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- Frère d'âme
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Frère d'âme David Diop Seuil 2018 175 pages Roman Historique Chronique 30 avril 2019 Un grand chant d'amitié plus fort que la mort, une émancipation de la pensée loin des diktats, un jeu de dupes en utilisant le paraître pour être, un passage à l'âge adulte, un enracinement encore plus fort dans sa terre d'origine même au fond des tranchées de la guerre de 14/18. Histoire d'un tirailleur africain, sénégalais venu défendre la mère patrie, la France, à des milliers de kilomètres de son vrai pays, dans le froid, la neige, sous la pluie, dans la boue, la merde, le sang, la chair, encerclés par les Allemands et les rats. Époque colonialiste où règne encore l'idée de supériorité de la race blanche sur les autres, bêtise et suffisance des autorités assignant le rôle de sauvage avec toute la tripotée de clichés qui accompagnent ce statut... Et tous les africains quoique soit leur ethnie vont accepter de jouer le jeu. Un grand oui pour aller se faire massacrer dès le coups de sifflet du capitaine indiquant la sortie obligatoire de la tranchée. Ce coup de sifflet qui prévient les boches qu'ils vont pouvoir, comme dans une foire, tirer sur des cibles offertes. Oui, être le sauvage, le cannibale de service mais selon les critères des blancs. Où est le civilisé ? Où est le barbare ? Un événement terrible, la mort de Mademba Diop, l'ami d'enfance, le plus que frère de Alfa Ndiaye va réveiller ce dernier.... Il va refuser par trois fois d'aider Mademba à mourir dans la dignité sans plus souffrir de l' éviscération insupportable qu'il a subie, avec tout le dedans, dehors.... Pourquoi ? Selon quels lois, principes, croyances Alfa commetil cela ? Après le décès de son plus que frère, Alfa devient homme, adulte, libre de penser et de faire ce qu'il veut sans rien en dire à personnes, ni à ses frères, ni aux blancs ? Il va se transformer, appliquant une méthode sauvage, il va faire sa guerre, venger Mademba.... Et là tous ont peur, ne serait-il pas un sorcier ? L'Afrique colonise tout d'un coup la France par la terreur surnaturelle créée par les camarades sénégalais. Alfa laisse faire, comprend tout, sait tout, enfin... Entre chant et conte africains traditionnels transmis par Alfa lui-même, un livre envoûtant et terrible, d'une grande beauté, d'une réelle nécessité lorsque l'amnésie est encore de mise aujourd'hui. Ne pas oublier tous ses sacrifiés dans une guerre qui ne les concernait pas. Dans les tranchées, puis revenu en mémoire chez lui avant le conflit, en pleine lumière, dans son village, auprès de la jeune fille qu'il a aimé, une résistance à la boucherie que fut cette première guerre moderne. Magnifique texte lyrique et organique... Quatrième de couverture Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l’effroi. Au point d’effrayer ses camarades. Son évacuation à l’Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d’ultime et splendide résistance à la première boucherie de l’ère moderne. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Reste avec moi
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Reste avec moi Ayòbámi Adébáyò Charleston 9 janvier 2019 320 pages, traduites par Josette Chicheportiche Historique Chronique 12 octobre 2020 « Rotimi » signifie "reste avec moi" ... Nom donné à une des enfants de ce récit. Premier roman superbe, d'une maîtrise incroyable, d'une profondeur d'analyse des sentiments exceptionnelle, réussissant admirablement à nous replonger dans le Nigéria des années 80, période d'attente de changement vers une démocratie, de bouleversements et coups d'État. Une pièce de théâtre mal jouée par les politiques devant un peuple pris au piège. Tout n'est qu'apparence. Il en est de même dans la vie de Yejide et Akin, qui ont interprété des rôles dont ils ne connaissaient pas bien les textes, qui n'avaient pas bien lu les détails de l'intrigue, ni compris le contexte familial, sociétal, historique dans lequel ils étaient inscrits.... Mais, ne brûlons pas les étapes ... Nous rencontrons Yejide, femme d'affaires accomplie, mûre, s'apprêtant à quitter tout ce qu'elle a construit depuis plus de dix ans pour retourner dans son passé. Une lettre l'invitant à assister à des funérailles est à l'origine de cette décision... Flashback : Yejide est l'épouse de Akin. Ils s'aiment depuis quatre ans. Ils se sont connus à la fac. Tous deux travaillent, un couple moderne, catholique, heureux.... Si ce n'est qu'ils n'ont toujours pas d'enfant. Et c'est là