Zulma 2012 134 pages Roman Chronique 31 décembre 2018 Prix Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres. Magnifique mise en page pour un long poème en prose, charnel, unique, furieusement engagé à rendre hommage aux Immortelles de la Grand-Rue à Port-au-Prince, avant et après le terrible tremblement de terre de janvier 2010. « La petite. Elle n'est pas morte. Elle n'a pas le droit de mourir. Je sens encore son odeur dans tout ce qui bouge. C'est l'odeur de catastrophe, l'odeur des cadavres qui monte de la rue, de tout ce qui bouge. Tous les monstres en béton sont tombés. Tous les bordels. La Grand-Rue n'est plus ce qu'elle était. Mais nous, on ne mourra jamais. Nous, les putains de la Grand-Rue. Nous sommes immortelles. » Et le meilleur moyen de faire en sorte que jamais elles ne meurent ou soient oubliées est celui choisi par la narratrice rescapée de cette catastrophe, racontant à un écrivain l'arrivée de la petite à sa porte, se nommant Shakira, passionnée de littérature, et souhaitant se prostituer pour gagner à ses yeux une forme de liberté, mais aussi une revanche sur sa mère qu'elle hait. Il est beaucoup question de maternité, du chiffre douze qui revient régulièrement, de prescience du malheur, de l'écroulement des illusions comme des murs de la cité, nous sommes en pleine tragédie...Hypnotique lorsqu'il est lu à haute voix, tel un chant sans âge, ce texte authentique dans sa démarche, lyrique dans sa forme, sans pruderie inutile ou faux semblant devient essentiel et universel.. « Aux lendemains du tremblement de terre qui a secoué Port-au-Prince avec la même force destructrice que la bombe d'Hiroshima, Makenzy Orcel a écrit Les Immortelles pour dire la folie de vivre malgré l'épouvante autant que pour livrer le plus insolent témoignage face à l'apocalypse. »Ce livre est son premier roman. J'ai beaucoup pensé à ces photos de fouilles archéologiques dans des villes détruites par des catastrophes naturelles, ou retrouvées après des millénaires... des clichés présentant les squelettes dans des lieux anciennement cachés comme les lupanars ou les lieux d'aisance ou les bains publics. L'intimité la plus secrète voire honteuse mise à jour soudainement sans pudeur. Et cela est terriblement beau, pour certains transgressif. Lorsqu'en plus, on apprend les circonstances de l'agonie lente et insupportable de Shakira, et les raisons pour lesquelles elle n'était pas au turbin dehors, mais dans un des bâtiments qui sera son cercueil, notre coeur éclate. La symbolique est puissante ! Un roman poétique court, cruel, bouleversant. Pour que la mémoire reste intacte. Quatrième de couverture Les Immortelles, ce sont les prostituées de Port-au-Prince. L’une d’elles prend à parti l’inconnu monté la voir au bordel. Apprenant qu’il est écrivain, elle lui propose un marché : contre son corps, écrire l’histoire des putains défuntes, emportées par le séisme sous les décombres de béton. D’une surtout : la petite, la fugueuse Shakira venue sous son aile un jour dans la haine de sa bigote de mère. De la belle et orgueilleuse Shakira toute pénétrée d’une passion dévorante pour Jacques Stephen Alexis, l’immense écrivain qui fait battre le cœur d’Haïti. Shakira la révoltée devenue la plus convoitée des putains de la Grand-Rue. Avec ce roman de feu, qui marie le Ciel et l’Enfer, la transgression par le sexe et la mort atteint à la plus authentique humanité, la plus bouleversante, celle qu’aucune morale ne contrefait. Avec une liberté absolue de ton, Makenzy Orcel prête voix à tout un monde. « La petite. Elle le disait souvent. Les personnages dans les livres ne meurent jamais. Sont les maîtres du temps. » Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Au premier chant du merle

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Au premier chant du merle Linda Olsson L'Archipel 10 février 2016 300 pages traduites par Claire et Desserrey Roman Chronique 24 décembre 2020 Ce roman tout en délicatesse n'est ni épique, ni lyrique, ni symphonique. Ce roman est un trio, de la musique de chambre intimiste, à fleur de peau, tout en subtiles nuances comme une esquisse à l'encre de chine résultant d'un geste parfait : le dessin d'un merle couché sur de la neige qui peu à peu commence à palpiter, à revivre, à se colorer lentement par petites touches. Un roman autour de plusieurs thèmes émotionnellement chargés, qui par la grâce de l'auteure devient un poème, ou plutôt un chant sur un texte inspiré de Rilke, oscillant entre Rachmaninov, Tchaïkovski ou Mendelssohn pour la ligne musicale. Chaque soliste joue sa partition en parfaite osmose avec les deux autres. Un regard, un souffle, une simple palpitation dans l'air et la création à trois d'une oeuvre unique, intemporelle, peut avoir lieu. Cependant, un seul élément perturbateur peut briser cet équilibre parfait. Une dame en vert apparaissant dans l'inconscient d'une âme en peine, un nouveau venu jaloux de l'osmose du trio. Un roman donc sur la solitude, celle que l'on recherche, celle que l'on subit même en couple ou dans un groupe ; un roman sur le premier pas à franchir pour briser cette solitude et le courage qu'il faut déployer pour plonger dans l'inconnu, pour retisser des liens avec les autres ; un roman sur l'amour et l'amitié... Un roman sur la désespérance ou l'espoir nés de cet amour ou de cette amitié. Un roman également sur la création