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- L'enfer du Commissaire Ricciardi
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'enfer du Commissaire Ricciardi Maurizio De Giovanni Payot & Rivages 2019 476 pages traduites par Odile Rousseau Polar Chronique 4 avril 2020 Titre original : In fondo Al tuo cuore. Inferno per il commissario Ricciardi. Septième tome de la série policière consacrée au commissaire Ricciardi. Les titres précédents sont : L'Hiver du commissaire Ricciardi Le Printemps du commissaire Ricciardi L'Eté du commissaire Ricciardi L'Automne du commissaire Ricciardi Le Noël du commissaire Ricciardi Les Pâques du commissaire Ricciardi. « Le commissaire Ricciardi, avec ses yeux verts d'ange ou de démon, contraint à voir ce que les autres - les vivants - peuvent éviter, se meut sur les marges d'une frontière. Nous avons le privilège ou la malchance de partager ses visions. » Donato Carrisi Un saut dans le vide ouvre ce nouvel opus : on ne sait si celui qui vole un court instant avant de s'écraser, est un ange ou un démon. On sait en revanche, comme dans tous les épisodes de cette série policière historique que nous sommes à Naples, dans les années trente, en un été étouffant tant par la température que par l'ambiance anxiogène créée par Mussolini et ses sbires. Dans cette Italie du Sud où la vie est si difficile, Napoli représente la porte d'accès à une autre existence emplie d'espoir, une issue vers l'Amérique fantasmée où déjà bien des italiens, se sont installés. Les jeunes rêvent d'y aller, de prendre un billet de la liberté loin de la dictature et de l'enfer qui se prépare. Bientôt les élections en Allemagne vont avoir lieu, ouvrant sur des années de cauchemar et de barbarie. Certains le pressentent, certains le savent. Cette ville saturée de lumière, de soleil, de chaleur, de cris, de bruits, de parfums, de saveurs, de liesse et de profonde tristesse est aussi le théâtre d'une tragédie intemporelle, universelle, celle de l'amour. Où plutôt de la passion insensée menant inéluctablement au drame. Les âmes des trépassés ont beau murmurer à l'oreille du commissaire Ricciardi, doté de la capacité de voir et entendre les morts, cela ne suffit pas à sauver ceux qui ne peuvent l'être. Et évidemment, le pauvre commissaire, qui voit son don comme une malédiction, ne veut imposer sa présence à personne. Il est seul, d'autant plus que Rosa, la femme qui l'accompagne depuis sa naissance se meurt. La jeune fille qu'il aime, Enrica, est partie faute de témoignage de sa part d'un quelconque attachement. Bien sûr, la belle Livia est là qui l'attend et l'espère. Mais rien n'y fait : l'Italie et le monde entier franchissent les limites menant aux ténèbres, aux enfers. C'est le crépuscule de l'humanité qui s'annonce. Maurizio de Giovanni nous ramène ainsi en 1932 dans cette cité qu'il aime tant, à une époque tragique. En pénétrant dans le décor, en parcourant les ruelles, les piazze, les différents quartiers de la ville, votre silhouette traverse un clair obscur répétitif, vertigineux, à l'image des sentiments opposés qui animent les deux enquêteurs, le commissaire Ricciardi et le brigadier Maione. Ils sont tous les deux perdus, sentimentalement, ce qui ne les rend pas très efficaces sur le terrain. Plus la température monte, plus leur sang se glace, plus ils ont peur. Ils sont terrifiés à l'idée de perdre, qui une amante, qui une épouse, qui une mère de substitution. Tétanisés par leur propre tristesse, ils sont incapables de lire immédiatement la scène de crime qui se dévoile à eux en ce matin, où ils découvrent le corps brisé d'un éminent gynécologue obstétricien, défenestré. Suicide ou crime ? L'homme avait manifestement des secrets inavouables et des ennemis... L'auteur réussit encore une fois à créer une atmosphère très particulière dans ce roman policier teinté de surnaturel, ressuscitant la vie des napolitains, leurs traditions, coutumes, nous abreuvant de détails savoureux sur les spécialités culinaires, drolissime quant aux manies des uns et des autres. Le commissaire est une figure dramatique tandis que le brigadier, personnage haut en couleur, nous fait rire. La comedia dell'arte n'est jamais loin, comme la tragédie est proche quelquefois de la comédie. Opera buffa où chacun essaye d'interpréter la partition parfaitement mais n'y parvient pas. Les changements de scènes sont très rapides, sur un tempo vivace. Les coeurs sont incertains en cette veille de fête de la Madonna del Carmine. L'enfer est pavé de bonnes intentions, nos deux policiers vont le découvrir à leur tour. Un grand plaisir pour la fan de cet écrivain que je suis, aimant cette nostalgie, cette tendresse, cet humour et ce sens du drame. Quatrième de couverture Au beau milieu d'une canicule estivale, alors que Naples se prépare à célébrer la Madonna del Carmine, un célèbre chirurgien est défenestré depuis son bureau. Pour le commissaire Ricciardi et le brigadier Maione, c'est le début d'une enquête qui les confrontera aux passions les plus torrides. Au fil des témoignages et des aveux, l'infidélité et l'amour se confondent au point de semer le doute dans l'âme des deux policiers, compromettant leurs propres tentatives sentimentales. Angéliques, infernales et passionnées, les notes d'une chanson napolitaine planent sur les destins de chacun, alors que tous risquent de basculer dans l'abîme. Car la chaleur, la vraie chaleur, vient de l'enfer. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Augustin
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Augustin Alexandre Duyck Mon Poche 11 novembre 2021 224 pages Historique Chronique 19 novembre 2021 Alexandre Duyck rend sa voix, ses pensées à un homme resté ombre, mort stupidement, pour obéir à un ordre inique, transmettre un message au contenu trivial et sans importance, dans le dernier quart d'heure avant l'armistice. En fait, depuis plusieurs heures déjà la paix était signée mais Foch a décidé que le cessez-le-feu serait effectif le 11 novembre à 11 heures. "Foch aime l'ordre, les symboles, ou la numérologie". Foch est l'assassin de Augustin Trébuchet, son complice est le capitaine Ariégeois le forçant à porter ce message le menant droit à la mort, au lieu d'attendre quinze petite minutes. L'obscénité ira s'inscrire jusque sur sa tombe où l'on falsifiera la date de décès l'avançant au 10 novembre, car on ne peut mourir le jour de l'armistice. Tout ce roman biographique crie, hurle : OUI, on peut être mort pour rien ce foutu 11 novembre, on n'a pas le droit de mentir sur la vie et la fin de ce français, ce berger de quarante ans qui ne savait ni lire ni écrire, qui ne savait pas parler aux filles, qui pouvait lire dans le ciel, les étoiles, écouter et voir la nature, qui portait en lui une science ancestrale, lui descendu de ses montagnes alors qu'il n'était pas obligé de le faire pour s'engager, normalement exempté puisque aîné d'une famille nombreuse. Déjà il n'a fait qu'un an de service militaire et tous se sont moqués de lui. Alors non, cette fois il veut se distinguer, revenir au pays victorieux, médaillé, de toute façon elle sera courte cette guerre et puis ainsi il verra du pays. Ce sera une bonne expérience avant d'entreprendre le grand voyage vers l'Argentine, ses belles femmes, son soleil, ses trésors. Il faut juste qu'il tienne encore, qu'il supporte l'indicible, qu'il se blinde, devienne indifférent, jusqu'à enfin être libéré et pouvoir vivre pleinement une existence qui jusque là fut difficile, âpre, injuste.... Il laissera le sang, la merde, la pourriture, les rats, les cadavres, le charnier derrière lui. Il faut juste qu'il porte ce foutu dernier message, qu'il court vite, qu'il vole.... Mais.... Un roman en hommage à cet être modeste et courageux, à