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- Les Combattantes de l'ombre
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les Combattantes de l'ombre Margaret Collins Weitz Albin Michel 1997 Traduction de Jean-François Gallaud, préface de Lucie Aubrac Historique Chronique 30 janvier 2021 Ce fut particulièrement intéressant de lire cette monographie 27 ans après sa parution car alors, ce qui fut une analyse avant-gardiste et rare sur le sujet des femmes dans la Résistance, devient de facto, de par son ancienneté, à son tour témoignage et documentation historique très révélateur d'une certaine manière d'interpréter des faits à un instant T. Depuis certaines archives ont été mises à disposition des chercheurs, historiens, qui apportent un éclairage quelque peu différent sur les évènements et la personnalité de certains protagonistes pendant l'occupation. C'est un ouvrage extrêmement sérieux, documenté, honnête dans la démarche quant à transmettre les mots de certaines héroïnes de la Résistance, méconnues ou célèbres, avant qu'elles ne soient plus capables de passer le témoin aux générations à venir. Le travail de mémoire est donc réalisé ici avec respect, admiration, affection, émotion retenue mais à fleur de peau, et aussi étonnamment, avec à certains moments beaucoup d'humour. En effet, ces très jeunes filles, pour la plupart, aux caractères souvent bien trempé pratiquaient aussi avec brio, afin de se protéger de la monstruosité des évènements, une forme d'ironie distancée et d'autodérision. La Résistance fut, dès le départ au moment de l'armistice honteux de 1940 mais aussi, pour certains, dès l'avènement du nazisme et les premiers actes et crimes antisémites d'avant guerre, une réaction épidermique de rejet puis de lutte avec les moyens du bord : tout cela sentait l'amateurisme et exigeait des qualités indéniables d'adaptabilité rapide à n'importe quelle situation. Les femmes sont les championnes en la matière. Les Françaises sont condamnées, dans la société d'alors, à un rôle de faire-valoir, ne disposent évidemment pas des mêmes droits que les hommes, ne sont pas sensées avoir d'opinions politiques, de moyens financiers, de liberté d'action quelque soient leurs origines sociales. Dans un pays où la Révolution française fut patriarcale, où le droit de vote est une utopie inatteignable, si les femmes veulent à nouveau jouer un rôle pour leur patrie, comme en 1914-18, ce sera en catimini, en toute discrétion, avec humilité. C'est effectivement ce qu'elles firent : le bruit des bottes allemandes étaient plus insupportables que ce que leur éducation et toute la société des hommes hurlaient à leurs oreilles. Donc ce ne sont pas des guerrières en lumineuses armures qui vont agir en pleine lumière mais bien des ombres rompues à l'exercice du sabotage, de la comédie, de l'illusion, qui vont mener et gagner cette bataille de sape, de destruction lente mais inéluctable des forces ennemies. Bien vite, les réseaux s'organisent, les petites mains sont à l'ouvrage dans l'obscurité, certaines de ces résistantes en nombre restreint obtiennent des postes de commandement où leur genre est secondaire. On les a sous estimées, on les a maintenues dans des rôles très caricaturaux de saintes ou de putes, on les a, comme toujours accusées d'être à l'origine de la défaite n'ayant pas assez pondu de futurs soldats entre les deux guerres, on les a reléguées à n'être que des génitrices qui en plus devaient savoir tenir une maison, les comptes du ménage, être décoratives et à la disposition de leurs maris, et bien soit. Elles vont jouer de toutes ces règles gravées jusque dans leur inconscient, elles vont être extérieurement ce que certains hommes et particulièrement les Allemands de cette époque pensent qu'elles sont. L'analyse est parfaitement menée et malheureusement encore d'actualité dans la guerre économique et sociale que nous traversons, et il est vrai que ce jeu de rôle, auquel nous sommes obligées quelques fois de nous prêter, est lassant et insupportable. Mais en cette période monstrueuse d'occupation et de régime pétainiste et collaborateur, une patriote qui veut agir simplement parce qu'elle pense ne pas avoir d'autre choix, doit ruser et utiliser tous les moyens mis à sa disposition pour sauver sa peau, son pays, ses camarades de luttes. Sont-elles toutes conscientes de l'importance de leur action ? Non, évidemment non, habituées pour beaucoup à ne pas se mettre en avant et à laisser la lumière aux hommes. Ceux-ci ne sont pas tous des mysogines ou des machos bien au contraire, traitant ces guerrières comme n'importe quel autre soldat. Heureusement ! L'analyse de ce qui se déroula après la libération de Paris puis aux retours des déportés des camps, cette amnésie imposée ou souhaitée par toutes celles qui témoignent dans cet ouvrage, est une réalité que nous avons pu tous constater dans nos propres familles. Un silence assourdissant, une volonté d'oublier, de tourner la page de force, ont miné les français de l'après guerre, femmes et hommes. Des syndromes post traumas extrêmement graves ont touché certains rescapé(e)s après des mois, des années où ils/elles essayèrent de donner le change, de fonctionner normalement. Cette monographie remarquable, passionnante, pousse l'analyse des conséquences de cette vie de Résistantes puis de rescapées de l'horreur, sur le plan de la vie intime de chacune, et plus largement sur le plan politique, social et des mentalités jusqu'en 1995. Un bémol : Je dois dire que je suis très étonnée de cette constance des auteures anglo-saxonnes, historiennes, journalistes ou biographes, à portraiturer le Général de Gaulle comme un mysogine de première tout à fait détestable. Les faits, les lois qu'il a promulguées avant Giscard d'Estaing, toute sa vie, prouvent le contraire. Qu'il fut paternaliste comme beaucoup d'hommes de sa génération à certains moments ou très protecteur, c'est un fait, mais c'est aussi un homme qui a reconnu la vaillance des femmes lors du conflit, à l'instar de sa nièce Geneviève de Gaulle-Anthonioz et d'autres, et qui laissa entre les mains de Elisabeth de Miribel toute sa "campagne de presse" auprès des Canadiens et des Américains afin de le faire connaître des autorités alliées outre-Atlantique. Pour un mysogine, c'est curieux ! Je vous redonne le titre de l'excellent ouvrage de Gérard Bardy qui vient de paraître aux Éditions Mon Poche " Les femmes du Général" pour creuser ce thème de Charles de Gaulle "féministe". Peut-être qu'en 1995, certains faits n'étaient pas connus de l'auteure, je ne sais pas. Je n'ai pas senti chez cette histoirenne la moindre partialité comme chez d'autres ultra féministes. Quoiqu'il en soit, ce livre reste un travail de référence incontournable, extrêmement complet et intéressant qui a nécessité beaucoup d'intelligence, d'empathie, de courage et de ténacité à Margaret Collins Weitz. Donc gratitude et respect ! D'abord sa biographie puis le contenu du livre présenté par l'éditeur complètent cet avis. Quatrième de couverture Infirmière dans le maquis, agent de liaison, boîte aux lettres, convoyeuse d'évadés ou d'enfants juifs, rédactrice ou distributrice de la presse clandestine ... les femmes ont joué les rôles les plus divers dans la Résistance. Discrètes mais efficaces, la plupart de ces héroïnes reprirent simplement une vie normale après la guerre, sans jamais se glorifier de leurs actions ni se prévaloir d'un courage qu'elles estimaient bonnement " normal ". Quoi de plus normal, en effet, que recueillir un enfant, aider une femme dont le mari est en prison ou accueillir un fuyard ? Et pourtant, en ces sombres temps, chacun de ces gestes signifiait l'emprisonnement, la torture, la déportation peut-être, et parfois, la mort. A la lecture des nombreuses interviews de survivantes, recueillies par Margaret Collins Weitz, on constate que ces combattantes de l'ombre, presque ignorées par l'histoire, s'engagèrent souvent dans le combat dès 1940 et contribuèrent notablement par leurs actions incessantes à la lutte pour la Libération. Replaçant ces témoignages parfois très émouvants dans un contexte socio-historique où la responsabilité des femmes " était peu reconnue, l'auteur, historienne, reconstitue la vie quotidienne de celles qui, de tous horizons et de tous partis, devinrent des sœurs en résistance. Par ce document, où se retrouvent des femmes inconnues et d'autres devenues célèbres (Danielle Mitterrand, Lucie Aubrac, Françoise de Boissieu, Geneviève de Gaulle ...), elle comble une lacune de l'Histoire de France au temps de l'Occupation, et rend justice à celles qui ont péri sur le chemin de la liberté.. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La Dame de Reykjavik
