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- Une empreinte sur la terre
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Une empreinte sur la terre Pramoedya Ananta Toer ou Pram Zulma 2018 669 pages traduites par Dominique Vitalyos Historique Chronique 2 février 2019 Troisième tome de la tétralogie ou Buru Quartet.« Le monde des hommes » et "Enfants de toutes les nations" sont les titres des deux premiers opus. Début du XX ème siècle, Java, nous retrouvons Minke se présentant à l'école de médecine destinée aux indigènes. Éduqué, de par sa très grande intelligence et la position de son père, dans une école néerlandaise, donc à l'européenne, s'étant fait remarqué par ses premiers articles en néerlandais puis en malais, il est écartelé entre les deux civilisations, entre les deux langues. Il a adopté les vêtements des blancs mais arrivé dans ce lieu de formation, il doit reprendre les vêtements malais et rester pieds nus. Une insulte pour lui, tout ça pour être ensuite un médecin gouvernemental sous payé. Bien vite il comprend qu'être médecin n'est pas sa vocation. Les articles qu'il a déjà écrits ont fait de lui une personnalité et lui ont permis de se créer tout un réseau de relations utiles. Ainsi est-il invité dès son arrivée à l'école à un repas en présence du gouverneur général des Indes néerlandaises et du vainqueur et boucher de la guerre d'Aceh. Les autochtones ont perdu, ont été massacrés. Bali sera la prochaine étape visée par les colonisateurs. La rencontre avec l'assassin hollandais ne sera pas la dernière, celui-ci étant nommé plus tard gouverneur général. Minke intrigue énormément, autant ses frères que les occupants. Son destin va basculer lorsque, pour honorer une promesse faite à un ami chinois décédé depuis, il ira porter la dernière lettre écrite par le défunt à sa fiancée. Il découvre une jeune fille délicate, certainement en mauvaise santé, vivant de rien dans ce pays étranger, enseignant le chinois et l'anglais à des enfants de compatriotes également exilés. Il tombe vite amoureux de Mei, qui sous sa fragilité cache une volonté de fer et œuvre dans l'ombre avec des camarades contre l'impératrice chinoise. Elle est aussi séduite par ce futur médecin dont elle ouvre peu à peu la conscience politique ; elle l'aide afin qu'il puisse trouver enfin sa place réelle entre indigènes, tous blancs, et sangs mêlés. A partir de cet amour naissant, nous allons suivre le parcours psychologique, politique et patriotique de Minke : en 1906 il crée, inspiré par Mei, une association du nom de Syarikat Priyayi, qui est légalement une personne juridique égale à n'importe quel individu européen. C'est d'abord un succès : un journal, une fondation, des écoles, une assistance juridique et sanitaire voient le jour. Mais Minke a commis une erreur en n'invitant que des priyayis, des indigènes éduqués travaillant pour l'administration néerlandaise, car ceux-ci vivant dans une certaine sécurité, dépendant du pouvoir en place, cultivent une nonchalance coupable. Il aurait dû destiner cette association aussi aux agriculteurs, commerçants, entrepreneurs, étudiants. Les priyayis ne payent pas leurs cotisations, les fonds manquent. Malgré cela, les idées véhiculées par le journal en malais qui deviendra un quotidien sous le nom de Medam lu jusqu'à Paris, inquiètent les autorités et en particulier le nouveau gouverneur général des Indes. Il tente de circonvenir Minke en vain, puis des menaces se font plus précises et d'anciens ennemis refont surface, entre autres un sang mêlé, envieux des succès et de l'intelligence de cet indigène ne sachant resté à sa place. La guerre contre Bali commence, les consciences de tous, surtout celle de Minke, enfin clair avec lui-même et ses frères, se réveillent s'inspirant de " liberté égalité fraternité" gravé aux frontons des mairies françaises. Le combat pour l'indépendance est à ses débuts. Un troisième tome de ce Buru Quartet passionnant, plus aisé à lire peut être parce que je suis maintenant familiarisée avec ce style littéraire un peu précieux, dans les dialogues principalement, illustrant ainsi parfaitement ces années 1900 et la complexité des traditions de respect et de hiérarchie malaisiennes. Lorsqu'on relit la biographie de Pramoedya Ananta Toer, on est d'autant plus admiratif de l'auteur et de son œuvre majeure et essentielle pour l'humanité entière, défendant la liberté et l'indépendance de son île, de ses compatriotes. Une fresque historique nécessaire ! Quatrième de couverture Enfin la terre de Betawi se déploie sous mes pieds. J’inspire profondément l’air du bord de mer. Adieu, navire, adieu, mer, adieu à tout ce qui fait partie du passé, sans excepter les expériences des jours sombres. Adieu. Je pénètre l’univers de Betawi et j’entre dans le XXe siècle. À toi aussi, XIXe, adieu ! Je suis venu m’affirmer, chercher la grandeur et le succès. » Voici Minke en homme nouveau. Laissant derrière lui Surabaya pour la capitale des Indes néerlandaises, il entre à l’école de médecine – la seule école supérieure ouverte aux Indonésiens. Triste reflet du système en place : Minke doit renoncer à ses vêtements européens pour se vêtir à la mode javanaise, et marcher pieds nus. Où que Minke se tourne, même dans les cercles hollandais réformateurs, il se heurte au mur de la domination coloniale, à l’exploitation des terres et des hommes au service de l’industrie sucrière. Mais le sésame est ailleurs – dans cette lettre qu’il doit remettre à Mei, une jeune chinoise militante. Grâce à elle, Minke passe à l’action : il crée un premier syndicat, une association pour l’éducation des masses, un journal indépendant en malais ... L’heure de la révolution a sonné ! Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Enfants de toutes les nations
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Enfants de toutes les nations Pramoedya Ananta Toer ou Pram Zulma 2 mars 2017 501 pages traduites par Dominique Vitalyos Historique Chronique 24 juin 2017 Deuxième tome du Buru Quartet. Une histoire javanaise, une comédie humaine au tournant du XXe siècle à la mesure des peuples et du monde moderne, c'est une oeuvre majeure de ce grand homme de la littérature internationale, dont la voix porte loin les cris et les souffrances du peuple javanais et de tous les peuples sous domination coloniale. Ce récit fut celui conté par Pram à ses compagnons du bagne de l'Ile de Buru. Donc début XXe siècle, Surabaya en Indonésie, ère de modernisme, apparition du mot Capital, du vélocipède, de la contestation des colonisés, opprimés en Indonésie par les indigènes éduqués pourtant par les européens, dans une pensée blanche. A l'instar de ces premiers libérateurs, notre héros du tome « Le monde des hommes » Minke, sorti tout juste de l'école HBS, jeune journaliste et écrivain en langue néerlandaise, prend conscience de ce que vivent vraiment le peuple javanais le plus modeste, les femmes, les cultivateurs de riz, au moment où sa jeune épouse Anneliese métisse, lui est enlevée par un demi frère jaloux, où son mariage est même annulé par les autorités néerlandaises en raison de son état d'indigène. Un tsunami psychologique et profond de ce qu'il est lui le javanais 100% à la pensée presque néerlandaise, lui qui ne connait pas vraiment son île et ses habitants. Une vraie remise en question, une mise en abîme afin de devenir l'homme de lettres et le journaliste en malais enfin, pour être compris de ses frères. En cela il est soutenue par sa belle mère Ontosoroh, ancienne concubine d'un propriétaire néerlandais de plantation de canne à sucre mort dans l'infamie, père de Anneliese et en secret chef de famille auparavant à Amsterdam. Son premier fils néerlandais va donc spolié Ontosoroh de la plantation. Révoltée cette femme admirable va tout faire pour que Minke ouvre les yeux et l'emmener à la découverte des campagnes. Il va être bouleversé pour toujours par le destin de la très courageuse Surati qui vendue par son père, le frère de Ontosoroh, au directeur de la sucrerie, va se venger en attrapant la petite vérole et en la lui transmettant; ou par Trunodongo paysan qui se voit acculé par la sucrerie, qui veut lui louer pour une misère ses dernières terres où il cultive le riz. Toutes les mesures coercitives et les menaces sont utilisées pour le faire plier mais il résiste. C'est donc bien à l'avènement d'un nouvel homme, un nouveau javanais du monde moderne et en révolte, que nous convie Pram avec le lyrisme et la beauté de l'écriture que nous lui connaissons. Quel humaniste, quel héros réel nous rencontrons là par le biais de ses écrits ! Le troisième tome va bientôt être édité. Quatrième de couverture Voici le nouveau volet d’une histoire qu’on voudrait sans fin tant elle est captivante et considérable. Où l’on entre pour ne plus en ressortir, sinon heureux d’avoir intimement perçu, à travers la conscience en éveil d’un homme singulier, la comédie humaine à la mesure des peuples et du monde moderne. Avec ses rouages bien rodés d’oppression et de domination. Minke est un jeune journaliste javanais hautement prometteur, cultivé, curieux, détonnant produit du colonialisme hollandais qui tient encore l’Indonésie sous sa coupe. Nyai Ontosoroh, ancienne concubine d’un riche colon, a tout appris à la source de la vie elle-même. Femme puissante, respectée, elle est en passe de perdre son immense domaine par une injustice implacable. L’un et l’autre ont en partage une détermination sans bornes et une grande humanité : le combat n’en est qu’à ses débuts. Minke commence seulement à saisir le sens de l’Histoire qui se fait sous ses yeux... Par sa richesse romanesque et cette imposante clarté du propos – intellectuel, politique, humain –, Enfant de toutes les nations est une œuvre majeure, publiée en français pour la première fois, et directement traduite de l’indonésien. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Le monde des hommes