cet homme plein d'avenir encore et de rêves, assassiné plus sûrement par sa hiérarchie que par la balle allemande qui le toucha. Un texte à la beauté crépusculaire comme un cri contre tous ces dirigeants, ces gouvernements qui nous voient comme des statistiques, des chiffres, des fourmis, de la chair à canon... Un réquisitoire puissant et passionné contre la guerre et la barbarie, contre le sacrifice de populations sur l'autel du pouvoir et de l'enrichissement de quelques uns. Magnifiquement tragique, d'une terrible beauté intemporelle. Quatrième de couverture Le 11 novembre 1918 à 5h15, la France et l'Allemagne signent l'armistice. Mais l'état-major français décide d'attendre onze heures, en ce onzième jour du onzième mois, pour que cessent les combats. À 10h45, le soldat de première classe Augustin Trébuchon est tué. Il est le dernier soldat français tué. Alexandre Duyck a fouillé les archives militaires et civiles, retrouvé tout ce qu'on pouvait savoir sur ce berger devenu soldat et imaginé le reste : les pensées de cet homme courageux, observateur, taiseux, blessé deux fois, qui fut de tous les combats, ne prit en 4 ans qu'une seule permission et obéit aux ordres jusqu'au bout. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Poids plume
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Poids plume Mick Kitson Métailié 26 août 2022 368 pages traduites par Céline Schwaller Historique Chronique 6 novembre 2022 Paru dans la Bibliothèque écossaise dirigée par Keith Dixon. Je vais immédiatement corriger le début de la quatrième de couverture. L'action se déroule en Écosse à la fin de la première moitié du XIXe siècle. Ce qui change pas mal de choses. En effet, faire mention de Charles Dickens est tout à fait juste. Mais concernant les Peaky Blinders, le gang familial qui a régné sur un quartier de la ville de Birmingham en 1919, ce n'est pas justifié même s'ils sont Roms. C'est un raccourci qui pourrait porter à confusion : les Peaky Blinders, ainsi nommés pour les lames de rasoir qu'ils cachent dans la visière de leur casquette. Annie Perry, vieille dame écossaise, fortunée, demeurant à Ithan en Pennsylvanie, demande à parler à l'une de ses domestiques, la petite Jeannie. La gamine tremble à l'idée que sa patronne sache qu'elle s'est battue à la boulangerie avec une sale bonne femme. Ce n'est pas pour reprocher son comportement à la jeune bonne que Annie l'a convoquée, mais parce qu'elle a reconnu en cette fraîche pugiliste la Annie Loveridge qu'elle fut. Alors, retrouvant son accent du dialecte Black Country, l'aïeule conte à cette héritière par les poings, son enfance et sa vie en Écosse jusqu'à son départ pour l'Amérique. Son boxeur de père décédé, sa mère, elle-même et sa fratrie composée de cinq autres enfants plus celui à venir meurent de faim dans cette Écosse d'avant 1850 où être Rom n'est pas bien vu. Confrontés tous les jours à la faim, la pauvreté, le désespoir, la violence et le racisme, la décision est prise de vendre la petite Annie afin de se racheter un poney et une roulotte, repartir sur les routes de foire en foire, et revenir chercher la gamine plus tard. C'est Tommy le grand frère qui se charge de la transaction. Voici donc Annie adoptée par un boxeur Bill Perry. Sur le retour, laid à faire peur, très porté sur la bière, accompagné de son ami le Marinier propriétaire d'une péniche et son agent lors des combat, il a un véritable coup de cœur pour la fillette, pour son regard noir et perçant. Ces deux-là ce sont reconnus. C'est donc dans le bar Le Champion à Tipton entourée d'hommes durs à la tâche, cloutiers et ouvriers dans les usines alentours, que Annie va grandir. La boxe fait partie de son éducation d'autant plus que la bonne amie de Bill, Janey Mee, fameuse bagarreuse, va lui donner des leçons du noble art dans la cours arrière de l'établissement. Les cartes sont battues ... Merveilleuse histoire qui nous est rapportée par l'arrière-petit-fils de Annie. Une biographie romancée, embellie, truculente, passionnante, extraordinaire et émouvante d'une petite fille victime d'un mauvais coup du destin qui pourtant, à force de ténacité, de courage, grâce à son grand cœur et son intelligence, réussira à s'élever, à se libérer du carcan dans lequel la société anglaise l'enferme depuis sa naissance. Un magnifique roman historique, d'amitié, d'amour, de solidarité en un temps où la misère, la corruption et la cruauté sont le lot quotidien de millions de pauvres gens écrasés par les aristocrates et les patrons d'usine. La révolution industrielle est à ses débuts, les ouvriers s'organisent lentement en syndicats, les premiers pas de l'Union ouvrière internationale ont été franchie entre autres par Flora Tristan en France. Certaines femmes quelle que soit leur naissance, à l'instar de notre héroïne, s'activent à changer la société, car toutes les femmes sont assujetties aux diktats masculinistes. Pour Annie cela passera par l'alphabétisation et la boxe. Un combat toujours d'actualité, un très bel hommage rendu par l'écrivain à son arrière-grand-mère. À lire. Quatrième de couverture À la fin du XIXe siècle, dans une Angleterre digne de Dickens et des Peaky Blinders, Annie Perry, une petite gitane abandonnée par sa famille, est élevée par un boxeur à mains nues, un géant aussi alcoolisé que tendre. Dans une région qui sent la bière et la boue sèche, qui subit les grèves de l’usine de clous et les caprices des Lords douteux, Annie apprendra que dans la vie il ne faut pas seulement se battre, mais il faut savoir très bien le faire. Entre coups de poing et coups de cœur, fêtes foraines et matchs de boxe illégaux, une aventure lumineuse où l’art de l’esquive, la souplesse et la rapidité de poids plume d’une héroïne sauvage et attachante l’aideront à contourner la noirceur de la révolution industrielle et la découverte des États-Unis. Inspiré par l’histoire de son arrière-grand-mère, Mick Kitson signe un roman réjouissant où les femmes ne font pas que se défendre, elles se battent. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Porca Miseria
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Porca Miseria Tonino Benacquista Gallimard 6 janvier 2022 208 pages Biographie Chronique 27 juin 2022 Beau, beau, beau. Un petit garçon devenu adulte nous raconte son enfance, sa famille, ses douleurs et ses joies, ses difficultés à l'école, à lire, ses sœurs, le grand frère, le père ivre, sa mère mélancolique et dépressive, les films italiens, et enfin l'entrée dans le monde merveilleux de la littérature grâce à Cyrano de Bergerac de Edmond Rostand puis Une vie de Maupassant. « Lire c'est entrer dans une cathédrale. Écrire c'est y mettre le feu. Lire c'est un patriarche qui vous veut du bien. Écrire c'est une petite traînée qui n'en fait qu'à sa tête. Lire c'est l'excellence des autres. Écrire c'est l'insuffisance de soi. » P. 147 On découvre un gamin avec un sacré sens de l'observation et de l'humour, une faculté de distanciation et donc d'analyse de toute cette smala, un jeune homme d'une grande maturité. Petit dernier de la famille resté seul avec des parents totalement défaillants et en conflit permanent, il se réfugie dans son imagination ou avec ses copains dehors dans cette banlieue où tous les ritals se retrouvent et recréent une petite Italie avec nostalgie. Mais lui, il ne se sent pas italien, il est français né en France. Encore un point de divergence avec son entourage, avec sa mère qui n'attend que de retourner auprès de ses sœurs et qui du coup ne vit pas sa vie en France campée sur ses positions, ou ce père issu d'une famille de voyageurs qui ne sait pas s'il a eu raison d'émigrer en France. « Mes amis d'alors, eux-mêmes auteurs de polars, me surnomment affectueusement le