d'une oeuvre artistique, ses origines en celui qui ressentira la nécessité de la faire naître.... Un roman sur les mots face aux images, sur la littérature face aux dessins, aux illustrations... D'abord opposés puis complémentaires.... Et enfin un secret, celui de la femme mystérieuse, Elisabeth, retranchée du monde dans son appartement, dont la présence silencieuse résonnera dans l'imaginaire de son jeune voisin Elias, l'illustrateur, et bientôt dans le cœur de Otto, le libraire à la retraite, le dernier soliste du trio. Oser le bonheur, oser se mettre au diapason des autres, oser dire..... Oser raconter.... Se libérer et chanter tel le merle aux premiers beaux jours... Mais attention le bonheur n'est pas éternel, il est fragment, moment.... Très beau roman impressionniste, sensible, profond, faisant écho à nos propres interrogations.... un roman également comme une mise en garde.... Quatrième de couverture Déception sentimentale ? Lassitude de vivre ? Élisabeth Blom s’est retirée du monde. Sitôt installée dans sa résidence de Stockholm, elle a débranché la sonnette et fermé sa porte à double tour. Porte à laquelle Elias, son voisin, se décide un jour à frapper, pour lui remettre son courrier. Car lui aussi s’appelle Blom... Cet incident sortira-t-il Élisabeth de sa pénombre ? Ou faudra-t-il attendre un drame – et l’intervention inattendue d’Otto, libraire à la retraite – pour faire entrer la lumière dans son appartement ? Au seuil de l’été nordique, le chant du merle annonce les beaux jours. C’est le thème, vibrant, de la partition nouée par Linda Olsson pour ces trois solitudes. Éloge du premier pas, ce récit d’une rééducation sentimentale est aussi une invitation au voyage nommé lecture. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Le Portrait de mariage

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le Portrait de mariage Maggie O'Farrell Belfond 24 août 2023 416 pages traduites par Sarah Tardy Historique Chronique 22 novembre 2023 Note historique En 1560, âgée de 15 ans, Lucrèce de Médicis quitta Florence pour entamer sa vie maritale auprès d'Alfonso Il d'Este, duc de Ferrare. Moins d'un an plus tard, elle serait morte.Une « fièvre putride » fut officiellement désignée comme cause de sa mort, mais la rumeur courut qu'elle avait été assassinée par son époux. « Peinte sur le mur, voilà ma dernière duchesse, Ne la croirait-on pas vivante ? » Robert Browning, « Ma dernière duchesse » « Les dames [...] sans cesse contraintes de refermer en elles-mêmes leurs volontés et leurs désirs, esclaves des pères, des mères, dès frères, des maris, qui la plupart du temps les retiennent prisonnières dans l'étroite enceinte de leur chambre, où elles demeurent oisives, sont livrées aux caprices de leur imagination, qui travaille ; mille pensées diverses les assiègent à la même heure... » Boccace, Le Décaméron Chronique d'un assassinat annoncé ou délires d'une très jeune femme paranoïaque à la trop vive imagination ?Thriller historique étouffant et terrifiant, drame psychologique domestique touchant une duchesse en devenir condamnée à n'être qu'une pouliche reproductrice à l'instar de sa mère, la duchesse de Florence.La moindre ombre, le plus petit craquement, l'infime détail anormal vous feront sursauter, frissonner, trembler pour l'héroïne malgré elle de ce complot ourdi par un homme omnipotent, son époux de fraîche date, pervers, narcissique, obsédé par sa future progéniture. Lucrèce est celle qui remplace sa sœur aînée, Maria, promise au futur duc de Ferrare, morte soudain peu avant les épousailles, la mettant de facto sur la ligne de départ vers l'enfer.Une gamine vendue par ses parents, objet que l'on troque afin de nouer des alliances politiques. L'obéissance, l'humilité sont attendues de Lucrèce.Peine perdue : elle porte en elle la liberté sauvage d'une tigresse même enfermée dans une forteresse lugubre, même épiée nuit et jour par des gardes et espionnes à la solde du duc ou des sœurs de ce dernier. L'enjeu est d'importance : Alfonso de Ferrare est dans une posture inconfortable, sa mère refusant de renier sa foi protestante, son pouvoir est sapé face à un pape exigeant l'obéissance des fidèles, mêmes des plus célèbres. Un héritier renforcerait et installerait à jamais son pouvoir.Se marier avec une des filles de Éléonore de Médicis, la très féconde, serait un gage de réussite. En effet, Alfonso n'a jamais eu d'enfant jusque là, pas un seul bâtard.... Son inquiétude se transforme en rage, en fureur... Remettre en question sa propre fertilité n'est pas envisageable, forcément la faute repose sur les femmes, sur sa trop jeune et inexpérimentée épouse, une gamine pourtant d'une grande maturité et endurance habituée depuis son enfance à la solitude et à l'ostracisme.Mais cela sera-t-il suffisant pour lui sauver la vie ?Bientôt, Alfonso commande un portrait de mariage de Lucrèce ; avec l'arrivée du peintre et de ses assistants entre un filet d'air de liberté.... J'admire profondément cette autrice qui réussit brillamment à recréer un décor, une ambiance, à nous plonger dans une atmosphère terrifiante et anxiogène. Malgré le soleil et la chaleur qui quelques fois plombent l'Italie, le tableau dépeint est crépusculaire, les ténèbres omniprésentes, la peur étouffante.Un récit situé à la Renaissance pourtant d'une actualité sidérante ; malheureusement les violences faites aux