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- Água Viva | EvanancesLittéraires
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Água Viva Clarice Lispector des femmes Antoinette Fouque Le 31 octobre 2024 324 pages traduites du portugais (Brésil) par Didier Lamaison et Claudia Poncioni roman Chronique 31 octobre 2024 Nouvelle édition suivie d’un entretien inédit de l’autrice, traduit du portugais (Brésil) par Izabella Borges. J'ai lu ce texte ou plutôt celui-ci m'a traversée alors que j'étais fiévreuse, mon organisme réagissant par la maladie à un moment où je devais m'adapter, me situer, me reconnecter à moi-même en plein stage de formation aux implications insoupçonnées sur le plan psychologique. L'incandescence de ces lignes pourtant intitulées Água Viva, ne m'a pas consumée mais ressourcée, réhydratant mes cellules épuisées. Une renaissance ou naissance de moi-même par moi-même ; l'organique, l'animal, la viande, la matrice sont omniprésents, centraux dans cette gerbe de mots jaillissant de cette âme intranquille, à la sagesse millénaire, qui, comme elle l'explique très bien lors de l'interview retranscrit à la suite de Água Viva, voit le texte surgir en une pièce, fond et forme confondus, l'un ne précédant pas l'autre. Un geste créatif unique, comme de donner la Vie. Elle jette donc sur le papier, vite, comme en écriture automatique, ces mots, ces phrases, elle les tord, les marie singulièrement, occupée à ne surtout pas perdre le fil, à ne surtout pas se perdre. Elle creuse dans la Terre originelle, elle revient à la genèse, la sienne, elle retrouve l'enfant qu'elle fut, son énergie vitale, son rire, son cri, sa désobéissance. Il n'y a plus de temps, plus de frontière, plus de début ni de fin, il n'y a pas d'histoire, de scénario, il y a un être qui s'adresse à un inconnu, en pleine métamorphose, de peintre à écrivain, de couleurs à mots ; la mue est douloureuse, éprouvante, viscérale. L'on assiste à un accouchement par voies/voix naturelles. Je ne sais que dire de plus, à lire comme dans une transe, à voix haute. Expérience intime et incarnée. Passer par le corps pour comprendre et entendre l'indicible. Quatrième de couverture Água Viva, un texte magistral de l’une des plus grandes écrivaines brésiliennes. Dans ce roman de 1973, Clarice Lispector cherche à « capturer le présent » et ajoute ainsi à son expérience individuelle une dimension profondément universelle. Ses méditations sur des sujets personnels mais aussi sur le monde qui l’entoure– odeurs, temps, sommeil – ont fasciné nombre d’artistes qui lui ont succédé. Ce texte unique, à la forme si particulière et non conventionnelle, se libérant du poids de l’intrigue et des portraits psychologiques de personnages, se présente comme un monologue aux multiples destinataires. Il s’agit d’une œuvre d’art magistrale, qui réorganise le langage et joue sur les écarts entre la réalité et la fiction afin de tirer «une flèche qui s’enfoncera dans le centre névralgique du mot». « Et je veux capturer le présent qui, par sa nature même, m’est interdit […]. Mon thème est l’instant, mon thème de vie. Je cherche à lui être pareille, je me divise des milliers de fois en autant de fois que d’instants qui s’écoulent, fragmentaire que je suis et précaires les moments – je ne me m’engage qu’avec la vie qui naît avec le temps et avec lui grandit : c’est seulement dans le temps qu’il y a de l’espace pour moi. […]» C. L. La présente édition est augmentée d’un entretien inédit de Clarice Lispector dans lequel elle aborde la création de son œuvre et notamment Água Viva avec des facsimilés pour comprendre le travail de l’autrice. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La Chance sourit aux audacieuses | EvanancesLittéraires
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La Chance sourit aux audacieuses Véronique Chauvy de Borée Le 3 avril 2025 320 pages historique Chronique 3 juin 2025 Tout commence et finit à Volvic, terre de lave d'où s'extrait une pierre, source de richesse pour le pays, utilisée pour les tombes et monuments funéraires ou de commémoration. Ainsi sera-t-elle appréciée des architectes et décorateurs d'intérieur. Mais ne brûlons pas les étapes. Voici Virginie, jeune fille de bonne famille éduquée selon des principes stricts à l'image de la société corsetée de l'époque, dessinatrice talentueuse, condamnée par un père rétrograde, Louis Domais, à un mariage arrangé avec le fils d'un autre propriétaire de carrière, Jean-Émile Jarrion. En terme clair, elle est utilisée comme monnaie d'échange afin que les deux bourgeois puissent encore plus s'enrichir. Mais il y a un hic et de taille ! Le garçon choisi est un fat, un mysogine méprisant, qui pense que la place des femmes est à la maison à élever les rejetons et à se taire. La passion de notre héroïne pour son art, son caractère bien trempé et son désir d'indépendance, lui font prendre la seule décision possible : fuir. Avec l'aide de son ancienne institutrice, elle part en catimini pour Paris chez le frère de l'enseignante. Elle deviendra la secrétaire de ce dernier, propriétaire d'un magasin de monuments funéraires non loin du cimetière du Père-Lachaise. Dans la capitale, la pierre de Volvic n'est plus à la mode. Cependant la jeune fille, tout en remplissant son rôle de secrétaire, dessine peu à peu de nouveaux modèles et gagne la confiance de son patron. Nous découvrons les coulisses d'une activité peu connue d'autant plus en ce début du XXe siècle. Tous les corps de métier sont présentés, au gré des visites de Virginie aux différents ateliers. Sculpteurs, graveurs, et bientôt émailleur sur lave. En effet, elle ne perd pas espoir quant à la réutilisation des matériaux de son pays en architecture et art funéraire. Nous sommes au début d'une aventure personnelle, amoureuse et artistique hors du commun, grâce à ce personnage attachant et singulier allant à l'encontre des attentes de son temps, poursuivant ses rêves, s'adaptant aux métamorphoses de la société, des goûts, des techniques, devenant un élément reconnu du monde restreint des grands noms de l'Art Nouveau puis de l'Art Déco. Difficile pour une femme de mener une carrière, de s'y adonner avec ambition, sans économiser son temps et son énergie lorsque, par habitude, par commodité, les hommes de son entourage professionnel, jusqu'à son compagnon, ne lui donnent pas la place qu'elle mérite. Quand la maternité s'invite dans sa vie tournée toute entière vers la création, notre héroïne culpabilise, écartelée entre ce qu'exige les autres et ses aspirations profondes. Toute la question épineuse de l'instinct maternel est ici évoquée avec une délicate justesse. Le chemin est encore long pour atteindre à une forme d'émancipation espérée par toutes. Ainsi, en mettant nos pas dans ceux de Virginie, nous parcourons un chemin ardu, d'initiation à une nouvelle vie, qu'il va falloir inventer jour après jour malgré des règles sociétales injustes et contraignantes. Mais le talent est là, sans genre, qui ouvre des portes insoupçonnées. Ce livre réjouira tous les amoureux de Paris, de ses monuments, de ses grands magasins, d'un certain art de vivre, tous les admirateurs de certaines façades d'immeubles tel l'hôtel particulier au 11 cité Malesherbes dans le 9e arrondissement dont les ornementations créées par le peintre Jollivet, ( auteur également des fresques de l'église Saint-Vincent-de-Paul), ont été réalisées par les ateliers d'émaillage de la rue Fénelon, de François Gillet, servant d'inspiration au personnage de Basile Garrel ; ils ont aussi oeuvré à l'élaboration de nombreux éléments d'urbanisme telles les entrées du Métropolitain parisien ou, en province, la maison Coilliot à Lille, 14 rue de Fleurus. Ainsi, avec toujours un immense talent de conteuse qui ne cesse de s'affirmer d'année en année, Véronique Chauvy nous permet de côtoyer tous ceux, Van de Velde, Tiffany, Émile Gallé, René Lalique, Hector Guimard, Frantz Jourdain... ayant atteint une immense notoriété grâce à leurs œuvres inoubliables créées pendant près de 30 ans. Ancienne designer et styliste, passionnée d'architecture, de décoration, d'artisanat d'art, j'ai lu ce roman avec un réel plaisir en tant que mordue de lecture mais aussi parisienne, admirative de sa ville, heureuse de la voir à nouveau resplendir à travers ces pages somptueuses. Fresque historique réussie et roman intimiste touchant, ce nouvel opus de Véronique Chauvy ne pourra que vous enthousiasmer. Je suis heureuse de l'avoir dans ma bibliothèque avec tous les titres précédents de l'autrice. Une mention spéciale pour la très jolie couverture. Merci infiniment à Véronique Chauvy pour ce voyage dans le temps dans un monde de beauté et d'effervescence artistique. Quatrième de couverture Dessinatrice douée et passionnée d'art, la jeune Virginie a des ambitions plein la tête. C'est compter sans son père, exploitant de carrières de pierre, qui voit dans le mariage de sa fille avec le fils d'un carrier un projet aussi intéressé que lucratif. Mais la jeune femme, au caractère bien affirmé, rêve en grand et aspire à mener sa vie comme elle l'entend. Attirée depuis toujours par le prestige de la capitale, elle parvient à s'y rendre à l'insu de sa famille. En ces années de foisonnement artistique intense, une autre vie, ponctuée d'embûches et de rencontres, commence alors pour Virginie. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Parasite | EvanancesLittéraires