rital. Tous ayant de grandes affinités avec le pays de Dante, ils s'étonnent que je ne revendique pas plus mon italianité et inventent pour moi une pathologie rare : la dénégation péninsulaire. » P. 152 Tonino imagine ce que leur vie aurait pu être s'ils étaient partis en Amérique ou s'ils étaient restés en Italie.... Auraient-ils été plus heureux ? Déjà le gamin est scénariste, déjà il sait qu'il veut écrire même s'il ne lit pas assez. Est-ce par loyauté envers ses géniteurs incultes et analphabètes qu'il s'empêche de ce plonger dans des romans extraordinaires qui auraient pu l'aider à surmonter le quotidien ? En surface, il est lisse, imperturbable, mais quelques années après, la violence du chagrin et de la peur ressortira soudain sous forme d'une agoraphobie qui lui faudra dompter pour pouvoir reprendre sa vie d'écrivain et de scénariste « Si on m'avait cité alors la phrase d'Oscar Wilde : il y a deux tragédies dans la vie, l'une est de ne pas vivre ses rêves, l'autre est de les vivre, j'aurais rétorqué que nul n'est à l'abri d'une ineptie. » P. 172 Un livre bouleversant, drolissime, entre larmes et éclats de rire, beau à couper le souffle de n'importe quel adulte gardant en lui une part de la gravité de l'enfant qu'il fut. L'écriture, les images sont splendides... Certaines scènes mythiques de par leur qualité cinématographique. Magnifique biographie romancée d'un homme affublé par sa mère d'un surnom et non d'un prénom comme Antonio peut-être pour l'obliger à ne pas se prendre pour qui il n'est pas, pour l'obliger à se souvenir de qui il est, un gamin dont les parents italiens ont émigrés en France..... Une malédiction au départ, un héritage lourd à porter qui peu à peu s'est transformé en trésor pour lui comme pour nous ses lecteurs. Grazie mille Tonino Benacquista ! Quatrième de couverture Porca miseria est l’histoire d’une famille, celle de Tonino Benacquista. De ses parents, Cesare et Elena, émigrés italiens arrivés en banlieue parisienne dans les années 50. De sa fratrie, dont il est le benjamin, et le seul à être né en France. Il y retrace son enfance à l’ombre d’un père ouvrier à l’usine, qui noie son amertume dans l’alcool, et d’une mère déracinée, éprouvée par l’exil. Toutefois il est question ici avant tout d'une conquête, souvent drôle et inattendue, celle de la culture et de la langue françaises, non par la lecture, mais par le farouche besoin d'écrire. "Ma patrie, c'est la langue française", disait Camus. En racontant le devenir d’un jeune autodidacte que la fiction sauvera des affres du réel, Tonino Benacquista signe un récit des origines d’une humanité poignante. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Des ombres sur les pierres
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Des ombres sur les pierres Claire Michaud-Destriau De Borée Terres d'écriture 14 avril 2022 254 pages Roman Chronique 25 avril 2022 « Un monde d'adultes plein de secrets, telles des ombres sur les pierres de sa reconstruction. » Il n'y a rien de pire dans la vie que l'amnésie et/ou le souvenir partiel et incomplet d'événements traumatisants qui ont définitivement changé dramatiquement le cours de notre vie. La sensation d'un gouffre qui s'ouvre sous nos pieds, l'incomplétude qui nous empêche de nous construire, l'apnée permanente qui bloque notre respiration, d'où l'impossibilité de nous plonger dans l'existence avec confiance. Tess porte une double culpabilité : celle de la seule survivante de l'accident de la route tragique qui a emporté ses parents et sa sœur aînée, et celle de n'être désirée nulle part, d'être "la patate chaude" que l'on se refile, de chez les grands parents taiseux aux domiciles des oncles et tantes bien peu compatissants. Plus de gestes de tendresse, plus d'embrassements, le vide, seulement le vide. Le deuil est impossible à faire d'autant plus que des zones d'ombre persistent sur ce qui s'est réellement déroulé avant et pendant la tragédie. Tess était une enfant, a-t-elle bien interprété les lambeaux de souvenirs qu'elle garde en mémoire ? Une seule solution pour elle : revenir dans la résidence secondaire de ses parents où elle ne pu jamais remettre les pieds à cause de sa grand-mère lovée sur son propre chagrin, incapable de venir en aide à sa petite fille. Enfin jeune femme indépendante, Tess revient sur ses pas et tente peu à peu d'écarter le brouillard qui entoure les images et sensations du passé si longtemps comprimées en elle. Un choc nécessaire pour sortir enfin de ce long trauma et envisager de se tourner vers le futur. Cette histoire nous est contée par une écrivaine, détentrice d'une boîte en fer trouvée dans un vide grenier contenant de vieilles cassettes numérotées. Tess y a enregistré les étapes douloureuses de sa quête de vérité avec ses mots à elle que la narratrice va réinterprétés pour en offrir une version littéraire. En cela, Claire Michaud-Destriau aborde la problématique que rencontrent tous les auteurs en charge d'écrire un récit biographique de qualité sans trahir la pensée de celles ou ceux qui confient avec confiance leurs vies entre les mains d'un(e) inconnu(e), partageant leurs intimités à l'oral attendant que l'écrit soit fidèle à leur vérité intime. Un beau livre tout en délicatesse, analysant finement les bouleversements émotionnels de Tess. L'autrice réussit à entretenir un suspense tendu jusqu'au dénouement, flirtant à certains moments avec le style littéraire du thriller... Nos cœurs battent à l'unisson de celui de notre héroïne attachante, bien loin d'imaginer la vérité sur sa famille. Un parcours initiatique essentiel afin d'écarter les ombres sur les pierres et entrer dans la lumière. Quatrième de couverture Une boîte en fer pleine de cassettes audio, chacune portant un numéro. Quelles confidences ces vieilles bandes magnétiques ont-elles pu recueillir ? Années 1970 : Tess a onze ans lorsqu'elle perd ses parents et sa sœur dans un accident de voiture. Douze ans plus tard, elle se résout à retourner dans le village ariégeois de son enfance et pousse, chancelante, la porte de la maison familiale, dans laquelle le temps semble s'être arrêté. Que cachent ses murs ? Au gré de ses recherches et de quelques rencontres, le voile se lève progressivement sur un passé dont Tess n'avait qu'une très vague perception. De secrets déconcertants en rivalités insoupçonnées, elle tente de s'approprier les fantômes de son passé, tels des ombres sur les pierres de sa reconstruction. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- L'or du chemin
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'or du chemin Pauline De Préval Albin Michel 2019 140 pages Historique Chronique 16 septembre 2019 Une longue lettre, un long chant d'amour, un désir de transmettre la leçon essentielle d'une vie, celle de Giovanni, jeune peintre en recherche de lui-même, d'un sens à son existence, à sa mission sur cette terre en tant qu'artiste. Qui est le destinataire, on l'ignore. Le chemin sera tortueux, difficile, lumineux, exaltant... Il fera comme tout créateur, compliquera les choses, souhaitera laisser son empreinte, se torturera l'esprit dans un siècle où tout renaît, tout revient à l'épure antique. Une époque de transformation de la société, d'un renouveau, cependant toujours sous la menace de la peste, de la mort. Et plus que tout, l'Amour, au delà du temps, de l'espace. Un livre comme un témoin que l'on passe lors d'une course de relais... Jusqu'à nous. Un propos universel, intemporel, un magnifique texte sensible, touchant, juste, sur le rôle des artistes et créateurs en ce monde. Quatrième de couverture Qu'est-ce qu'aimer ? Comment mener une vie qui vise à l'essentiel ? Comment oeuvrer à rendre l'homme meilleur ? Ces questions d'hier et d'aujourd'hui sont au cœur de la semaine quête de Giovanni, un peintre florentin du début de la Renaissance. Pauline de Préval nous raconte son parcours singulier : les épreuves qu'il traverse, son combat contre ses doutes, mais aussi contre l'emprise de l'argent qui façonne la société de son temps, comme sa volonté de doter sa vie de sens. Leonora, sa bien-aimée, Brunelleschi, son ami, Starnina, son maître, le guident tour à tour vers le plus intime de lui-même. Dans l'Italie enfiévrée du XVème siècle, un roman initiatique porté par une émotion intense, qui propose à chacun de retrouver la clef du paradis. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Le lagon noir