que deux Afriques vont se télescoper, se confronter : la contemporaine, celle où vit le jeune couple, et celle plus ancienne, pétrie de croyances ancestrales, de rites et superstitions, où la polygamie est possible, où des matriarches ne sont pas bienveillantes. Une sorte de revanche pour ce qu'elles ont dû subir elles-mêmes dans leur jeunesse ? Je me pose la question.... Nous sommes dimanche matin, seul jour de congé de Akin qui en profite normalement pour dormir. Yejide est en bas, on sonne, ce sont sa belle mère et son beau père qui viennent mettre de l'ordre dans une situation qu'ils jugent intolérable. Une jeune femme les accompagne... La plus vieille, symbole parfait de ce matriarcat réel de l'Afrique noire, annonce sa décision. Voici la nouvelle épouse de Akin... Le monde de Yejide explose, elle fait front avec ironie et lucidité mais la trahison de sa belle famille et de son mari consentant la terrassent... Un roman terrifiant sur la condition des femmes du monde entier face à la stérilité, la mission sacrée d'enfanter, la condamnation de la société quelle qu'elle soit... Et puis également un thriller étouffant car peu à peu la folie, la perversion, les secrets empoisonnent Yejide.... Qu'a fait Akin ? Quel immense crime a-t-il commis ? Comment survivre, respirer, avancer après un tel mensonge, Le Mensonge, en plus de celui concernant son deuxième mariage ? Pourquoi tant de lâcheté et de cruauté ? On souffre énormément avec Yejide, on doute également d'elle, on ne sait plus, on est totalement perdu.... Du grand Art que ce roman.... Une nouvelle voix s'élève dans le paysage littéraire contemporain. Réjouissons-nous ! Quatrième de couverture Avec pour toile de fond les bouleversements politiques du Nigeria des années 1980, le portrait inoubliable d'une femme qui fait le choix de la liberté... envers et contre tout. Yejide et Akin vivent une merveilleuse histoire d'amour. De leur coup de foudre à l'université d'Ifé, jusqu'à leur mariage, tout s'est enchaîné. Pourtant, quatre ans plus tard, Yejide n'est toujours pas enceinte. Ils pourraient se contenter de leur amour si Akin, en tant que fils aîné, n'était tenu d'offrir un héritier à ses parents. Yejide consulte tous les spécialistes, médecins et sorciers, avale tous les médicaments et potions étranges… Jusqu'au jour où une jeune femme apparaît sur le pas de sa porte. La seconde épouse d'Akin. Celle qui lui offrira l'enfant tant désiré. Bouleversée, folle de jalousie, Yejide sait que la seule façon de sauver son mariage est d'avoir un enfant. Commence alors une longue et douloureuse quête de maternité qui exigera d'elle des sacrifices inimaginables. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Nouvelles histoires extraordinaires de la Résistance : 16 récits inédits
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Nouvelles histoires extraordinaires de la Résistance : 16 récits inédits Dominique Lormier Mon Poche 2020 386 pages Document Chronique 9 décembre 2020 Dominique Lormier est un grand spécialiste de la Seconde Guerre Mondiale et grâce à ses ouvrages permet à tous de connaître les faits, de ne pas oublier les disparus, les Justes, les résistants et les libérateurs de la France grâce auxquels nous avons pu vivre en démocratie et repousser le fascisme. Aujourd'hui cette action est malheureusement toujours d'actualité puisqu'il semble que certains néo nazis convaincus, ou citoyens irresponsables et amnésiques confondent liberté d'expression et appel à la haine... Les portraits, dressés ici par l'historien, de plusieurs figures majeures de la Résistance contenteront les férus de détails et de faits de guerre autant que les lecteurs, comme moi, qui cherchent seulement à comprendre, à savoir et à s'inspirer de destins extraordinaires pour mieux se situer face à la montée des fascistes d'aujourd'hui. Je vous conseille de persévérer, après quelques premières pages un peu abruptes de par le côté factuel et descriptif, particulièrement quant aux tactiques de guérilla et mouvements de troupes, ( que je n'ai pas réussi à intégrer), car la suite est bouleversante, édifiante, passionnante. On ressent l'admiration et l'implication de l'auteur concernant certains de ces héros, sa révolte et son dégoût également quant à l'injustice d'après guerre, l'absence de reconnaissance et de gratitude pour des femmes et des hommes qui ont sacrifié leurs vies, leur jeunesse, leurs familles, afin de libérer la France. Pour ma part je retiens très synthétiquement de cet ouvrage : - l'extrême jeunesse de certains de ces hommes et femmes de