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Parasite Sylvain Forge Mazarine Thriller 2019 406 pages Thriller Polar Chronique 3 juin 2020 « Pour l'essentiel, L'homme est ce qu'il cache [...] un misérable petits tas de secrets [...]. » André Malraux - Les Noyers de l'Altenburg Une scène d'entrée très accrocheuse où nous retrouvons la capitaine Marie Lesaux, héroïne de plusieurs livres de l'auteur, basée à Clermont-Ferrand, ville de province qui en matière de criminalité pourrait en remontrer à la capitale. Comme toujours, Sylvain Forge, après avoir récolter des faits étonnants ou significatifs dans l'actualité criminelle, scientifique, mondiale, concocte un scénario où la technologie et la cybersécurité sont essentielles à la résolution des enquêtes en cours. Les innovations en terme de nouveaux outils et programmes informatiques sont en avance sur la loi et les mentalités. Les manipuler avec soin dans le respect de la déontologie et de la morale n'est pas facile. La Commission nationale de l'informatique et des libertés veille. Des personnes se suicident sans raison, des chiens également. Des meurtres d'enquêteurs ou de fuineurs sont perpétrés, les disparitions se multiplient et dans l'obscurité un organisme étrange venu d'Afrique se développe et grandit se délectant des victimes offertes.... Tous les éléments contenus dans ce récit sont réels, le curseur est juste poussé plus loin par l'écrivain à l'imagination prolifique. Des chapitres particulièrement courts ainsi qu'une mise en page et une police agréables nous poussent à tourner les pages très rapidement. Plusieurs affaires en parallèle, donc, vont peut-être se rejoindre pour n'en former plus qu'une. Heureusement, Marie et un nouveau venu, Ethan Milo, vont collaborer officiellement, puis en sous-marin, grâce à un nouveau programme de traitement des données « Valmont ». Nous voilà projetés dans un futur déjà actuel. Un très bon opus qui existe en version audio chez Sixtrid. Quatrième de couverture La jeune capitaine Marie Lesaux, fraîchement débarquée au sein de la brigade de protection de la famille de Clermont-Ferrand, se voit confier, sous le sceau de la plus grande des confidentialités, l’étrange mission de tester les capacités de son nouveau coéquipier. Valmont, réputé infaillible et doté d’une puissance de travail sans égale, serait capable d’élucider des affaires non résolues, quelle que soit leur complexité. De fait, Valmont n’est pas un policier comme les autres, mais bien une somme d’algorithmes, un formidable programme expérimental ultra secret à la puissance de calcul phénoménal mis en place par l’État français pour lutter contre toutes les formes de criminalité : un savant mélange d’intelligence artificielle et de réalité virtuelle que Marie va devoir appréhender pour mieux comprendre le formidable champs des possibles permis par la police 2.0. Assistée d’Ethan Milo qui a travaillé sur le projet et qui vit cloué dans un fauteuil des suites d’un attentat, mais en but à l’hostilité de certains de ses collègues, la jeune capitaine va mettre Valmont sur le cas du « suicide » d’une fillette d’origine africaine retrouvée au pied d’une tour. La gamine est-elle vraiment tombée toute seule ? Quel crédit accorder à cette rumeur insistante dans les quartiers, entre terreur et légende urbaine, indiquant qu’une « hyène » vaudou, mi-homme, mi-animal, tournerait dans les citées pour « voler » des jeunes filles ? Le fait est que des disparitions ont bel et bien eut lieu et que la population se tait. Un symbole étrange, là où il n’y avait été question que de morts naturelles ou d’accidents, se trouve sur bien des scènes de ce qui va très vite devenir des crimes irrésolus. Il se trame quelque chose dans l’illusoire banalité des jours... Marie et Ethan Milo, aidés du programme Valmont, vont bientôt être confrontés à une épouvantable vérité venue du fond des âges. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Ne jetez pas les sirènes avec l'eau du bain | EvanancesLittéraires
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Ne jetez pas les sirènes avec l'eau du bain Raphaële Moussafir Mon Poche Le 14 août 2025 192 pages roman Chronique 26 août 2025 " Trois femmes, trois histoires. Nous en sommes le reflet. À moins qu'elles ne soient le nôtre. " " La grâce stylistique de Raphaële Moussafir saisit notre souffle, et porte haut le sujet de l'amour autant que celui de l'amitié et de la condition féminine. " Paru en 2024 aux Éditions Robert Laffont. Dédicace qui donne le ton: " Au Petit Chaperon rouge, À la Belle au bois dormant, Régine et Sue Ellen, À Simone Veil, À la Comtesse de Ségur, Sylvie Joly, Romy, Aux hommes qui les comprennent. Aux anges éconduits, À Esther Williams, Aux filles de l'ogre et à Gretel." Moi, amoureuse de l'océan et de ses vagues, mais malheureusement parisienne, en pleine recherche d'une piscine bien notée voisine de mon domicile, j'ai ouvert ce roman choral avec beaucoup de curiosité, piquée par la quatrième de couverture : " Les lectrices aimeront ce roman qui questionne le rapport au corps, à l'âge, à la famille. " Ajoutons un humour décapant, un regard acéré et bienveillant, un style littéraire unique, une capacité d'analyse époustouflante de ce qui peut bien traverser l'esprit de certaines nageuses dont je fais partie. Non seulement le propos est drôle mais il est pertinent et fait diablement mouche. Trois femmes, Marion, Sidonie et Laure, et le fils de cette dernière, Elliot, vont se croiser, se voir, se dévisager, se juger, se parler, dans une piscine à un moment clé de leur existence. Pour Marion, la mère de famille overbookée, mariée depuis quelques années, c'est l'endroit idéal pour se retrouver, pour établir peut-être d'autres interactions, pourquoi pas avec Moïse, le beau maître nageur. Pour Sidonie dont les cheveux disparaissent sous une cagoule rouge, venir à la piscine est loin d'être une évidence. Tout répugne cette adulescente bloquée dans son enfance ; particulièrement son corps en décalage avec son mental, corps qu'elle nie d'une certaine façon. Traumatisée dans sa jeunesse, pas intégrée à la société, obnubilée par l'hygiène et le contrôle, entrer dans ce type d'établissement est un enfer. Au passage, la narration de son arrivée en terre inconnue est un grand moment réjouissant. Je crois que j'y penserai lorsque j'y remettrai les pieds, quoique .... Vais-je y retourner ? Enfin, voici la jolie rousse Laure, complexée pourtant par son physique, et son petit garçon si adorable. Tous les deux mal dans leur peau, ne voulant pas déranger, timides. Elliott prend des cours avec Ludovic, à la pédagogie et psychologie d'un bourrin. Donc, le gamin a tout le temps peur, mal au ventre, déguste sérieusement à chaque fois qu'il se retrouve dans les vestiaires pour se changer avant la leçon. Sa mère ne se sent pas plus à l'aise. En nageant, elle a des flashbacks de sa vie, elle fait le compte de ses échecs. Voilà donc tout ce petit monde dans l'eau, apparemment faisant du sport, réellement en pleine cogitation et bouleversement émotionnel. Tendre, d'une grande justesse, très original dans sa formulation, ce roman touche des points sensibles qui nous concernent tous sans exception que nous soyons ou non dans le bain. C'est le moment de plonger et d'affronter ses peurs. Sans les artifices habituels, tous uniformisés par les bonnets de bains, la piscine est le lieu idéal pour se mettre à nu et ne plus tricher. C'est vrai aussi qu'on peut pleurer dans l'eau sans que personne ne le voit... J'ai beaucoup aimé ce texte au doux parfum chloré. Quatrième de couverture À la piscine municipale, entre deux dos crawlés, trois femmes se croisent. Sidonie, éternelle enfant coincée dans un corps adulte, reste perplexe face aux baigneurs qui nagent assidûment dans leur couloir, et ne débordent jamais. Marion cherche une échappatoire aquagymnesque à sa vie de famille millimétrée, qui l'étouffe. Laure, quant à elle, lutte contre ses souvenirs d'adolescence trop ronde, tout en surveillant Elliot, son fils de sept ans qui barbote dans le petit bain. Toutes traversent une quête intime, au milieu de ce tumulte chloré dont l'acidité vivifie. Jusqu'au jour où quelque chose bascule. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La fin d'où nous partons | EvanancesLittéraires