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La Dame de Reykjavik Ragnar Jonasson La Martinière 7 mars 2019 320 pages traduites par Philippe Reilly à partir de la version anglaise Polar Chronique 8 juin 2022 La Trilogie de la Dame de Reykjavik comprend : - La Dame de Reykjavik - L'île aux secrets - La dernière tempête Ce premier Tome de la Trilogie du même nom, très particulière puisque remontant le temps chronologiquement, fut un best seller à sa sortie. Je comprends pourquoi. L'autre originalité étant que l'héroïne soit une femme de 64 ans, inspectrice en Islande, pays très singulier de par sa géographie, son climat, ses nuits et ses jours sans fin... Rien ne va plus en ce début d'épisode pour Hulda puisque la retraite se profile à l'horizon ; elle va donc devoir trouver le moyen de prendre le plus adroitement possible ce virage délicat. Peu à peu l'idée de retrouver un compagnon,de ralentir, fait doucement mais sûrement son chemin. Et patatra, son supérieur décide, puisqu'elle vient de clore une affaire, de la mettre sur la touche immédiatement comme un objet arrivé à obsolescence. Circulez, il n'y a plus rien à voir. Pire, elle doit vider les lieux et son bureau pour laisser la place à un gamin tout juste sorti de l'école de police. Le statut des femmes en Islande n'est pas plus reluisant que dans le reste de l'Europe, dans le milieu machiste des forces de l'ordre comme ailleurs. Après cinquante ans, ça sent la date de péremption dépassée. Hulda se bat tout de même pour gratter encore quelques jours de présence au poste. Son chef lui dit de s'occuper avec un cold case... Cela ne tombe pas dans l'oreille d'une sourde. Elle ressort donc le cas d'une immigrée Russe Elena.... L'affaire fut menée par un de ses collègues tire au flan... Assez rapidement, notre enquêtrice sent le coup fourré, note les invraisemblances.... Ainsi, faisons-nous connaissance peu à peu par petite touche avec cette figure incontournable aujourd'hui de la littérature noire nordique. Ses zones d'ombre sont peu à peu éclairées, la vérité surgit sur cette personnalité énigmatique au même rythme que les différentes pièces du puzzle policier se mettent en place. Insidieusement, nous nous attachons énormément à Hulda comme nous nous étions attachés au personnage principal du vieil homme de Henning Mankel... Un thriller dont on tourne vite, très vite les pages, dépaysant, passionnant, bouleversant, dans des décors prodigieux, dans une ambiance post crise boursière, où humanisme ne rime pas avec mondialisation. Nous sommes comme l'inspectrice au bord du gouffre.... Quatrième de couverture « L'inspectrice islandaise Hulda Hermannsdóttir est la meilleure héroïne tragique que nous avons lue depuis longtemps.» The Times Hulda a tout donné à sa carrière. Mais en faisant toujours cavalier seul. Elle a beau être une des meilleures enquêtrices du poste de police de Reykjavik, à soixante-quatre ans, sa direction la pousse vers la sortie. La perspective de la retraite l'affole. Tout ce temps et cette solitude qui s'offrent à elle, c'est la porte ouverte aux vieux démons et aux secrets tragiques qu'elle refoule depuis toujours. Et ses échappées dans la magnificence des paysages islandais, pour respirer à plein poumons la sauvagerie de son île, ne suffiront plus, cette fois. Alors, comme une dernière faveur, elle demande à son patron de rouvrir une affaire non résolue. Elle n'a que quinze jours devant elle. Mais l'enquête sur la mort d'Elena, une jeune russe demandeuse d'asile, bâclée par un de ses collègues, va s'avérer bien plus complexe et risquée que prévu. Hulda a-t-elle vraiment pesé tous les risques ? Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- De la voix
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires De la voix Antoinette Fouque Editions des Femmes Antoinette Fouque Bibliothèque des voix 1er octobre 2020 54 mn, lu par Fanny Ardant, Ariane Ascaride, Lio et l’autrice Essai Chronique 30 septembre 2020 À l’occasion des 40 ans de La Bibliotheque des voix, les editions des femmes souhaitent redonner tout son sens (signification, orientation) à leur collection emblematique et pionniere de livres audio, en rendant hommage à sa fondatrice Antoinette Fouque. Theoriques et poetiques, ses textes et entretiens, lus par elle-meme ainsi que des actrices amies, restituent la perspective qu’elle a donnee des l’origine à ces enregistrements de tres haute qualite culturelle et artistique. Quatrième de couverture Avec cet enregistrement, les éditions des femmes retournent aux sources en publiant un " livre parlant" de référence : De la voix. Ce recueil de textes d'Antoinette Fouque sur les thèmes qu'elle a toute sa vie mis en travail - théorique et pratique, oral et écrit, lecture et écriture, corps et texte...- est l'occasion d'une nouvelle rencontre de voix. On y entend l'autrice-éditrice, enregistrée lors d'émissions et d'enregistrements, ainsi que des lectures par des actrices amies : Fanny Ardant, Ariane Ascaride et Lio. « Restituer le corps vocal, le corps chantant du texte, c’est redonner du corps au texte, du corps vivant, parlant, c’est rendre du texte au corps, c’est mettre en écho » A. F. Les textes intégraux sont publies aux éditions Gallimard (Il y a deux sexes, 1995, 2004, 2015), des femmes-Antoinette Fouque (Gravidanza, 2007 ; Génésique, 2012) et Francois Bourin Editeur (Qui êtes-vous ? Antoinette Fouque, 2009). Enregistrements originaux d’Antoinette Fouque, dont Le bon plaisir (1990), À voix nue (2014), realises par France Culture, tous deux à La Bibliothèque des voix. Musique : Solene Pereda (pianiste) et Pauline Rinvet (soprano). Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- L'Institut
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'Institut Stephen King Albin Michel Janvier 2020 601 pages traduites par Jean Esch SF Chronique 1 juin 2020 Titre original : The Institute. « Mais celui qui offensera un de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu'on lui suspense une meule à âne autour du cou et qu'on le précipite au fond de la mer. » Mathieu, Chapitre 18 « Aussi angoissant que Charlie, d'une puissance d'évocation égale à Ça, L'Institut nous entraîne dans un monde totalitaire... qui ressemble étrangement au nôtre. Le nouveau chef-d'œuvre de Stephen King. » Je ne suis pas particulièrement fan de la littérature d'horreur ; je n'ai pas peur, je trouve cela trop caricatural, excepté certains romans contemporains de nouveaux auteurs qui renouvellent le genre : plus de fantastique, une cause politique ou de justice sociale en filigrane à défendre, et tout change de mon point de vue. Soudain le roman reprend son rôle de lanceur d'alerte, d'information tout en nous divertissant et nous dépaysant. « L'Institut » de Stephen King n'est pas un roman d'horreur, c'est un thriller teinté de SF bien que construit sur des vérités historiques tant sur le plan des évènements dramatiques du XXe siècle que de la Science. Comme toujours, excepté dans 22/11/63, j'ai l'impression de lire un texte pour adolescents ou jeunes adultes, ( d'ailleurs ce livre est dédicacé aux petits enfants de l'auteur), cette sensation étant renforcée ici par le choix d'un héros de 12 ans. L'ambiance carcérale et anxiogène de l'Institut est parfaitement rendue, la description de l'organisation interne de l'infrastructure est précise et nous permet bien de nous projeter dans les lieux, un camp de concentration nouvelle formule sous contrôle de gardes chiourme barrés et de médecins, doubles du "Dr Mengele" et autres psychopathes nazis. C'est intelligent, flippant à souhait puisque tirant sur toutes les ficelles de nos peurs les plus profondes, et surtout, tout en reprenant des thèmes et des sources historiques quant à des expérimentations depuis la seconde guerre mondiale, ce texte nous fait trembler sur ce que pourrait devenir notre société si nous ne restons pas vigilants. C'est un bon roman de SF bien ficelé, un peu long peut-être, mené adroitement. Mais ce qui m'interpelle le plus dans cette histoire, ce sont les raisons qui ont poussé Stephen King a reprendre le stylo et à créer cet univers et ce récit. L'élément déclencheur, nous dit-on, fut les reportages où l'on voyait des enfants derrière des barbelés, bloqués et séparés de leurs parents à la frontière mexicaine. Effectivement, ce fut un choc : des images des camps nazis sont remontées à la mémoire collective. Idem pour moi, lorsque des adolescents manifestant pacifiquement dans leur lycée, dont certains handicapés, ont été mis face à un mur, agenouillés, mains sur la tête, humiliés, anéantis par le pouvoir en place. C'est aussi depuis des mois, des affaires terribles de pedocriminalité mises sous la lumière enfin, et un traitement des enfants par la justice inapproprié, traumatisant, leur niant le droit à la parole et