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le monde des hommes Pramoedya Ananta Toer ou Pram Zulma 2017 500 pages traduites par Dominique Vitalyos Historique Chronique 26 mai 2017 Premier tome du Buru Quartet. Raconté par Pram lors de son incarcération à la prison de Buru à ses codétenus en 1973 et écrit finalement en 1975.Que je suis en colère, révoltée et dans une grande tristesse à la fin de ce premier tome de la tétralogie consacrée par l'auteur à Minke son héros jumeau ! Comment imaginer que cet écrivain essentiel à notre culture universelle ait passé 17 ans enfermé, si j'ai bien compté, et avec le statut de prisonnier politique à vie ? Comment a-il eu la force de continuer à lutter par ses écrits et son engagement politique ? Né en 1925 décédé en 2006, 81 ans de cette vie inouïe de violence et de guerre incessante pour ce géant des lettres indonésiennes ! Cela m'inspire un respect et une admiration sans borne. Donc Ile de Java, 1898, sous domination coloniale néerlandaise. Minke javanais, journaliste et écrivain débutant, étudiant dans la célèbre école HBS, donc éduqué à l'européenne en raison de son extrême intelligence bien qu'« indigène », fait la rencontre d'une de ses compatriotes, Nyai Ontosoroh, concubine d'un blanc Hermann Mellema, et de leur fille métis Annelies. La société se compartimente entre les tout-blancs, les métis et les « indigènes » avec les mêmes interrogations, injustices et hiérarchie aberrante selon la couleur de peau, que dans tous les pays colonisés quelque soit le continent ou l'envahisseur. (là j'ai une pensée émue pour mes 5 cousins franco-ivoiriens pour qui le choix du noir ou du blanc s'est posé selon le pays où ils étaient pour se faire accepter). Les femmes vendues comme esclaves concubines par leurs familles, comme Nyai, sont inférieures à tous et même à leurs propres enfants sangs mêlés selon la loi néerlandaise. Le blanc peut reconnaître ses enfants mais leur mère ne sera jamais considérée comme telle par la justice blanche. C'est insupportable ! Ce récit est aussi celui de la destinée d'un peuple à travers celui de Minke, symbole vivant des javanais de la première moitié du XXème siècle.Les personnages de Jean Marais peintre français père d'une petite métis, de Magda Peters professeure de littérature néerlandaise en rupture avec le colonialisme de Amsterdam, de la famille de Minke traditionaliste et surtout de sa mère, figure courageuse d'un matriarcat déguisé, de Herbert de la Croix et de ses deux filles essayant d'aider Minke, ainsi que des amis ou élèves d'HBS, forment une galerie de portraits bouleversants et inoubliables. Page 303 un très beau discours de Magda quant aux origines métissées des européens, et page 404 « la notion de Nelanga désignant un sentiment de complète solitude au milieu de ses semblables comme s'ils étaient des étrangers. Lorsqu'on est conscient de supporter le même soleil, mais de subir seul la brûlure de son propre Coeur. » Histoire donc d'un éveil à l'amour, à la conscience nationaliste, avec le besoin irrépressible de changer le monde et de lutter pour la justice et la liberté font le terreau de ce livre et de toute l'oeuvre de cet auteur : témoignage incontournable et indispensable à notre humanité et notre humanisme. A noter le « Choix linguistique de Pram comme de son héros en passant du javanais féodal au néerlandais vecteur de modernité avant d'opter enfin pour le malais. »La traduction de l'indonésien par Dominique Vitalyos d'après la traduction initiale de Michèle Albaret-Maatsch. Quatrième de couverture C'est une longue et belle histoire que « Pram » racontait à ses compagnons de détention sur l'île de Buru. Une hiloire aventureuse et romanesque qui nous emmène à Surabaya, en Indonésie, au tournant du XXe siècle. Minke, jeune journaliste brillant et curieux de tout, y croise le devin d'Ontosoroh, la concubine d'un riche colon hollandais. Tous deux sont javanais et rêvent d'une liberté enfin conquise contre un régime de haine et de discrimination, celui des Indes néerlandaises. Deux personnages extraordinaires, aussi attachants que singuliers ― au regard d'un monde qui mûrit sa révolution... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Orfeo
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Orfeo Richard Powers Cherche Midi 2015 424 pages traduites par Jean-Yves Pellegrin Roman Chronique 4 décembre 2017 3 h du matin en ce 25 décembre 2017, ce livre se mérite et le lâcher en cours de route n'est tout simplement pas possible, puisque c'est un long continuo sitôt la porte ouverte sur les premières lignes.Grand, grand livre, certainement pas facile d'y plonger pour tout le monde, tant les connaissances et les références musicales du répertoire classique, et contemporain en l'occurrence, de Richard Powers sont grandes, impressionnantes de prime abord. Mots et vocabulaires musicaux justes et techniques mais surtout, et c'est là pour moi le miracle renouvelé du roman " Le temps où nous chantions" étourdissant et chamboulant, une incroyable capacité à décrire la Musique, ses lignes, ses fractures, son impact sur nous émotionnellement et intellectuellement avec une simplicité incroyable. Je n'ai jamais lu de texte aussi bouleversant, autant que furent certaines premières écoutes d'oeuvres découvertes un jour et qui m'ont laissée pantelante. Le postulat d'entrée n'est pas exempt d'humour cynique. Peter Els, compositeur à la retraite de soixante dix ans, s'est amusé par ennui peut-être et sûrement par jeu intellectuel, à introduire des fichiers musicaux dans l'ADN humain.Il appelle un jour la police car son vieux chien est mort et il n'a su que faire. Les deux policiers, symboles parfaits de cette Amérique paranoïaque, visite l'air de rien la maison et découvre son petit laboratoire d'amateur foldingue. Suspicion, et tout s'emballe ; le lendemain en revenant chez lui il découvre les voitures des forces de l'ordre et des experts scientifiques vidant sa demeure consciencieusement pour analyse. Il est devenu en une nuit le Bach de l'écoterrorisme. La sécurité nationale est persuadée qu'il est lié à des morts par infections bactériologiques suspectes dans un hôpital voisin. Peter panique, et le voilà parti sur les routes dans un roadmovie imposé par les circonstances. Peu à peu, il se souvient de tout son parcours, de certains événements historiques musicaux, de certaines de ses œuvres ou d'autres compositeurs (Cage, Messiaen, Rachmaninov....) . Il se pose évidemment les questions fondamentales sur le but réel de sa vie, sa création, ses erreurs avec sa fille, de sa propre responsabilité quant au public et les générations à venir en écrivant une musique trop aseptisée, ou pas assez, ou engagée politiquement ou non. Il est un enfant du XXE siècle et en paye la facture. Un grand moment d'une rare justesse est l'histoire de Chostakovitch considéré par Staline, critique auto-proclamé, comme terroriste, subversif, alors que son opéra « Lady Macbeth de Mzenks » est depuis deux ans un succès. Pour Staline, un« tohu bohu » inacceptable. Fabuleuse description de toute la soirée de création de sa Symphonie n°4 où le public haletant attend de savoir si l'oeuvre sera dénonciatrice du pouvoir en place ou une allégeance au dictateur.