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La fin d'où nous partons Megan Hunter Gallimard Du Monde Entier 2018 167 pages, traduites par Aurélie Tronchet Roman poétique Chronique 28 juillet 2018 « Ce que nous nommons le commencement est souvent la fin. Faire une fin c'est commencer. La fin est là d'où nous partons. » T. S. Eliot quatre quatuors Très particulier, entre poésie, haïku, une histoire en fragments, des passages en italique tels des extraits de l'ancien testament. Un grand cataclysme en sourdine, Londres sous l'eau peu à peu, une femme accouche d'un nouvel enfant quand l'ancien monde disparaît, noyé. Fuite dans la campagne, chez la grand mère paternelle G de l'enfant baptisé Z. Puis après disparition de l'aïeule, la femme et R reprennent la route avec leur fils. Arrivée à un camps de réfugiés, le compagnon R supporte un temps puis repart pour ne plus revenir. Que faire ? La narratrice et une réfugiée O poursuivent seules le chemin avec Z. Bateau, île. Une parenthèse. Attente que l'eau redescende, que les incendies cessent, que les hommes reviennent. Et pendant ce temps étiré, incertain, z grandit, on suit toutes les étapes normale de son évolution. Il est la seule certitude dans un monde d'inconnus. La Femme se réfugie en son enfant... Tout est suggéré, en filigrane, sentiments, émotions, et terreurs. Celles liées à la catastrophe presque atténuées par la découverte de l'état de mère. On est dans une bulle de sensualité, de toucher, d'odeurs. Ailleurs la civilisation est en danger, la Nature martyrisée, les peuples fuient. Mais Z grandit. Très, très particulier. À lire à haute voix tant les mots sont réinventés. Une grande innovation et originalité dans la forme, une mise en page soignée, un joli livre objet, une photo de couverture qui interroge, dans l'eau, très charnelle et féminine. Une narratrice, des initiales, un enfant espoir. Quatrième de couverture Une femme s’apprête à accoucher au moment où Londres est menacée par une inquiétante et mystérieuse montée des eaux. Elle et R, son mari, doivent fuir avec leur nouveau-né, qu’ils ont baptisé Z. R et la narratrice sont rapidement séparés. Cette dernière prend la mer avec Z et O, une autre femme poursuivant seule son chemin avec son tout jeune enfant. À l’abri sur une île, elles attendent. Que l'inondation et les incendies cessent, que leurs compagnons réapparaissent, que leur vie retrouve son ancien cours. Pendant ce temps, les premières dents de Z percent dans sa bouche espiègle et le lien de plus en plus profond qui le relie à sa mère devient très vite, parmi la confusion et l’incertitude environnantes, le havre le plus sûr. Megan Hunter excelle dans l’expression des sensations, des émotions et des angoisses liées à la découverte de la maternité. Au-delà de cette sphère intime, elle fait également écho aux questionnements actuels sur l’écologie, les migrations de populations et l’effondrement de notre civilisation. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Christian Dior, un destin | EvanancesLittéraires
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Christian Dior, un destin Marie-France Pochna Flammarion 13 octobre 2021 528 pages Biographie Chronique 12 octobre 2021 « Je serais bien ingrat, surtout bien inexact, si je n'inscrivais pas en capitales, le mot « hasard » au début de mon aventure. Celle-ci ayant été heureuse dans sa conclusion m'amène, par devoir de reconnaissance, à proclamer ma fidélité aux diseuses de « bonne aventure ». » Christian Dior dans « Christian Dior et moi », Bibliothèque Amiot Dumont, 1956, p. 7. J'ai corné les pages et souligné des passages de cette biographie, ce qui est un très bon signe quant au sérieux et à l'engagement de l'autrice à nous faire découvrir le grand homme dans son intimité, dans ce qu'il a de plus touchant ou de plus impressionnant ; la somme d'informations historiques et anecdotiques données sur Christian Dior et son entourage est impressionnante.Marie-France Pochna réussit à rassembler les différents éléments d'une vie incroyable, puis à les assembler sans que les coutures ne soient visibles jusqu'à nous offrir un texte où l'excellence est reine, celle de la pensée, du geste, de la réalisation. Nous sommes dans le domaine de l'artisanat d'art où oui, seule l'excellence est acceptable et non l'à peu près. Comme pour un défilé de Haute Couture, le choix des couleurs, des matières, de la ligne générale puis des détails, des mannequins, de l'histoire que l'on veut raconter, est primordial ; ainsi la construction de ce récit puis la recherche, (dans les registres de la maison Dior et autres établissements ou auprès de certains protagonistes proches du couturier), des documents, des faits, des témoignages et souvenirs, des clichés, sont une étape délicate, incontournable, ne souffrant nulle approximation. J'ai regretté que des photographies ne soient pas ajoutées en milieu d'ouvrage. Je les ai donc chercher sur internet, tout au long de ma lecture, afin de personnifier les nombreux intervenants de ce texte. J'ai retrouvé l'atmosphère particulière tantôt joyeuse, passionnée, effervescente, comique, tantôt délétère, explosive, tragique, d'une maison de Couture dans ce quartier particulier de Paris. Je fus styliste chez Ted Lapidus un peu plus haut dans la rue François 1er et passais matin et soir devant la célèbre maison et ses vitrines enchanteresses pour rejoindre l'arrêt du bus 42. Je baigne dans le monde de la couture, de la création, du travail manuel depuis toujours par ma mère. Les noms des créateurs d'avant la seconde guerre mondiale, pour lesquels ma grand-mère maternelle travaillait comme couturière en freelance, ont bercé mon enfance. Le portrait ici tracé de Christian Dior, enfant puis jeune homme jusqu'au succès soudain du New Look en 1947, nous fait découvrir un être pluridisciplinaire, surdoué, imaginatif, tendre, instinctif, très différent du reste de sa fratrie, attaché à l'excès à sa mère, cherchant son approbation en tout, se limitant de fait à cette seule femme avare de tendresse et de preuves d'amour, passant peut-être à côté d'un père qui aurait pu lui apporter un plus grand équilibre.Sa plus jeune sœur Catherine, qui mériterait à elle seule une biographie, est sa préférée et son seul lien le rattachant à cette famille Dior après la mort soudaine de leur mère. Ultra sensible, doué d'une prescience quant aux événements à venir, de constitution fragile, il attrape le mal du siècle, la tuberculose. Son monde est fait de fantaisie, d'amis artistes variés, il touche à tout, doué pour tout, musique, costumes de théâtres, il cherche sa voie et le grand Amour... mais la ruine de son père suite au Crash boursier américain l'oblige à vite trouver un travail de bureau, n'importe lequel. À lui la vie de bohème la nuit, l'hospitalité chez les uns et les autres, l'ennui le jour à un poste "normal" et mal payé. Il ne mange pas à sa faim mais sa richesse est ailleurs, dans ses relations avec les plus grands esprits de son temps. C'est une période de formation, de gestation.... Un des éléments fondamentaux, centraux de cette vie est l'amitié indéfectible et loyale des proches ; la solidarité et la générosité en découlent naturellement. Dior n'oubliera jamais cette aide multiple apportée aux moments les plus noirs de son existence, ne serait-ce que pour l'aider à se nourrir puis à financer sa cure afin de lutter contre la maladie. Et le miracle a lieu, il guérit, puis la guerre emporte tout sur son passage, projets artistiques et sa sœur, devenue résistante, arrêtée, torturée, envoyée en camps de concentration.... revenue brisée. Une âme forte ! Ce sont encore les amis et l'entourage, persuadés du talent créatif hors norme de Christian Dior qui sont à l'origine de l'immense succès, en février 1947, du défilé de Haute Couture présenté par Christian Dior, financé par Marcel Boussac. On a du mal à imaginer ce que fut cette incroyable réussite. Les planètes se sont alignées, c'était le bon moment, tout était parfait.... Dior écrit pour définir la maison de couture de ses rêves et sa stratégie : « Je n'y ferai que des modèles apparemment simples, mais d'une confection très élaborée. » « Les marchés étrangers, après la longue stagnation de la mode due à la guerre, réclament des modèles réellement nouveaux. Pour répondre à cette demande, il faut revenir à la tradition de grand luxe de la couture française. » « J'estime pour ma part que la justification de cette maison, c'est qu'elle devrait ressembler - en un monde où tout va vers la machine - davantage à un laboratoire qu'à une usine modèle. » Le New Look va déferler sur ce monde encore meurtri par la seconde guerre mondiale, léchant ses plaies à peine cicatrisées. Une société naît où les femmes ayant joué un rôle crucial lors du conflit, n'entendent pas retourner à l'invisibilité exigée par des règles mysogines et rétrogrades. Déjà ce mouvement contestataire féminin s'était affirmé après 1918. Il ne fait que se renforcer depuis la chute du nazisme. La forme en 8 de la silhouette imaginée par Dior n'est pas reçue avec enthousiasme par toutes les femmes d'autant plus aux USA. Cela n'empêche pas cependant, grâce au charme, à la gentillesse, à la discrétion étonnante de Christian Dior, anglophone, le raz de marée du New Look d'envahir aussi le marché américain. Autour de lui une équipe de choc, ses « fées » comme il les baptise : Mitzah Bricard la muse, Marguerite Carré la fée ouvrière, Raymonde Zehnacker la fée administrative. Membres de second cercle, les assistants : André Levasseur, Gaston Berthelot, Frédéric Castet, à ses côtés depuis la fondation de la maison, mais aussi Yves Saint Laurent arrivé en 1955, Jean-Louis Scherrer ... Une maison de couture c'est une petite ville dans la capitale, dont chaque rouage a son importance. Suzanne Luling, amie d'enfance de Christian Dior, directrice des salons et des ventes et grande animatrice des relations publiques de la Maison Dior reste inoubliable. Citons enfin les deux directeurs Jacques Chastel et Jacques Rouët, qui furent exemplaires d'autant plus qu'il fallait tout inventer, trouver des moyens de s'adapter aux marchés étrangers avec les licences, tout en protégeant la griffe et les créations de tout plagiat. Cette aventure très