à obtenir gain de cause. C'est aussi la volonté manifeste de tracer tout le monde, de nous surveiller encore plus que nous ne le sommes aujourd'hui.... Et enfin, ce sont les expérimentations au nom de la sacro sainte Science, qui explosent les limites morales et éthiques. Ce sont ces découvertes formidables, détournées de leur but premier, pour gagner de nouvelles guerres. Ce sont ces millions d'enfants torturés, battus, exploités, dans des camps, des usines, des laboratoires, des pays pauvres, quantités négligeables aux yeux des plus puissants. Une société qui ne protège ni ses enfants ni ses anciens est une société finie, démente, suicidaire. On ne battit pas un avenir sans respecter les leçons du passé, sans protéger les règles fondamentales de l'humanité. Bémol : Je regrette que les sources de la documentation et bibliographie ayant permis d'étayer ce scénario ne soient pas précisées en fin de récit. Quatrième de couverture « Au cœur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent. Luke se réveille à l'Institut, dans une chambre presque semblable à la sienne, sauf qu'elle n'a pas de fenêtre. Dans le couloir, d'autres portes cachent d'autres enfants, dotés comme lui de pouvoirs psychiques. Que font-ils là ? Qu'attend-on d'eux ? Et pourquoi aucun de ces enfants ne cherche-t-il à s'enfuir ? » Autres précisions précieuses sur ce roman (source Wikipédia) : Genèse « Pour les personnages d'enfants, Stephen King s'est inspiré de ses trois petits-fils, à qui le roman est dédicacé. Il explique dans The View que quand il a commencé ce livre, il voulait simplement écrire une histoire sur « des enfants sans défense qui sont enfermés et qui doivent s’unir pour combattre ces cruels adultes qui procèdent à des expériences sur eux ». Dans son interview pour Good Morning America, Stephen King explique : « J’essaye de séparer mes opinions politiques de mes histoires mais la frontière est mince, comme une membrane poreuse que les idées traversent ». Liens avec l'actualité et Donald Trump Alors qu’il était en train de réécrire son roman après son premier jet, la fiction est devenue réalité : aux États-Unis, les enfants d’immigrés renvoyés chez eux ont été enfermés dans des cages à la frontière. Il s’est alors dit que c’était comme dans son livre. Peu de médias ont osé lui poser la question lors de la promotion de son roman, Stephen King étant réputé pour sa haine envers Donald Trump. Accueil : Le roman est entré directement à la deuxième place de la New York Times Best Seller list le 22 septembre 2019, puis en a pris la tête la semaine suivante. Il est resté vingt-et-une semaines dans ce classement, dont une passée à la première place. Distinctions L'Institut reçoit le Goodreads Choice Awards du meilleur livre d'horreur 2019. En 2020 il est nommé pour un Locus Award du « meilleur roman d'horreur » et le prix Bob Morane du « meilleur roman traduit ». Adaptation télévisuelle : Au moment de la publication de l'ouvrage, il est annoncé que les droits d'adaptation télévisuelle ont été achetés par David Edward Kelley et Jack Bender (producteurs de Mr. Mercedes) pour une série limitée. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Miss Julia Flisch - L'aube du féminisme
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Miss Julia Flisch - L'aube du féminisme Christian W.Flisch Métropolis Genève collection FEMMES 6 mai 2021 192 pages Biographie Chronique 7 mai 2021 Un ouvrage édifiant en hommage à une figure incontournable du XIX ème et XX ème siècles totalement oubliée par l'Histoire des Etats Unis, de la Géorgie, omettant aussi sa contribution inégalable à la cause féminine, dont les effets se font encore sentir aujourd'hui. « Plus personne aujourd'hui ne connaît Julia Flisch. Elle a pourtant joué un rôle décisif auprès de ses contemporains qui l'ont encensée de son vivant et encore des années après sa mort. Sa vie et son oeuvre méritent d'être connues, d'autant qu'elles donnent un éclairage passionnant sur un moment charnière de l'histoire américaine, et ce, à travers les yeux d'une femme qui s'est battue pour ses droits et qui s'est engagée dans la cause féminine. Par ses écrits, (poèmes, nouvelles, romans, essais), mais aussi par son travail de journaliste puis de personnalité publique, elle nous donne accès à ce qu'était le quotidien dans les États du Sud et plus particulièrement en Géorgie au tournant du XIX ème et XX ème siècles. Née le 31 janvier 1861, à l'aube de la guerre de Sécession, et morte le 11 mars 1941, Julia Flisch incarne parfaitement la " new woman" du Sud.» Julia Anna Flisch, jeune fille dotée d'une grande intelligence et d'une maturité extraordinaire, d'une finesse d'analyse étonnante de ce qui se déroule autour d'elle, capable d'émettre des jugements mais aussi d'apporter des solutions, créa l'événement dès ses premiers pas publics, par le biais d'une lettre, ou plutôt d'un cri de guerre et d'indignation, envoyée à l'Augusta Chronicle : édité, ce texte provoqua de nombreuses réactions. Intitulé " Give the Girls a Chance" , nous y lisons son appel révolté et, plein d'espoir en la justice, aux autorités de l'État de Géorgie afin d'obtenir que les femmes soient émancipées, puissent poursuivre des études supérieures, (ce qui lui fut refusé et resta un souvenir pénible), et évidemment puissent obtenir des postes correctement rémunérés. En étant dépendantes des hommes, elles ne sont pas aussi utiles qu'elles le devraient à la société. L'éducation est au centre des luttes de Julia Flisch, infatigable, entêtée, tenace, jusqu'au-boutiste, ne mâchant pas ses mots dans ses articles et essais. Les femmes sont brimées par les lois en vigueur dans les États du Sud et cela ne peut être plus longtemps accepté pour le bien et le développement de toute ce monde sudiste très conservateur jusqu'à parfois l'obscurantisme. Face au Nord industrieux, novateur, il est grand temps que le Sud de réveille enfin et prenne sa place dans l'évolution fabuleuse et moderne du pays tout entier. L'éducation, donc, mais également le droit de vote, (obtenu en 1920), et l'engagement en politique, sont les trois points fondamentaux de l'action de Julia Flisch jusqu'à sa mort. Bluffante de par son énergie, sa clairvoyance, son érudition, restée célibataire, comme nombre de ses consœurs féministes, son attitude face aux hommes ou le mariage n'est pas celle d'une amazone. En effet, sa vision de la famille et du couple est tout à fait moderne pour l'époque, pensant qu'une épouse peut aussi travailler et s'épanouir dans une carrière à la satisfaction de son mari et de ses enfants. Ses engagements sont soutenus et applaudis par des personnalités masculines d'importance et ceci dès cette première lettre à l'Augusta Chronicle puisqu'elle est, lors de sa diffusion, précédée d'un éditorial très enthousiaste : " What Shall Young Woman Do?". Cette admiration de ses contemporains pour les travaux, les déclarations, les engagements de cette journaliste, historienne, romancière, essayiste, nouvelliste, enseignante et même à nouveau à 48 ans étudiante, ne peut que nous conquérir également. On mesure le courage de cette guerrière infatigable, de cette professeure bienveillante, protectrice de ses étudiant(e) allant jusqu'à les aider financièrement en plus de leur dispenser un enseignement éclairé de premier ordre. Cet ouvrage comprend donc la biographie par Christian W. Flisch de son aïeule, mais aussi la nouvelle « Sur les sables de Roxbury « , le reportage « La traversée de l'océan », traduits tous deux par M. Blum. Puis vous découvrirez la liste exhaustive de ses œuvres publiées ou non faute d'éditeurs téméraires : Publiés : 6 nouvelles, deux romans, six essais historiques, une critique, 75 articles de presse et reportages. Non publiés manuscrits ou tapuscrits : 19 poèmes, 45 romans et nouvelles, 9 essais historiques. En plus de ces interventions publiques, de ses cours dispensés à la Georgia Normal & Industrial College (GN&IC) ayant oeuvré à sa création en 1890, l'obtention du premier diplôme honoris causa décerné à une femme par l'Université de Géorgie en 1899, le master en histoire obtenu de l'Université de Wisconsin en 1908 à 57 ans, son retour à Augusta pour enseigner l'Histoire à la Tubman High School for Girls, elle devient secrétaire en 1916 de L'Equal Suffrage Party of Georgia. Grâce à cette lutte au long cours, enfin, le XIX ème amendement accorde le droit de vote aux femmes le 26 août 1920. Sa carrière sera encore longue et plus ardue, jusqu'à ses 75 ans où elle se retira en raison de sa cécité : entre son poste de présidente de l'Augusta League of Women Voters, son soutien au candidat démocrate William McAdoo partisan de l'égalité hommes-femmes, la parution de son deuxième roman en 1925 Old Hurricane, ( Ashes of Hopes