Évidemment on fait le parallèle : l'art jugé comme arme de transgression et de révolution sous le communisme, mais également aujourd'hui par les gouvernements en place. Je ne peux être que profondément reconnaissante à cet auteur de m'avoir ouvert, par cette fiction sublime, les accès enfin à la musique contemporaine. Musicienne, chanteuse, interprète, ce répertoire me fit toujours peur. Je ne fus pas très courageuse bien que le hasard m'ait mise face aux oeuvres de Berg, Schoenberg, Copland, Finissy et les russes évidemment du début du XXE siècle jusqu'à 1980. J'aurais dû persévérer vers l'inconnu. Toutes les recherches des compositeurs dès 1950 pour un nouveau langage musical libéré des règles d'harmonie ou de notations anciennes et obsolètes, me sont passées au dessus de la tête. D'autant plus dans la musique non vocale sans narration réelle, quelques fois. Peut-être parce-que je suis née en même temps que cette musique, n'ai-je pas eu le temps de la digérer. Il reste que certaines œuvres me sont totalement étrangères et le resteront. Pourquoi parler de mon ressenti qui n'a d'importance, et encore, que pour moi-même ? Tout simplement en raison d'un des thèmes centraux de ce roman. Comment pour un compositeur de cette époque créer des œuvres novatrices, coupées de la tradition et des prédécesseurs considérés comme trop romantiques ou dépassés par l'intelligentsia américaine entre autres ? Une musique événementielle, intello, savante, mathématique et scientifique va naître, brisant tout lien avec la tonalité, le compréhensible, une partie du public aussi, dans une époque de violence inouïe entre luttes pour les droits civiques, assassinats de Luther King et des deux Kennedy, guerre du Viêtnam, guerre froide, nucléaire..... La société perd la tête, on essaie de sauver la raison, de ne pas devenir dingue ; la musique et les arts deviennent, sous couvert de totale liberté d'expression, aseptisée et éloignée de l'émotion. L'émotionnel justement est presque vulgaire ; la recherche du Graal telle qu'entreprend de mener à bien le héros de ce livre, Peter Els, sera sans concession ; il va tout y sacrifier, sa femme, sa fille, lui-même... Un long texte sans pause ni chapitre, brisant les codes littéraires à l'instar des compositeurs contemporains avec les règles d'harmonie. Une seule accentuation : des phrases comme des haïkus ou des vérités soudaines dans une autre police, entre deuxlignes,ponctuantdansunetroisièmedimensioncettenarrationbasculantdéjàentrelepasséetl'actualitédePeter. On a ainsi trois niveaux de lecture. On découvre seulement à la fin la nature de ces textes courts, ovnis étranges. Le passage le plus impressionnant est celui consacré, à partir de la page 125, à la première audition du « Quatuor pour la fin du temps » d'Olivier Messiaen au Stalag VIII-A dans le camps de Gorlitz, le 15 janvier 1941. Création par « un agnostique au tempérament égal, un athée aux humeurs sombres, un catholique messianique et un juif troskiste, courbés sur les parties de cette pièce récalcitrante » devant une centaine de prisonniers qui iront bientôt mourir dans les fours de Hitler. ( L'auteur remercie Rebecca Rischin qui a décrit toute cette période de répétition et le concert dans « Et Messiaen composa » ). Je finirai par ces deux lignes toujours en page 125 : « Tout ce que ma musique a voulu faire, c'est percer du Toujours dans le mur du Maintenant. » Emue ! Quatrième de couverture Un soir, la police sonne à la porte de Peter Els, compositeur solitaire à la vie bien rangée. La Sécurité nationale veut l'entendre à propos d'une infection bactériologique dans un hôpital voisin. Bien qu'il n'ait rien à voir avec cette affaire, Peter, affolé, prend la fuite. La rumeur commence à enfler, relayée par les médias : on le soupçonne d'être un terroriste. Sa vie bascule. Durant son long voyage à travers le pays, Peter va mettre à profit cette mésaventure pour renouer avec toute la puissance de son art. Le plus beau roman sur la musique depuis Le temps où nous chantions. La traduction a reçu le prix Maurice-Edgar Coindreau en 2016 Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- L'écho du temps
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'écho du temps Kevin Powers Delcourt 9 oct. 2019 264 pages traduites par Carole d'Yvoire Historique Chronique 23 juillet 2020 Titre original est « A Shout in the Ruins », Grand Prix de Littérature Américaine 2019 . « Nous naissons en oubliant, et bientôt notre naissance et notre enfance deviennent des rêves dont nous ne pouvons plus nous souvenir. C'est une grâce que la nature nous accorde, l'un de ses rares cadeaux, parce qu'elle nous laisse croire que nous ne sommes pas faits d'un bloc, que nous aurons notre mot à dire, quand, en réalité, notre fin est écrite longtemps avant notre début. » Vous voilà projetés soudain en Virginie perdus dans un brouillard qui recouvre une Terre où reposent les corps des suppliciés, des guerriers, des esclaves et de leurs bourreaux, une Terre où s'élevait jadis la Plantation Beauvais juste avant la Guerre civile ou de sécession, une Terre où un vieil homme, George Seldom près de cent ans après, se dresse afin de se souvenir et comprendre qui il est .... Une atmosphère crépusculaire, poudrée nous enveloppe tout au long de ce drame terrible et splendide ; l'odeur de poudre, de sang, de mort perdure comme en écho de ce temps où la folie, la cruauté, l'impensable pouvaient s'abattre sur des innocents, persuadés que les évènements ne pourraient qu'empirer jour après jour. Une ère de désolation où le malheur est inéluctable pour ceux qui ne sont pas blancs, mais aussi pour les petits propriétaires de plantations qui seront, après la défaite, déshonorés, condamnés, expulsés de chez eux ; les cartes ont été rebattues, un nouvel équilibre des forces s'établit dans la violence et la douleur... Cet instant d'après guerre est idéal pour la vengeance et les exécutions sommaires. L'Histoire s'emmêle avec le destin d'inconnus qui voient d'un coup une opportunité pour se libérer, fuir et enfin espérer... Qu'ils soient esclaves, petits propriétaires ou épouse de planteur c'est l'instant T qu'ils ne peuvent rater. Et au milieu de cette tourmente, des enfants innocents.... Comment ceux-ci vont ils réussir à survivre ensuite ? Quelle mémoire consciente ou imprimée insidieusement dans chaque fibre de leurs corps va se manifester pendant le reste de leur existence et en influencer le cours ? Un roman dédoublé entre 1863/65 et les années cinquante, charnel, violent, nous plongeant dans la psyché tourmentée de chaque figure majeure de ce drame particulier et si universel... l'écho des voix du passé de l'Amérique nous attire irrémédiablement, nous voulons comprendre ce qui s'est réellement joué sur cette Terre de Virginie, qui a tué le maître de la plantation Beauvais, ce pervers de Levallois à l'âme si noire, à l'esprit si malsain se repaissant des tortures qu'il inflige à tous. Est-ce son épouse Emily Reid Levallois la coupable ? Ou le père de cette dernière, Bob, spolié de son bien par son gendre alors qu'il était sur les champs de bataille? Ou enfin Nurse et son époux Rawls, ses esclaves rêvant de liberté ? « Quelle empreinte laissons-nous sur terre » en effet ? Reinhold Niebhur dans « Beyond the tragedy » écrit : "Un des aspects les plus pathétiques de l'histoire de l'humanité réside dans le fait que chaque civilisation s'exprime avec le plus de prétention, renforçant ses valeurs universelles et partielles avec le plus de conviction, réclamant l'immortalité de son existence limitée, au moment précis où le déclin qui mène à la mort a déjà commencé. » Une immortalité qui est offerte ici par l'auteur à ces ombres renaissantes grâce à son imagination, sa générosité de coeur, son humanisme, son expérience de la guerre, des combats, de l'indicible, et par dessus tout, son talent immense de narrateur et sa plume splendide. Tout est d'une effroyable et immense beauté dans ce roman... Les noms de chaque protagoniste resteront gravés à jamais en moi.... C'est l'oeuvre d'un artisan d'art surdoué, humble, dans la lignée des plus grands auteurs américains, tout en ouvrant la voie à un renouveau.... C'est bouleversant et enthousiasmant à la fois. Texte court qui vous demandera une extrême attention et un cœur bien accroché. Quatrième de couverture J’ai grandi à Chesterfield County en Virginie. Au bout de ma rue, je pouvais apercevoir un champ et les ruines solitaires d’une plantation, datant d’avant la Guerre Civile, qui se détachaient au milieu de la banlieue en expansion de Richmond. Une image qui m’habite encore aujourd’hui. Cette plantation est au centre du second roman de Kevin Powers, dans lequel il tente d’approcher la vérité de ceux qui y ont vécu. Nul n’a jamais su par exemple ce qu’il était advenu d’Emily Levallois. A-t-elle péri en 1865 dans l’incendie criminel de la plantation, dont elle est la coupable désignée, et qui a causé la mort de son esclavagiste de mari ? Ou bien a-t-elle réinventé sa vie ailleurs, comme le suppose la rumeur. L’Histoire ne le dit pas, laissant au romancier le soin d’en décider. L’Histoire ne dit pas plus ce que sont devenus Rawls et Nurse, ce couple d’esclaves affranchis dont le destin est intimement lié à la plantation. Des années plus tard (dans les années 1950), à Richmond, un vieil homme cherche lui aussi à retracer sa propre histoire. De ses origines il ne sait rien, sinon qu’il a été recueilli par Miss Dolores à l’âge de trois ans, après qu’elle l’ait trouvé devant sa porte, avec ce mot : « Suffolk, Virginie 1866. Je m’appelle Georges. J’ai presque trois ans. Prenez soin de moi. » A travers les destins croisés de ces personnages à la dérive, Kevin Powers replonge dans l’histoire violente et déchirée du Sud et explore la question du sens de la vie. Quelle empreinte sur la terre laissons-nous derrière nous ? Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Gaule-Orient-Express: Péplum Spaghetti