courte au demeurant jusqu'au décès prématuré du couturier en automne 1957 en Italie, est tout à fait extraordinaire et unique en ce qu'elle s'inscrit dans une mondialisation et une démocratisation de la Haute Couture en prêt à porter de luxe et en produits dérivés sous contrôle de la marque. Du jamais vu auparavant, et en cela Christian Dior et ses partenaires et collaborateurs ont su voir dans l'avenir, être toujours en avance sur la concurrence, créer les tendances artistiques et commerciales à grande échelle. Un empire naît alors qui, même après la mort du couturier, perdurera grâce à l'abnégation et l'intelligence de certains de ses amis tel Jacques Rouët. Une maison comme Dior, ce n'est pas seulement les ateliers de création, de couture, les salons de présentation des modèles, c'est également une direction, une administration, qui répondent aux mêmes exigences d'excellence que le reste des services... une hiérarchie stricte régit cette petite armée au service du beau, de l'exceptionnel, de la défense du savoir faire et de l'artisanat français et parisien. Aucun faux pas n'est envisageable, les sommes investies sont colossales, le nombre de salariés phénoménal en France et dans le monde. Nul n'a le droit à l'erreur. L'autrice s'inscrit dans cette logique en nous offrant ce très bel ouvrage, passionnant, touchant, foisonnant, très bien construit et organisé jusque dans ses tables et notes finales. A garder précieusement dans sa bibliothèque comme livre de référence. Je souligne la beauté de la présentation avec en bandeau, la photo de Christian Dior, en noir et blanc sur papier glacé. Quatrième de couverture Né sous une bonne étoile au temps de la Belle Époque, Christian Dior eut une enfance choyée. Durant son adolescence, électrisé par le Paris des Années folles, inventif et accueillant toutes les avant-gardes, il mena la vie de bohême en compagnie d’un groupe de génies en herbe qui aiguisaient leurs talents sous l’œil de leurs glorieux aînés, Jean Cocteau et Max Jacob. Puis survint la crise mondiale de 1929 et la fortune familiale des Dior, établie depuis plusieurs générations, fut emportée irrémédiablement. Des années rudes, marquées par la faim, les privations et la maladie, attendaient Christian Dior. Ses amis, restés indéfectibles dans leur soutien, l’aidèrent à se frayer un chemin dans le milieu de la couture, jusqu’au moment où la Seconde Guerre mondiale vint anéantir les espoirs de tous. En 1947 enfin, la chance se déclara de façon spectaculaire. Son New Look fut un souffle de vie dans une époque qui s’enlisait dans la dureté de l’après-guerre. Dior ressuscita un art de vivre auquel nul n’osait plus croire, et son génie fut d’apporter la réponse tant attendue à une société meurtrie dans son besoin vital de bonheur et d’émerveillement. Christian Dior se révéla un bâtisseur d’empire, un conquérant capable de bouleverser les rapports de force entre la puissante industrie de la mode américaine et Paris, qui sortait exsangue de la guerre. Il fut un couturier prodigieux, convaincu que la tradition de goût et d’élégance propre à la France mérite qu’on s’y adonne avec passion. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Plus loin mais où | EvanancesLittéraires
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Plus loin mais où Béatrix Beck Grasset mai 1997 154 pages Roman Chronique 14 novembre 2020 L'éditeur écrit à la fin de sa présentation que ce court roman est émouvant et tragique. Oui, cependant je l'ai trouvé surtout drôle, caustique, engagé, tendre, rare, en plus d'être un sacré tour de force quant à la restitution du langage de Marceline. Bourrue, sans éducation scolaire mais avec une réelle connaissance du monde après un apprentissage de la vie à la dure, fine mouche, intuitive, elle est une rescapée de la misère matérielle, psychologique, sentimentale. Elle a réussi à s'en sortir en s'inventant ses propres règles ; ainsi elle est restée libre et a trouvé un certain bonheur, quoique...., malgré le dénuement extrême, malgré l'isolement. Tout le début lui est consacré, truculent et dramatique à la fois. Et voilà qu'un très beau jeune homme, roux, éduqué, français juif, comme il le précise après l'énoncé de son nom, se présente sur son chemin.... Choc de deux mondes, lui pense avec une certaine condescendance qu'il vient de trouver le sujet idéal pour sa thèse sur la marginalité rurale...elle se méfie de ce bourgeois aux trop belles manières.... Il ne sait pas où il a mis les pieds, cette femme n'est pas une sorcière mais bien une magicienne... Une relation étrange, amicale, tendre s'établit entre ses deux personnages à l'opposé l'un de l'autre, faite de piques acérées et de témoignages discrets d'affection. Yann Rosengold devra continuer son parcours universitaire et amoureux.... Mais le destin va lui jouer un joli tour, histoire de ne pas oublier Marceline, à moins que ce soit elle, du haut du ciel, qui lui fasse un joli pied de nez. Un beau texte original, intelligent, tout en finesse, un réel moment de plaisir de lecture. Un roman qui fait du bien en cette période d'obscurité. Quatrième de couverture « J'ai pus de corps, c'est les os qui me tiennent debout, et mon grand os, ma trique. Je veux pus qu'on m'appelle Marceline, ni autrement. Je veux pus qu'on m'appelle." Ce roman intense de Béatrix Beck s'ouvre par l'évocation d'une vieille dame indigne. Elle vit seule à la campagne, avec ses os qui grincent et la compagnie du bois mort, marchant vers l'avenir tout tracé à raison d'un litre de rouge par jour, jusqu'au moment où elle rencontre dans la forêt un certain Yann Rosengold... L'étudiant s'occupe d'elle, malgré ses plaisanteries acides et son esprit revêche. Puis, c'est naturel, elle meurt. Nous suivons alors la vie amoureuse de Yann, une élève séduite, un mariage, une progéniture turbulente, des jeux d'enfants et la mort de sa femme... Béatrix Beck nous donne ici un roman émouvant et tragique. » Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Le rire des déesses | EvanancesLittéraires
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le rire des déesses Ananda Devi Grasset 1er septembre 2021 240 pages Roman Chronique 29 décembre 2021 La guerre est déclarée par amour d'une enfant ; Veena une des prostituées piégées dans la Ruelle d'une petite cité de l'Uttar Pradesh, et Sadhana une transexuelle de la communauté des hijras sa voisine, toutes deux face à Shivnath, un swami ou homme Dieu au service de Kali, la déesse tueuse. Ils vont s'affronter pour la pureté, l'innocence, le futur d'une humble et rayonnante fillette, Chinti. Veena ne voulait pas d'elle, elle ne lui a pas témoigné de tendresse, en mode survie, la cachant cependant derrière une paroi en contreplaqué, pendant les rapports avec ses clients. Le bébé, puis l'enfant n'a pas de nom, même cela, Veena n'ose pas le faire. Nommer, donner une réalité à cet être né en enfer. Peut-être une façon de la sauver, inconsciemment. Surtout ne pas s'attacher. Survivre. En grandissant, la parole vient, le regard de la gamine perçoit toutes les réalités crues à travers une fente dans la paroi. Elle apprend à être silencieuse, invisible comme une fourmi d'où le nom qu'elle se donne, Chinti. Un jour, un homme charismatique devient un client régulier de Veena, c'est un être à part, riche, puissant, narcissique, pervers, hypocrite et démago qui en Inde peut être considéré et adoré comme un Dieu. Ses yeux se posent malheureusement sur Chinti. Un compte à rebours s'est enclenché dès lors. Veena connait ces oeillades libidineuses, offensantes pour la candeur et l'innocence de Chinti qui ne peut comprendre le danger. Le prédateur s'est mis en chasse, elle serait le fleuron de son existence, la cerise sur le gâteau de sa vie de mensonges et d'apparences. Elle serait un jouet qu'il pourrait détruire et jeter après usage comme toutes les femmes dans cette société patriarcale où le phallus est un dieu, ou des temples entiers lui sont consacrés. Mais c'est sans compter avec la narratrice de ce récit, Sadhana, la hijra, à la frontière entre les deux genres, charmée comme toutes les femmes et transexuelles de la Ruelle par cette petite fille qui concentre en elle tous leurs espoirs. Sauver l'innocence devient le credo de cette communauté.... Lorsque Shivnath enlève la petite, la course poursuite commence. Direction la ville des morts, Bénarès.... « Le rire des déesses » est un roman prodigieusement et terriblement beau, nous plongeant avec crudité ou onirisme dans une communauté de femmes, victimes nées et désignées des hommes, dans un monde d'une cruauté infinie où certains, tels des dieux auto-proclamés, peuvent détruire les prostituées, les hijras, les enfants parce que c'est leur bon plaisir. Une gamine paraît, une fourmi insignifiante et l'avenir s'en trouve changé, tout est possible, la clarté peut écarter les ténèbres. Peut-être... Rien n'est gagné pour Veena, Sadhana et Chinti dans cette Inde schizophrénique entre culture, croyances et superstitions millénaires et l'ère moderne et mondialiste. Un magnifique ouvrage, dur, tendre, parfois insupportable comme un long cri de rage, de désespoir, de fureur qui pourrait se transformer en un grand rire triomphant. À découvrir absolument. Quatrième de couverture Au Nord de l’Inde, dans une ville pauvre de l'Uttar Pradesh, se trouve La Ruelle où travaillent les prostituées. Y vivent Gowri, Kavita, Bholi, ainsi que Veena, et Chinti, sa fille de dix ans. Si Veena ne parvient pas à l'aimer, les femmes du quartier l'ont prise sous leur aile, surtout Sadhana. Elle ne se prostitue pas et habite à l’écart, dans une maison qu’occupent les hijras, ces femmes que la société craint et rejette parce qu’elles sont nées dans des corps d’hommes. Ayant changé de sexe et devenue Guru dans sa communauté, Sadhana veille sur Chinti. Leurs destins se renversent le jour où l’un des clients de Veena, Shivnath, un swami, un homme de Dieu qui dans son temple aime se faire aduler, tombe amoureux de Chinti et la kidnappe. Persuadé d’avoir trouvé la fille de Kali capable de le rendre divin, il l’emmène en pèlerinage à Bénarès. Comment se douterait-il que sur ses pas, deux représentantes des castes les plus basses, une pute et une hijra, Veena et Sadhana, sont parties pour retrouver Chinti, et le tuer ? Des bas-fonds de l’Inde où les couleurs des saris trempent dans la misère à sa capitale spirituelle, Ananda Devi nous entraîne dans un roman haletant et riche pour fouiller, à sa manière, les questions brûlantes de notre époque : la place des femmes et des transsexuels, le règne des hommes et la sororité ; les folies de la foi, la pédophilie ; la religion, la colère et l’amour. Avec son style incisif et poétique, elle brise le silence des dieux pour faire entendre et résonner le cri de guerre des femmes – le rire des déesses. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Le jardin des papillons | EvanancesLittéraires
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le jardin des papillons Dot Hutchison City Editions 2 septembre 2020 352 pages traduites par Nordine Haddad Thriller Chronique 18 septembre 2020 « Haletant et machiavélique : un époustouflant best-seller par une nouvelle voix du polar mondial. » Quel thriller ! La version originale THE BUTTERFLY GARDEN est parue en 2016 aux Etats-Unis, premier opus d'une série.... Donc réjouissons-nous qu'il soit enfin édité en France dans une très bonne traduction, qui plus est. J'ai toujours été fascinée par les romans, biographies concernant Soliman le Magnifique, le Harem de Topkapi, Constantinople.... effrayée et en même temps passionnée par ce mode de vie, cette civilisation, ce faste.... Cependant quelques décennies après, informée par les différents témoignages écrits de profilers européens ou américains, par certaines fictions policières proches du reportage sur le terrain, mon regard sur Soliman et ses "collègues" d'hier et d'aujourd'hui a diablement changé. Pourquoi parler de ceci ? Simplement parce que l'auteure fait plusieurs fois référence aux harems, à la traite d'êtres humains et à l'esclavage. Un thriller tel que celui-ci, à l'atmosphère aussi vénéneuse, malsaine, terrifiante, sorti de l'imagination tortueuse de l'auteure, a l'immense utilité de renommer par leurs pathologies, très justement, ces criminels, afin de les étiqueter et les ranger ensuite dans le " catalogue des psychopathes violeurs multirécidivistes et serial killers " ; On revoit notre Histoire mondiale et certaines de ses figures les plus illustres avec d'autres yeux à la fin de cette lecture. Et ils sont nombreux les pervers narcissiques et autres monstres dans nos livres d'enfants, sans que jamais un jugement moral ne nous aient réellement été transmis sur leur comportement déviant lors de nos années d'apprentissage. C'est le premier des grands mérites de ce thriller phénoménal.... le second est tout aussi exceptionnel : Nous voici plongés dans un récit mêlant deux huis clos. En écrire un est déjà un tour de force, le rendre captivant, hypnotisant en est un autre, mais deux ! Complimenti : - Le premier huis clos est d'entrée de jeu situé dans la salle d'interrogatoire du FBI après l'assaut donné sur une propriété privée où étaient enfermées, violées, torturées, tuées, des jeunes filles de plus de 15 ans depuis plus de trente ans. Les protagonistes en présence sont Maya, l'une des victimes, face à Victor et Eddison, deux agents spécialistes des crimes sexuels sur mineurs. - Le deuxième huis clos se déroule sur les lieux des crimes, dans cette immense serre abritant les kidnappées. C'est le récit sous forme de flashbacks de Maya répondant, à sa façon très particulière, aux agents. Elle leur raconte alors ce qui pourrait être un opéra, tel Butterfly ou plutôt Turandot, ou un conte pour adultes, ténébreux, où peu à peu l'âme des plus pures sombre dans un désespoir sans fond. La serre luxuriante avec sa grotte, sa falaise, son plan d'eau, ses lieux d'habitation du Harem se nomme le Jardin des papillons. Évidemment son propriétaire est le Jardinier et les incarcérées, ses Papillons. Ces appellations si poétiques, rassurantes, cachent une réalité monstrueuse : les filles, dont le dos est tatoué d'ailes de papillons tous différents, forment la collection privée de ce dément, qui tel un dictateur érige les règles de cette micro- société et décide de l'exécution de certains spécimens trop vieux, déficients, imparfaits. Soit ils sont éliminés et disparaissent, soit ils ont l'insigne honneur d'être mis en exposition.... Ce Jardinier est un esthète, n'est-il pas ? Cependant il commet des erreurs..... Comme introduire le ver dans le fruit.... Quel sera-t-il ? Un de ses fils ? Une des kidnappées ? Quel événement insupportable mettra le feu aux poudres ? Quant à Victor, réussira-t-il à établir le profil de Maya, et se persuadera-t-il de son innocence, elle qui semble être le centre de tout, elle que réclament les rescapées comme leur protectrice, leur meneuse ? La jeune femme ne leur facilite pas la tâche, habituée, bien avant son rapt, à la cruauté de la vie. Est-elle le bon petit soldat du Jardinier ou une guerrière qui a usé de duplicité et de ruse pour sauver la communauté des Papillons ? Pourquoi ne pleure-t-elle pas ? Pourquoi ne se comporte-t-elle pas en victime ? Est-elle aussi vénéneuse que ce Jardin ? Est-elle devenue la chose, la complice du Jardinier ? Les battements d'ailes vont s'accélérer essoufflant notre cœur et nos cellules grises. Ce livre est un poison que l'on boit jusqu'à la lie avec plaisir masochiste et passion. Une œuvre tout à fait unique, diablement réjouissante et réussie. Comment a-t-on pu attendre autant de temps avant de l'éditer en France ? Un souffle nouveau re-oxygène le monde du thriller psychologique avec ce double huis clos prodigieux. Le dénouement vous réserve également des surprises étonnantes quant à l'articulation des évènements en amont et les raisons motivant l'attitude de Maya. J'attends avec une immense impatience la suite. Quatrième de couverture Un immense jardin luxuriant, débordant de fleurs et de plantes rares. Cet endroit pourrait être un véritable paradis s’il n’y avait ces dizaines de cadavres découverts par le FBI. Des jeunes femmes dont le dos a été tatoué pour ressembler à des ailes de papillons. Celui qui règne sur ce monde fascinant et effrayant est un homme aussi cruel que délicat que ses victimes ont baptisé « Le Jardinier ». Son obsession : capturer, apprivoiser et immortaliser les plus beaux spécimens avant que leur beauté se fane. Parmi les rares survivantes, il y a Maya, une étrange jeune femme. Plus l’enquête avance, plus elle se révèle être une énigme. Quels secrets dissimule-t-elle ? Au fur et à mesure que la jeune femme se confie, les enquêteurs sont emmenés loin, très loin, aux confins de la noirceur de l’âme humaine. « Ici, la beauté, le désespoir ou la peur étaient aussi communs que le fait de respirer. » Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Le poids des morts | EvanancesLittéraires
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le poids des morts Victor Del Árbol Actes Sud Actes Noirs 2020 294 pages traduites par Claude Bleton Thriller Chronique 30 août 2020 Collection Actes Noirs Un livre âpre dans une Barcelone pourrissante, venimeuse, empoisonnée par l'ambiance délétère autour du moribond Franco. Nous sommes en 1975 à quelques jours de la mort du dictateur tant attendue par tous, amis ou ennemis. C'est le moment pour certains de revenir de leur exil afin de comprendre le passé. Nous ne sommes pas encore à la réconciliation, au grand oubli, à l'amnistie des prisonniers politiques, des opposants, au pardon accordé aux fascistes, aux sbires du généralissime ayant torturé, martyrisé, avili, assassiné des millions de gens en trente six ans de dictature. Nous sommes sur le fil du rasoir et nous ne devons pas nous blesser. Mon été fut espagnol, en grande partie, avec un roman jeunesse de Ruta Sepetys "hôtel Castellana" se déroulant sur la même période mais à Madrid, puis la série du Cimetière des Livres Oubliés de Carlos Ruiz Zafón à Barcelone. Depuis quinze/vingt ans les espagnols ont décidé de dire, de crier, de hurler la vérité sur le cauchemar traversé. De dénoncer les criminels, ceux qui ont bafoué l'humanité en son entier.... On ne peut construire une maison sans fondations, le grand oubli conseillé en 1975 n'était qu'une utopie qui en a arrangé beaucoup. Mais pour qu'il y ait résilience, il faut qu'il y est transmission de la parole. Je ne peux même pas imaginer ce que ce peuple a enduré dans sa chair, dans son âme pendant et après le franquisme. Dans ce premier roman de Víctor del Àrbol paru en 