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le lagon noir Arnaldur Indridason Métailié 3 mars 2016 320 pages traduites par Eric Boury Thriller et polar Chronique 7 avril 2017 Reykjavik 1979, pleine guerre froide, présence des américains sur Kamp Knox comme au Groenland, à Thulé et ailleurs pour soit disant surveiller les soviétiques. C'est un élément essentiel de cette histoire que cette omnipotence des USA depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu'à aujourd'hui. Les islandais sont alors très divisés quant à cette « invasion » américaine. Cependant, une partie de la population de la région travaille dans le camp militaire, ce qui crée des tensions et une ambiance très anxiogène et paranoïaque. Ainsi quand un ingénieur Kristvin, salarié sur la base, est retrouvé mort dans le lagon bleu, les tensions sont palpables. Entre le jeune inspecteur Erlendur et Marion enquêtrice plus aguerrie, et la hiérarchie américaine qui semble avoir beaucoup de choses à cacher, les relations seront de force, tendues. De plus, de mystérieux vols d'avions énormes US à la cargaison inconnue entre le Groenland et Reykjavik viennent encore plus multiplier les pistes pour notre tandem. Heureusement, Caroline jeune afro-américaine, ( femme et noire en 1979, situation très confortable ! ) de la police militaire va les aider à élucider ce meurtre. En parallèle, Erlendur que l'on sait particulièrement sensible de par son passé traumatisant, cherche à comprendre la disparition d'une jeune fille Dagbjört non loin de Kamp Knox dans les années 50. C'est une bonne histoire, très dépaysante aussi, concernant entre autres le mode de vie en Islande entre 1950 et 1980. Cette présence américaine également pour les pays nordiques est lourde de conséquences, insupportable, et a inspiré bien des oeuvres littéraires ou visuelles ( exemple la série Borgen consacrant tout un épisode à ce sujet épineux). J'ai aussi aimé découvrir quelques particularismes, comme le fait que les femmes gardent leur nom de jeune fille après le mariage, que les annuaires présentaient alphabétiquement en premier les prénoms puis les noms, secondaires pour eux, que la raie faisandée dans de la graisse de mouton est un plat typique ( Marion a autant la nausée que moi lors de son dîner avec Erlendur qui déguste son poisson pourri, j'en ai encore des frissons) etc..... C'est le premier policier de cet auteur que je lis, je l'ai beaucoup apprécié. Le traducteur est Eric Boury ( 6 ou 7 fois est revenue l'expression « chute vertigineuse » , maladresse de l'auteur ou du traducteur ?) . 410 pages, édité par France Loisirs avec l'autorisation des Editions Métailié. L'auteur est diplômé d'histoire, journaliste et critique de cinéma, ses livres sont vendus dans 37 pays. Quatrième de couverture Reykjavik, 1979. Le corps d‘un homme est repêché dans ce qui va devenir le lagon bleu. Il s’agit d’un ingénieur employé à la base américaine de l’aéroport de Keflavik. Dans l’atmosphère de la guerre froide, l’attention de la police s’oriente vers de mystérieux vols effectués entre le Groenland et l’Islande. Les autorités américaines ne sont pas prêtes à coopérer et font même tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher la police islandaise de faire son travail. Dans un climat de tension, conscients des risques qu’ils prennent, Erlendur et Marion Briem poursuivent leur enquête avec l’aide d’une jeune femme noire, officier de la base. Le jeune inspecteur Erlendur vient d’entrer à la brigade d’enquêtes criminelles, il est curieux, passionné par son métier, soucieux des autres, mais il ne cache pas son opposition à la présence américaine sur le sol islandais. En parallèle, il travaille sur une vieille affaire non résolue. Une jeune fille disparue sur le chemin de l’école quarante ans plus tôt, à l’époque où la modernité arrivait clandestinement dans l’île, portée par les disques de rock et les jeans venus de la base américaine. Indridason construit un univers particulier, une atmosphère pénétrante et sans nostalgie, un personnage littéraire de plus en plus complexe, et le roman noir, efficace, est transformé par la littérature. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Le service des manuscrits
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le service des manuscrits Antoine Laurain A Vue d'Œil 2020 352 pages Divers Chronique 5 août 2021 Un polar dans le monde de l'édition à quelques jours du Prix Goncourt. Frémissement de tout ce petit microcosme, recherche éperdue au sein du Service des manuscrits de la perle, l'oiseau rare, le sésame vers la reconnaissance et/ou la célébrité pour l'auteur/e. L'assurance économique également pour la maison d'édition. Trois tapuscrits sont choisis par an sur les milliers reçus. Un système de codage est mis en place. Les premières pages sont cruciales, elle doivent chopper immédiatement le lecteur en l'occurrence une lectrice engagée par notre héroïne Violaine Lepage, une des plus grandes éditrices de Paris. Marie dessine vite un beau soleil sur la couverture de " Fleur de Sucre" et prévient sa patronne. Celle-ci après un crash en avion, sortie du coma, pressent aussi le succès de librairie, mais la personne qui l'a écrit reste introuvable. Tout se passe par mail ; peu à peu, Violaine fragilisée physiquement et psychologiquement, souffrant d'amnésie partielle, reçoit des message du ou de la mystérieuse Camille inquiétants. En parallèle, des exécutions, des meurtres ont lieu, qui font penser au scénario de ce roman. Deux hommes ont été exécutés selon un modus operandi décrit dans le livre. La police fait son entrée, les pistes se brouillent à l'instar des petites cellules grises de notre éditrice. Certains flashbacks vont être indispensables à votre compréhension de cette histoire des plus particulières. Roman policier très agréable et rapide à lire, bien écrit, qui m'a fait oublier les évènements présents, que j'ai lu, les gros caractères m'y aidant, d'une traite la nuit. Une fin inimaginable tout à fait étonnante. Du bel ouvrage ! Je ne peux que vous le conseiller, d'autant plus si vous gravitez un peu dans le monde de l'édition, là cela devient savoureux. Quatrième de couverture Violaine Lepage, 44 ans, l’une des plus célèbres éditrices de Paris, sort à peine du coma après un accident d’avion. La publication d’un roman arrivé au service des manuscrits, Les Fleurs de sucre, dont l’auteur demeure introuvable, donne un autre tour à son destin. Particulièrement lorsqu’il termine en sélection finale du prix Goncourt et que des meurtres similaires à ceux du livre se produisent dans la réalité. Qui a écrit ce roman et pourquoi ? La solution se trouve dans le passé. Dans un secret que même la police ne parvient pas à identifier. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Saturne