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Gaule-Orient-Express: Péplum Spaghetti Matthieu Poux Actes Sud Littérature 6 novembre 2019 302 pages Polar Historique Chronique 25 novembre 2019 L'auteur nous avertit dès le départ : « Cher lecteur averti des choses du cinéma, Avant d'en entreprendre la lecture, sache que ce livre est à peu de choses près au roman historique ce que L'Homme des hautes plaines est à La Chevauchée fantastique. Si tu ne connais de l'Antiquité que les gladiateurs huilés, les légionnaires emplumés et le son des trompettes sur décor de carton-pâte, apprête toi à tomber dans un monde de poisse, d'anomie et de médiocrité qui pourrait être ton quotidien. Tu n'y apprendras rien, mais sauras tout. » Voilà, voilà ! Le ton est donné ! Matthieu Poux aime manier l'ironie, l'humour, pour mine de rien aborder certaines petites vérités sur son métier, ses conditions de travail, les experts qui n'en sont pas, les cowboys déguisés en anthropologues forensics, etc..etc... Mais on sent le passionné, l'amoureux de la grande Histoire et de la plus banale, quotidienne destinée, se situant quelques années avant notre ère, par exemple dans la région de Lyon ; ceci nous renvoyant en sourdine inévitablement à la nôtre. L'humanité a soit disant évolué, ces gallo-romains étaient forcément des sauvages, des barbares...Pas sûr! Sommes- nous si civilisés...? Question que se pose l'ingénieure Karin Olafson installée en France, pays de l'égalité des droits, des femmes en particulier, ( bien sûr !), depuis 2000 en poste fixe comme archéologue municipale... Elle passe beaucoup de temps à gratter du papier au lieu d'être sur le terrain ... Et justement en ce mois de décembre 2016, la voilà appelée sur une scène non de crime, ni de sépulture d'ailleurs, dans la banlieue sud, bien loin des lieux anciens de vie ou de nécropoles, quelque soit l'époque... Un corps l'y attend, depuis plus de deux millénaires, enfoui dans la terre.... un corps seulement, pas de tête.... Bouts des doigts noirs, un curieux étui de plomb sur son torse contenant une petite poupée articulée en ivoire, elle aussi décapitée.... Le puzzle à reconstituer est costaud.... L'anthropologue sur place, mélange de suffisance et de misogynie primaire, lui concède d'emporter "sa" poupée... Guerre de gang, regards comme des coups de revolver, on est bien dans un western... Bienvenus chers lecteurs du XXI ème siècle, venez patauger dans la boue réelle ou figurée de notre belle époque... . Ce western contemporain fait écho à celui qui concerne une petite bourgade gallo-romaine lyonnaise en 20 av JC et devinez qui on retrouve ? Notre décapité découvert par des paysans esclaves du domaine mitoyen. Le préfet et son assistant sont évidemment immédiatement appelés sur place. Après dix années de guerre d'occupation romaine et vingt ans de guerres civiles fratricides, la paix s'est faite, mal cicatrisée avec encore des poches de révoltes et depuis peu le débarquement d'irréductibles non d'Armorique, nous sommes très loin d'Astérix, mais de Belgique, qui eux n'ont pas abandonné leur culture et leurs croyances pour celles des romains. Ces hordes venues de l'Est ont bien décidé de conquérir l'empire du nouveau César. Notre édile,Caius Julius Sénovir, remarque immédiatement des indices importants... Le bout des doigts noirs comme brûlés, et cette poupée et son étui de plomb... Son assistant semble avoir compris quelque chose qu'il souhaite lui révéler en privé..... Mais le temps et un mystérieux ennemi, également, jouent contre eux... Les meurtres vont s'accumuler, les menaces et les attaques aussi... Caius comme Karin vont être confrontés dans leurs enquêtes parallèles à des incapables, et à tous ceux qui ne veulent pas que la lumière soit faite.... La solution se trouve-t-elle en 20 av. JC ou bien avant ? Les motivations sont-elles politiques, revanchardes, cupides ou pires encore ? Matthieu Poux signe là un premier roman policier historique très réussi, savoureux, caustique, passionnant, s'attaquant à cette époque formidable où certains colonisés ont pactisé avec l'occupant, où la perte d'identité, de normes, de cadres, touche toutes les couches de la société, à l'instar de la société romaine hautement paternaliste envers les plus pauvres et les femmes, comme d'habitude. Cette vague de conquête par l'Orient préfigure la chute de Rome quatre siècles plus tard..... La conquête de l'ouest a bien débuté.... De la cendre, de l'alcool, de la boue, une fumée noire à l'odeur de chair brûlée et de pain.... remontons le temps.... Mais au fait, notre époque est-elle si différente ? Quatrième de couverture Dans une bourgade de Gaule romaine, des moissonneurs butent sur un corps décapité aux doigts brûlés, gisant dans un fossé. Sur sa poitrine repose une petite poupée en ivoire, enroulée dans un rouleau de plomb, sans tête elle aussi. L’édile du bourg, Caius Julius Sénovir, se rend sur place pour tâcher d’éclaircir les circonstances du drame. Deux mille ans plus tard, dans une banlieue en construction, un squelette sans tête est retrouvé sous un futur parking... Un étrange hasard de l’Histoire fait de Caius et de Karin les co-enquêteurs d’un même dossier criminel, à deux millénaires d’intervalle. Cette aventure entraîne le lecteur dans un monde romain dévasté par la guerre, les crimes d’État et les scandales sanitaires. Un univers impitoyable où les affairistes, les soldats, les intendants et les hommes en général dictent leur loi. Hanté par les vagabonds et les dernières tribus sauvages qui résident dans les collines, ce monde-là offre tous les ingrédients d’une conquête de l’Ouest avant la lettre. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- L'affaire Arnolfini
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'affaire Arnolfini Jean-Philippe Postel Actes Sud 30 mars 2016 135 pages Historique Chronique 20 juin 2017 Fini cette nuit ce roman d'investigation picturale. Enfant mon école organisait des visites au Louvres où des ateliers d'initiation à la peinture nous attendaient, et c'est encore aujourd'hui les meilleurs souvenirs de mon ouverture à l'Art et à la beauté. Ce livre m'a rendu ce plaisir enfantin d'admiration, de découverte, d'énigme policière à résoudre, car ce tableau de Jan Van Eyck « Les époux Arnolfini » est une énigme quant à sa signification réelle. Déjà le peintre reste très mystérieux quant à sa biographie, ou l'existence d'un vrai autoportrait. Sur le tableau, inscrit sur le mur du fond "Johannes de Eyck fuit hic 1434". La traduction de ce texte est « Jan Van Eyck fut ici en 1434 ». Et voilà ! tout commence déjà par l'ignorance de la datation exacte de l'oeuvre. Celle-ci a fait couler beaucoup d'encre, mais ici l'auteur nous fait voir ce que personne n'avait remarqué avant. Il applique les méthodes de son ancien métier de médecin, qu'il définit ainsi : « L'application à une oeuvre picturale des méthodes de l'observation clinique attentive ». Nous sommes littéralement effarés par ses détails qui nous avaient échappés et déjà imaginons-nous plusieurs scénarios possibles. Beau livre visuellement et par son contenu, c'est un ouvrage à garder précieusement qui donne envie de prendre des cours d'histoire de l'Art. Quatrième de couverture Le portrait dit des Époux Arnolfini a été peint par Jan Van Eyck en 1434 : énigmatique, étrangement beau, sans précédent ni équivalent dans l’histoire de la peinture... Cet ouvrage offre un voyage au cœur de ce tableau, qui aimante par sa composition souveraine et suscite l’admiration par sa facture. Touche après touche, l’auteur décrypte les leurres et symboles semés par l’artiste sur sa toile, à l’image d’un roman policier à énigmes. Alors le tableau prend corps, son histoire se tisse de manière évidente et les personnages qui nous regardent dans cette scène immuable prennent vie devant nous... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Intouchable
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Intouchable Jean-Christophe Portes City Editions 3 février 2021 256 pages Polar Historique reportage Autobiographie Chronique 3 février 2021 Magistral et percutant... INTOUCHABLE est effectivement le Dr Bonnamy dont on ne réussit pas à cerner tout de suite la personnalité réelle et son implication, voire sa possible culpabilité, dans la mort de Manon, jeune interne en gériatrie, sa compagne. INTOUCHABLE devient la mère de cette présumée suicidée, dix ans après sa disparition insupportable, inadmissible, qui à force de souffrir, de crier intérieurement, de continuer à respirer, à fonctionner pour les autres, ressent peu à peu gonfler en elle une haine immense, une soif de vengeance. Celles-ci la transforment peu à peu en prédatrice, en enquêtrice et en guerrière sans plus de peur. Seule la mission de prouver la culpabilité de Bonnamy la pousse à se lever, à se mettre en mouvement, à donner le change, alors même que cette femme se sent morte depuis de longues années d'enfer. La voilà un jour, qui aurait dû être de liesse, face à celui contre qui la police n'a rien, un être détestable, manipulateur, pervers. Mais être haïssable fait-il de lui un meurtrier ? Anne ne se leurre-t-elle pas ? N'est-elle pas en train de chercher un bouc émissaire alors qu'elle est seule responsable de cette tragédie, n'ayant pas écouté son instinct de mère que sa fille avait pourtant appelée à l'aide ?Ne va-t-elle pas provoquer encore plus de gâchis, de malheur autour d'elle ? Ne va-t-elle pas mettre en danger sa famille déjà