fut édité en 1886), et enfin sa charge de Responsable du département d'Histoire du nouveau Junior College of Augusta, elle n'a jamais arrêté d'être active et de tenter d'améliorer la société. Ses héroïnes fortes, déterminées, transgressives dans leurs aspirations, leurs comportements, d'une grande modernité, sont des reflets de Julia Flisch. Celle-ci n'a pas eu le succès éditorial mérité en tant que romancière et nouvelliste malgré l'accueil positif de la critique. Non seulement elle campait des femmes puissantes et indépendantes mais elle leur réservait une fin heureuse. Si seulement elles étaient devenues des victimes du destin, que l'on pourrait plaindre, ainsi plus en adéquation avec la supposée fragilité des femmes ! Mais non ! Pas avec Julia Flisch. C'est un peu trop novateur et libertaire pour le public d'alors et cette société corsetée qui a tant de mal à se libérer de certaines traditions passéistes et inégalitaires, d'où le refus de différentes maisons d'édition, frileuses, de l'ajouter à leur catalogue. Je rêverais d'une biographie romancée ou d'un bioptic de cette femme extraordinaire et inspirante afin de lui donner chair, de la rendre encore plus proche. Cependant, les nombreuses photographies et illustrations jalonnant cet ouvrage devraient vous permettre de visualiser Julia Flisch dans les décors de sa vie... La bibliographie précise des documents utilisés pour la rédaction de ce livre peut également vous donner un éclairage supplémentaire. En 1994 Julia Flisch fut inscrite au Georgia Women of Achievment et une plaque commémorative évoquant les personnalités reposant au Magnolia cemetery d'Augusta où figure, entre autres, son nom a été posée en 2004. Pour finir : « En 1948, dans le but de promouvoir des vocations d'enseignant(e) et d'honorer le souvenir de Julia Flisch, le Junior College of Augusta ( aujourd'hui Augusta State University) a créé une fondation intitulée The Julia Anna Flisch Memorial Scholarship. Cette bourse, tombée dans l'oubli, a été réactualisée par le Georgia College en septembre 2018 grâce aux efforts et au soutien de la Professeure R. O. Harris et de son mari Don Harris. Chaque année, le même Georgia College organise une série de conférences, les Julia Flisch Annual Lectures. » Un texte que j'ai lu avec passion et admiration. Merci infiniment aux Éditions Métropolis Genève et à Marie Hasse pour leur confiance. Quatrième de couverture Beaucoup de personnalités qui ont marqué l'Histoire ont des racines suisses que les mouvements migratoires ont fait oublier. Née en 1861 à Augusta en Géorgie et morte en 1941 dans sa ville natale, Miss Julia Flisch, fille d'un confiseur grisonnais établi en Amérique, était une enseignante, une femme de lettres, une journaliste féministe engagée et une intellectuelle reconnue. Après de brillantes études secondaires, elle voulut entrer à l'université de Géorgie mais cet établissement, uniquement réservé aux garçons, rejeta sa candidature. Outrée et profondément blessée, elle adressa au journal The Augusta Chronicle du 20 novembre 1882 une lettre ouverte destinée aux autorités et intitulée Give the Girls a Chance ! qu'elle signa A young woman. Ce cri d'indignation connut un si fort retentissement qu'il détermina son engagement pour l'accès des femmes à une éducation supérieure et pour leur indépendance sociale dans la Géorgie conservatrice des XIXème et XXème siècles. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Emportée
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Emportée Paule Du Bouchet Editions des Femmes Antoinette Fouque Bibliothèque des voix 6 mai 2021 Lu par Isabelle Carré Biographie Chronique 7 août 2021 5:11 d'enregistrement. Emportée, 2020 édition augmentée, des femmes-Antoinette Fouque ; 2011, première édition, Actes Sud. Faustine de Monès soprano, ( petite fille de Tina Jolas), Antoine Palloc pianiste, Clément Mao-Takacs chef d'orchestre. Captation en novembre 2020. Réalisation de Francesca Isidori : C'est d'abord une petite fille devenue femme artiste, de conviction, passeuse de lumière et de beauté, qui s'exprime dans la première partie, une adulte qui se remet à sa taille d'enfant, qui lève les yeux sur sa maman si belle, si extraordinaire, si insaisissable, si amoureuse, passionnée, envoûtée, partie si loin dans les sphères de la poésie, si dévouée à un homme, René Char, que plus rien n'est véritablement important, en dehors de lui omniprésent puis traître, puis marié à une autre, déloyal. La petite Paule souffre de l'absence de sa mère alors même qu'elle est là, devant elle. Elle jalouse cet amant qui fit disparaître en coulisse le père André du Bouchet. Elle souffre par cette mère maraboutée, inapte à l'écouter, la voir, incapable de se libérer de cette emprise, de retrouver sa liberté. Elle ne respire, voit, parle qu'à travers son homme. Une relation malsaine d'une certaine façon, qui n'enrichit pas à égalité les deux protagonistes, ne les fait pas évoluer, grandir en regardant dans la même direction, qui évidemment est vouée à l'échec : mensonge, fuite, mariage en secret de monsieur, cela n'est pas glorieux, n'est pas à la hauteur de l'Amour imaginé par Tina. Que peut ressentir la jeune Paule, emportée malgré elle dans une histoire d'adultes qui la dépasse ? Solitude, loyauté et amour pour une mère qu'elle ne comprend pas, qu'elle adore, après laquelle elle court en vain. La voix d'Isabelle Carré, aux harmoniques aiguës, pure et tremblante, convient à cette enfant puis cette jeune fille, en déséquilibre émotionnel, qui ne sait où se mettre, qui bascule entre haine pour René Char, le voleur de mère, et désespoir amoureux terrifiant, immense face à cette maman absente, ensorcelée. Puis suivent quelques lettres échangée entre Tina Jolas et son amie Carmen Meyer, permettant de découvrir la version de l'amoureuse et celle d'une autre femme, spectatrice de cette relation passionnée, irraisonnée, dévorante et enfin dramatique de Tina et René. Nous sommes au centre, dans l'intime de cette amante qui pendant trente ans reste la compagne de René Char. Une femme qui s'oublie, choisit l'ombre pour laisser dans la lumière le grand homme. On comprend mieux pourquoi Paule du Bouchet choisit d'écrire des romans et albums pour les enfants, elle-même n'étant certainement pas tout à fait guérie de ses jeunes années, mais ayant la force de résilience nécessaire afin de transformer le désespoir de l'époque en beauté. Le témoin est passé merveilleusement puisque Faustine de Monès, soprano, petite fille de Tina reprend le flambeau. Vous la découvrez ici dans une mélodie de Gabriel Fauré, " Au bord de l'eau" et l'air " Chi il bel sogno di Doretta" extrait de La Rondine de Giacomo Puccini. Si Tina fut emportée par les tumultes de la passion amoureuse, sa fille par ceux du chagrin, Faustine par sa voix vous emportera, transcendant, grâce à la musique et l'interprétation des poèmes et livrets, les sentiments les plus contrastés en harmonie et poésie. Sérénité retrouvée ! Quatrième de couverture Tina Jolas, esprit libre et rêveur, fut la compagne de René Char pendant plus de trente ans. Happée par un amour exigeant et absolu, elle fut pour sa fille une figure de grâce et de disparition. Avec une douceur infinie, Paule du Bouchet retrace ici un parcours de vie: des lieux, des instants, des événements formant cartographie de cette haute figure. La puissance de son écriture rend sensibles à la fois son désespoir d’enfant, la splendeur de cette mère « emportée » dans un ailleurs et l’amour indéfectible qui les lie. Avec délicatesse, Isabelle Carré redonne une voix à cette lignée de femmes, par la lecture d’Emportée suivie de la fougueuse correspondance de Tina Jolas et de sa plus fidèle et tendre amie, Carmen Meyer. Faustine de Monès, fille de Paule du Bouchet, petite-fille de Tina Jolas, prolonge par sa voix lyrique cette œuvre de filiation en hommage à sa grand-mère. « Ma mère possédait en propre une aptitude au secret, singulièrement raffinée, laquelle se rapprochait chez elle de l’acception la plus accomplie du mot, le sens du mystère. Dans le même temps, elle restait une grande et droite nature. Alchimie rare entre toutes, haut lieu de son intimité, c’était là sa part infiniment poétique. Celle qui l’a fait aimer des poètes. » P. d. B. Isabelle Carré : Isabelle Carré, née le 28 mai 1971 dans le 12e arrondissement de Paris, est une actrice et écrivaine française. Elle a obtenu le César de la meilleure actrice en 2003 pour son rôle dans Se souvenir des belles choses ainsi que le Molière de la comédienne à deux reprises (en 1999 pour Mademoiselle Else et en 2004 pour L'Hiver sous la table). En 2018, elle a publié un premier roman chez Grasset, Les Rêveurs, qu'elle a lu ensuite à la Bibliothèque des voix. Un deuxième roman, Du côté des Indiens, est paru en 2020. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Lettres à Missy