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Saturne Sarah Chiche Editions VDP Voir De Près 11 janvier 2021 392 pages, gros caractères Biographie Chronique 6 septembre 2021 Très beau texte d'une femme restée une enfant et une orpheline, incomplète jusqu'à ce que la "rencontre" avec son père, cet inconnu, cette ombre se fasse enfin indirectement. Pour que le trou béant laissé par l'absence, les silences, les mensonges, puisse être comblé, il faut que Sarah remonte à l'origine le cours de l'histoire familiale, jusqu'en Algérie alors sous gouvernance française, donc au XIX ème siècle, alors que des médecins, des soignants, mettent en place des structures et établissements de santé : les aïeux de la narratrice sont parmi eux, formant bientôt une lignée célèbre de médecins et propriétaires de cliniques à la pointe de la technologie. Ils font fortune, font partie de l'élite, ont des privilèges, une réputation, une situation enviable, du pouvoir. Tout cela ne sera pourtant pas suffisant : de confession juive, considérés comme ennemis des Algériens, ils fuient sans rien, en abandonnant tout derrière eux. Arrivés en France, avec pugnacité, ils recommencent à zéro ; assez rapidement, grâce aux relations, rachat d'un hôtel particulier en ruine et ouverture d'une nouvelle clinique à l'image de celle abandonnée en Algérie devenue indépendante. Succès rapide, la famille s'enrichit, se repositionne en haut du panier. Le marché de la santé peut-être très lucratif. Les grands parents de Sarah ont deux fils : Harry au contraire de son frère, le plus beau, le plus intelligent, prunelle des yeux de sa mère, est un garçon doux, solitaire, fragile, en manque certain d'amour, de respect, de reconnaissance parentale. Il ne veut absolument pas reprendre le flambeau de la médecine, il rêve en regardant les étoiles, il rêve de Saturne ... La rencontre avec la mère de Sarah est un coup de foudre. Elle sera son astre, son étoile du berger. Elle est incandescente, dangereuse, paumée, versatile, violente, cyclothymique. Elle est détestée par sa belle famille....Harry l'adore et s'y brûle. La petite fille perd son père victime d'un cancer, les parents s'effondrent eux qui n'ont jamais pu exprimer leur affection, le frère aîné également, son épouse essaie de se jeter dans la tombe encore ouverte, bref chacun se love sur sa propre douleur oubliant cette enfant laissée dans l'ignorance de ce qui se déroule alors. Pas d'adieu, pas d'explication, une chappe de plomb lui tombe dessus en même temps que la dalle dans le cimetière sur la boîte où repose Harry. Évidemment la lutte reprend entre les grands parents, l'oncle, d'une part, et la mère de Sarah de l'autre, celle-ci se retrouvant écartelée entre tous. Les mensonges s'accumulent, la petite puis la jeune fille, la femme, grandissent amputées, incapables de se construire. Comment va-t-elle pouvoir s'en sortir ? C'est ce parcours personnel et familial qui nous est conté somptueusement faisant alterner la violence, la crudité, la poésie, la sensualité la plus extrême. Texte magnifique, courageux, précis historiquement mais aussi dans l'analyse des méandres psychologiques de chacun des protagonistes : il apporte à celle où celui qui le lit des éléments de réponse quant à des questions qu'elle/il se pose sur son parcours intime. Je n'ai pu enregistrer en vidéo le début du récit faute de temps, dans l'obligation de le rendre à la médiathèque Pablo Neruda de Malakoff, et je le regrette, car la musique de ces lignes est envoûtante et magnifique. Un bonheur presque gustatif m'a envahie à la lecture à haute voix. À lire donc, car singulier et porteur d'espoir en la résilience de chacun quelque soit la douleur subie. Quatrième de couverture Automne 1977 : Harry, trente-quatre ans, meurt dans des circonstances tragiques, laissant derrière lui sa fille de quinze mois. Avril 2019 : celle-ci rencontre une femme qui a connu Harry enfant, pendant la guerre d'Algérie. Se déploie alors le roman de ce père amoureux des étoiles, issu d'une grande lignée de médecins. Exilés d'Algérie au moment de l'indépendance, ils rebâtissent un empire médical en France. Mais les prémices du désastre se nichent au cœur même de la gloire. Harry croise la route d'une femme à la beauté incendiaire. Leur passion fera voler en éclats les reliques d'un royaume où l'argent coule à flots. À l'autre bout de cette légende noire, la personne qui a écrit ce livre raconte avec férocité et drôlerie une enfance hantée par le deuil, et dévoile comment, à l'image de son père, elle faillit être engloutie à son tour. Roman du crépuscule d'un monde, de l'épreuve de nos deuils et d'une maladie qui fut une damnation avant d'être une chance, Saturne est aussi une grande histoire d'amour : celle d'une enfant qui aurait dû mourir, mais qui est devenue écrivain parce que, une nuit, elle en avait fait la promesse au fantôme de son père. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Le Café du Centre
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le Café du Centre Eric Bohème De Borée Terres d'écriture 19 janvier 2023 281 pages Thriller historique Chronique 28 janvier 2023 « Personne ne m'a demandé D'où je viens et où je vais Vous qui le savez Effacez mon passage. » La Complainte du partisan, Emmanuel d'Astier de la Vigeri Vous vous souvenez des joyeuses années 1970, des pantalons patte d'eph, des coupes au bol ou des coiffures en choucroute, des mélanges de couleurs improbables, de Pompidou puis de Giscard d'Estaing... Nous reviennent en mémoire les images noir et blanc des films géniaux aux dialogues ciselés d'un Audiard and Co mettant en scène avec bonheur et jubilation Blier, Gabin, Delon, Bebel, Signoret, Mireille d'Arc, Marlène Jobert, Alice Sapritch... Des jolies filles délurées, des gamins boutonneux qui les reluquent sous la lumière éblouissante des tubes fluos éclairant les premiers "diners" à l'américaine tandis que leurs parents et les anciens se retrouvent autour d'un Picon bière, d'un p'tit noir ou d'un viandox, au café du centre. Les premiers se projettent dans l'avenir six ans après mai 68 tandis que les seconds aimeraient en faire autant et laisser enfin derrière eux les évènements tragiques survenus pendant l'occupation allemande. Les premiers vivent dans l'ignorance, les seconds dans une forme de déni conscient ou non. Mais l'élection présidentielle de mai 1974 se profile à l'horizon, la quatrième sous la Ve République et la troisième au suffrage universel direct. S'affronteront au premier tour l'ancien Premier ministre gaulliste Jacques Chaban-Delmas, le ministre des Finances, Valéry Giscard d'Estaing, et le premier secrétaire du Parti socialiste et candidat de l'union de la gauche, François Mitterrand. Ce sont aussi les années sulfureuses pendant lesquelles les barbouzes du Service d’action civique (SAC), organisation aux méthodes expéditives née pendant la guerre d’Algérie, vont mener bien des opérations douteuses voire criminelles. Une époque explosive où les esprits s'échauffent, où l'envie de changement et de révolution est à l'ordre du jour, alors que réapparaissent les ombres du passé, que les voix des victimes crient enfin vengeance. Trente ans ont passé mais la douleur est intacte. Il suffit d'une étincelle pour que tout s'enflamme à nouveau. Le déclencheur dans ce polar historique et de terroir est celui que tous appellent "l'Inconnu" débarquant soudain de nulle part avec des questions dérangeantes. Qui est-il ? Que sait-il ? Veut-il se venger ? Quelles sont ses raisons et ses intentions ? Est-il une menace ? La fausse quiétude de la petite ville de Mehun-sur-Yèvre va exploser façon puzzle, tous vont révéler leur véritable nature. Le traumatisme de la guerre n'a jamais été oublié, les collabos et les résistants reprennent peu à peu leur place, se regardent en chien de faïence. La description de cette communauté de province est au vitriol, drolatique, cocasse, stupéfiante et d'un réalisme saisissant. On s'y croirait tant le film noir et blanc prend des couleurs. Tout y est, c'est