si lourdement traumatisée ? Inspiré de faits réels survenus à différentes époques et dans plusieurs pays, ce récit dur, âpre, sans concession, sans pitié, est écrit avec l'exigence du reporter que fut et reste dans l'âme Jean-Christophe Portes qui sait que la recherche de la vérité peut être douloureuse, dévastatrice, bouleversante. Bluffante est sa capacité d'empathie à exprimer tour à tour les pensées intimes des deux narrateurs, Anne et Bonnamy. Un thriller jusqu'au-boutiste, très travaillé, aux arêtes tranchantes comme une lame lors d'une autopsie. Forcément, vous garderez des cicatrices à chaque page tournée. Vous aurez peur pour et à cause d'Anne. L'amour maternel peut être d'une puissance effrayante. Quatrième de couverture Depuis que sa fille Manon est morte, il y a dix ans, Anne n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle a tout perdu, sa famille comme ses ambitions professionnelles. Et le jour où elle croise l’homme qu’elle soupçonne d’avoir assassiné sa fille, quelque chose se brise à nouveau. Elle en est convaincue, Simon Bonnamy, le fameux médecin qui était le petit-ami de Manon au moment du meurtre, est coupable. En apparence, l’homme est respectable, intouchable même. Mais peu avant sa mort, la jeune femme avait laissé un message disant qu’elle avait peur. Décidée à livrer seule ce combat pour faire éclater la vérité, Anne se lance sur les traces de Bonnamy. Est-il un pervers narcissique et un serial killer qui tue en toute impunité ? Ou bien Anne a-t-elle perdu la raison ? Une terrible lutte s’engage. Elle va les conduire aux confins de l’enfer... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Minuit dans le jardin du manoir
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Minuit dans le jardin du manoir Jean-Christophe Portes Le Masque / JC.Lattès 13 mars 2019 380 pages Polar Historique Reportage Autobiographie Chronique 28 février 2019 Lu à la demande de l'auteur voici quelques semaines, je suis heureuse d'avoir découvert la jolie couverture finale et son effet mat-brillant très réussi. Je crois que j'ai lu tous les derniers livres de Jean-Christophe Portes, du polar historique campant le gendarme Victor Dauterive dans le Paris pré-révolutionnaire, du reportage « Les experts du crime » au sujet des enquêteurs scientifiques de la gendarmerie au service de la justice, au témoignage bouleversant et incontournable de Colette Brull-Ulmann, « Les enfants du dernier salut ». Virage donc avec ce nouvel opus, un polar, se situant aujourd'hui : une aventure sur les chapeaux de roues, drôle, rafraîchissante, rythmée, inquiétante, toujours ancrée dans une réalité historique, relative à des mystères du passé non résolus. Ceux-ci explosent carrément au visage du pauvre Denis, anti-héros effacé, disons-le ennuyeux. Hum hum ! Méfions-nous de l'eau qui dort, comme dit la sagesse populaire. Tout n'est qu'apparence, illusion, complots ! Les personnages sont très attachants et hauts en couleurs. Plus j'avançais dans l'intrigue, plus elle me plaisait : des scènes mémorables et croustillantes vous attendent comme celle où Denis attaque des ennemis avec des hallebardes, un moment franchement cocasse et enlevé. Au delà de cet aspect donnant à sourire, dès que les flashbacks historiques apparaissent, le récit prend en densité et en sérieux. J'apprécie beaucoup cela. Le scénario m'a accaparée dès le passage au Mexique et le départ de la belle Nadget accompagnant Denis en Espagne. Jusqu'à la fin, l'écrivain nous donne à lire un vrai roman d'aventures et d'action, léger puis dramatique, parfaitement dosé. Enfin les paroles des chansons, grands tubes nostalgiques de notre jeunesse, m'ont fait sourire, les titres de chapitre aussi. Du manoir de Caudebec face à l'Atlantique jusqu'en Espagne, d'aujourd'hui à 1515 à côté de Milan, une enquête nerveuse mêlant grande Histoire et les destinées de personnages au premier regard bien ordinaires, qui se révéleront à nos yeux et à eux-mêmes, comme exceptionnels. Une lecture joyeuse et instructive. Merci Jean-Christophe Portes de votre confiance, de votre dédicace. Véritablement fan de votre travail ! Quatrième de couverture « Il y a un manoir sombre et isolé, avec un grand jardin autour. Il y a Colette, la vieille folle du manoir. Il y a Denis, son petit-fils, un notaires timide et maladroit. Et puis il y a, ce matin brumeux, la tête d'un inconnu plantée sur un piquet. Les ennuis commencent alors pour Denis. Le genre d'ennuis qui changent votre vie. Pour le meilleur.... où plutôt, pour le pire. » Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Les experts du crime
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les experts du crime Jean-Christophe Portes City Editions Document 24 octobre 2018 285 pages Polar Historique Reportage Autobiographie Chronique 17 novembre 2018 Sous titre : « Dans la peau des enquêteurs scientifiques de la Gendarmerie »Ce livre n'est pas un thriller, mais la réalité dépassant toujours la fiction, ce documentaire au sein de l'IRCGN à Pontoise, l'Institut de recherches criminelles de la gendarmerie nationale, est bien plus stupéfiant que n'importe quel roman. Les différents Experts suivis ici, après des parcours universitaires, militaires ou autres, des plus exigeants, pendant des années, vouent ensuite leur vie à la manifestation de la vérité grâce à la science et les preuves. Pas d'interprétations subjectives, non, des faits, seulement des faits, qui parfois au niveau d'avancement actuel des techniques ne peuvent malheureusement pas être établis. Plus tard, certainement on le pourra, après un dossier dramatique, terrible, qui cependant fera faire un bond non négligeable dans les protocoles d'analyses ou de recherches. Ainsi en a-t-il été ainsi en 1984 avec l'affaire Grégory, tragiquement célèbre, catastrophique en terme d'erreurs sur le terrain, sur la scène de crime, avec des enquêteurs dépassés. Nous devons donc à cette tragédie la création de cet Institut fabuleux, regroupant aujourd'hui des équipes extrêmement performantes reconnues internationalement pour leur professionnalisme et leur ténacité. Ce sont des artistes dans leur domaine, des créatifs, des inovateurs. Discrets, bien loin des clichés des séries télévisées, ils sont les garants que tout sera mis en œuvre pour faire entendre les voix des victimes, quel que soit le crime ou le délit.Un reportage écrit passionnant, précis, simplifiant des notions scientifiques souvent rébarbatives, pour nous dresser un portrait fidèle de cette institut et des professionnels qui y officient. Nulle volonté de faire dans le trash, toutes les affaires évoquées ne sont pas forcément sanglantes ou inhumaines, mais toutes détruisent la vie d'innocents. On prend aussi la mesure de l'échelle internationale aujourd'hui de certains délits ou crimes, sur des sommes colossales, par exemple le vol de données bancaires. Tous les domaines de compétences de l'IRCGN sont ici évoqués, ce qui est très intéressant, ainsi que des affaires des plus célèbres aux cas les plus inconnus du grand public, mais pas des moins bouleversants. Evidemment la question centrale est à mon avis la capacité de ces experts à se protéger psychologiquement, eux qui côtoient quotidiennement pendant des années le Mal absolu, celui commis par des individus généralement ordinaires qui soudain se transforment en " monstres". La dimension inhumaine de certains actes se manifestant dans un contexte des plus banals est terrorisante. Soyons donc reconnaissants à ces héros de l'ombre pour la mission qu'ils remplissent avec tant de passion et de courage au long cours. Ce livre est un hommage à lire absolument... Nous pouvons tous être concernés par le malheur, sachons que ces femmes et hommes sont là pour nous. Réconfortant ! Quatrième de couverture Cheveu, empreinte, insecte, goutte de sueur, trace dans la boue : les experts scientifiques de la Gendarmerie nationale traquent le moindre élément des scènes de crime. Ce livre nous fait entrer, pour la première fois, dans l'un des instituts de criminalistique les plus secrets au monde, à Paris. Ces "super experts" racontent leur quotidien à travers une vingtaine d'affaires, de la mort de Diana au crash du vol Rio-Paris, de la disparition de Maëlys à la tuerie de la famille Flactif. On y découvre la réalité passionnante d'une profession où l'on jongle entre chimie, toxicologie, génétique, biologie, balistique et science des explosifs. Un métier à mille lieux des séries télévisées... mais et où tout est vrai ! Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La Femme aux doigts d'or