2006, puis en 2016 et enfin aujourd'hui, les mots sont mis sur l'impensable, l'indicible. Violent, insupportable.... Nausées, tristesse et rage m'ont habitée en cette fin de lecture. Une conclusion qui m'a d'abord stupéfaite puis m'est apparue comme la seule possible.... La beauté de ce texte prodigieusement écrit est douloureuse, crépusculaire.... Je ne suis pas sortie légère de ce roman qui par ailleurs est un thriller historique, politique, policier excellent, terrible.... Je vais donc me procurer doucement les autres titres de Víctor del Àrbol.... Mon âme sensible l'exige. Méfiez vous du si beau visage de l'écrivain.... Les ténèbres l'habitent. Quatrième de couverture Novembre 1975 : Lucía rentre à Barcelone après des années d’exil, accompagnée par les cendres de son père et par les fantômes qui avaient provoqué son départ. Le général Franco agonise et avec lui une Espagne décrépite et violente. Incarnant ce pays vénéneux qu’une atmosphère “fin de règne” incite plus encore à la terreur et à la suspicion, le commissaire Ulysse s’apprête à livrer la dernière bataille. Décidés à se délester du fardeau du poids des morts, le policier et la jeune femme convergent vers l’aile psychiatrique de la prison Modelo où un indigent, qui y vit reclus depuis trois décennies, semble détenir les clés de la rédemption. L’esprit de l’homme est perturbé mais quelques souvenirs fugaces viennent contredire les conclusions d’un drame qui s’est joué près de trente ans plus tôt. Un vieux militaire inflexible, une belle épouse délaissée, un jeune médecin éperdument amoureux : autour de cette funeste trinité gravitaient aussi un terrifiant policier formé dans les bataillons coloniaux de Melilla et un pauvre bougre qui, par lâcheté, lui avait vendu sa petite fille. L’inévitable face-à-face entre ce policier et la femme que cet enfant est devenu renvoie chacun au mensonge “originel” sur lequel il a bâti sa vie. Ce tout premier roman de Víctor del Árbol porte en germe l’incomparable talent de l’auteur à décrire les tourments de l’âme ainsi que les nuances de tout le mal que l’on peut faire par amour Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Les bottes suédoises | EvanancesLittéraires
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les bottes suédoises Henning Mankell Seuil 2016 363 pages traduites par Anne Gibson Divers Chronique 18 décembre 2019 Suite des « Chaussures italiennes ». Je vous signale que Marc-Henri Boisse a également enregistré ce roman pour Sixtrid en 2016 pendant 9 heures 30 environ. Postface : Certains lecteurs croiront peut-être identifier un certain nombre d'îlots, bras de mer, rochers, écueils et personnages du présent récit. Pourtant, aucun archipel au monde ne correspond à la carte géographique et humaine que j'ai dessinée dans ces pages. Je pense souvent, quand j'écris, à l'élévation du niveau de la mer, qui se poursuit progressivement, bien que nous puissions l'appréhender par nos sens. Un rivage est chose indéterminée, fluctuante, mobile. Il en va de même pour la fiction. Un récit entretient parfois, de loin en loin, une ressemblance avec la réalité. Cela n'annule pas la différence entre ce qui s'est produit et ce qui aurait pu se produire. Il doit en être ainsi. Puisque la vérité est à jamais provisoire et changeante." Texte bouleversant lorsque l'on sait que c'est le dernier de l'auteur et que, quoiqu'il affirme dans ces ultimes lignes, le personnage principal de Fredrik Welin apparaît en quelque sorte comme son double. Ses interrogations, ses peurs, ses réflexions face à la mort, le corps qui vous lâche, le désir de vivre encore une histoire d'amour ou de sexe, la culpabilité face à ses propres limites ou erreurs passées, la conscience que l'on vit la dernière ligne droite avant le grand plongeon qui devrait être libératoire. Il y a beaucoup de similitudes avec les romans désespérés, et pour moi désespérants de Philip Roth, sauf qu'avec Henning Mankell, tout en étant sans concession et ironique, la poésie s'invite également à chaque page. Les deux écrivains aiment l'un son îlot, la nature suédoise, l'autre Newark, les deux sont des contemplatifs et des hommes courageux regardant en face leur être diminué par la vieillesse. Dans « Les Bottes suédoises », que nous allons attendre pendant de long mois, Henning Mankell rajoute une note de thriller sombre, car enfin qui est le pyromane ayant mis le feu à la maison de Fredrik Welin, puis bientôt à d'autres dans l'archipel ? Cette catastrophe va obliger notre héros malgré lui à se bouger, à s'interroger sur la façon dont il souhaite finir cette vie imparfaite mais précieuse. Sa fille Louise va refaire son entrée magistralement, l'obligeant à sortir de sa zone de confort, à repousser ses limites. Le dernier tournant d'une existence bien remplie.... Une fin imprévisible nous déstabilisant. Un très beau texte magnifiquement écrit doux-amer puis lumineux.... Une sortie de scène élégante pour Henning Mankell. Quatrième de couverture Fredrik Welin, médecin à la retraite, vit reclus sur son île de la Baltique. Une nuit, une lumière aveuglante le tire du sommeil. Au matin, la maison héritée de ses grands parents n'est plus qu'une ruine fumante. Réfugié dans la vieille caravane de son jardin, il s'interroge : à soixante-dix ans, seul, dépossédé de tout, a-t-il encore une raison de vivre ? Mais c'est compter sans les révélations de sa fille Louise et, surtout, sans l'apparition d'une femme, Lisa Modin, journaliste de la presse locale. Tandis que l'hiver prend possession de l'archipel, tout va basculer de façon insensible jusqu'à l'inimaginable dénouement. Après l'immense succès des Chaussures italiennes, auquel il fait suite, Les Bottes suédoises brosse le portrait en clair-obscur d'un homme tenaillé par le doute, le regret, la peur face à l'ombre grandissante de la mort - mais aussi la soif d'amour et le désir -, d'un être amené par les circonstances à revisiter son destin et à reprendre goût à la vie. Tél est l'ultime roman de Henning Mankell ; une œuvre d'une sobriété élégiaque et poignante, traversée et portée par la beauté crépusculaire des paysages. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Bleu de Sèvres | EvanancesLittéraires
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Bleu de Sèvres Jean-Paul Desprat Seuil 2006 727 pages Historique Chronique 29 mars 2019 Deux autres tomes suivent, concernant les aventures des frères Masson sous Marie Antoinette puis la Révolution française, et à travers elles, est retracé le destin de la Manufacture de Sèvres. Roman historique certes mais effectivement aussi d'espionnage industriel sous Louis XV. Celui-ci, conseillé adroitement par Madame de Pompadour, sa bonne amie à défaut d'être encore sa maîtresse, devient seul et unique actionnaire de la Manufacture de Sèvres. Jusque là, les pièces qui en sortent sont en porcelaine très fragile et délicate, une porcelaine tendre permettant aux couleurs d'être lumineuses et exceptionnelles. Ce qui serait formidable serait donc d'allier la beauté de la porcelaine française à la solidité de la porcelaine dure, fabriquée en Saxe. On sait que pour y arriver, il va falloir trouver de nouveaux dosages pour la pâte, à laquelle on ajoutera du kaolin. Parallèlement en Auvergne, nous rencontrons deux frères, les Masson, Anselme chimiste et Mathieu, son cadet aveugle, musicien et organiste prodigieux. Leur petit frère va rester sur place tandis que les aînés vont rejoindre la capitale afin d'y faire carrière, forts des lettres d'introduction de leurs maîtres et protecteurs. Les premiers temps sont difficiles dans ce tourbillon qu'est Paris, mais grâce aux bonnes recommandations dans leurs bagages les portes s'ouvrent à Versailles et dans une paroisse proche de leur hôtel, dotée d'un orgue qui n'attend que Mathieu. Anselme quant à lui va faire ses premiers pas à la Manufacture de Sèvres en tant que chimiste. Un monde à part où les rivalités sont légion, où une guerre larvée couve entre réactionnaires ne voulant rien changer et les précurseurs d'une nouvelle ère. Le pauvre Anselme est entre le marteau et l'enclume. Bien vite il semble évident qu'il va falloir chercher la solution de la porcelaine dure jusqu'à Strasbourg où siège la Manufacture de Paul Hannong qui a mis au point un procédé. À sa mort, ses deux fils et ses deux filles se disputent l'héritage. Pierre-Antoine Hannong, sous ses dehors de jeune fat, maîtrise parfaitement la technique. Un accord est passé. Le strasbourgeois rejoint l'équipe de Sèvres tout en gardant encore pour lui tous les secrets paternels de fabrication. Les tractations avec la couronne par l'entremise de Bertin, le ministre, commencent. Pierre-Antoine s'installe chez les deux frères, l'aventure débute. Sachant que la fille aînée du roi n'est pas du tout d'accord pour que Madame de Pompadour affermisse encore son pouvoir sur Louis XV, elle entreprend de son côté de faire intervenir sa belle soeur mariée au dauphin, Marie-Josèphe de Saxe, auprès de son père pour mettre la main sur les gisements de kaolin de cette région éloignée. Donc très vite, les ennemis de la Pompadour, les ambitieux, les passéistes vont agir contre Pierre-Antoine ... Et s'il existait en France des gisements de kaolin ? Également, la question de la situation des handicapés au XVIII ème siècle est traitée, de l'abandon auquel ils sont confrontés, à l'aide qui leur est apportée par des médecins et bienfaiteurs, ayant soin de comprendre ces malades et d'adapter des méthodes d'éducation et donc d'intégration à la société. Exemplaire ! À part les personnages des Masson et de leur entourage, tout est vrai. Une chronologie des faits historiques qui a constitué la trame de ce roman est ajoutée en fin d'ouvrage, ainsi qu'un court passage sur l'histoire de la porcelaine tendre française jusqu'en 1759. Un livre parfaitement équilibré entre les deux ingrédients qui le composent, une écriture magnifique, des personnages vrais ou virtuels plus vrais que nature. Un grand roman qui de plus, me rappelant l'oeuvre de Jean Diwo, nous permet de mieux connaître et apprécier notre patrimoine artistique et artisanal. À lire absolument ! Quatrième de couverture Louis XV, adroitement inspiré par Mme de Pompadour devient, en 1760, l'unique actionnaire de la Manufacture de Sèvres. Afin de percer le secret de la porcelaine dure, fabriquée en Saxe, il engage deux frères chimistes. Mais des coups bas se multiplient et des espions sortent de l'ombre... Ecrit avec fougue et talent, voici la passionnante aventure d'une des premières affaires d'espionnage industriel. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- L'horizon d'une nuit | EvanancesLittéraires