savoureux comme une bonne blanquette du dimanche partagée en famille ... Du français, de l'authentique, de la littérature goûteuse, riche, que l'on ingère et digère avec bonheur et gratitude. Le danger est cependant toujours palpable, le suspense maintenu adroitement, la comédie de mœurs et sociétale versant dans le roman noir le plus dramatique. On rit, on frissonne, on admire la construction du scénario. Les soubresauts de l'Histoire sont à l'unisson du tremblement de terre ébranlant cette charmante bourgade où tout n'est qu'apparence, hypocrisie et jeu de rôle. Un livre qui interroge profondément le lecteur sur sa propre capacité à résister ou à obéir, à rester droit sans trahir ses convictions ou à jouer les opportunistes auprès de ceux qui semblent aujourd'hui les plus forts. Le passé revient toujours comme un boomerang, rien ne sert de le fuir. J'ai eu un grand plaisir à découvrir ce texte. Merci à l'auteur et aux Éditions De Borée. Quatrième de couverture Dans la ville de Mehun-sur-Yèvre à côté de Bourges, Henri, le patron et barman du Café-restaurant du Centre aime être le premier au courant des événements et discussions qui animent la ville. Un jour, un homme que personne ne connaît entre dans son café. Rapidement surnommé L'Inconnu, il s'installe et établit rapidement un rituel quotidien : il dort à l'hôtel, prend son petit-déjeuner dans un autre café, se balade puis vient dans celui d'Henri, s'assoit toujours à la même place et lit la presse pendant des heures... Il reste très mystérieux sur le motif de son séjour. Henri, qui n'est pas habitué à tant de mystère, est de plus en plus perturbé de ne pas être dans la maîtrise des choses. Et quand L'Inconnu se met à poser des questions sur les agissements des uns et des autres lors de l'Occupation, Henri se met rapidement sur la défensive. Une bourgade qui s'anime sous la plume authentique de son auteur, hésitant entre soif de modernité et attachement au passé. Un récit qui se passe à un moment charnière de l'histoire de cette ville (et donc de la France) avec l'ouverture de son premier supermarché, d'un diner américain en face du café traditionnel. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Skeleton Road
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Skeleton Road Val McDermid Flammarion 2018 454 pages traduites par Perrine Chambon et Arnaud Baignot Polar Chronique 21 avril 2018 « La géographie est une question de pouvoir. Bien qu'on la juge souvent innocente, la géographie du monde n'est pas un produit de la nature, mais le fruit de luttes entre des puissances concurrentes pour obtenir le pouvoir d'organiser, d'occuper et d'administrer l'espace. » Gearoid O Tuathail, Critical Geopolitics. En effet, et les hommes se retrouvent écrasés par le rouleau compresseur de l'Histoire, celle qu'on veut bien nous raconter partiellement. Les faits, les circonstances sont changés pour coller à une réalité de pacotille, qui ne souffre pas un examen plus approfondi. « Bobards. Je disais que si nos dirigeants n'aiment pas tellement parler des Balkans, c'est qu'on a vite fait d'avoir une vision manichéenne de la situation.... Personne n'a les mains propres dans ces conflits. Ni les croates, ni les Albanais, personne. Ils étaient tous capables du pire.... » Les Balkans, vite oubliés et pourtant ! Une guerre aux accents moyenâgeux, vengeance de siècles en siècles, mémoire qu'on ranime en permanence comme on gratterait les croûtes d'une plaies pour ne jamais cicatriser. Loi du Talion frappant les coupables mais aussi les innocents au passage, dommages collatéraux. Un coucher de soleil magnifique sur le port crétois de La Canée. En terrasse, il fait bon siroter un fond de Metaxa sept étoiles pour cet homme d'une soixantaine d'années, large d'épaules et avant-bras musculeux. Quelques kilos en trop trahissent le relâchement bien heureux dans lequel se prélasse ce retraité. Il s'en va enfin pour rejoindre son appartement. Soudain, une voix lui murmure un nom à l'oreille qu'il n'a plus entendu depuis des années, trop tard, de la gorge tranchée jaillit le sang, éclaboussant tout sur son passage, emportant avec lui les cris des victimes... Presqu'au même moment, dans le centre historique d'Édimbourg, Fraser Jasmine arrive sur les toits de la John Drummonds School, abandonnée depuis vingt ans, et bientôt restaurée pour créer des logements étudiants. Fraser doit donc inspecter le bâtiment et la maçonnerie, et malheureusement pour lui sujet au vertige, également ce fichu toit. Arrivé au troisième pinacle, ce qu'il voit le terrifie, plus que le vide... Un squelette abandonné depuis des années. C'est l'inspectrice Karen Pirie de l'Unité des Affaires Historiques, flanquée de son adjoint balourd, l'inspecteur Jason Murray, qui est chargée de l'affaire. Celle-ci les mènera à Oxford et en Croatie, dès que l'identité de la victime, tuée d'une balle dans la tête, sera établie. Elle les conduira aussi dans le royaume des morts, des monstres, dans un monde où des criminels de guerre restent impunis pendant que leurs proies crient toujours d'effroi du fond de leur cauchemar ou de leur tombe. Et puis il y a la figure presque théâtrale de l'amante, la femme, l'épouse, qui telle une gente dame attend le retour de son beau Chevalier depuis huit ans, lorsqu'il a disparu de sa vie, d'Oxford où ils vivaient heureux, tournés vers l'avenir. Ce policier est un des plus réussi et bouleversant de Val McDermid, touchant à un drame indicible, indescriptible qu'on pensait impossible 45 à 50 ans après la seconde guerre mondiale : l'histoire tragique aux couleurs Shakespeariennes des Balkans. L'auteure s'appuyant sur les travaux de deux femmes exceptionnelles, Kathy Wilkes, professeur de philosophie à St Hilda's College à Oxford, et du professeur Sue Black, Directrice du centre d'anatomie et d'identification humaine à l'Université de Dundee, peut déployer tout son talent pour émouvoir, effrayer et révolter son lectorat. Toutes deux sont allées sur le terrain, l'une pour enseigner, ayant donc vécu le siège de Dubrovnik, ayant témoigné par ses écrits de ce qui se déroula vraiment dans cette zone de guerre, dont une rue de la ville reconstruite porte aujourd'hui son nom, et l'autre, médecin légiste anthropologue dirigeant l'équipe médico-légale britannique envoyée au Kosovo par le ministère des Affaires étrangères sous l'égide des Nations unies. Combien d'horreurs, d'atrocités ont été perpétrées dans les années 90, qu'ont elles dû voir et répertorier pour que justice soit faite au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie ? Les comptes-rendus de ces deux héroïnes de l'après guerre œuvrant pour la mémoire des disparus ont inspiré l'auteure. C'est donc une fiction quant à l'enquête elle-même, parfaitement menée et maîtrisée jusqu'au bout par l'écrivaine, mais également un récit d'une valeur historique et humaine indiscutable. On sent l'implication personnelle et l'émotion de Val McDermid entre les lignes de ce thriller. L'écriture limpide, claire sans pathos inutile, ajoute à la dramaturgie. Les victimes se tiennent dignes, souvent silencieuses face à l'inexprimable. L'espoir reste en cette nouvelle génération connectée aux autres, via les fameux réseaux sociaux si souvent décriés, qui pourtant rendent l'autre si proche, si semblable. La technologie luttant contre l'obscurantisme d'un autre âge, vieux seulement de 25 à 30 petites années. Quatrième de couverture Des ouvriers découvrent les restes d’un cadavre au sommet d’un immeuble du centre historique d’Édimbourg. À qui appartient ce squelette, et comment est-il arrivé jusque-là ? C’est à l’inspectrice Karen Pirie qu’est confiée la résolution de l’énigme. Entre passé et présent, elle va devoir s’enfoncer plus loin qu’elle ne l’aurait cru dans l’histoire tragique des Balkans, là où couve encore la violence de crimes de guerre inavoués. Val McDermid signe ici un polar sombre, puissant et parfaitement maîtrisé, hanté par le souvenir sanglant des guerres de Yougoslavie des années 1990. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Serre-moi fort