femmes sont toujours assénées selon un mode opératoire reconnaissable. Les notes finales sont essentielles apportant un éclairage encore plus lugubre sur le sort qui attendit les femmes de la maison Médicis. Le plus insupportable étant la complicité et la participation de certaines d'entre elles à la destruction de leurs consœurs, de leurs filles.... Je vous recommande enfin la lecture dePerspective (s) de Laurent Binet, polar historique fabuleux se consacrant à la période précédant le mariage de Lucrèce et Alfonso, celle où Maria, encore en vie, était la promise du duc de Ferrare. Quatrième de couverture Après Hamnet, Maggie O'Farrell nous entraîne dans la Renaissance italienne pour redonner vie à une femme libre, rebelle, incomprise. Portée par une écriture d'une beauté inouïe, une œuvre lumineuse et poignante. C'est un grand jour à Ferrare. On y célèbre les noces du duc Alfonso et de Lucrèce de Médicis. La fête est extravagante et la foule n'a d'yeux que pour le couple. La mariée a quinze ans. Rien ne l'avait préparée à ce rôle. Elle n'était que la troisième fille du grand duc de Toscane, la discrète, la sensible, celle dont ses parents ne savaient que faire. Mais le décès soudain de sœur aînée a changé son histoire. La fête est finie, Lucrèce est seule dans un palais immense et froid. Seule face aux intrigues de la cour. Seule face à cet homme aussi charismatique que terrifiant qu'est son mari. Et tandis que Lucrèce pose pour le portrait de mariage qui figera son image pour l'éternité, elle voit se dessiner ce que l'on attend d'elle : donner vie à un héritier. Son propre destin en dépend... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Ör

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Ör Audur Ava Olafsdottir Zulma 2017 236 pages traduites par Catherine Eyjólfsson Roman Chronique 17 avril 2018 L'islandaise Audur Ava Olafsdottir a été révélée au public avec « Rosa Candida » où déjà son talent à exprimer des choses sensibles et complexes simplement étonnait et ravissait. Elle nous amène lentement mais sûrement vers l'émerveillement et l'espoir. Son credo : le miracle renouvelé au quotidien de la vie, d'être en vie. Son style est simple, direct, sans fioriture, et parle à tous universellement. C'est de la magie, c'est incroyable.Ör signifie « cicatrices ». C'est un nom neutre. Il est identique au singulier et au pluriel. Il est utilisé pour le corps humain, mais aussi un pays, un paysage détruit par de grands travaux ou par exemple une guerre. « Nous sommes tous porteurs d'une cicatrice à la naissance : notre nombril - qui constitue pour certains le centre de l'univers. Au fil des années s'y ajoutent d'autres cicatrices. » Notre héros, Jonas Ebeneser, lui en a sept, chiffre assez normal. Il faut sept ans à un corps pour renouveler ses cellules, un hasard. Les cicatrices, si nous les regardons en face, si nous les affrontons et ne les cachons pas, disent que nous avons réussi à survivre, que nous sommes des résilients. Encore plus si nous arrêtons de regarder notre nombril. Mais en début de ce parcours, qui sera initiatique et non suicidaire, comme le souhaiterait Jonas, celui-ci va mal, très mal. Divorcé depuis 6 mois, sa fille Gudrun Nymphea n'est en fait pas sa fille. Joli cadeau de séparation de son ex Gudrun n°2 que cet aveu ! Sa mère Gudrun n° 1 perd la tête et ne le reconnaît pas.Il se fait tatouer, en réaction épidermique, un grand nymphéa de son nombril à son cœur, histoire de porter sa fille toujours sur lui, puis prend la décision d'en finir ; il imagine comment faire et évidemment il lui apparaît impossible d'imposer la vue de son cadavre à sa fille. Il n'espère plus grand chose des 3 Gudrun mais tout de même. Donc il choisit de partir, pas dans un lieu idyllique, non, mais dans un pays ravagé par une guerre, ou le cessez le feu est récent. Un mort de plus ne devrait pas déranger dans un tel endroit.Il part avec une caisse à outils et une perceuse en bandoulière. Cette perceuse destinée normalement à faire le trou où visser le crochet pour se pendre, va en réalité être une clef, un sésame vers ..... C'est un joli roman, fable ou conte, extrêmement poétique, juste, sensible, drôle, original, d'un anti héros, en quête de lui- même et de compréhension de son rôle sur terre. A méditer au moment de la lecture à haute voix, puis plus tard par vagues. Quatrième de couverture « Je n'ai pas touché la chair nue d'une femme — pas délibérément en tout cas —, je n'en ai pas tenu une seule entre mes bras depuis huit ans et cinq mois, c'est-à-dire depuis que Guðrún et moi avons cessé de coucher ensemble, et il n'y a aucune femme dans ma vie, en dehors de ma mère, mon ex-femme et ma fille — les trois Guðrún. Ce ne sont pourtant pas les corps qui manquent dans ce monde et ils ont assurément le pouvoir de m'émouvoir de temps à autre en me rappelant que je suis un homme. » Sans plus de réconfort à attendre des trois Guðrún de sa vie — et inspiré par sa propre mère, ancienne prof de maths à l'esprit égaré, collectionneuse des données chiffrées de toutes les guerres du monde —, Jónas Ebeneser se met en route pour un voyage sans retour à destination d'un pays ravagé, avec sa caisse à outils pour tout bagage et sa perceuse en bandoulière. Ör est le roman poétique et profond, drôle, délicat, d'un homme qui s'en va, en quête de réparation. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Hamnet