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Lettres à Missy Colette Editions des Femmes Antoinette Fouque Bibliothèque des voix Mai 2019 Lu par Anouk Grinberg Roman Chronique 31 octobre 2019 Durée 1h11 ; morceaux de Satie, Fauré, Sibelius interprétés par Joëlle Guimier. Réalisation de Francesca Isidori. « Mon amour chéri, j'ai enfin reçu une lettre de vous, la première ! Je suis bien contente. Elle est bougon, elle est gentille et je la trouve délicieuse, puisque vous dites que votre odieux enfant vous manque ! Ma chérie, cela suffit pour me combler de joie, et j'en suis devenue rouge, toute seule, de plaisir, d'une sorte d'orgueil amoureux. Que ce mot ne vous choque pas mon pudique petit Missy, il n'y a vraiment que le mot amour qui puisse servir pour dire la complète, la complexe et exclusive tendresse que j'ai pour vous. » Lettre de Colette à Missy, Éditions Flammarion, 2009. J'ai écouté deux fois ce CD, afin de ne rater aucun détail, aucune inflexion de voix ou soupir. Car dans cette collection, comme l'écrit Antoinette Fouque, « la voix c'est l'Orient du texte. » Le timbre feutré, grainé, à la prononciation glissante comme en abandon, en lâcher prise psychologique et sentimental, et au débit changeant, suivant les humeurs en perpétuelle métamorphose de l'écrivaine, m'ont forcée à me concentrer plus encore. Pas de point d'accroche grâce à une accentuation des consonnes, non, c'est au sens des mots, au sous texte, que l'on doit s'attacher. Nous entrons ainsi, grâce à cette littérature épistolaire qui fut, d'abord et avant tout, des messages et témoignages d'amour véritable entre Colette, ici comédienne en tournée, parfois cheffe d'orchestre pour rire ou metteure en scène de circonstance, et Missy, aristocrate richissime qui transgresse, par son aspect et ses mœurs, tous les tabous de la société française corsetée, à peine sortie du XIX ème siècle et s'y attardant encore jusqu'à la guerre de 14-18. Pénétrer ainsi dans l'intimité de ces femmes, semble anecdotique, pourrait prêter à sourire... Et pourtant, sous la narration du quotidien, des futilités, des banalités, des mots d'amour échangés pareils à ceux de tout couple éthéro ou homosexuel, des fâcheries, des jalousies, tout le monde peut reconnaître sa propre histoire. Une banalité cependant magnifiée par l'écriture, le style, l'intelligence et l'esprit de Colette. Elle s'y présente comme une enfant parlant à sa mère, cette auto-infantilisation réelle ou jouée s'assure la protection de l'aimée. Elle choisit, comme avec Willy, une figure tutélaire, puissante, imposante. Elle peut ainsi rester ultra féminine tout en menant sa vie très « virilement » à l'égal de ces hommes qui ont tous les droits. Elle compte beaucoup aussi ses sous, parle beaucoup d'argent.... Ce qui m'attriste, c'est que plus de cent ans après, les lesbiennes sont toujours des cibles rêvées pour des homophobes dégénérés, et les femmes en général sont toujours en butte à une société patriarcale rétrograde et injuste. D'autre part, Colette grâce à son regard acéré sur ses contemporains et le monde qui l'entoure, apporte un témoignage précis sur les évènements petits ou grands lors de cette tournée épique en France jusqu'en Afrique du Nord. On croise Vincent d'Indy et d'autres célébrités dans leur quotidien, sans fards ni masques. Les décors sont plantés, chambres d'hôtel, loges, théâtres.... On s'y croirait. Elle nous régale d''anecdotes cocasses, elle se met en scène, quelques fois s'abandonne sous le regard amoureux de Missy. Par le truchement de l'exercice particulier de la rédaction d'une lettre à l'être aimé, Colette garde le contrôle tout en nous laissant deviner à son insu bien des incertitudes et peurs dans ses silences. Anouk Grimbert de par la qualité de son interprétation et sa signature vocale, apporte ce supplément d'âme à ces lettres plus que centenaires et les font redevenir contemporaines. Très belle mise en musique également, tout en nuances, harmonie et fluidité... Une réalisation soignée encore pour cette maison d'édition que je remercie pour sa confiance renouvelée. Quatrième de couverture « Au cours d'une soirée où se rend le Tout-Paris de la Belle Époque, en 2905. Colette rencontre la marquise de Morny, dite « Missy ». Celle-ci divorcée et à la tête d'une grande fortune, vit pleinement sa préférence sexuelle. Cheveux courts, pantalon, bottes et complets-vestons : son personnage inclassable dérange et effraie son époque. Un an plus tard, Colette divorce de Willy et va vivre avec Missy une intense histoire d'amour qui durera jusqu'en 1911. Après leur rupture, leurs lettres témoignent d'une indéfectible complicité. Cette relation est fondatrice dans la vie de Colette, dans sa construction personnelle autant que dans son œuvre littéraire. » Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Mercy Mary Patty
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Mercy Mary Patty Lola Lafon Actes Sud Août 2017 234 pages Historique Chronique 26 octobre 2017 « You know what your daddy said, Patty ? He said, well sixty days ago she was such a lovely child and now here she is with a gun in her hands » paroles de Patty Smith interpellant Tania Hearst. Cette dernière a elle-même déclaré qu'elle avait eu un lavage de cerveau pendant vingt ans dans sa famille et son milieu social, et que seulement 60 jours avec ses ravisseurs du SLA l'avaient en quelque sorte libérée. Mercy et les deux Mary sont des figures hautement symboliques de l'histoire des Usa ; en effet, ses trois femmes qui avaient été enlevées par des Amérindiens, refusèrent de revenir à la "civilisation" quand elles furent retrouvées. Des films et des livres ont été inspirés par ces récits incroyables, sérieux camouflet dans la face de certains, refus d'une pensée alors blanche. Quelques centaines d'années après, rien n'a véritablement changé. Nous sommes au début de ce récit en 1975, années Giscard et Nixon. Le procès de Patty Hearst auto rebaptisée Tania, va s'ouvrir. Gene Neveva figure emblématique d'une trentaine d'années, aux idées contestataires, est professeure invitée sur la côte landaise dans une petite ville où vit Violette, ou plutôt Violaine, puisque Neveva n'aime pas son nom. Cette dernière doit remettre dans quinze jours un rapport à l'avocat payé par le magnat de la presse et père de Patty/Tania. Celle-ci est devenue une égérie pour toute une jeunesse américaine paumée, en mal de libération, de peace and love, de lutte contre la faim, le racisme, pour plus de justice. En effet, le rapt de la petite fille riche bien obéissante au rôle imposé par la morale et sa famille, ce bon petit soldat, qui va étonnamment se transformer en guerrière incontrôlable, avec ce groupe de jeunes Robin des Bois, va aller même jusqu'à un braquage à mains armées. Ni le FBI ni l'Amérique bien pensante ne peuvent laisser le fragile équilibre de leur pouvoir vaciller sous l'attaque de ces gamins. La riposte sera sanglante, disproportionnée, six jeunes face à une armée. Ce livre fabuleux, flamboyant et si désespérant aussi, est également, au delà de la restitution des faits, un sacré brulot toujours d'actualité. De la libération de la femme, et plus généralement d'une éducation étriquée, ce passage de témoin des Mary et Mercy, à Patricia, Gene, Violaine et la narratrice est une idée O combien brillante et justement parlante. Des côtes landaises jusqu'au Smith College à Northampton, où la narratrice et Gene se rencontreront enfin, nous sommes emportés dans l'Histoire du réveil de la conscience politique féminine, et plus sûrement contemporaine. Grâce à une plume acerbe, précise, sans concession, drôle et caustique, tellement talentueuse, soyons clairs, Lola Lafon ne dresse pas des portraits en blanc et noir, les bons et les méchants ; je ne suis pas persuadée d'aimer beaucoup cette Patty, ni de l'avoir comprise. Elle reste trouble à mes yeux. Plus à retenir donc est ce choix qui nous est offert de prendre et laisser ce qui a fait notre éducation, de faire le tri entre le grain et l'ivraie, et lorsqu'on se sent prêt, de poser des actes même infimes pour l'amélioration de notre monde. Un livre incontournable ! Quatrième de couverture En février 1974, Patricia Hearst, petite-fille du célèbre magnat de la presse William Randolph Hearst, est enlevée par un groupuscule révolutionnaire dont elle ne tarde pas à épouser la cause, à la stupéfaction générale de l'etablishment qui s'empresse de conclure au lavage de cerveau. Professeure invitée pour un an dans une petite ville des Landes, l'Américaine Gene Nevena se voit chargée de rédiger un rapport pour l'avocat de Patricia Hearst, dont le procès doit bientôt s'ouvrir à San-Francisco. Un événement mémorable dont la résonance va également “kidnapper” l’existence de trois femmes de générations différentes : une Américaine et deux Françaises tour à tour attachées à saisir cet épisode. Par ce roman sur l’influence décisive de leur rencontre éphémère, par sa relecture de l’affaire Hearst, Lola Lafon s’empare d’une icône paradoxale de la story américaine, de son rayonnement dans l’espace public et du chavirement qu’elle a engendré dans le destin de ses héroïnes. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- L'homme qui rêvait d'un village