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Serre-moi fort Claire Favan Robert Laffont 2016 384 pages Thriller Chronique 14 février 2018 J'ai été littéralement happée par cette histoire qui commence piano et qui peu à peu dans un crescendo assourdissant, nous bloque les sens, la respiration ! Terrible, cela débute en 1994 aux USA par la disparition d'une jeune fille, Lana, à qui tout souriait, on rencontre ses parents détruits, son frère Nick exemplaire qui va tout prendre en main concernant la vie courante pour éviter le naufrage complet de sa famille. Il souffre terriblement de cette situation, et mériterait lui aussi qu'on le serre fort dans les bras pour le rassurer. Rien donc que du normal dans ce type de tragédie ; les forces de police ne trouvent pas de piste. C'est le vide et le silence insupportables pendant des années. Puis l'obsession du couple, de l'incertitude, va basculer vers la traque d'un serial Killer : l'origamiste. En effet, leur fille aurait reçu, comme les autres victimes, un origami d'un admirateur secret, avant de s'évanouir dans la nature. 20 ans après, le lieutenant Adam Gibson, veuf depuis peu, père de deux enfants traumatisés, fait en sorte de continuer à travailler pour ne pas sombrer. Il est chargé de l'enquête sur l'effroyable charnier retrouvé dans une grotte de l'Alabama. Il faut identifier toutes les mortes. L'origamiste est en prison mais doit-on lui imputer aussi ces meurtres ? Adam a-t-il les épaules suffisamment larges pour une telle mission, ne prend il pas le risque de perdre définitivement ses enfants, et surtout lui-même ? Son adversaire est pervers, d'une rare intelligence et sans aucune limite en terme de torture mentale. C'est donc soudain un thriller sous forme de duel psychologique, je dirai même psychiatrique, qui commence. Terrifiant récit, cependant non dénué d'humanité et de beauté. Certaines scènes sont à la limite de l'insoutenable mais nécessaires pour comprendre les décisions de chacun jusqu'au final époustouflant et magistral. Le monde est vu à travers le prisme déformant du regard d'un déviant cynique, cruel. Pourquoi en est-il arrivé là ? Sa nature profonde ou la résultante d'un passé traumatisant. La question reste posée, même après avoir fermé ce livre. Nous sommes piégés avec les victimes, avec Adam, entre les murs d'une prison asphyxiante, cherchant une issue. Plusieurs fois, nous sommes emportés dans un grand huit, attention au vertige. C'est un thriller puissant, sans concession, heureusement avec quelques rayons de lumière, d'espoir. Quatrième de couverture Serre-moi fort." Cela pourrait ressembler à un appel au secours. Du jeune Nick, tout d'abord. Victime collatérale de la disparition inexpliquée de sa sœur, contraint de vivre dans un foyer brisé et entre deux parents totalement obsédés par leur quête de vérité. Il aimerait tant que sa mère le prenne dans ses bras... D'Adam Gibson, ensuite. Policier chargé de diriger l'équipe qui enquête sur la découverte d'un effroyable charnier dans l'Alabama, il doit identifier les victimes – toutes des femmes – et tenter de remonter jusqu'au tueur, qui a savamment brouillé les pistes. Si Adam parvient à cerner quelques-unes de ses motivations, c'est à peu près tout. Et il prend le risque de trop qui le jette directement dans les bras du tueur. Commence alors entre eux un affrontement psychologique d'une rare violence... N'entendez-vous pas leur appel désespéré quand tous murmurent : « Serre-moi fort » ? Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Dans l'ombre
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Dans l'ombre Arnaldur Indridason Métailié 3 février 2017 352 pages traduites par Eric Boury Thriller et polar Chronique 15 juillet 2017 Tome 1 donc de la Trilogie des ombres dont le deuxième opus sortira en octobre prochain. Déjà dans le Lagon noir, l'auteur abordait le sujet de la main mise des américains sur le territoire islandais depuis 1940, cette omnipotence des USA qui s'est prolongée jusqu'à aujourd'hui. Ce point épineux de l'Histoire a été traité également par plusieurs écrivains ou scénaristes nordiques. Tout autant, les expériences génétiques et recherches sur l'origine de la race aryenne par les nazis sont des thèmes récurrents qui nous éclairent, nous européens sudistes, sur ce qui se déroula dans les pays du nord. La parole est à la vérité, à la prise des responsabilités des gouvernements, sur ce qui fut fait alors en terme d'allégeance et accords avec les délires de Hitler et ce, bien après la fin du conflit mondial. Les thrillers de guerre ou d'espionnage sont d'une importance capitale en tant que genre littéraire, mais aussi comme moyen efficace de dénoncer et de rappeler à tous ce qui fut perpétré pour gagner, être vainqueur dans les deux camps. Evidemment le rappel des actes posés par les nazis pour défendre l'idée inacceptable de la supériorité d'une race sur d'autres et de l'eugénisme est plus que d'actualité, malheureusement, mais aussi faut-il se souvenir des décisions discutables prises par les alliés au détriment des populations de civils sous le prétexte que tous les moyens étaient bons pour gagner. Cela donna lieu à la guerre froide et au terrorisme, d'autres formes modernes de conflits internationaux. Je pense à Dossier 64 de Jussi Adler Olsen, à Block 46 de johana Gustawsson, à L'homme est un dieu en ruine de Kate Atkinson, à L'affaire Caravaggio de Daniel Silva et de bien d'autres, comme la série Borgen lorsqu'elle consacre tout un épisode au Groenland, etc..... Incontournables. Ainsi, Reykjavik en été 1941, les américains viennent s'installer sur les bases militaires, suivant de près les anglais. Cette invasion mal vécue par certains islandais ne l'est pas forcément par certaines femmes qui y voient leur ticket vers la liberté, c'est l'Islande de "Situation" qui fracture l'île. Cette société de pêcheurs et d'agriculteurs est profondément bouleversée par cette présence anglo- américaine. Bien que le parti nazi soit dissout, les conséquences désastreuses de la pensée hitlérienne perdurent, certains continuent à rechercher les origines du mythe et de la pureté de la race aryenne en Islande. Dans ce contexte un représentant de commerce est retrouvé dans un appartement en sous sol de Reykjavik, tué d'une balle de colt américain. On nomme Flovent le seul enquêteur de la police criminelle islandaise, ex-stagiaire à Scotland Yard, assisté par Thorsen, canadien d'origine islandaise parfaitement bilingue. Malgré les bâtons dans les roues des autorités militaires anglaises, les réactions violentes de certains témoins ou acteurs de cette histoire, le tandem tient bon et ne s'arrête pas aux apparences. Très bonne mise en place donc pour cette trilogie sur la seconde guerre mondiale vécue par l'Islande. Pour nous une oeuvre originale et étonnante magistralement écrite et construite. Quatrième de couverture Un représentant de commerce est retrouvé dans un petit appartement de Reykjavik, tué d’une balle de Colt et le front marqué d’un “SS” en lettres de sang. Rapidement les soupçons portent sur les soldats étrangers qui grouillent dans la ville en cet été 1941. Deux jeunes gens sont chargés des investigations : Flovent, le seul enquêteur de la police criminelle d’Islande, ex-stagiaire à Scotland Yard, et Thorson, l’Islandais né au Canada, désigné comme enquêteur par les militaires parce qu’il est bilingue. L’afflux des soldats britanniques et américains bouleverse cette île de pêcheurs et d’agriculteurs qui évolue rapidement vers la modernité. Les femmes s’émancipent. Les nazis, malgré la dissolution de leur parti, n’ont pas renoncé à trouver des traces de leurs mythes et de la pureté aryenne dans l’île. Par ailleurs on attend en secret la visite d’un grand homme. Les multiples rebondissements de l’enquête dressent un tableau passionnant de l’Islande de la “Situation”, cette occupation de jeunes soldats qui sèment le trouble parmi la population féminine. Ils révèlent aussi des enquêteurs tenaces, méprisés par les autorités militaires mais déterminés à ne pas se laisser imposer des coupables attendus. Dans ce roman prenant et addictif, le lecteur est aussi fasciné par le monde qu’incarnent les personnages que par l’intrigue, imprévisible. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Le portefeuille rouge