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Hamnet Maggie O'Farrell Belfond avril 2021 368 pages traduites par Sarah Tardy Historique Chronique 1 août 2021 « Dans les années 1580, un couple qui habitait Henley Street, dans la ville de Stratford, eut trois enfants : Susanna, Hamnet et Judith, des jumeaux. Le garçon, Hamnet, mourut en 1596, à l'âge de onze ans. Quatre ans plus tard environ, son père écrivit une pièce de théâtre intitulée Hamlet. » « Il est mort et parti, madame, Il est mort et parti ; A sa tête une étendue de gazon vert ; A ses talons une pierre. » Hamlet, acte IV, scène 5 « Hamnet et Hamlet sont en fait le même prénom, parfaitement interchangeables dans les registres de Stratford de la fin du XVIII ème siècle. » Steven Greenblatt, « The Death of Hamnet and the Making of Hamlet », New York Review of Books ( 21 octobre 2004 ). ( Je vous indique la biographie « Will le Magnifique » de cet auteur). Splendeur et stupéfaction dès la dernière page tournée. Je reste statufiée. L'émerveillement est allé crescendo jusqu'à cette scène de clôture inoubliable, bouleversante.L'écriture, superbe, au service d'un thème universel : la perte d'un enfant, d'un frère, en bref : le deuil. Comment le vivre, le traverser, le dépasser. Nous voici dans l'Angleterre élisabethaine, entre Stratford et Londres. Un enfant court partout, cherche de l'aide, sa sœur jumelle est très malade. Son père acteur et auteur de pièces de théâtre est absent depuis longtemps, sa mère la belle et mystérieuse Agnes, est à l'extérieur, la bonne, les grands parents, la grande sœur Susanna sont introuvables. Vite, chercher du secours, se rendre hors d'haleine chez le docteur. Pendant que le monde d'Hamnet s'effondre, que l'impensable arrive à sa sœur adorée Judith, la vie continue pour tous jusqu'à ce que les différents univers s'alignent et que tous soient ensemble face à l'indicible : la pestilence venue de loin par bateau cachée dans des perles de Murano. Il n'y a pas de qualificatif pour nommer des parents qui perdent un enfant, il n'y en a pas non plus pour un garçon qui perd sa sœur jumelle. Comme si certains états de dénuement extrême, de peine sans fond étaient hors limite, imprononçables. L'auteure s'attache à nous raconter comment cette famille s'est formée, sa genèse, en commençant par les parents : donc flashbacks sur l'enfance du père, William, celle de son épouse Agnes, intrigante, savante dans l'art de soigner, capable de sonder les âmes et de pressentir l'avenir... Couple improbable qui pourtant reste solide malgré la distance, malgré les chagrins, malgré ce deuil inacceptable. Agnes ne voit rien venir cette fois, elle sait que deux enfants seront à son chevet le jour de sa mort, elle le sait, elle a eu une vision. Elle a mis au monde Susanna et ensuite les jumeaux. Quand elle comprend que Judith est victime de la peste, elle déploie tous ses talents de guérisseuse, elle attend l'arrivée de Will, elle se focalise sur sa fille.... Elle ne sait pas que les jumeaux ont passé un pacte : Hamnet donne sa vie à Dieu en échange de celle de sa sœur bien-aimée. La mort l'emporte, la petite est sauvée. De retour, Will en entrant dans sa maison découvre sa Judith saine et sauve, il se rassure pour un bref moment mais soudain il voit le linceul à demi fermé d'Hamnet... Agnes s'écroule, William déboussolé repart pour Londres afin de sauver sa troupe à l'approche de la rentrée théâtrale, Susanna prend la tête de la famille, Judith s'enfonce dans un monde imaginaire entourée de chats....La description détaillée de cette lente descente aux enfers de Agnes et de cette famille ne nous laisse aucune plage de repos. On ne comprend pas l'absence, la fuite ? de William. On suit ce clan Shakespeare pendant quatre ans au quotidien, dans cette ville de province au temps d'Élisabeth 1ère, on assiste au retours brefs de Will toujours amoureux, si prolixe dès qu'il s'agit d'écrire, si impuissant à s'exprimer dès qu'il est face à son épouse. Chacun est piégé dans la toile du chagrin, de la perte. Peu à peu le portrait de William Shakespeare intime se dessine, son enfance maltraitée, la violence et la malhonnêteté paternelle, la ruine et la déchéance sociale qui s'ensuit, la préférence maternelle envers son frère, le jugement définitif de tous quant à sa nullité, sa fainéantise, un moins que rien de l'avis général... sauf aux yeux de la belle et troublante Agnes. Une histoire d'amour rare, stupéfiante.... Cependant un jour, Joan la perfide belle mère de Agnes lui apporte un objet qui pourrait détruire à jamais leur couple.... Alors Agnes n'a plus le choix..... La fin de ce récit est d'une beauté à couper le souffle comme tout ce roman historique et psychologique superbe, d'une délicatesse extrême, où l'Art sublime l'horreur, où l'Amour repousse les ténèbres, rendant les amants éternels.Une histoire universelle en des temps de violence, de cruauté, de superstition, d'intolérance, d'épidémie où cependant la lumière, la beauté, l'espoir surgissent brusquement au travers des nuages. Roman, inspiré par l'œuvre de Shakespeare dont il est un vibrant hommage, somptueux et spectaculaire, dans tous les sens du terme, à l'instar du Hamlet, pièce déclaration d'amour éternel d'un père à son fils. Un des plus beaux livres lus cette année. Quatrième de couverture Le grand retour de Maggie O’Farrel à la