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La Femme aux doigts d'or Jean-Christophe Portes City Editions 19 octobre 2022 304 pages Polar Historique Reportage Autobiographie Chronique 20 novembre 2022 Septième enquête de Victor Dauterive : Excellent épisode encore une fois pour Jean -Christophe Portes, marathonien accompli, comme peu d'autres, du policier historique. Il nous permet ainsi, tout en nous faisant traverser mille situations palpitantes, de nous remettre en mémoire les différentes étapes de notre Histoire de France depuis 1791. Cette fois-ci, tout tourne autour du procès de Louis XVI et sa possible condamnation à mort. « Il [Danton] parlait évidemment de celui du roi, qui déchirait la Convention depuis de nombreuses semaines. Élue peu après la prise des Tuileries, la nouvelle chambre était entièrement patriote et son premier acte avait été d'abolir la royauté. "Les rois, avait dit l'abbé Grégoire, sont dans l'ordre moral ce que sont les monstres dans l'ordre physique." Cependant deux groupes s'affrontaient pour prendre l'ascendant : d'un côté les Girondins, derrière Roland, Brissot ou Condorcet, de l'autre les Montagnards, notamment Robespierre et Marat, qui étaient soutenus par la Commune insurrectionnelle de Paris et leur bras armé, les sans-culottes. La majorité au centre, dénommée Marais ou Plaine, hésitait à trancher, d'autant que le choix s'avérait cornélien : pour les Montagnards, (qu'on appelait ainsi parce qu'ils siégeaient sur les rangs les plus hauts à l'Assemblée), le roi avait trahi la Révolution en tentant de s'enfuir, et en faisant tirer sur la foule le 10 août, il fallait donc l'exécuter. « Tout roi est un rebelle et un usurpateur, avait déclaré Saint-Just, un député à peine plus âgé que Dauterive, Louis doit régner ou mourir. » Les Girondins s'étranglaient de fureur et refusaient l'idée d'un jugement, inconstitutionnel selon eux : même déchu, le souverain était inviolable. » Dans ce contexte, les gouvernements des pays voisins généralement royalistes voient cette Révolution comme un grand danger. En France, on craint une action militaire de l'étranger, appuyée par des aristocrates en exil, afin de remettre Louis sur son trône. Une grande opération de publicité de la Révolution est donc lancée : envoyer une troupe de 80 comédiens sous la direction de la célèbre Montansier, ancienne favorite de Marie -Antoinette ayant tourné opportunément casaque, en Belgique pays occupé par les troupes françaises. Au programme : des pièces patriotiques. Le jeune gendarme Victor Dauterive est donc chargé d'escorter et protéger cette troupe. Il tombe bientôt sous le charme de la comédienne Julie Renard. Mais la défenestration de la domestique de la belle met un frein à leurs amours naissantes. Dauterive est certain que ce n'est pas un accident, il craint pour Julie qui bientôt prend la poudre d'escampette. Retour à Paris, il retrouve son fils adoptif Joseph, Marie-Anne enceinte jusqu'aux yeux, le vieux Duperrier et le docteur Mariette, personnages que nous avons tous croisés dans les opus précédents. Danton, son nouveau maître, veut l'envoyer à Londres mais le jeune entêté souhaite investiguer sur le meurtre de la soubrette. Hors de question : Danton veut garder la main sur la diplomatie donc il faut obéir... pour un temps. Quant à Olympe de Gouges, du côté des Jacobins, elle écrit pamphlet sur pamphlet contre Robespierre, en fureur, ne réussissant plus à se contrôler et prenant des risques inconsidérés. Les évènements s'accélèrent, le procès de Louis est annoncé : et pourquoi ne serait-elle pas son avocate ? Un septième épisode rocambolesque et passionnant sur lequel plane l'ombre d'une femme vénéneuse, présentant les évènements avec une extrême clarté tout en nous emportant dans une grande aventure de Bruxelles à Paris en passant par Londres. Du très bel ouvrage comme toujours avec ce romancier. Quatrième de couverture Hiver 1792. La France est au bord du chaos alors que le procès de Louis XVI commence et que le régime de la Terreur va bientôt s'abattre sur le pays. Dans ce contexte explosif, le gendarme Victor Dauterive est chargé d'escorter et protéger la célèbre actrice Julie Renard en Belgique où elle doit donner une représentation. Mais quelques jours après leur arrivée, l'actrice et sa domestique sont retrouvées mortes. Pour Dauterive, il n'y a pas de doute : ce sont des meurtres. Le jeune gendarme se retrouve en première ligne et aussitôt accusé. Commence alors une enquête de tous les dangers. Entre révolutionnaires sanguinaires, courtisanes intrigantes et aristocrates prêts à tout pour quitter la France, Dauterive va une fois encore naviguer dans les eaux troubles des complots et des jeux de pouvoir. Au risque d'y perdre la vie... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- L'Assassin de Septembre
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'Assassin de Septembre Jean-Christophe Portes City Editions 7 octobre 2020 480 pages Polar Historique Reportage Autobiographie Chronique 20 octobre 2020 Sixième enquête de Victor Dauterive.28 jours, seulement 28 jours entre le 31 août et le 27 septembre 1792 pour que tout bascule dans la terreur, dans l'impensable. Déjà le 10 août, l'horreur avait frappé aux Tuileries, une tuerie sans nom... une rivière de sang avait tout emporté sur son passage, la bête s'était réveillée s'installant dans les coeurs et les esprits de frères, de soeurs devenus bestiaux, sauvages. Déjà, dans le brouillard créé par les tirs de canons, une silhouette, une ombre se dessinait, attendant son heure de gloire.... Mais pour cela fallait-il encore mener des guerres contre les ennemis de la future République à l'intérieur du territoire, dans la capitale, aux frontières... Combien de cadavres sur ces champs de bataille Victor Dauterive va-t-il voir avant de trouver la paix pour lui, pour Joseph son presque fils, pour la femme qui partagera sa vie, pour les siens ? Tout est flou pour le jeune homme d'à peine vingt ans et son entourage, emportés dans la tourmente, perdus, réagissant par instinct de survie. Le roi emprisonné, la monarchie bientôt abolie en France, les voisins Prussiens, Anglais... ne peuvent accepter ce tournant politique et sociétal, cette fin de l'ancien régime. Ce serait trop dangereux pour leur propre équilibre des forces en leurs royaumes. Les grands noms de l'aristocratie en fuite à l'étranger ont rameuté les royalistes, ont appelé à former une armée de libération du roi et de sa famille... Même Lafayette, le mentor de notre héros, a quitté le navire.... Victor Dauterive a donc toutes les raisons de douter de tous, de son propre jugement ; il vit une crise existentielle majeure... Depuis Varennes, il sait que Louis XVI est indéfendable. Vers qui se tourner pour sauver la Révolution, la liberté ? Le destin en décide pour lui ; mené devant Danton en cette fin d'août 1792, il n'a d'autre choix que d'accepter la mission qui lui est confiée... Rejoindre Verdun immédiatement et remettre un message au commandant de la place qui est : résister quatre semaines de plus devant les troupes ennemies afin qu'une armée de patriotes soit créée et envoyée à la rescousse.... Au même moment, nous retrouvons la femme de lettres et de convictions, Olympe de Gouges en sa maison d'Auteuil. Elle dicte un discours véhément contre les instigateurs des violences et massacres des derniers jours.... Sa Révolution, ce n'était pas cela... Était-elle trop naïve, idéaliste ? Certainement, car voici venu le temps des oppportunistes, des calculateurs pour lesquels la perte de vies n'est qu'un dommage collatéral. Seule compte leur ambition immense se confondant, à leurs yeux, avec le destin du pays. Un jeune homme se présente chez elle ; elle espère, son cœur s'affole mais ce n'est pas Victor. Non, c'est son frère aîné, François, rescapé du carnage des Tuileries avec son père, grâce à Victor, à leurs yeux traître à son nom et sa lignée. Ils ont pu rejoindre les bois mais le Marquis de Saulon a été rattrapé et enfermé.Coup de massue pour Olympe : Victor Brunel de Saulon, Chevalier d'Hauteville est un noble bourguignon. Cependant, n'écoutant que ses sentiments pour ce cachottier, elle accepte d'aider son frère en son absence. Il faut découvrir dans quelle prison se trouve Louis-Marie Brunel et l'en faire sortir. Direction le domicile de Duperrier, ancien greffier du Châtelet, grand gastronome devant l'éternel, fin cuisinier dévot et royaliste et ami improbable du gendarme. Lui saura où chercher. Nous voici plongés dans une double aventure car plusieurs missions vont être menées en parallèle, celles de Dauterive et celles d'Olympe. Déjà, dans les cinq épisodes précédents, Jean-Christophe Portes avait mis largement les femmes à l'honneur, de toutes conditions et dans tous les camps. Elles étaient, dans les faits, semblables aux hommes en bien et en mal, alors même que le respect des droits des citoyennes tant espéré par Olympe dans sa Déclaration n'était encore qu'une utopie. Les femmes, nous le savons aujourd'hui, seront les grandes perdantes de cette Révolution. Elles ne pourront être citoyennes à part entière avec le droit de voter et de s'exprimer à la tribune. En revanche oui, on leur laissera le droit de monter à l'échafaud. La situation plongeant dans le chaos, tous vont devoir se dépasser au-delà même de toutes les limites qu'ils s'étaient fixées en temps de paix. Un opus magistral multipliant les relances de l'action, nous projetant dans l'Histoire de France par le biais d'une fiction plus que réaliste, solidement construite sur une vaste documentation. J'ai été transportée par ce récit dans un décor en 3D fabuleux, me réjouissant d'apprendre tant de choses, de détails, qu'aucun manuel n'avait évoqués pendant mes études. C'est pour moi un bonheur extrême d'imaginer ces heures et personnages du passé... J'ai retrouvé avec enthousiasme les figures aimées ou détestables déjà croisées lors des aventures précédentes. Tout fait sens dans cette série et l'auteur garde le rythme, et l'intensifie même, tout au long du marathon imposé par la rédaction d'une saga policière historique de cette envergure.La Terreur s'annonce, j'en tremble déjà... Quatrième de couverture Zté 1792. Les Prussiens envahissent la France pour tenter de mettre fin à la Révolution. Ils assiègent Verdun, dernière ville forte avant Paris. Victor Dauterive, missionné par Danton, doit convaincre le commandant de la garnison de tenir bon jusqu’à l’arrivée des renforts français. Mais dans la ville, l’agitation est à son comble et un mystérieux jeune homme parvient peu à peu à persuader les habitants qu’il est dans leur intérêt de capituler. Le commandant qui refusait de se rendre, est retrouvé mort, assassiné. Dauterive doit agir au plus vite pour sauver la Révolution. Entre complotistes royalistes, révolutionnaires aux abois et espions étrangers sans scrupules, il va naviguer en eaux troubles. Une nouvelle mission qui pourrait bien lui coûter la vie... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La trahison des Jacobins