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le portefeuille rouge Anne Delaflotte Mehdevi Gaïa 2015 284 pages Roman Chronique 5 juillet 2017 Anne Delaflotte Mehdevi a vécu pendant plusieurs années à Prague où elle était Relieur parallèlement à son travail d'écrivain. Elle a rédigé aussi La relieuse du gué qui précède ce tome, en 2008, Fugue en 2010 et Sanderling en 2013. Toujours un immense plaisir à me replonger dans l'atmosphère des ateliers d'arts quels qu'ils soient, j'aime ces journées à la table pour créer, inventer, réparer et faire perdurer les traditions tout en innovant. Ce fut ma vie il y a longtemps, et j'ai toujours une grande joie à me mettre au travail pour créer un récital, l'écrire, le dessiner, décors et costumes compris. J'aime la journée en silence sans conscience du temps, tournée vers la naissance de la beauté intemporelle. J'aime la page blanche, l'odeur des livres et du papier, le crissement de la mine du crayon au fur et a mesure que l'idée surgit et se précise. Donc évidemment ce livre qui se déroule dans le monde merveilleux de la reliure mais qui évoque aussi le personnage énigmatique de Shakespeare, ne pouvait que me séduire. Je ne suis pas déçue, il est vrai que je m'attendais à plus de description du métier lui-même, mais ce n'est pas vraiment le cas car le principal ressort de cette intrigue est le suspense. Astride Malinger relieur doreur célébrissime, aux sautes d'humeur déroutantes, entre un jour dans l'atelier de Mathilde. Son travail sur la restauration des papier a eu l'heur de plaire à cette femme acariâtre et difficile. Astride vient donc lui proposer une collaboration de quelques jours sur un ouvrage prestigieux . Piquée par la curiosité et par le besoin d'argent, elle accepte ce travail commun dans l'atelier de la virago pour un montant précis. Le secret doit être complet jusqu'à ce que le livre soit restauré et relié pour une mise en vente en fanfare chez Sotheby's. Mais le travail terminé au bout d'une semaine, Astride réserve une très mauvaise surprise à notre héroïne. Mais celle-ci trouve alors une solution inattendue pour se sortir de ce mauvais pas et s'éloigner au plus vite de cette femme haïssable. Cette dernière accepte la proposition de Mathilde car elle a été incapable, pleine de morgue et de fatuité, de remarquer un détail exceptionnel qui n'a pas échappé à l'oeil et l'instinct de la jeune relieuse amoureuse de la littérature. Mathilde part donc avec sous le bras un portefeuille rouge au contenu bien mystérieux. Soudainement sa trajectoire va être déviée l'obligeant à affronter des dangers, mais lui réservant aussi de grandes joies. Comment tout ceci va se terminer ? Quelle sera la réaction de Astride ? Que contient le portfolio en cuir du XVIIème siècle ? Bientôt le retour sur La relieuse du gué.... Quatrième de couverture Les doigts habiles de la relieuse du gué viennent de se poser sur un vrai trésor, un exemplaire du Premier Folio de Shakespeare, découvert par une consœur acariâtre. Voilà un travail de restauration inédit pour Mathilde. D'autant qu'un trésor peut en cacher un autre, si l'on gratte la poussière des papiers anciens, si l'on déchiffre les traits de plumes à l'encre passée. Si l'on ouvre le portefeuille rouge. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Le cannibale de Crumling Road T2
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le cannibale de Crumling Road T2 Sam Millar Seuil Policiers 8 janvier 2015 304 pages traduites par Patrick Raynal Thriller et Biographie Chronique 7 mai 2017 Le Titre original est « The dark place » que je préfère vraiment puisque l'intitulé français oriente déjà l'idée que le lecteur aura du récit. D'autant plus qu'il ne s'agit pas au sens strict de cannibalisme. C'est la deuxième enquête de Karl Kane après « Les chiens de Belfast », où on a rencontré les différents personnages récurrents de la trilogie et où on découvre la ville de Belfast assez méconnue pour les français. Suivra « Un sale hiver ». Le récit commence par la requête d'une jeune fille Géraldine à la recherche de sa sœur Martina disparue depuis deux semaines. Karl et Naomi sa secrétaire-compagne sont très touchés par cette détresse. L'affaire fait écho à d'autres corps d'adolescentes et de très jeunes femmes torturées, atrocement mutilées, le foie et les reins ayant été retirés. Pourquoi ? Quelle perversion anime le serial-killer? Une piste à peine croyable leur sera donnée par leur amie Ivana ...La police reste sourde et muette a l'instar de l'ex beau frère de Karl, Wilson. Mais soudain tout bascule dans l'horreur la plus indicible, Karl et ses proches vont être directement impliqués, car ils sont maintenant dans la ligne de mire du tueur enragé et jusque là intouchable. La fureur de Kane sera son arme et son moteur pour remonter la piste jusqu'à Crumblin Road. J'ai littéralement dévoré ce thriller très noir où toujours des moments de lumière, de tendresse, et d'humour caustique aux formules dignes d'un Audiard irlandais sont ménagés par l'auteur. Cette course éperdue contre le temps, nous le fait remonter jusqu'à des années où Belfast était le théâtre de violences, de terreurs, de méthodes inhumaines des forces de la police, d'une guerre sans merci. Il y a là indirectement un témoignage historique et personnel d'une époque restée gravée dans la mémoire de l'écrivain et de tous les Irlandais. Quatrième de couverture Pour sa deuxième enquête, après Les Chiens de Belfast, Karl Kane, privé coriace, cinéphile et cabossé, est confronté au Mal en personne. Dans Belfast qu'épuise une vague de chaleur inhabituelle, un prédateur s’attaque à de très jeunes femmes, des junkies, des laissés-pour-compte de la société. À chaque corps retrouvé atrocement mutilé, il manque le foie et les reins. Il apparaît bientôt que le tueur est animé par une perversion très singulière… Initiée par la plainte d'une cliente dont la sœur a disparu, l'enquête de Kane prend soudain un tour personnel et spécialement dramatique qui durcit sa motivation. Ce ne sera pas toutefois une mince affaire que d’épingler son suspect, membre estimé de l'establishment : l'aveuglement délibéré, voire la mauvaise volonté de la police locale sont autant de bâtons dans ses roues. Mais la rage est un moteur puissant, et Kane, ce « faux dur à l’humour ravageur », ne craint pas les coups...Influencé par la BD, Sam Millar décrit ici des scènes violentes et graphiques qui sont autant d'uppercuts, tempérés il est vrai par des dialogues drôlement corsés. Né à Belfast en 1958, Sam Millar a fait de la prison en Irlande du Nord comme activiste politique et aux États-Unis comme droit-commun. Libéré, il est rentré à Belfast pour écrire. Son expérience est relatée dans On the Brinks (Seuil, 2013), récompensé par un Trophée 813. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs