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'horizon d'une nuit Camilla Grebe Calmann-Lévy Noir 9 février 2022 464 pages Thriller Chronique 6 juin 2022 « CONNAÎT-ON VRAIMENT LES GENS QU’ON AIME ? » Roman indépendant où sont simplement cités les noms de certains personnages récurrents de la série Peter Hanne Malin, histoire de tout relier, d'offrir aux lecteurs une œuvre cohérente. Thriller psychologique très bien mené qui ne m'a pas stupéfaite au moment du dénouement mais qui a le très grand mérite de traiter de certains sujets sociétaux dramatiques avec bien plus de délicatesse, d'élégance et de nuances que d'autres autrices s'étant attachées aux mêmes thèmes plus frontalement. Pas de concession chez Camilla Grebe pour les manquements, les injustices, les dérives de la société suédoise... En résumé, balayons devant nos portes avant de stigmatiser d'autres pays ou mœurs étrangères car ne nous sommes pas, en Europe, exemplaires, loin s'en faut. En nous racontant la même histoire vue par différents personnages, l'écrivaine multiplie les pistes et les prismes, réussissant à nous faire douter de ce que nous avions deviné. Également, en prolongeant ce récit quelques années après les faits dramatiques, la disparition de Yasmin et ce qu'il advient de son père, Camilla Grebe nous fait réfléchir sur les conséquences de ce que notre aveuglément d'un jour peut provoquer sur le destin de toute une famille et des proches. À nouveau, elle aborde la question de la cécité qui nous touche lorsque nous refusons consciemment ou inconsciemment de repérer les symptômes, les signes distinctifs d'une tragédie en cours. Jouer à l'autruche pour se donner l'illusion que tout va bien n'a jamais été une solution. Les vrais coupables ne sont pas forcément ceux que l'on croit, certains vont en prison, sont conspués alors que d'autres ne paieront jamais pour leurs fautes. L'ignorance peut être criminelle.... Un très bon thriller ! Quatrième de couverture Dans sa grande maison aux abords de Stockholm, Maria aime sa famille recomposée avec son nouveau mari Samir, son petit Vincent, si fragile et attachant, et sa splendide belle-fille Yasmin, qui couvre ce dernier d’amour. Par une terrible nuit d’hiver, Yasmin disparaît près de la falaise, mais aucun corps n’est jamais retrouvé. Bientôt, tout accuse Samir. Après tout, n’avait-il pas une relation conflictuelle avec sa fille ? Maria ne peut y croire, mais petit à petit, le doute l’envahit… Les inspecteurs Gunnar Wijk et Ann-Britt Svensson sont chargés de l’enquête. Jamais faux-semblants et mensonges n’auront autant régné. L’Horizon d’une nuit est un nouveau tour de force psychologique, aussi captivant que bouleversant, car chaque membre de la famille dévoile tour à tour sa version du drame, nous menant tout droit vers un rebondissement final qui laisse sans voix. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Les abricots du Donbas | EvanancesLittéraires
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les abricots du Donbas Luba Yakymtchouk Editions des Femmes Antoinette Fouque Bibliothèque des voix 1er février 2024 176 pages lus en 1h35 par Catherine Deneuve Poésie Chronique 1 février 2024 Présentation de l'éditeur en 2023 : Un des 10 ouvrages nécessaires pour comprendre la guerre en Ukraine. Magazine Forbes Lauréat du Prix International de Poésie de la Fondation Kovalev de New York. Direction artistique : Francesca Isidori A l'origine le recueil : Les Abricots du Donbas de Luba Yakymtchouk traduit de l’ukrainien par Iryna Dmytrychyn et Agathe Bonin, Éditions des femmes-Antoinette Fouque, 2023, 176 pages, édition bilingue. Préface inédite de l’autrice pour l’édition française. La présentation de l'éditeur est parfaite et complète, je ne pourrais donc rien ajouter de notable. La poésie et l'imagination comme armes de résistance à la guerre, oui, cent fois, oui. Luba Yakymtchouk est une artiste singulière qui pose sur le monde qui l'entoure, au bord du gouffre, un regard faussement léger, incisif. Elle a l'expérience de l'adulte et la sagesse de l'enfant qui ne transige pas et qui renomme les choses pour leur enlever leur pouvoir de terreur, de destruction. La guerre ? Un jeu malsain poursuivi par des hommes qui n'ont pas grandi et continuent comme de sales gamins à donner des coups de pieds, à se prouver qu'ils sont plus forts que l'autre. Une compétition morbide ! Les pions sont les peuples, quantités négligeables, sacrifiables... Leur appétit de mort est insatiable, Miam. l'Ukraine, terre convoitée, terre abandonnée depuis des décennies qui soudain revient au centre de l'attention des occidentaux. Tard, trop tard. On juge, on croit savoir, on ne sait rien. La juxtaposition des voix de l'autrice, enfantine et douce, et de Catherine Deneuve, plus grave un peu rauque, sans aucun effet de manche, sans pathos, accentue avec beaucoup de simplicité et une économie de moyen le dramatisme et l'atemporalité de la tragédie à l'origine de ce recueil de 47 poèmes. Très courts, acérés, directs, ils touchent immédiatement la cible, notre cœur. Car il n'y a pas à débattre mais à comprendre instinctivement ce qui se joue réellement dans la vie de Luba Yakymtchouk et les siens. Pour s'extraire de la fatalité, pour s'élever au-dessus des champs de bataille, un seul moyen, la poésie..... La beauté du geste contre la barbarie et l'indicible. Catherine Deneuve dit ce texte simplement ; son débit est toujours un peu rapide, la vie passe si vite, le ton "comme" distancié, elle énonce une vérité absolue qui ne nécessite aucun artifice. C'est ainsi. Point. Catherine Deneuve ( source wikipédia) : Considérée comme l'une des plus grandes actrices françaises de sa génération et de la seconde partie du xxe siècle, elle est l'égérie de réalisateurs comme Jacques Demy, François Truffaut ou André Téchiné. Elle compte dans sa filmographie plusieurs autres grands noms de l'histoire du cinéma, comme Luis Buñuel, Roman Polanski, Mauro Bolognini, Robert Aldrich, Marco Ferreri, Dino Risi, Tony Scott, Manoel de Oliveira, Raoul Ruiz, Hirokazu Kore-eda ou encore Lars von Trier. Au cours de sa carrière, elle a interprété de nombreux rôles marquants en explorant différents genres, passant de la comédie au drame, du film historique au film musical, ou encore du thriller au fantastique. Parmi les films les plus célèbres se trouvent Les Parapluies de Cherbourg (1964) et les Demoiselles de Rochefort (1967) de Jacques Demy, Belle de jour (1967) de Luis Buñuel, Le Dernier Métro (1981) de François Truffaut, ainsi qu'Indochine (1993) de Régis Wargnier. Nommée pour l'Oscar de la meilleure actrice, elle a remporté de nombreuses récompenses, notamment deux Césars de la meilleure actrice et un prix d'interprétation ou d'honneur dans les trois plus grands festivals de cinéma : Cannes, Venise et Berlin. Depuis Bonjour tristesse de Françoise Sagan (1986) jusqu'à Le silence même n'est plus à toi d'Asli Erdogan (2017), elle est l'une des plus fidèles interprètes de "La Bibliothèque des voix" depuis sa création par Antoinette Fouque. Audiobooks pour les Éditions des femmes : - Cendrillon d'après Charles Perrault - Bonjour tristesse de Françoise Sagan - Les Petits Chevaux de Tarquinia de Marguerite Duras - Les Paradis aveugles de Dương Thu Hương - La Marquise d'O d'Heinrich von Kleist - Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke - Lettres à ma mère de Sylvia Plath - Mrs Dalloway Quatrième de couverture La poésie ukrainienne : un acte de résistance en temps de guerre. Ce recueil de 47 poèmes s’intitule Les Abricots du Donbas car, là où s’arrêtent les abricotiers, commence la Russie. Née et élevée dans une petite ville minière de l’Est industriel de l’Ukraine, Luba Yakymtchouk a perdu sa maison familiale en 2014 lorsque la région a été occupée par des séparatistes soutenus par la Russie. Fruits d’expériences émotionnelles très complexes, ses poèmes s’étendent du désir érotique dans une ville déchirée par la guerre à l’imitation de babillages enfantins pour décrire les outils du combat militaire, vus comme des jouets. Luba Yakymtchouk fait preuve d’espièglerie face à la catastrophe et signe ainsi sa singularité artistique, évoquant l’héritage des futuristes ukrainiens des années 1920. Une langue dénuée de tout pathos, authentique et intime pour transcrire le quotidien de tout un peuple en résistance à travers la poésie d’une femme portée par la voix de la plus iconique des actrices françaises. Avec la famille on partage la table et tombes Avec l’ennemi ; seulement les tombes Que vienne à moi un tel prétendant Partager avec moi une tombe Me dire : Je suis plus grand que toi Je suis plus dur que toi Je suis plus fort que toi Couteau après couteau se plante dans le ventre et plus bas Lame contre lame Sa pression est plus pressante Mais Il est plus petit que nous Il est plus faible que nous Car de lame, il n’a qu’une seule Et nous sur la table, beaucoup L.Y. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La mort de Fernand Ochsé | EvanancesLittéraires