fiction ! Inspiré de la courte vie d’Hamnet, le fils oublié de William Shakespeare, ce roman est une bouleversante méditation sur la famille, l’amour et le deuil. - Une autrice incontournable de la scène littéraire internationale - Une presse unanime et dithyrambique : lauréat du Women’s Prize for Fiction - Une histoire poignante portée par une écriture magnifique, avec l’Angleterre élisabéthaine comme toile de fond. Women's prize for fiction 2020. Un jour d'été 1596, dans la campagne anglaise, une petite fille tombe gravement malade. Son frère jumeau, Hamnet, part chercher de l'aide car aucun de leurs parents n'est à la maison... Agnes, leur mère, n'est pourtant pas loin, en train de cueillir des herbes médicinales dans les champs alentour ; leur père est à Londres pour son travail ; tous deux inconscients de cette maladie, de cette ombre qui plane sur leur famille et menace de tout engloutir. Porté par une écriture d'une beauté inouïe, ce nouveau roman de Maggie O'Farrell est la bouleversante histoire d'un frère et d'une sœur unis par un lien indéfectible, celle d'un couple atypique marqué par un deuil impossible. C'est aussi l'histoire d'une maladie « pestilentielle » qui se diffuse sur tout le continent. Mais c'est avant tout une magnifique histoire d'amour et le tendre portrait d'un petit garçon oublié par l'Histoire, qui inspira pourtant à son père, William Shakespeare, sa pièce la plus célèbre. Livre de l'année 2020 Librairies Waterstones. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Les Répétitions et autres nouvelles inédites

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les Répétitions et autres nouvelles inédites Silvina Ocampo Editions des Femmes Antoinette Fouque 13 avril 2023 288 pages traduites par Anne Picard Biographie Nouvelles Chronique 13 avril 2023 Extrait de la biographie de l'autrice sur wikipédia : « Ses parents, Manuel Ocampo et Ramona Aguirre, issus tous les deux de familles aisées de l’élite aristocratique argentine, lui offrent à l’adolescence la possibilité de poursuivre ses études à Paris. Elle accepte l’offre avec joie et entreprend de suivre des cours de dessin et de peinture sous la tutelle de Giorgio De Chirico et de Fernand Léger, artistes déjà réputés. C'est par la découverte de ce nouveau monde artistique qu'elle compose ses premiers essais littéraires. » Et effectivement, j'ai vraiment eu la sensation de voir chaque texte peu à peu s'animer devant moi comme un tableau surréaliste en mouvement, un Salvador Dali par exemple. La poésie et la folie sont inséparables dans ces textes anxiogènes et singuliers, où la mort et la folie guettent les protagonistes. Le Mal plane, le destin semble inéluctable... Vingt-quatre nouvelles fantastiques et deux romans qui inévitablement font référence à Edgar Allan Poe, un des écrivains préférés de Silvina Ocampo, traductrice de son œuvre. La culture argentine est fortement imprégnée, comme dans toute l'Amérique du Sud occupée par l'Amazonie, de chamanisme. Le lien à la nature, à la forêt, à la faune et à la flore revêt une importance capitale dans le quotidien. L'humain est une partie du tout. Le monde du surnaturel frôle en permanence la réalité. Ainsi le mélange de pragmatisme et de fantastique marque évidemment ces nouvelles et romans de Silvina Ocampo. Les textes sont très stylisés, commençant normalement pour soudain vriller et prendre une déviation vers l'étrange, le surnaturel, un monde où irrationnel et magie noire règnent en maître. L'atmosphère est lourde, chaude, délétère et charnelle. Silvina Ocampo semble n'être jamais sortie de l'enfance, et cultiver une forme de mélancolie, de regret de ce qui fut et n'est plus ; elle se raconte des histoires abracadabrantes loin d'être des contes de fées. Il n'y a pas de règle, tout peut arriver même le plus extraordinaire. Et même si les évènements peuvent virer au drame, l'humour est toujours de rigueur. Pour exprimer au mieux mes sensations je dirais que j'ai eu constamment l'impression de passer des frontières entre plusieurs réalités parallèles, de passer à travers des miroirs, des brouillards créés par des drogues douces... Les personnages sont hors norme, quelque soit leur âge. Je suis sortie bousculée de cet ouvrage, secouée dans mes certitudes, me posant la question des limites de mon imaginaire.... Surréaliste ! Quatrième de couverture Un recueil exceptionnel de nouvelles inédites, publiées à titre posthume. Vingt-quatre nouvelles et deux brefs romans composent ce recueil, dont beaucoup de textes sont restés inédits jusqu’alors. Les nouvelles, écrites entre la fin des années 1930 et 1980 offrent un vaste échantillon des différentes tonalités narratives et thématiques de Silvina Ocampo. On y retrouve ses obsessions fécondes, toujours insondables, inquiétantes : le mystère des maisons et des jardins, les cruautés et les artifices de l’enfance, la prédestination d’un nom, les amours fantasmées... Défiant les frontières entre le quotidien et l’exceptionnel, éprise de la magie imperceptible de chaque jour, Silvina Ocampo instille dans le récit une dose de vraisemblance mais elle ne renonce jamais aux situations qui frôlent le fantastique, tout aussi cohérentes et plausibles que le monde dit réel. C’est avec une grande liberté narrative que Silvina Ocampo tisse une matrice poétique aux dialogues singuliers. « A la tombée du jour, nous attendions la nuit avec passion, car la nuit était une chambre, un lit, un commun accord des dieux. Elle était moi. Nos baisers n’en finissaient pas jusqu’à l’aube, quand ils se transformaient en étreintes et en chants d’oiseaux qui ne se réveillaient pas. Ils étaient moi. Nous sortions alors de notre cloître de feuilles et retournions à la vie réelle. Ne devions-nous pas échapper à l’opprobre de la réalité. » S.O. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Inventions du souvenir