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La trahison des Jacobins Jean-Christophe Portes City Editions 2 octobre 2019 441 pages Polar Historique Reportage Autobiographie Chronique 2 octobre 2019 Cinquième enquête de Victor Dauterive. Ecrire une série policière, de plus historique, est un véritable marathon, une course de fond, un challenge, qui demande à son créateur d'énormes réserves d'imagination, de patience, de curiosité, pour à chaque fois se renouveler et nous attraper à nouveau dans ses filets. Pour le moment seul Jussi Adler Olsen, avait à mes yeux, réussi ce tour de force jusqu'à ce cinquième opus des aventures du gendarme Victor Dauterive. Donc chapeau bas à Jean-Christophe Portes pour cette victoire. Le plaisir que j'ai eu à retrouver notre jeune héros, son amie Olympe de Gouges, Joseph son petit serviteur et tous les autres personnages récurrents de cette fiction, est décuplé par la sensation que l'écrivain a lui aussi vécu un moment enthousiasmant, passionnant, émouvant lors de la rédaction de cet épisode. En cette période troublée, anxiogène, de révolte , de changement de société, d'une volonté d'abandonner un système ultralibérale essoufflé et suicidaire, de repenser à nos priorités, à ce que signifie les mots « humanité » et « citoyenneté » , ou la défense de l'innocence et des plus faibles est incontournable, nombre de romans ou biographies prennent pour sujet la pédo-criminalité, les deux guerres mondiales, le fascisme, la révolution française. Rien que le mois dernier, j'ai lu « 1793 » de Niklas Natt och Dag et « Mon père » de Grégoire Delacourt, magnifiquement et terriblement beaux. « La trahison des Jacobins » traite de plusieurs de ces thèmes :1/ Une enquête policière suite à la découverte d'un potentiel suicidé, Bachelu, dans des bains publics sur une péniche. Celui- ci, policier pour le Comité de surveillance de l'Assemblée nationale, proche du député Charpier, travaillait sur un dossier brûlant : celui des faux assignats. En effet, en 1790 l'Assemblée les a créés pour permettre aux français d'acheter des biens nationaux dont ceux nationalisés de l'Eglise. On pensait ainsi remplir les caisses et effacer la dette de l'état. Ces assignats, sous forme de papier-monnaie, sont malheureusement très facilement copiés. Bachelu était-il sur une piste sérieuse ? Qui gênait-il ? Certaines figures célèbres et suivies de la Révolution sont-elles concernées, voire coupables ? Faut-il chercher des explications hors des frontières de France, au moment où celle-ci est encerclée par d'autres monarchies évidemment anti-révolutionnaires ? Dans le collimateur de Charpier, l'ignoble Dossonville, membre des cordeliers, juge de paix et aubergiste à Paris, un proche de Danton, le grand homme du moment, avocat, tribun, opportuniste et ambitieux, qui joue plusieurs parties à la fois, bouffant à tous les râteliers pourvu que cela lui serve et l'enrichisse. 2/ Ce même Dossonville, déjà rencontré dans « L'espion des Tuileries » a enlevé Joseph et Dauterive à la fin de ce précédent opus. Depuis, le petit garçon est introuvable.... Victor, la petite vingtaine, prend soudain conscience de l'attachement et du sentiment presque paternel qu'il éprouve pour son serviteur. Ses recherches le mènent jusqu'à Bicêtre, dépendant de l'hôpital général, lieu de toutes les turpitudes, maltraitances, de tous les crimes contre les plus faibles et démunis de la société. Olympe de Gouges va se jeter corps et âme dans cette enquête, prenant tous les risques, au grand dam de Charpier, qui ne supporte pas cette femme au verbe haut, et de Victor n'essayant même plus de la freiner. Cependant grâce à elle, la mort du garçon est remise en question...une vérité atroce se fait alors jour aux yeux de l'écrivaine et du gendarme : la découverte de tout un réseau de pédo-prostitution au coeur même de Paris via Bicêtre jusqu'au cirque de la Place Royale. 3/ Enfin, depuis le premier tome, nous assistons à l'évolution du très jeune homme que fut Victor Brunel de Saulon, Chevalier d'Hauteville dit Dauterive, fils du marquis de Saulon, ayant tourné le dos aux siens, à son éducation d'aristocrate, touché par les textes des philosophes, ayant soif de liberté, de justice pour tous. Un idéaliste inexpérimenté, d'abord sous la coupe de La Fayette, (qui lui a permis de devenir gendarme alors même qu'il était aux yeux de la loi et de son père toujours mineur), pour se libérer ici de l'influence du grand homme afin de prendre son envol et se forger ses propres certitudes. Pour le moment, il a réagi selon les évènements, mais lorsque Joseph disparaît, une fracture majeure, d'ordre psychologique, l'oblige à se déterminer face à tous, à lui-même, face à son milieu d'origine et en tant que révolutionnaire. La journée du 10 août 1792, où les Tuileries furent attaquées dans un désordre incroyable, se finissant en une boucherie infernale, où toutes les haines et les ressentiments du peuple explosent violemment, marque certes le début de la période de la Terreur qui va s'abattre sur la France, mais aussi un tournant majeur dans l'existence du gendarme et patriote qu'est Dauterive. Aucun retour en arrière n'est possible. Déjà la silhouette d'un homme brun se distingue dans la fumée des canons et des armes.... Le futur s'invite. Cet épisode macabre est magistralement décrit par l'auteur qui, une fois encore, nous réserve une scène d'anthologie, comme dans chaque opus précédent ; soudain nous nous retrouvons propulsés dans un décor en 3D, où chacun de nos sens est mis à contribution. Et la question se pose de savoir si ce que nous vivons et voyons, depuis le mois de novembre 2018 quant à la révolte de certains français, est anecdotique ou préfigurant un épisode majeur de basculement de toute une société. La visite de Paris en 1792 est fabuleuse, une grande réussite, qui reste en mémoire longtemps après avoir refermé ce livre. Il soulève et illustre des interrogations très contemporaines à partir d'un matériau historique parfaitement maîtrisé et présenté. Lisez bien les notes finales. Je suis heureuse que Jean-Christophe Portes m'ait permis d'assister à cet éveil de Dauterive à ses nouvelles responsabilités de père, tuteur, citoyen. Je remercie également City Éditions pour leur confiance. Quatrième de couverture Eté 1792. Alors que l'armée austro-prussienne s'apprête à marcher sur Paris, le lieutenant Victor Dauterive se préoccupe surtout de la disparition de son petit serviteur, Joseph. L'enfant, enlevé, a sans doute disparu dans l'enfer de Bicêtre, la prison des fous, des voleurs et des enfants. Mais une autre mission s'impose bientôt : le député Charpier le charge d'une enquête sur le meurtre d'un policier. Or ce dernier s'intéressait à un juge corrompu, très proche de Danton. Rapidement, Dauterive découvre que ce meurtre n'est que le premier d'une série qui laisse présager le pire, car la femme de chambre de Marie-Antoinette a aussi été assassinée. Ce qu'il découvre pourrait changer le cours de la Révolution. Et plus que jamais, le jeune homme va devoir choisir son camp dans une enquête mortelle, à l'heure où se prépare l'assaut des Tuileries. Choisir son camp...et tenter de survivre. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- L'Espion des Tuileries