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'homme qui rêvait d'un village Jean-Paul Malaval De Borée Terre de Poche 14 avril 2022 297 pages Roman Chronique 18 mai 2022 « Pourvu qu'en nous réveillant de notre erreur, l'aube lucide ne nous prive pas de nos espérances. » Vladimir Jankélévitch En ces temps où fuir le monde apparaît comme la seule option pour survivre, pour revivre, pour reprendre notre souffle enfin, ralentir le rythme, adopter la récession comme mode d'existence, ce roman d'une beauté douloureuse, âpre, résonne étrangement. Qui ne rêve pas de partir, de s'installer dans un coin tranquille, à la recherche d'une paix intérieure tant qu'il en est encore temps ? Si en plus, ce projet se double d'un challenge exceptionnel, larguer les amarres n'est pas difficile mais évident. Voici donc Constantin Méliès, richissime publicitaire, en plein divorce difficile, père d'une fille menant un procès à charge contre lui, touché en plein cœur à la découverte d'un village détruit, abandonné, Peyreméjean. Le projet de le rebâtir prend alors forme, l'argent aide beaucoup à entreprendre cette folie. Pourquoi se lancer dans cette aventure ? Pour se trouver, pour remonter le temps, pour se plonger en des années où tout semblait plus simple, où l'on vivait avec la nature, au rythme des saisons ? Par simple besoin de laisser derrière soi quelque chose de tangible ? Pour atteindre une forme d'immortalité, pour s'évanouir dans ce paysage magnifique, s'effacer enfin pour toucher à l'essence du monde ? Dans une langue de toute beauté, précieuse et transparente comme les eaux pures des sources si rares en ce pays, JeanPaul Malaval nous conte un parcours initiatique qui peu à peu devient une passionnante enquête concernant les derniers jours de ce village. Les archives accumulées par l'équipe du cabinet d'architectes laissent entrevoir un mystère quant aux raisons qui ont poussé nombre d'habitants à fuir les lieux, comme si un danger les menaçait. Mais lequel ? Le voisin le plus proche, homme sauvage, artiste à ses heures, prompt à sortir le fusil pourra-t-il éclairer Constantin sur les drames qui se sont déroulés en ces maisons soudain terrifiantes, ténébreuses. Pour quel trésor caché les villageois se sont-ils entre-déchirés ? La paix peut-elle renaître à Peyreméjean ? Un texte d'une grande poésie, d'une grande puissance évocatrice. De circonstance... Quatrième de couverture « Un homme fortuné acquiert un village abandonné dans les gorges du Tarn. Son rêve fou : le reconstruire à l'identique et lui redonner vie... » Constantin Méliès a bâti sa fortune dans la publicité mais regrette de n'avoir pas su donner un sens à son existence. Tombé sous le charme du village de Peyreméjean, il l'acquiert dans le but de le restaurer. À sa surprise, un habitant, irréductible ermite du nom d'Eusèbe Flahaut, y vit encore. Cet original aux multiples facettes est le dernier témoin de l'histoire compliquée des familles d'artisans, de vignerons et de bergers qui ont fait prospérer le village jusqu'à son déclin. Que s'est-il donc passé pour que Peyreméjean, jadis prospère, voie peu à peu partir tous ses habitants ? Au fil de ses recherches, Constantin comprendra alors qu'il n'est guère aisé de porter sur ses épaules la mémoire de Peyreméjean, et de se confronter à ses fantômes et à ses secrets.. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Les accords silencieux
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les accords silencieux Marie-Diane Meissirel Les Escales 6 janvier 2022 247 pages Historique Chronique 8 août 2022 Splendeur ! « Quand les âmes se font chant, Le monde d'un coup se souvient. La nuit s'éveille à son aube ; Le souffle retrouve sa rythmique. Par-delà la mort, l'été Humain bruit de résonance Quand les âmes se font chant. » François Cheng Un des plus beaux livres lus cette année à placer à côté du roman incontournable de Richard Powers « Le temps où nous chantions ». La rencontre de Tillie, dame âgée, et Xià, jeune fille timide et perdue, autour d'un magnifique Steinway orné d'une gravure représentant deux papillons, est d'une poésie rare et ouvre pour nous les portes du passé. « La jeune femme ajuste son assise, baisse la tête, ferme les yeux, inspire profondément, retient sa respiration avant d'expirer en trois temps, déjà son souffle épouse le rythme de l'Adagio. Alors, son majeur gauche vient à la rencontre du clavier et égrène six notes timides, son index le retrouve pour lui donner la force d'un accord, puis son petit doigt vient en renfort et offre à sa main droite l'élan nécessaire pour porter la mélodie. » Cette description de la façon de jouer le début de l'Adagio du Concerto italien en ré mineur de Bach, BWV 974, revient plusieurs fois tel un motif dans une partition ou un leitmotiv dans le récit, que celui-ci se situe avant la Seconde Guerre mondiale ou plus tard dans le temps, que l'on soit projeté à Hong-Kong ou bien New York ou encore Shanghai... Les deux papillons s'envolent d'abord, se tournant autour afin de se reconnaître, puis se séparent : - Tillie se replonge dans ses souvenirs de jeunesse alors qu'elle allait commencer sa carrière de vendeuse chez Steinway à New York sous les ordres de son grand-père, amoureuse de la musique, folle de tendresse pour son frère jumeau Joseph, violoncelliste surdoué promis à un avenir radieux... - Xià se rappelle son enfance pas si lointaine et les raisons pour lesquelles elle remet en question son retour à des études de piano. Ses deux femmes sont intimement liées mais ne le savent pas... Peu à peu, l'autrice enlève chaque voile nous cachant la vérité, jusqu'à nous offrir une scène de révélation intemporelle et magique. Leurs âmes se retrouvent grâce à l'Adagio de Bach, grâce à la force d'attraction qu'exerce le Steinway, tel un talisman passant de mains en mains d'un pays à l'autre, d'un cœur à l'autre. Il symbolise cette Musique qui transporte les humains dans une autre dimension de pure beauté, leur permettant de se ressourcer ; cette Musique qui également est interdite par les dictateurs car trop libératoire et transgressive en ce qu'elle redonne l'espoir à des peuples opprimés. La Musique vole et se pose partout où elle peut apporter réconfort, où elle peut raffermir la conviction de tous ceux en quête de démocratie, de justice. Elle allie les humains, les relie tel un cordon ombilical à une dimension supérieure, à Dieu peut-être... Oui, voici un des plus beaux textes lus en 2022 grâce à l'avis émerveillé d'une amie partagé sur un groupe de lecture présent sur Facebook... D'une délicatesse de fine dentelle, d'une sensibilité à fleur de peau, d'une poésie née de la simplicité de la narration mais aussi des images évoquées et de la construction même du récit, je suis sortie de ce roman le cœur gonflé de gratitude, renoyautée autour de mon désir ardent de reprendre ma carrière de chanteuse lyrique après trois ans d'enfer. Je remercie Marie-Diane Meissirel pour ce roman d'amour, de passion, de lumière, essentiel en ces temps d'obscurité... et je regarde les deux papillons réunis enfin après un si long voyage. Quatrième de couverture « Autour d'un Steinway qui a traversé le XXe siècle, les destins de deux femmes que tout sépare se rencontrent, liés par un ancien secret et l'amour de la musique. New York, juin 1937. Tillie Schultz perpétue la tradition familiale et entre chez Steinway & Sons pour travailler auprès des « immortels », ces pianistes de légende comme Rachmaninov et Horowitz. Grande mélomane, son talent n'égale pas celui des maîtres qu'elle côtoie. Pour vivre sa passion, elle ne peut que se mettre au service de ceux qui possèdent le génie qu'elle n'a pas. Hong Kong, septembre 2014. Xià, une étudiante chinoise, retrouve le plaisir de jouer grâce à Tillie Fù et à son Steinway. Elle s'autorise, pour la première fois depuis un examen raté, à poser ses doigts sur un clavier et interprète pour Tillie les airs que la vieille dame ne peut plus jouer. Si soixante-dix ans séparent les deux femmes, elles sont unies par une histoire commune insoupçonnée et par leur amour pour la musique qui projette sur leurs vies une lumineuse beauté. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La Coupure