bien, prêts à prendre tous les risques pour la cause - l'histoire incroyable et exemplaire de Georges Guingouin, premier Maquisard de France, qui dut lutter contre certains membres du PCF staliniens, socialistes attentistes et sympathisants nazis collabos pendant et après la Guerre, qui fut même poursuivi en justice par ces misérables.... - le refus de Mussolini de s'attaquer aux juifs, de participer à leur déportation et ceci sur tous les Territoires contrôlés par les italiens au grand dam de Hitler. J e ne cite que ces trois éléments, vous serez certainement marqués par d'autres destins. Un travail de mémoire fabuleux pour nous permettre de construire l'avenir sur des bases solides. Quatrième de couverture De l'histoire de la Résistance, on croit tout connaître et l'on se persuade que, les années passant, cette période s'est décantée de sa part d'ombre. Or de nombreux récits demeurent encore méconnus. Découvrez dans cet ouvrage des héros aux destins extraordinaires, parmi lesquels : - Edmond Cardoze, artilleur et Résistant ; - André Jolit, capitaine FFI à 22 ans ; - Michel Slitinsky, juif et Résistant ; - Alain, Olivier et Francis Massart : trois frères Résistants de la France libre ; - François de Carrère, héros du corps-franc Pommiès ; - Le père Marie-Benoît, Juste et Résistant ; - Georges Guingouin, Résistant du Limousin ; - Maurice Bénézech et le maquis Bernard ; - Marie Skobtsov, la Juste de Ravensbruck ; - Laure Gatet, une femme libre dans la Résistance ; - Germaine Ribière, une Juste dans la Résistance ; - Jacques Nancy, le héros de Javerlhac... ... et bien d'autres histoires incroyables et encore trop méconnues de la Résistance française. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Journal d'une pétasse au volant
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Journal d'une pétasse au volant Anne-Charlotte Laugier Ramsay 28 avril 2020 128 pages Roman Chronique 13 juin 2020 Après avoir animé pendant huit ans un blog « Charlotte au volant », l'auteure poursuit son aventure par l'écriture de ce premier roman, court, reprenant les thèmes déjà évoqués dans ses précédentes rubriques. C'est drôle, caustique, juste, parfois caricatural certainement intentionnellement, sans concession avec les hommes mais aussi avec l'héroïne de ces pages : une vraie pétasse en effet, amusante, énervée, en colère, à la langue acérée, méchante ou justifiée, touchante, tête à claques ou émouvante , analysant sa situation de femme bourgeoise avec acuité, intelligence, exagération, mauvaise foi. En bref, une femme imparfaite dans un monde paternaliste et misogyne. Mère d'une adolescente typique, épouse découvrant qu'elle est cocue, excédée par son boss, se posant en cheffe de gang formé avec ses copines, adulescente de quarante ans victime consentante des modes et des apparences ( exit les grosses et les pauvres !!!), le moins que l'on puisse dire c'est que cette femme n'est pas très politiquement correcte, et Dieu que la description est juste... Je revois une galerie de nénettes quarantenaires que j'ai vite fui se déclarant libérées et pourtant .... Alors pour reprendre la main, elle choisit de saisir le volant d'une nouvelle voiture achetée avec la carte bleu du mari peu élégant.... Elle embarque au passage son mini-moi, sa fille, vers une destination inconnue. Va-t-elle se réinventer, se regarder en face, se venger, s'en sortir.... ? Léger mais pas tant que cela, le lire au premier degré serait dommage... Une récréation qui fait du bien recadrant mine de rien les priorités.... Quatrième de couverture « Mais pourquoi une pétasse au volant serait plus pétasse qu’une pétasse à pied ? Parce qu’une voiture protège de tout : des autres pétasses encore plus pétasses, des hommes à petit cerveau et grosse auto, des flicaillons tatillons et des passants envahissants. Dans son cocon, la pétasse est enfin elle-même, libérée des turpitudes, c’est du moins ce qu’elle s’imagine. Chanteuse à tue-tête (souvent), romantique (un peu), vulgaire (parfois), maman (quand il faut) et mécano (le moins souvent possible), elle vit sa voiture et la transforme selon son humeur et sa météo personnelle. Tour à tour salon de coiffure, alcôve amoureuse, salle de concert, bureau ou bistrot avec les copines, son auto est le décor de sa vie et de ce roman qui aborde, sur un ton humoristique, des problèmes qui vont bien au-delà de l’anecdote. » Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Les jumelles