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La mort de Fernand Ochsé Benoît Duteurtre Librairie Arthème Fayard 2018 285 pages Biographie Chronique 28 mai 2018 Ce livre est un vibrant hommage à toute une génération d'artistes qui savaient créer la joie, la fantaisie, la beauté avec sérieux, talent, humour. De la fin du XIX ème siècle jusqu'à la seconde guerre mondiale avec l'effroyable passage de 14/18 , l'effervescence des théâtres, le nombre de créations d'opérettes, puis de spectacles de music-hall est à peine croyable. Cette inconscience, cette innocence, ces dandys, ces salons, ces femmes de la haute société mécènes et lanceuses de mode, cette acceptation comme une évidence de la pluridisciplinarité de certains artistes, impossible aujourd'hui en France , cette façon de vivre vraiment, à la folie, en toute liberté, qui s'est accentuée après la boucherie des tranchées, comme pour rattraper un temps perdu de l'enfance ou accumuler des souvenirs avant de nouveaux désastres, ont mis Paris au centre du monde par la qualité de ses artistes, par la liberté d'entreprendre, d'essayer, de créer en collaboration avec d'autres, de nouvelles tendances, des mouvements modernes, avant gardistes. Un être d'exception est au centre de ce si beau livre, qui nous fait revivre de merveilleuses heures, en nous rappelant des airs connus, des mélodies ravissantes, des images sublimes ou drôles, ce personnage d'importance aujourd'hui oublié est Fernand Ochsé. Avec le brio qui le caractérise, avec passion, amour, regret, joie et tristesse, Benoît Duteurtre s'est attaché à lui rendre sa place de magicien, de peintre, décorateur, musicien, littérateur, illustrateur. Comme il devait être exaltant de vivre une telle époque où tous les grands noms de la scène et de la création se côtoyaient, se frôlaient, se détestaient ou s'aimaient jusqu'au delà de la mort. Une vie douce et brillante comme une bulle de champagne qui brusquement éclate au premier son des bottes nazies. Pourquoi n'ont ils pas anticipé le danger que représentaient Hitler, ses sbires, certains critiques et célébrités française, Pétain en tête ? Celui-ci va s'acharner comme pour punir ceux qui vivaient dans la légèreté, la beauté et surtout la liberté de penser. L'antisémitisme, cette bête immonde a grossi, ces griffes ont attrapé ses premières proies en Allemagne et à l'Est. Ces artistes sont venus à Paris pour fuir puis ont vite compris la nécessité de partir encore plus loin, aux USA. Certains y réussirent merveilleusement comme Kurt Weill, d'autres y disparurent dans l'obscurité. Passage dans la zone libre pour les Ochsé à Cannes dans un hôtel où tout le beau monde se retrouve pour continuer à créer, composer, chanter, dessiner, afin de contrer toujours le mal. Puis pour Fernand et sa femme Louise, sculpteur, ex épouse du frère de Fernand, c'est la rafle imbécile en cette fin de conflit dans une maison particulière où ils étaient réfugiés grâce à l'appui d'amis artistes célèbres. Tout le patrimoine de Fernand Ochsé a en grande partie disparu, les tableaux, œuvres d'arts, des automates d'une grande rareté, des meubles précieux.... Issu d'une famille aisée, ayant travaillé toute sa vie, le couple avait amassé de vrais trésors dont certains comme " le souper au bal" de Edgar Degas aujourd'hui à Orsay. Des recherches actuellement sont menées quant aux drôles de voyages qu'ont faits ces œuvres pour se retrouver d'abord en Allemagne puis dans les musées français. On ne sait comment se déroula vraiment la rafle, on ne peut qu'imaginer le pire, l'horreur. On ne sait s'ils étaient à leur âge, déjà affaiblis par des années de privation, capables de supporter un tel périple de la mort, ou s'ils ont bien débarqué à l'effroyable Auschwitz. Tout le monde se mobilisa comme ce fut fait pour d'autres déportés dont les noms sont injustement oubliés. Des personnes illustres se sont élevées contre cette barbarie, ont écrit des pétitions, rien n'y fit. La tourmente avait tout emporté. Reste le souvenir, les témoignages de Gisèle Casadesus par exemple, dont le père était ami avec Fernand, qui venait toutes les semaines déjeuner chez eux à Montmartre, ou Honegger dans « Je suis compositeur » : « Il y a encore une personne que je ne cite pas quand on me parle de mes influences et, pourtant, c'est un homme qui m'a apporté plus dans ma carrière que certains maîtres. Je veux parler de Fernand Ochsé, musicien, peintre, littérateur, décorateur, qui a eu sur mon développement la plus heureuse action. Il fut pour moi un ami incomparable, à qui je garde une profonde reconnaissance. Sa disparition, pendant les jours sombres de l'Occupation, reste un des plus profonds chagrins de ma vie. Depuis, je n'ai jamais entendu une nouvelle œuvre écrite par moi sans me demander : Qu'en aurait pensé Fernand ?» De son œuvre musicale il reste deux recueils de mélodies ( Odelettes, sur des poèmes de Régnier, et Le Parc sur des poèmes de Verlaine) et quelques chansons créées par Edmée Favart. À la Bibliothèque Nationale, on peut également consulter un volume de musique manuscrite conservé par Arthur Honegger et déposé par sa fille. Son opérette Choucoune mettant en scène des noirs bénéficia au moins d'une représentation mais ne fut jamais montée. Il n'en eut pas de rancœur et continua à promouvoir et aider les autres compositeurs et créateurs. Un être d'exception ! Il ne faut surtout pas résumer cet homme charmant, cultivé, généreux et talentueux à sa fin, surtout pas. « Son histoire nous montre pourtant autre chose : un jeune français d'ascendance juive accueilli et admiré dès ses débuts dans la société artistique et dans le monde du spectacle, où son talent allait s'épanouir très favorablement ; un esthète vivant pour son art comme ses camarades, partageant les mêmes préoccupations et les mêmes enthousiasmes ; un amoureux de l'esprit parisien, de la finesse et de l'ironie, vivant au sein d'un milieu très soudé, par-delà les origines et les convictions. » Tout un pan de notre Histoire est ici décrit avec précision et amour. On sent la tristesse et la nostalgie à l'évocation de ce monde perdu. Chanteuse lyrique, j'ai eu la chance d'interpréter dès le Conservatoire de Paris nombre des pièces et œuvres de ce répertoire, incontournable et essentiel. Et comme il est agréable, joyeux et intéressant de chanter « j'ai deux amants » dans « l'amour masqué », les airs de la Grande Duchesse de Gerolstein, ou de la Perichole, ou de faire chanter les duos et ensembles de Ciboulette, du Gril, etc.... Le chapitre p 140 est bouleversant et touchant intitulé Gisèle et Fernand. Je vois passer au loin les ombres de Fernand, son frère Julien, Proust, Reynaldo Hahn, Messager, Honegger, Ravel, Poulenc, Debussy, Stravinsky, Milhaud, Henri de Régnier, Casimir Oberfeld auteur entre autres merveilles de « Félicie aussi », Mistinguett, Arlety, Edwige Feuillère, Bourvil, Fernandel, Gabin, Yvonne Printemps........ Vraiment un très beau livre nécessaire à la compréhension de toute notre culture. Souhaitons revenir à de tels moments de joie et de camaraderie artistiques en France. Quatrième de couverture " On a oublié combien Paris fut une ville heureuse : capitale des plaisirs où les plus grands artistes adoraient le café-concert, le music-hall et l'opérette aux mille succès repris dans le monde entier. De 1900 à 1940, Fernand Ochsé fut un personnage central de cette fabrique d'enchantements. Dandy proustien de la Belle Époque, tour à tour dessinateur, compositeur et décorateur, il allait contribuer à d'importantes créations théâtrales, mettre le pied à l'étrier du jeune Arthur Honegger, collectionner les tableaux rares et les objets étranges. Son goût de la douceur de vivre ne l'empêchera pas de se voir rattraper par la brutalité de l'histoire et d'embarquer, comme juif, dans le dernier convoi pour Auschwitz. À travers son destin, c'est au basculement d'un monde que nous assistons. Basculement d'autant plus tragique que presque rien n'a subsisté de cette école de la légèreté souvent dédaignée dans la seconde moitié du XXème siècle. Artiste plein de charme dans l'ombre d'amis plus illustres, Fernand Ochsé est un guide idéal pour redécouvrir ces années modernes et joyeuses qui ont tant contribué au mythe parisien. " Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs