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Inventions du souvenir Silvina Ocampo Editions des Femmes Antoinette Fouque 2021 192 pages traduites par Anne Picard Biographie Nouvelles Chronique 18 juin 2021 A l'origine texte paru aux Éditions d’Ernesto Montequin. P112 : « Ce qui manque aux souvenirs d'enfance c'est la continuité ; Les souvenirs sont comme des cartes postales, Sans date, Que l'on change capricieusement de lieu. Quelque chose s'interrompt et s'arrête pour toujours. » Inventions du souvenir est une partition prise, reprise à de multiples moments de 1960 à 1987. Alternant prose narrative et instants de poésie pure suspendus, il est nécessaire de bien lire l'avant-propos afin de comprendre ce que Silvina Ocampo choisit de partager avec nous : texte impressionniste, faussement décousu, libre de toute chronologie, dans lequel elle s'attache à des détails, à rester fixée sur des petites choses, regardant tout à la hauteur d'une fillette puis d'une adolescente. C'est de la dentelle, un voile à travers lequel on regarde le film du passé par la fenêtre du souvenir. Celui-ci est tantôt d'une tendresse bouleversante, d'une fantaisie et d'une drôlerie des plus cocasses préfigurant déjà l'extraordinaire imagination et aptitude à créer de l'artiste que deviendra Silvina ; d'une grande pudeur quant à la mort de sa petite sœur Clara transformée en garçon au nom d'ange protecteur... Une enfant qui, comme sa mère, n'est pas à l'aise avec la richesse de sa famille, avec les disparités sociales, avec l'injustice de la pauvreté. Elle voit l'humanité là où les autres voient des mendiants, des inférieurs. Elle a en effet une enfance dorée, en Argentine dans cette propriété familiale incroyable où quatre maisons sont reliées les unes aux autres par des passages dérobés, comme dans un château ou un navire de conte de fées... Des canaris, des chiens aux noms anglais, un personnel comme une armée, même un long séjour en France à Paris et Biarritz où elle découvre le dessin.... Cependant, en filigrane, avec des mots choisis, méticuleusement, soudain, l'horreur s'invite dans cette enfance alors que l'enseignement religieux se renforce en vue de sa communion... Une serrure, un homme qui la force à regarder, elle ne comprend pas tout de suite ce qu'elle voit, elle ne sait pas ce qui lui arrive, elle est innocente. Tout s'emmêle dans son esprit troublé, la religion, le péché, l'éveil de son corps et ce que ce domestique lui fait subir. Est-elle mauvaise ? Est-elle coupable ? Ce titre Inventions du souvenir évoque évidemment la réinterprétation des souvenirs que nous avons de nos jeunes années mais également exprime une forme de sidération face au crime sexuel subi. Vaut-il mieux que ce soit une invention ? Ou prévient-elle d'avance les réactions de doute de certains lecteurs quant à la véracité des souvenirs ? Quoiqu'il en soit, en redonnant la vue et la parole à la petite fille qu'elle fut, elle offre enfin à ce double du passé jusque là muet l'occasion de dire la vérité, avec poésie, et se faisant, renforce ainsi l'horreur abject du geste criminel. Superbe texte qui luit comme des fragments d'un miroir que recompose lentement Silvina Ocampo... Elle redessine son auto portrait patiemment avec infiniment de tendresse et d'attention pour ne pas effaroucher la petite fille qu'elle fut et est toujours, que celle-ci puisse lui murmurer à l'oreille l'histoire qu'elles ont en commun... L'adulte prend la main de l'enfant, à jamais réunies. Magnifique traduction, soin particulier de mise en page, dans le choix du papier, de la police... Un plaisir des yeux et du toucher. Quatrième de couverture « Mais ses péchés à elle étaient très différents, aussi différents que les personnes sont différentes. Sa mère, pure et joyeuse, son père sombre et sévère, sa cousine dévergondée et audacieuse, sa nourrice saine et dévote. Comment aurait-elle pu, dans cette liste de péchés arbitraires, trouver le sien, personnel et subtil, si opposé aux manières de ses proches. » S.O. Inventions du souvenir, autobiographie de l’enfance de Silvina Ocampo, a été publiée à titre posthume en 2006 en Argentine, grâce au travail du critique et traducteur Ernesto Montequin sur les manuscrits laissés par l’écrivaine. Dans un entretien pour le journal Clarin en 1979, Silvina Ocampo évoquait son attachement aux expériences de l’enfance et livrait l’origine et les clés de lecture d’une œuvre alors déjà bien avancée : « Je suis en train de préparer une histoire que j’appelle prénatale, écrite en presque vers, mais qui n’est pas un poème. Il s’agit d’un livre où prédomine mon instinct. » Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Sous le ciel de Maralinga