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'Espion des Tuileries Jean-Christophe Portes City Editions novembre 2018 393 pages Polar Historique Reportage Autobiographie Chronique 18 novembre 2018 Quatrième tome des enquêtes de Victor Dauterive, vingt ans, gendarme sous les ordres de La Fayette, suivi de son petit valet de 10 ans Joseph, devenu tambour sur les champs de bataille. Le récit se déroule du 20 avril au 2 juillet 1792. La guerre a été déclarée entre la France et l'Autriche. Ainsi Victor est chargé, par La Fayette, dans ce contexte délicat, d'accompagner le convoi de la paye de l'armée, soit 500 000 livres jusqu'à bon port. Évidemment tout ne se passe pas comme prévu, un premier cadavre est retrouvé sur le chemin, sur lui un bien curieux message à décrypter au plus vite. Puis la troupe est attaquée et dévalisée au prochain relais. Immédiatement Dauterive se lance à la poursuite des trois hommes qu'il a réussi à voir, trois meurtriers semant des morts sur leur passage.... En fin de poursuite, après avoir appris avec stupéfaction que son nom était cité comme un des instigateurs de ce vol, il ne reste plus qu'un lascar, les autres ayant été éliminés par lui. Retour donc à Paris où tout se joue dorénavant, en particulier aux Tuileries, où est enfermée la famille royale. Les jacobins imposent leur volonté au Roi qui résiste et oppose son veto sur des sujets des plus problématiques ; en ce sens, il respecte la constitution mais signe son arrêt de mort. Une journée doit rester inscrite dans vos mémoires, celle du 20 juin 1792, où le peuple réussit à entrer dans les appartements du roi avec la complicité, entre autres, du maire de Paris Pétion, pourtant élu grâce à l'appui du couple royal. Un évènement historique des plus extraordinaire : la rencontre entre Louis XVI et Marie-Antoinette gardant leur sang froid face à la foule haineuse et remportant ainsi l'admiration de tous. Ils sont sauvés cette fois-ci mais pour combien de temps ? Surtout ont-ils compris quels étaient réellement leurs alliés ? La haine est mauvaise conseillère, mieux vaut garder la tête froide lorsque votre vie est en danger. Parallèlement à ces sursauts de l'histoire auxquels assiste Victor Dauterive comme messager de La Fayette, l'affaire du vol des 500 000 livres n'est pas résolue, pire le voilà pourchassé par un juge pour crime de lèse- révolution, accompagné de deux sbires dont un des deux est le coupable ! Que se trame-t-il ? Comment se sauver, se disculper, tout en accomplissant son devoir ? Un opus très mouvementé, on retrouve avec joie tous les personnages récurrents de ces enquêtes, on sent l'étau se resserrer inexorablement sur certains, telle Olympe de Gouges, on mesure la dérive d'une révolution devenue une manne pour tous les profiteurs, agents doubles, et figures hypocrites politiques. Nous sommes au tournant du destin de la France et de son peuple pris en otage entre des factions se disputant le pouvoir et la fortune. Il fut évidemment très troublant de lire ce texte au lendemain de ce samedi 24 novembre 2018 où, à nouveau, les citoyens réclamaient plus de justice et le respect de leurs droits à l'instar des manifestations pour la défense des femmes. N'avons-nous donc pas évolué ? Sommes-nous revenus à la case départ ? Tous les morts de cette révolution mais aussi du XX ème siècle ont-ils été sacrifiés pour rien, pour que la société reste toujours aussi injuste et inégalitaire, avec un gouvernement sourd et aveugle ? Un fort bon roman s'appuyant sur des faits réels très documentés, toujours une scène d'anthologie gravée à jamais, comme dans les autres épisodes, cette fois-ci, vous l'aurez compris celle des Tuileries. Un personnage principal s'étoffant, gagnant en profondeur, maturité, clairvoyance et sens des responsabilités. Une suite est à prévoir. Attendons ! Quatrième de couverture En 1792, la guerre France-Autriche nécessite l'acheminement de la paie de l'armée française sous l'escorte du lieutenant Victor Dauterive. Mais le convoi est attaqué et Dauterive, à la poursuite des voleurs, se retrouve aux Tuileries, le nouveau palais royal infesté d'espions. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La disparue de Saint-Maur
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La disparue de Saint-Maur Jean-Christophe Portes City Editions 2017 517 pages Polar Historique Reportage Autobiographie Chronique 31 octobre 2018 Troisième enquête de Victor Dauterive dans la France révolutionnaire après « L'affaire des corps sans tête » et « L'affaire de l'homme à l'escarpin » . Nous sommes en ce début d'hiver 1791, rien ne vas plus, bien que les apparences pourraient laisser penser le contraire. Louis XVI a perdu toute crédibilité depuis l'épisode grotesque de sa fuite en famille et son arrestation à Varennes, ramené à la capitale sous la garde d'un certain Pétion. Le massacre de civils aux Champs de Mars en juillet dernier a précipité la retraite dans sa campagne de La Fayette. La Constitution est certes adoptée et un certain ordre bourgeois règne grâce aux hommes de la Maréchaussée rebaptisée depuis février 1791 Gendarmerie nationale. Aux frontières, des nobles forcés à l'exil rêvent du retour à l'ancien régime et fomentent des complots avec les royautés voisines, on s'arme, on attend le coup d'envoi. Le clergé a tout perdu, mis sous pouvoir de l'état, les monastères et autres biens de l'Eglise sont vendus aux plus offrants. La justice doit aujourd'hui condamner selon le code civil et non l'origine sociale du coupable, selon les principes de l'égalité entre les hommes. Évidemment, malgré sa déclaration des droits de la femme et de la citoyenne dédicacée à Marie-Antoinette, rien a changé aux yeux de l'amie de notre héros, Olympe de Gouges.L'ancien monde disparaît avec les privilèges de certains, sans pour autant apporter une vie plus facile pour les plus pauvres et les femmes. C'est cette troisième aventure qui va définitivement changer Victor, l'endurcir pour en faire un homme, ancien noble devenu gendarme pour échapper, mineur, aux exactions de son père : touché par une affaire dont il va vouloir se charger jusqu'au bout, réveillé dans sa conscience et son désir de justice par la fougueuse Olympe, remis face à ces responsabilités quant à son commis avec lequel il n'est pas tendre, garçonnet boiteux soudain disparu, perdant également ses illusions et une partie de son admiration pour La Fayette, son mentor, son presque père, qui brusquement se montre sous le jour d'un manipulateur égocentrique. Ainsi le mardi 29 novembre 1791, Dauterive se rend à Saint-Maur non loin de Paris, car une jeune femme de trente ans issue de l'aristocratie ruinée mais toujours méprisante, a disparu depuis une semaine. Avec le froid de gueux de ces derniers jours, on craint pour sa vie. Les réponses floues, le comportement inhabituel des parents et de la sœur aînée de Anne- Louise Ferrières, par ailleurs belle, instruite, libertaire et talentueuse, font tiquer sérieusement Victor. Suicide, accident, rapt, meurtre ? Rien n'est impossible. L'enquête faite par les autorités sur place est insuffisante. La volonté des parents de se débarrasser de Victor au plus vite les rend suspects. Il en touche deux mots à Olympe de Gouges qui en féministe des premières heures est vite interpellée par ce mystère. Elle tient à y mettre son grain de sel malgré le refus de Victor. Au même moment, le retour intempestif de La Fayette à Paris va à nouveau bouleverser toute la vie et les plans de Victor, avec tout le mépris et la hauteur dont est capable le grand homme. Aujourd'hui il veut devenir maire de la ville de Paris, afin de se rapprocher de la famille royale et la protéger, alors que celle-ci l'a en aversion. Un certain Pétion est aussi sur les rangs, il envoie donc notre gendarme enquêter sur ce dernier jusqu'en Angleterre. La Fayette lui adjoint alors son pire ennemi Antoine-Louis Charpier, maintenant député et membre du Comité de surveillance de l'Assemblée nationale, et bilingue. Tout ceci commence franchement à échauffer notre lieutenant, d'autant plus que Joseph son commis est introuvable à la veille de son départ pour l'outre Manche. Un froid polaire s'étend sur les cœurs, les hommes, avant le grand chaos des prochaines semaines. Jean-Christophe Portes signe là un opus des plus réussis, moins film d'action, plus dans la réflexion et l'analyse. Tout est plus ralenti, introspectif et donc touchant. Les questions de la condition féminine abordées ici sont poignantes, les heures d'attente nous mettent dans un climat anxiogène terrible, on continue de découvrir Paris et ses environs, le mode de vie des riches et indigents avec grand intérêt, teinté de tristesse sachant les évènements à venir. Ce troisième roman est celui qui m'a le plus touchée, je sens la fureur et la mort approcher connaissant l'Histoire, et j'en suis déjà bouleversée. Quatrième de couverture En cet hiver 1791, la France est au bord du chaos. Depuis sa fuite à Varennes, Louis XVI est totalement discrédité. Royalistes et nouveaux députés se menacent, armes à la main et la tension est extrême. C'est dans ce contexte explosif qu'Anne-Louise Ferrières disparaît. La belle et mystérieuse fille d'aristocrates désargentés, encore célibataire à trente ans, n’a pas été vue depuis une semaine. Et une semaine, avec ce froid polaire... Plus personne ne s'attend à la retrouver en vie. Enlèvement ? Suicide ? Fuite ? Étrangement, la question semble laisser sa famille de glace. Loin de dissuader le gendarme Victor Dauterive, cette indifférence hostile excite sa curiosité. Et il flaire chez les Ferrières des manigances qui débordent largement le cadre familial... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs