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La Coupure Fiona Barton Fleuve Noir 2018 477 pages traduites par Séverine Quelet Thriller Chronique 8 décembre 2018 Titre original « The child ». Deuxième roman de cette auteure, « journaliste et formatrice internationale dans les médias. Elle a écrit pour le Daily Mail, a été rédactrice pour le Daily Telegraph et rédactrice en chef du Mail of Sunday. Née à Cambridge, elle vit aujourd'hui dans le Sud-Ouest de la France. » Évidemment ici on pense à la coupure de presse mais également à la blessure d'une vie détruite. J'avais énormément aimé « La Veuve », le premier livre de Fiona Barton à plusieurs titres : - La description détaillée et évidemment crédible du monde de la presse écrite d'aujourd'hui entre vieilles méthodes et le tout numérique. - L'enquête très intelligemment menée. - La construction prodigieuse au service d'un suspense à couper le souffle, jusqu'au bout baladée par cette scénariste de talent. - Les personnages principaux, aussi intéressants : de la journaliste quinquagénaire Kate au policier Bob, avec lequel elle collabore dans cette course poursuite face à une femme au comportement plus que suspect et tendancieux. Ici nous sommes en 2012, soit deux ans après " La Veuve" , pour une nouvelle enquête journalistique et policière de Kate Waters du Daily Post, flanquée d'un stagiaire Paul, et cette fois un autre flic Andy Sinclair, bien que Bob Sparkes fasse encore des apparitions. Tout débute un 20 mars 2012 avec Emma la seule narratrice de ce thriller, les autres femmes étant suivies de l'extérieur. Emma ne va pas bien, elle sent qu'à nouveau son équilibre psychique est fragilisé, elle perd pied et tente de le cacher à son mari Paul. Celui-ci a laissé un exemplaire de l'Evening Standard à la maison avant de partir au travail ; il est professeur en université, Emma écrit quant à elle incognito et en freelance des biographies de VIP de téléréalité. Rien d'extraordinaire, mais au moins peut-elle s'accrocher à un planning et une tâche à accomplir. Mais ce matin-là, un gros titre " DÉCOUVERTE DU CORPS D'UN BÉBÉ" sur un chantier de construction à Woolwich amenant à l'ouverture d'une enquête de police, la tétanise, son monde patiemment créé avec les moyens du bord s'écroule. Toute l'enfance remonte en vagues qui la submergent. Au même moment, Kate lit les articles de la concurrence et tombe sur ce même fait divers. Cantonnée depuis de longs mois à des dossiers minables et inintéressants, elle sent d'instinct qu'elle tient un Scoop possible. Là voilà sur le sentier de la guerre. Enfin, une troisième femme entre en scène, Angela, qui depuis plus de quarante ans pleure sa fille disparue dans des conditions inexplicables. Le bébé serait-il son Alice enfin retrouvée ? L'auteur a tout mis en place, décor planté, une tragédie qui se jouera en plusieurs actes dramatiques jusqu'au 1er avril 2012. L'ajout de seconds rôles inquiétants et coupables potentiels ne fait que compliquer le tableau. On sent une certaine délectation à nous perdre, et cela pendant un bon bout de temps. Bien que cette fois, la fin se laisse deviner plus tôt, j'ai eu beaucoup de plaisir et d'urgence à tourner au plus vite les pages de ce thriller très sombre et en même temps touchant, puisqu'il s'agit d'amour ou d'incompréhension entre des mères et leurs filles présentes ou évaporées. L'absence d'enfant ou d'explication à celle-ci est au centre de cette fiction, se teintant d'accents de vérité. Nul doute que Fiona Barton se soit inspirée avec passion, humanité et tact, de faits réels rencontrés dans sa carrière. J'aime décidément les thrillers ou policiers écrits par des professionnels de la presse, des forces de l'ordre, de la justice, maîtrisant parfaitement leur sujet. Cela fait beaucoup de bien ! À découvrir donc.. Quatrième de couverture Quand quelques lignes en bas de la colonne des brèves révèlent la découverte d'un squelette de bébé sur un chantier de la banlieue de Londres, la plupart des lecteurs n'y prêtent guère attention. Mais pour trois femmes, cette nouvelle devient impossible à ignorer. Angela revit à travers elle le pire moment de son existence : quarante ans auparavant, on lui a dérobé sa fille à la maternité. Depuis, elle cherche des réponses. Pour Emma, jeune éditrice en free lance, c'est le début de la descente aux enfers, car ce fait divers risque fort de mettre son secret le plus noir à jour et de détruire sa vie à jamais. Quant à Kate, journaliste de renom et avide d'une bonne story, elle flaire là le premier indice d'une affaire qui pourrait bien lui coûter quelques nuits blanches. Car toutes les histoires ne sont pas bonnes à être publiées... Encore moins quand elles font resurgir des vérités que personne ne souhaite connaître. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Le mystère Henri Pick
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le mystère Henri Pick David Foenkinos Folio 4 janvier 2018 336 pages Roman Chronique 27 février 2017 Un vrai plaisir de retrouver l'élégance, la légèreté profonde de cet auteur qui sait créer des moments de pure beauté au milieu de la plus grande cruauté, la plus grande ironie. Une écriture fluide, précise, gustative, pour un propos plus dramatique qu'il n'y paraît. On apprend ainsi que Richard Brautigan, auteur aujourd'hui salué, vit ses textes, dont « L'avortement », refusés par plusieurs maisons d'édition, tel Marcel Proust ou John Kennedy Toole, qui s'est suicidé à 34 ans devant ce rejet du monde littéraire. À titre posthume, « La conjuration des imbéciles » est un bestseller. Quel destin tragique ! N'ayant pas oublié cette sombre période, Richard Brautigan résolut donc de créer une bibliothèque des livres refusés par les éditeurs. S'inspirant de cette idée géniale, Jean-Pierre Gourvec décide d'en faire de même dans sa bibliothèque de Croizon en Bretagne. Il meurt, les étagères chargées de ces oubliés prennent la poussière. Et ce n'est pas Magali la nouvelle maîtresse des lieux qui va s'en souvenir. Cependant le hasard va se charger de lui rafraîchir la mémoire, et au passage, de faire basculer toute sa vie. Delphine Despero, éditrice junior chez Grasset, en couple avec Frédéric Kostas auteur d'un livre génial qui n'a pas trouvé son public, profite des vacances pour retourner dans sa maison familiale de Crouzon, et faire les présentations en règles de son chéri à ses parents. Ils apprennent ainsi l'existence de ce département particulier, et d'une certaine façon poétique, de la bibliothèque du village. Ils y découvrent alors un tapuscrit incroyable tant par le sujet que l'écriture, " Les dernières heures d'une histoire d'amour" d'un certain Henri Pick, mort deux ans plus tôt, et ancien pizzaiolo !!!! L'instinct de Delphine s'est réveillé et tout va s'emballer au joyeux royaume du livre. Ce sera un évènement fabuleux...mais Pick est-il vraiment l'auteur de ce bijou qui met en parallèle les dernières heures de Pouchkine et d'un grand amour ? Ce roman est-il une malédiction, un révélateur des lacunes et manques existentiels de chaque personnage ? la femme de Pick, sa fille, Magali, Delphine et Frédéric, un journaliste critique littéraire en mauvaise passe etc.... Cocasse, lucide, cruel, oui, tendre, romantique et bouleversant également. De l'humain donc, toujours avec ce romancier. J'ai beaucoup aimé ces heures passées avec lui. Quatrième de couverture En Bretagne, un bibliothécaire recueille tous les livres refusés par les éditeurs. Parmi ces manuscrits, une jeune éditrice découvre une pépite écrite par un certain Henri Pick. Elle part à sa recherche et apprend qu'il est mort deux ans auparavant. Mais selon sa veuve, il n'a jamais écrit autre chose que des listes de courses... Aurait-il eu une vie secrète ? Auréolé de ce mystère, le livre de Pick aura des conséquences étonnantes sur le monde littéraire. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La maison des Turner