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Sous le ciel de Maralinga Judy Nunn Mon Poche 3 novembre 2022 553 pages traduites par Elisabeth Luc Polar Historique Chronique 15 décembre 2022 Version originale éditée sous le titre Maralinga en 2010. Une histoire dans l'Histoire... « Une grande Saga romanesque sous forme d'enquête, dans le paysage grandiose du bush australien. » l'Australie est un continent fascinant, mystérieux, où résonnent encore les voix des aborigènes disparus, massacrés, sacrifiés, déplacés, déchus de leurs droits, spoliés de leur habitat, niés culturellement. Pour ajouter à l'horreur, au crime, dans les années 1960, les Britanniques et les Australiens, se sont alliés afin de développer l'arme nucléaire. Et quoi de mieux que les terres ancestrales des aborigènes pour procéder à des essais alors même que la population autochtone n'a pas été évacuée et qu'aucune mesure de protection réelle n'a été prise pour la sauvegarde de ces peuples et du personnel militaire sur site ? Hallucinant ! Horreur totale ! Le décor est donc planté pour ce drame historique terrifiant doublé d'un thriller policier et politique époustouflant.La Seconde Guerre mondiale est terminée mais ses répliques dans le temps sont infinies, violentes même si souterraines et cachées au grand public. Sous le nom de Guerre froide certains continuent à intriguer, comploter cyniquement sans aucun état d'âme. Leurs victimes sont légion dans le monde entier, des civils innocents qui ne demandaient qu'à vivre en paix, des engagés qui n'avaient pas compris les termes réels de leur mission. Pris pour des cobayes, niés dans leur humanité, discriminés, comptabilisés, transformés en statistiques, ils ne pourraient rester que des ombres si des romans, devenus best-sellers, comme celui-ci n'étaient pas édités, ne criaient pas des vérités honteuses, inacceptables. Un travail de mémoire indispensable sur une catastrophe humaine effroyable provoquée par des puissances irresponsables et criminelles. Quand cela finira -t-il ? N'oublions jamais les essais nucléaires en Polynésie française de 1966 à 1993 et leurs conséquences sur les habitants et leur descendance. « Lors de mes recherches sur Maralinga, j'ai lu des rapports contradictoires, que ce soit dans les livres ou sur Internet. En intégrant les faits dans mon récit fictif, j'ai opté pour un consensus, mais il existe tant de variables que j'en suis arrivée à la conclusion que nul ne connaît l'entière vérité et qu'on ne la connaîtra sans doute jamais. » Que résonnent jusqu'à vous la Chanson des sept étoiles et la voix de Amitu, Kokhata venu du désert du sud des Terres anciennes arrivé à la demande du Serpent arc-en-ciel sur le site sacré en pays Pitjantjatjara. Le temps s'est suspendu, nul bruit, le silence et, soudain, l'aveuglement et la déflagration.... Quatrième de couverture 1956, en Angleterre. Elisabeth Hoffmann est une femme déterminée et indépendante qui se bat pour exercer son métier de journaliste dans un monde d'hommes. Son fiancé, le jeune lieutenant Daniel Gardiner, vient d'accepter un poste d'un an dans le sud de l'Australie, en échange d'une promotion rapide. Maralinga, au coeur du bush, est la terre des Aborigènes depuis 40.000 ans. C'est à présent une base militaire anglaise, construite en un claquement de doigts, pour effectuer des tests nucléaires dans le plus grand secret. Nous sommes en pleine Guerre Froide, c'est la course à l'armement entre les grandes puissances mondiales. Dans ce territoire isolé et violent, infecté par la folie et l'excitation provoquée par les tests sur les armes atomiques, les tensions sont fortes. Petraeus Mitchell, anthropologiste, tente d'alerter l'armée sur le danger qu'encourent les populations locales. Harold Dartleygh, directeur du MI6, et le séduisant Gideon Melbray, son agent sous couverture, ont d'autres préoccupations : préserver le secret des essais nucléaires et masquer les « accidents » qui en découlent. Daniel va décéder dans de mystérieuses circonstances. Elisabeth va traverser la moitié de la Terre pour aller sur les lieux du drame, et essayer de découvrir ce qui se trame là-bas. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • La Fileuse d'argent

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La Fileuse d'argent Naomi Novik Pygmalion 2020 496 pages traduites par Thibaud Eliroff Fantasy Chronique 10 avril 2020 Prix Locus et finaliste aux prix Hugo et Nebula. Titre original « Spinning Silver » en 2018 chez Temeraire LLC. Un livre scintillant comme des étoiles de givre, comme des flocons de neige sous les rayons du soleil... Pour tout ceux qui ont aimé la série télévisée « Once upon a time », surtout les épisodes consacrés à la Reine des neiges vous adorerez ce roman, mélange de conte, de légende, de texte initiatique. Là aussi les femmes sont au centre de l'intrigue, trois guerrières luttant pour leur survie et celle des leurs. Miryem la fille de l'usurier juif dans un bourg rappelant un village russe des temps anciens, Wanda une jeune femme pauvre l'aidant à entretenir la maison familiale puis à gérer les comptes, et enfin Irina, la fille du duc, destinée à être mariée au meilleur et plus juteux parti. Ces trois narratrices et héroïnes en puissance vont devoir prendre des décisions extrémistes pour sauver leur vie et les familles et peuples dont elles ont la charge. La première, douée pour gérer l'affaire de prêteur de son père et faire fructifier l'argent jusqu'à le transformer en pièces d'or trébuchantes, dans un contexte où pogroms et antisémitisme sont légion, attire l'attention du roi Starik, seigneur de l'hiver craint par les humains et régnant sur un peuple issu de la magie, vivant dans la montagne. Il va donc lui confier une bourse de cuir blanc contenant des pièces d'argent. Elle réussira à obtenir à la place des pièces d'or... Le roi, au vu de ce succès va augmenter le nombre des pièces d'argent, et chaque fois Miryem sera triomphante. Alors le roi Starik dont les troupes massacrent , volent et violent depuis des centaines d'années les hommes et femmes dans le monde réel, propose à la jeune fille de devenir sa Reine. Que cherche-t-il ? Qu'attend-il d'une simple mortelle ? Quel est sont plan ? Parallèlement, Irina, est livrée en mariage au Tsar, un être damné d'une beauté incroyable qui semble voué au mal et à la cruauté. L'argent magique des Starik transformé par le joaillier de Vysna en bague, collier, couronne, achetés par le duc, transforme sa fille si banale en être exceptionnel attirant tous les regards. Cependant dès la nuit de noce, Irina comprend que son nouvel époux est maléfique et que sa vie est en danger. Pourquoi son mari est-il si mauvais ? Quant à Wanda, avec ses deux frères plus jeunes, elle doit supporter les coups et la fureur de son ivrogne de père. Lorsqu'il la vend à Miryem pour être la domestique à tout faire de la famille de l'usurier juif, son destin se transforme enfin. Elle peut se permettre d'espérer une autre vie pour eux trois. Cependant l'hiver ne veut pas laisser la place au printemps, les réserves s'amenuisent, humains et bêtes meurent de faim.... Que vont pouvoir faire nos trois héroïnes pour sauver l'humanité ? Je ne saurais que vous conseiller ce roman magique d'une inventivité folle, original par la nature même des figures féminines, réutilisant les codes habituels des légendes dans un scénario complexe mêlant imaginaire et réalités historiques dans des décors de toute beauté. C'est un plaidoyer pour la cause féminine, pour la paix entre les peuples, entre les sexes, entre les religions... Quatrième de couverture Petite-fille et fille de prêteur, Miryem ne peut que constater l’échec de son père. Généreux avec ses clients mais réticent à leur réclamer son dû, il a dilapidé la dot de sa femme et mis la famille au bord de la faillite... jusqu’à ce que Miryem reprenne les choses en main. Endurcissant son cœur, elle parvient à récupérer leur capital et acquiert rapidement la réputation de pouvoir transformer l’argent en or. Mais, lorsque son talent attire l’attention du roi des Staryk - un peuple redoutable voisin de leur village -, le destin de la jeune femme bascule. Obligée de relever les défis du roi, elle découvre bientôt un secret qui pourrait tous les mettre en péril... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • L'Aurore de George Sand

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'Aurore de George Sand Albine Novarino De Borée 11 mars 2021 328 pages Biographie Chronique 24 avril 2021 Un très beau titre pour une subtile et délicate biographie des premières années de l'écrivaine. On la retrouve toute entière, enjouée, jusqu'au-boutiste, passionnée, têtue, enfant malicieuse ayant soif de vérité et de justice, le bon sens chevillé au corps, la loyauté également en amour et en amitié, la curiosité formidable et insatiable, l'imagination sans limite, l'absence de préjugés sociaux, l'indéfectible lien avec le Berry et la nature, le goût pour la simplicité, le courage aussi alors que le destin s'acharne, alors que sa mère la maltraite et la trahit. Un portrait magnifique d'une enfant devenue une Femme de lettres, d'arts et de conviction majeure. Le texte est d'une grande élégance et beauté, les tableaux sont ciselés ainsi que les dialogues, et l'on comprend mieux pourquoi cette fillette deviendra cette adulte... On piste comme dans une enquête policière les éléments de ses premières années en terme de lieux, de personnages, de rencontres, remis en situation dans ses fictions et écrits. On y retrouve la poésie, l'acuité du regard et la justesse de l'analyse sociale du monde qui l'entoure, ainsi que la pertinence quant à son étude de la psychologie des personnages réels devenus de fiction. Un très beau roman biographique qui complète avec justesse les écrits usuels sur la vie de George Sand, qui a l'intelligence de retourner à la source de l'individu sans se perdre dans ce qui finalement, plus tard, est anecdotique. Poussez la porte de la maison du Berry, allez prendre la main de cette petite fille, visitez son jardin, parlez à ses poupées, accompagnez la dans son monde empreint de magie et de merveilleux, de rires et de fantaisie jusqu'à la mare au diable. Conquise ! Quatrième de couverture A travers l'enfance d'Aurore, Albine Novarino nous invite à la fois dans l'ambiance des salons élégants et surannés de la capitale et dans ce Berry profond où Aurore passera ses étés jusqu'à la mort de sa grand-mère. Elle s'attarde également sur des aspects moins connus de sa personnalité et notamment les conséquences de ses années passées au couvent des Dames Augustines Anglaises. Inspiré du journal de son héroïne, Albine Novarino s'est néanmoins autorisée à quelques incursions dans l'univers de la sorcellerie afin d'opérer des changements de ton qui servent avantageusement son récit. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

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