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La maison des Turner Angela Flournoy Les Escales 2017 433 pages traduites par Anne-Laure Tissut Historique Chronique 20 décembre 2017 Premier roman d'une grande maturité, de délicatesse et d'intelligence de cette auteure talentueuse nous rappelant la grande époque des romans de Philip Roth, sauf que cette pastorale est cette fois afro-américaine. Detroit, 2008, Charles Turner, dit Cha Cha, aîné d'une fratrie de treize enfants, doit battre le rappel. En effet, la crise des subprimes a ruiné nombre d'américains, les propriétés ne valent plus rien. Ainsi sa mère Viola doit encore 40000$ à la banque alors que la maison familiale ne serait vendue que 3000$ au mieux. " Cha Cha savait que sa famille n'était pas différente des autres. La maison de Yarrow Street, c'était leur mascotte sédentaire et ses façades délabrées, les armoiries des Turner.... Mais elle se désintégrait d'heure en heure". Donc une réunion avec six des treize enfants est organisée chez Cha Cha et son épouse Tina. Le fils aîné est devenu le patriarche à la mort de son père Francis, et surtout depuis l'aggravation de l'état de santé de Viola. Cependant, Charles est perturbé par des voix du passé et plus précisément d'un fantôme qui semble le poursuivre depuis son enfance. Il perd pied, l'équilibre des forces est remis en question par des frères plus jeunes. Subtilement, Angela Flournoy va nous faire basculer entre 1944, où Francis est parti à Detroit en laissant derrière lui sa femme et son premier né, et 2008 où une décision cruciale doit être prise ensemble pour l'avenir de la famille. Bien entendu, l'auteure dresse un portrait sans concession des afro-américains des années quarante à aujourd'hui, mais heureusement pas uniquement. Elle analyse aussi les rapports au sein d'une fratrie quelle qu'elle soit, entre les fils, et les sœurs séparément. Elle complète son propos en nous donnant peu à peu les raisons pour lesquelles le couple Viola/Francis s'est comporté d'une certaine façon dans leur éducation et leur rapports émotionnels à leur descendance. La séparation du tout jeune couple en 1944/45 a eu des conséquences imprévisibles sur tous, ce qui est magistralement et toujours avec beaucoup d'humanité et d'humour démontré au fil des pages. Également le triple portrait de Viola, sa fille Lelah la plus jeune de la fratrie, et sa petite fille déjà mère, tout en filigrane et pertinence, est tout simplement remarquable. Une dernière chose est notable dans ce récit : la persistance des addictions ou obsessions de tous, qui à la religion, qui à l'alcool, qui à la drogue, qui au jeu, qui aux esprits, qui à l'autorité, qui à l'amour malsain.... Tous sont en manque de qui, de quoi ? Là est la question centrale. Ainsi cette étape de vie délicate où les plus âgés nous quittent, oblige chacun à enfin se déterminer individuellement dans le respect des autres. La scène finale est superbe et fabuleuse. Mais que deviendra la Maison Turner ? Qui est le fantôme ? Quatrième de couverture Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d'un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d'une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père. Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n'a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là. Garder la maison pour ne pas oublier le passé ou la vendre et aller de l'avant ? Face à ce choix, tous les Turner, de ChaCha, le grand frère et désormais chef de famille, à Lelah, la petite dernière, se réunissent. Et s'il fallait chercher dans les secrets et la mythologie familiale pour trouver la clef de l'avenir des Turner et de leur maison ? Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Douce, douce vengeance
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Douce, douce vengeance Jonas Jonasson Presses de la Cité 7 octobre 2021 456 pages traduites par Laurence Mennerich Roman Chronique 28 mai 2022 « Vous souhaitez venger un affront sans vous salir les mains ? Nous avons la solution ! Des milliers de clients satisfaits dans le monde entier. » Si seulement ! Et je ne plaisante pas... N'avez-vous jamais laissé votre imagination divaguer afin de trouver le bon moyen de rendre la monnaie de sa pièce à un fâcheux. Moi oui, mais je reste toujours dans le cadre de la légalité ou j'attends des années jusqu'à ce que la vie m'offre une vengeance que je n'aurais jamais pu concocter moi-même. Comme le dit le dicton, c'est un plat qui se déguste froid voire glacé. Alors quand Hugo Hamelin voit débarquer un jeune couple étrange, Jenny et Kevin, proposant de travailler gratuitement pour lui contre l'exécution d'un contrat, en l'espèce les venger du même homme Victor, galériste, il ne peut absolument pas imaginer jusqu'où cette rencontre va le mener..... En l'occurrence jusqu'en pays Massaï. Quand enfin apparaît un guerrier de cette ethnie, père adoptif de Kevin, l'affaire tourne à l'absurde, à l'incontrôlable. Comme toujours, Jonas Jonasson multiplie les scènes drôlissimes, cocasses, voire grotesques, nous fait rire, sourire, nous réjouit tout en déroulant un scénario parfaitement imaginé et huilé. On plaisante mais sérieusement, tout est millimétré comme dans une pièce de vaudeville. Choc des cultures, des personnalités, tout tournant autour d'une célèbre peintre sud-africaine, à la vie incroyable, extraordinaire, Irma Stern, morte dans les années 60 après une existence fabuleuse, laissant en héritage une oeuvre essentielle, des toiles où pour la première fois étaient représentés des noirs. Entre Suède glaciale et Kenya brûlant, nos quatre mousquetaires vont avoir bien du mal à obtenir justice .... Mais les Dieux veillent et l'âme tutélaire d'Irma plane sur eux.... Réjouissant et .... faussement léger.... Quatrième de couverture Tout le monde a ses petites rancunes, rien de plus humain. Mais pour passer à l'acte sans prendre de risques inconsidérés, mieux vaut faire appel à un professionnel expérimenté et discret. Hugo Hamelin a une idée visionnaire : créer une société de vengeance à la carte, un service sur mesure destiné à laver affronts, camouflets, coups bas et autres vexations. Rien ne prédestinait pourtant Hugo à croiser la route d'un marchand d'art cynique et sans scrupule, d'une jeune ingénue moins oie blanche qu'il n'y paraît, d'un orphelin jeté en pâture aux lions, ou d'un homme-médecine kenyan qui se double d'un guerrier Massaï. Sans compter la peintre expressionniste Irma Stern ! Si le business s'annonce lucratif, il risque aussi d'être plus délicat que prévu... Entre appât du gain, choc des cultures, amour de l'art et haine de son prochain, une comédie facétieuse et déjantée, comme le truculent Jonas Jonasson en a le secret ! Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Mörk
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Mörk Ragnar Jonasson La Martinière 2017 325 pages traduites par Philippe Reilly Polar Chronique 3 septembre 2017 J'étais contente de retrouver Ari Thor, policier dans la ville portuaire de l'extrême nord de l'Islande Siglufjördur. Snjör, premières aventures du jeune enquêteur à peine nommé étaient vraiment un très bon polar : peu après le crash boursier de 2008, une cité coupée du monde dans le blizzard, un romancier célèbre assassiné. Un parfait huis clos au suspense génial et une fin étonnante. Nous retrouvons donc Ari des années après, son supérieur hiérarchique est tué d'un coup de fusil dans une maison abandonnée. Je précise que les tomes entre ces deux opus ne sont pas parus en France. Il le trouve après que la femme de son patron l'appelle pour lui signifier sa disparition. Tomas son ancien chef est dépêché de Reykjavik. Des chapitres s'intercalent avec l'enquête elle-même, un journal écrit par un jeune homme hospitalisé en psychiatrie. Malheureusement trop de détails sont donnés, aucune surprise et même un certain ennui. Je suis arrivée à la fin très déçue, j'avais tout trouvé ! Quel dommage ! Banal et convenu, même le cadre islandais ne crée pas l'intérêt. Quant au terme de Cluedo utilisé en quatrième de couverture comme pour Snjör, il est faux. Heureusement ce fut court et rapide. Point positif la mise en page aérée et la police utilisée très agréable à lire. Mais ce n'est pas suffisant n'est ce pas ? Quatrième de couverture À Siglufjördur, à l’approche de l’hiver, le soleil disparaît derrière les montagnes pour ne réapparaître que deux mois plus tard. Ce village perdu du nord de l’Islande plonge alors dans une obscurité totale… Le jeune policier Ari Thór veille sur la petite communauté sans histoires. Mais son collègue, l’inspecteur Herjólfur, est assassiné alors qu’il enquêtait aux abords d’une vieille maison abandonnée. L’illusion d’innocence tombe. Tous les habitants n’avaient-ils pas, au fond, une bonne raison de semer le chaos ? Elín, qui fuit un passé violent. Gunnar, maire du village, qui cache d’étranges secrets… Pour reconstituer le puzzle, il faudra aussi écouter cette voix qui murmure, enfermée derrière les cloisons d’un hôpital psychiatrique, et qui tient peut-être la clé de l’énigme. C’est l’agent d’Henning Mankell qui a découvert Ragnar Jónasson et vendu les droits de ses livres dans quinze pays. Né à Reykjavik, Jónasson a traduit plusieurs des romans d’Agatha Christie en islandais, avant d’écrire ses propres enquêtes. Sa famille est originaire de Siglufjördur. Mörk a été élu « Meilleur polar de l’année 2016 » selon le SundayExpress et le Daily Express, et a reçu le Dead Good Reader Award en Angleterre. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs