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les jumelles Claire Douglas Harper Collins France 2016 341 pages traduites par Florence Guillemat- Szarvas Thriller Chronique 1 mars 2019 Prix du premier roman Marie Claire UK. Coup de maître pour ce premier thriller psychologique : ambiance malsaine à souhait, histoire venimeuse, empoisonnée, personnages braques et pervers, la folie guette, le suspense est incroyablement bien soutenu jusqu'à une fin nauséeuse et paniquante. Horreur ! Pourtant le thème de la gémellité est plus que miné, tellement vu et rebattu. Pas cette fois où deux couples de jumeaux sont en scène ! Des faux semblants, du désespoir, une condamnation à l'enfer... un destin implacable et injuste qui fait sauter tous les verrous de la morale, de la normalité, de l'interdit. Qui ment, qui dit la vérité, qui est coupable ? Une sacrée maîtrise du sujet, de l'écriture, de la construction pour nous tenir en haleine, dans l'attente de la solution. Même là, l'auteure nous réserve encore un beau cadeau bien glaçant. Bravissima ! Un Prix plus que mérité. J'en frissonne toujours. Quatrième de couverture L'une est morte, l'autre ment. Après un accident tragique, obsédée par la mort de sa sœur jumelle Lucy, Abi s'installe à Bath dans l'espoir de reprendre pied. Mais elle y rencontre Beatrice et Ben, un couple de jumeaux qui l'attirent dans leur univers privilégié et trouble... Invitée par Bea à vivre dans l'hôtel particulier qu'elle partage avec Ben, Abi met tout en œuvre pour satisfaire les exigences de ses amis. Aimantée par eux mais déstabilisée par leurs comportements étranges, elle est poussée vers la folie quand elle est visée - mais l'est-elle vraiment- par des évènements inquiétants qui se produisent dans la maison..." Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Les aventures de Lady Eleanor Swift - Tome 1 : Meurtre à l'anglaise
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les aventures de Lady Eleanor Swift - Tome 1 : Meurtre à l'anglaise Verity Bright City Editions 26 avril 2023 352 pages traduites par Jocelyne Barsse Polar historique Chronique 11 juin 2022 « Le meurtre est toujours une erreur. Il ne faut rien faire dont on ne puisse parler après souper. » Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray Pour ce premier épisode, les auteurs procèdent à la mise en place du décor, un village du Buckinghamshire, à la présentation des personnages pour certains récurrents. Un roman comme une pièce de théâtre policière typiquement British. 1920, la première guerre mondiale a laissé derrière elle une population traumatisée. La vie reprend peu à peu mais rien ne sera jamais pareil : la barbarie des méthodes modernes utilisées pour tuer à grande échelle fait basculer les consciences ainsi que la société anglaise jusque là très corsetée et encore victorienne. C'est la fin de l'innocence. Pendant que certains reprennent le cours de leur existence comme si de rien n'était, d'autres sont totalement déphasés, en particulier certains jeunes issus de la classe privilégiée, multipliant les actes stupides, les fêtes, les excès, se noyant dans l'alcool. On les appelle les Bright Young Things. Notre héroïne, Eleanor Swift est le contraire de ces oisifs, la vie ne lui a pas fait de cadeau, orpheline prise en charge par son oncle qui pourtant ne la gardera pas auprès de lui dans son manoir. Non, il l'enverra dans une pension de jeunes filles ! Les liens se distendront donc malheureusement entre eux. Eleanor, globe trotteuse d'une rare modernité, faisant fi des risques, de son genre, partira en bicyclette faire le tour du monde, travaillera même pour une agence de voyage... Mais voilà, après des années à jouer les baroudeuse, la jeune femme est fatiguée. C'est alors qu'elle apprend le décès de son oncle lui léguant ses biens dont un superbe manoir avec toute la panoplie : une cuisinière, une intendante, une bonne et surtout un majordome des plus coincés... Dès le soir de son arrivée, Eleanor partie faire un tour alors que le temps vire à la tempête, suivie par le bouledogue inénarrable de la maison, est témoin d'un meurtre .... Cependant lorsqu'elle revient ensuite avec la police, plus de cadavre, plus rien... Les dés sont jetés pour notre détective en devenir qui forme un tandem improbable et néanmoins exceptionnel avec Clifford, le majordome mystérieusement très au fait des méthodes à employer. L'ombre tutélaire de l'oncle défunt semble protéger la jeune Lady, on devine que certaines révélations sur ce tonton mystérieux nous attendent dans un avenir proche. Eleanor Swift apprend donc à enquêter malgré l'opposition de la police, mais aussi à tenir son rôle de Lady dans un petit village où le système des castes est très respecté. Ce roman policier si typiquement anglais, usant pour notre bonheur d'un humour pince sans rire, faussement léger compte tenu du contexte historique, fait un portrait haut en couleurs de la petite communauté campagnarde. Beaucoup de villageois rencontrés ont de vilains secrets à cacher. Mais Eleanor faisant fi des convenances, aidée grandement par l'impeccable Clifford, saura les pousser dans leurs derniers retranchements.... Intrigue bien menée, scènes drolissimes et cocasses intercalées à des moments plus dramatiques, dialogues délicieusement vintage... le couple d'auteurs se cachant sous le pseudonyme de Verity Bright sait ménager ses effets et traiter d'une période délicate avec élégance et esprit. Quatrième de couverture "Vous jouez au détective et menez l’enquête toute seule. Je devrais vous appeler Sherlock ! " Alors qu’elle a passé des années autour du monde, à prendre le thé en Chine, à croiser des alligators au Pérou ou à échapper à des bandits en Perse, Eleanor Swift est obligée de rentrer en Angleterre. Son oncle vient de décéder en lui léguant un vieux manoir familial, avec son personnel attentionné et ses secrets. C’est un changement de vie total dans une campagne bucolique, très tranquille pour une jeune aventurière. Tranquille ? Pas tant que ça. Lors d’une promenade nocturne pour découvrir les environs, Lady Eleanor aperçoit au loin un homme que l’on assassine. Le temps d’arriver sur place, le meurtrier a disparu… et la victime aussi ! Elle est sûre de ce qu’elle a vu, mais un meurtre sans cadavre, n’est pas un meurtre et la police locale prend la jeune lady pour une illuminée. Pas le choix, Eleanor doit découvrir ce qui se trame. Et lorsque sa vénérable Rolls-Royce est sabotée, elle sait qu’elle est sur la bonne piste : le meurtrier l’a dans sa ligne de mire… « Vous jouez au détective et menez l’enquête toute seule. Je devrais vous appeler Sherlock ! » Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Les Dames de Fontanges
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les Dames de Fontanges Albert Ducloz De Borée Terres d'écriture 13 janvier 2021 272 pages Historique Chronique 12 janvier 2022 « Un conte où le courage des paysans s'oppose au mépris des nobles. » Un conte bien noir, un thriller historique également sur fond de jacqueries, de désespoir d'un peuple, de paysans, hurlant leur haine contre l'injustice et la cruauté des seigneurs. On pourrait se croire en une période moyenâgeuse tant les descriptions de la survie quotidienne de labeurs et de malheurs de ces pauvres gens sont terribles. Les conditions d'existence sont innommables. Et pourtant, l'action se déroule en cet été brûlant de 1661 : Louis XIV est roi depuis peu, éloigné des réalités, fort mal informé, sur son piédestal auto-proclamé. Le feu est mis aux poudres à la suite de la mort d'un jeune garçon renversé par un cavalier. Une interdiction royale pour les seigneurs de traverser, lors de chasses à courre, les champs au moment des travaux, remontant au grand père du monarque, n'est toujours pas respectée par cette aristocratie qui se croit tout permis. C'en est trop. Les villageois se révoltent sous la direction d'anciens combattants devenus paysans. Les rejoignent des contrebandiers armés et aguerris. Le marquis de Fontanges, son épouse et leurs invités sont bien loin de se douter de ce qu'une colère longtemps réprimée, devenue fureur à force de mutisme et de souffrance, peut accomplir. Pris entre les deux, un enfant innocent est piégé. Celui des Seigneurs de Fontanges. Ceux-ci vont-ils comprendre que le vent tourne, que celui qui se lève deviendra tempête et annonce déjà la fin de certains privilèges de leur caste ? La reconstitution détaillée du quotidien extraordinairement difficile et cruel de ce microcosme villageois au pied du pays de Salers, comme coupé du monde extérieur, soumis aux caprices de sociopathes de la pire espèce sous la magnificence de leurs habits, ne peut vous laisser indifférent. Le courage incroyable de ces humbles qui cette fois crient à l'injustice, non plus. J'ai été également très intéressée par l'évocation du rôle des béates, " femmes qui avaient pour mission d'assurer en milieu rural, l'aide aux parturientes, le catéchisme, l'instruction des enfants, l'assistance aux malades ". La béate de ce roman est dentellière à ses heures, car non rémunérée et vivant dans un grand dénuement comme ses voisins. Elle est sous l'autorité du curé et donc de l'Eglise ; elle est intouchable, ayant fait vœu de chasteté et de pauvreté. L'auteur évoque aussi à nouveau Les Dames blanches qui furent les héroïnes de son ouvrage de 2013 aux Éditions de Borée. Des femmes mystérieuses, douées du pouvoir de " couper le feu ", vivant avec leurs compagnons charbonniers dans des clairières au milieu des forêts. Avec ces figures presque magiques l'impression d'être revenu au temps de Merlin l'enchanteur est accentuée, en ce pays où la plus triviale réalité peut être chassée par le merveilleux. Et les protagonistes de ce récit épique auront besoin de toutes les forces terrestres et semble-t-il "surnaturelles" pour se sauver de la vengeance des seigneurs de Fontanges sans foi ni loi. Mais qui sont ces dames de Fontanges évoquées dans le titre ? Un très beau livre, haletant, qui vous fera frissonner de peur et de révolte, rendant hommage à tous ceux pour qui le mot « impossible » est inacceptable et qui se battent pour leur liberté et la justice. Quatrième de couverture Nous sommes au début du règne de Louis XIV, à Fontanges, petit village sis au pied de la citadelle médiévale de Salers, dans le Cantal Au cours d'une chasse à courre donnée pour ses invités par le marquis de Fontanges, le cheval du jeune baron François de Vic, amoureux transi de Diane, la marquise, renverse et blesse mortellement le jeune Bertrand, fils d'un couple de paysans. Le garçon ne survit pas Les moissonneurs se révoltent et enlèvent le marquis et la marquise pour les obliger, devant tous les villageois réunis, à traverser le village, pieds nus et en chemise, à implorer le pardon des parents de Bertrand. Sitôt libéré par les jacques, le marquis fait appel aux troupes royales pour une vengeance impitoyable. Bien mal lui en prendra. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Deux justicières
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Deux justicières Sylvie Baron De Borée 1er septembre 2022 263 pages Polar de terroir et thriller Chronique 27 septembre 2022 Excellent thriller policier de terroir puisque l'action se déroule dans le Cantal, au fin fond de la campagne là où l'horizon devient immense, là où des drames se nouent au sein des villages, des fermes, dans des maisons isolées où vivre devient insurmontable. Que faire lorsque chaque seconde vous broie le cœur, quand chaque réveil vous fait replonger dans un cauchemar, quand il n'y a plus d'espoir que celui, peut-être, de savoir enfin ce qui s'est réellement passé lorsque votre enfant a été renversée par un chauffard ? L'enquête n'avance pas les gendarmes étant incompétents, l'entourage au lieu de vous soutenir se défile, sans doute le malheur étant pour lui contagieux. Alors la colère enfle, la volonté devient d'acier, les plans s'échafaudent. Joséfa malmenée par la vie depuis toujours a concentré tout son courage, sa force et son énergie pendant des années afin de permettre à sa fille, Lydia, sa Lili, d'avoir un bel avenir après une enfance protégée. Quelques minutes ont suffi à tout faire exploser. Le cri de la mère est intérieur, assourdissant à ses propres oreilles, elle n'a plus rien à perdre. Endurante, tenace, intelligente et sans pitié, elle prend en filature l'autre mère, Alice, celle de l'amie de sa fille, Kathleen, morte également écrasée par le même conducteur d'un Land Cruiser disparu dans le brouillard après avoir brisé les deux jeunes filles, être passé sur leurs corps par deux fois. Les débuts des deux femmes ne sont guère faciles. Autant Josefa est dans l'énergie du désespoir, active, guerrière, autant Alice est battue d'avance ralentie par les anxiolytiques. Tout les sépare, leur passé, leur classe sociale, leur instruction mais elles sont avant tout des mères en souffrance ayant soif de justice, peut-être de vengeance. L'une et l'autre viennent de trouver la partenaire idéale sans le savoir. Le tandem se complètera d'un autre duo formé du frère de Kathleen et d'une copine de lycée des disparues. La traque est lancée, tous les moyens seront bons pour faire sortir le monstre de sa tanière. Dans un cadre tantôt paradisiaque tantôt terrifiant, Joséfa et Alice se lancent à la poursuite du tueur de leurs filles. Un thriller psychologique d'une acuité incroyable, ne laissant au lecteur aucune échappatoire. Extrêmement bien écrit, construit, mené, l'action nous laisse haletants bien que des pauses d'humour nous permettent de reprendre notre souffle. Des sujets d'une noirceur absolue sont traités dans cet ouvrage situé dans le Cantal mais qui, malheureusement, concerne toutes les couches de la société, les villes comme les campagnes. J'ai aimé ce roman sur le désespoir, la quête de vérité, la solidarité, l'amitié, l'amour éternel. Quatrième de couverture À première vue, elles n'ont rien en commun. Joséfa, femme forte au caractère bien trempé, est usée par un travail de femme de ménage précaire et éprouvant qu'elle fait depuis toujours. Alice, elle, ne connaît que la ouate de son univers bourgeois et la satisfaction professionnelle que lui procure son métier d'architecte d'intérieure. Ce soir-là pourtant, celui de l'accident, chacune voit son monde s'effondrer. Ce qui les relie ? La volonté de découvrir, quoi qu'il en coûte, ce qui est arrivé à Kathleen et Lydia, leurs filles. Avec pour décor le pays de Saint-Flour, tour à tour rassurant et inquiétant, nos deux héroïnes vont former un tandem particulièrement efficace dans leurs investigations. Emotions garanties jusqu'au bout ! Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- L'Homme de la plaine du Nord
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'Homme de la plaine du Nord Sonja Delzongle Denoël 18 mars 2020 400 pages Thriller Chronique 2 mai 2020 Quatrième tome de la série consacrée à Hanah Baxter, profileuse new-yorkaise d'origine française, aux dons médiumniques. Après " Dust" (2015), "Quand la neige danse"(2016), "Récidive"(2017), cet ultime opus boucle enfin le long périple sensé mener cette femme vers la paix et l'acceptation d'elle-même. Toujours accompagnée de son pendule Invictus, protégée par l'ombre de l'aigle, animal totem de son mentor depuis les premières aventures africaines, elle va finalement devoir se confronter aux traumatismes de son enfance et au meurtre de son maître en profilage, Anton Vifkin. Ayant trouvé enfin une sorte d'équilibre et décidé de mettre fin à sa carrière afin de tourner le dos à la laideur et au mal, envisageant même l'impensable, être mère, elle prend une soudaine et imprévisible claque lorsqu'elle est arrêtée chez elle dans son loft par le FBI. Extradition vers la Belgique où l'attend de pied ferme le flic en charge, voilà plus de vingt ans, du dossier Vifkin. En effet, le commissaire Peeters a reçu une lettre anonyme accusant Hanah, l'affaire est donc relancée. Au même moment, une magnifique créature fait son show dans une boîte de nuit à la frontière franco-belge où les genres, la réalité quotidienne sont oubliés, laissant place aux rêves, aux paillettes, au glamour. Or la star de cet établissement vit une double vie : pendant la journée, elle redevient un homme très énigmatique et dangereux. Un professionnel du crime, un tueur à gages aux balles d'or. Mais cet artiste, pointilleux et perfectionniste, n'a pu honorer son dernier contrat, l'exécution de Hanah Baxter... Les cartes sont posées sur la table de jeu que mène de main de maître Sonja Delzongle, encore une fois. Avez-vous remarqué que dans les moments clefs, des réminiscences de l'enfance se manifestent toujours comme pour nous faire réaliser le chemin parcouru ? L'enfant est au centre de ce thriller sombre et bouleversant : Celui que nous fûmes, que nous sommes encore, et dont nous souhaitons réaliser les rêves dans le futur. Ne vous êtes vous jamais demandé ce que vous, enfant, serait susceptible de dire à vous, adulte ? Quel serait son regard sur vos actes, votre trajectoire ? Serait-il satisfait ou se sentirait-il trahi ? Il est aussi question du rôle de la mère, fantasmée, incapable, absente, endeuillée...et des pères meurtriers, violents, inconnus ou irresponsables. Que transmettent-ils, ses parents, à leur progéniture en plus des gènes ? Le mal est-il héréditaire ? Inné ou acquis ? Où va donc se situer Hanah Baxter ? Va-t-elle réussir à trancher définitivement entre blanc et noir sans plus naviguer à vue dans un camaïeu de gris ? Le choix d'une vie, l'instant crucial et central pour une femme borderline, qui a réussi plus ou moins à se tricoter une résilience mais qui doit absolument tisser une toile solide sur laquelle peindre sa nouvelle existence. Des personnages rares, doubles, particuliers, parfois monstrueux, qui pourtant ont tous été des enfants innocents, détenteurs de tous les possibles. Tout se joue dans un manoir incendié cerné de tombes et des brumes du passé, où les cris et les pleurs résonnent pour l'éternité... Une série parfaitement menée, déstabilisante dans le bon sens du terme, repoussant les limites tant sur le fond que la forme, empreinte d'un humanisme et d'une empathie précieuses. Toutes les caractéristiques d'une oeuvre à part, signée par une grande dame de la littérature noire française. » Quatrième de couverture Effrayant, troublant, ténébreux, ainsi va le monde selon Hanah Baxter. De retour à New York, la célèbre profileuse Hanah Baxter espérait reprendre le cours d’une vie normale, ou presque… Mais on n’échappe pas à son destin, encore moins à son passé, et celui d’Hanah est peuplé de démons. Baxter fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, accusée d’un meurtre commis vingt ans auparavant, celui de son mentor, Anton Vifkin. Rapatriée en Belgique, Hanah accepte de collaborer avec le commissaire Peeters, chargé de rouvrir l’enquête. La découverte d’un homme dévoré par des pit-bulls en pleine forêt de Seignes les lance sur la piste d’un manoir qui semble étrangement familier à Baxter. Elle est déjà venue ici, du temps de Vifkin. Tandis qu’Hanah et Peeters se débattent en plein mystère, quelqu’un les guette. Un tueur redoutable, à qui il reste une dernière balle passée à l’or fin, la balle qui aurait dû atteindre Hanah vingt ans plus tôt… Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés Jami Attenberg Les Escales 18 août 2016 369 pages traduites par Karine Reigner-Guerre Historique Chronique 11 juin 2017 Voilà un de ces livres précieux qui bien que situé dans une période particulière de 1918 à 1939, par son humanisme sans mièvrerie, le thème de la générosité et de l'amour de son prochain dans New York ruinée et cruelle, est un incontournable de la littérature américaine contemporaine. C'est un roman à plusieurs voix centré sur le journal intime de Mazie PhilippsGordon caissière puis propriétaire du cinéma du Bowery, quartier populaire de Manhattan, mais aussi sur les témoignages de ceux qui ont croisé le chemin de cette femme remarquable, une reine parmi les miséreux, les mafieux, les trafiquants d'alcool, les victimes du crash boursier. Grâce à elle, nous passons dans les rues au milieu des laissés pour compte de la Grande Dépression, les sans abris, les enfants abandonnés. Née déjà avec une personnalité et une intelligence exceptionnelles, elle aura également le courage de ne pas détourner les yeux, de se sentir concernée et investie d'une mission. Pourtant sa vie de femme, de soeur, n'est pas facile dans une Amérique qui se noie dans l'alcool pour endormir la terreur, au retour d'une première guerre mondiale ignoble puis frappée par une crise boursière sans précédent. Une héroïne hors du commun fascinante par sa ténacité, sa fragilité, sa causticité et son immense courage, qui illumine ce très beau récit et nous présente toute une série de personnages plus attachants et humains les uns que les autres. Amants, amour, amis, compagnons d'infortune ou de fêtes, une description délicate et précise de ces vingt ans d'Histoire et de ses acteurs les plus humbles. Le sujet est grave, bouleversant, mais le lyrisme, la gouaille, l'humour et le bon sens terrien de Mazie ne nous laissent pas nous apitoyer. Ce roman s'inspire d'une femme évoquée par Joseph Mitchell dans un long article "Mazie" paru dans le New Yorker. Incontournable pour les lecteurs et les êtres humains que nous sommes. Quatrième de couverture Personnage haut en couleur, Mazie Phillips tient la billetterie du Venice, cinéma new-yorkais du Bowery, quartier populaire du sud de Manhattan où l'on croise diseuse de bonne aventure, mafieux, ouvriers, etc. Le jazz vit son âge d'or, les idylles et la consommation d'alcool – malgré la Prohibition – vont bon train. Mazie aime la vie, et ne se fait jamais prier pour quitter sa " cage " et faire la fête, notamment avec son amant " le capitaine ". Avec l'arrivée de la Grande Dépression, les sans-abri affluent dans le quartier et la vie de Mazie bascule. Elle aide sans relâche les plus démunis et décide d'ouvrir les portes du Venice à ceux qui ont tout perdu. Surnommée " la reine du Bowery ", elle devient alors une personnalité incontournable de New York. Dans ce roman polyphonique, Jami Attenberg nous fait découvrir Mazie – dont on entend la gouaille à travers les lignes de son journal intime –, mais aussi Sœur Ti, son unique amie, sa sœur Jeanie, l'agent Mack Walters, porté sur la bibine et qui aime flirter avec elle... Le lecteur découvre, fasciné, une personnalité hors du commun et tout un monde bigarré et terriblement attachant. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Une femme
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Une femme Sibilla Aleramo Editions des Femmes Antoinette Fouque 15 avril 2021 176 pages, traduites par le collectif de traduction des éditeurs des femmes Biographie Chronique 14 juin 2021 Splendeur ! Autobiographie romancée de 1906 alors que l'autrice a réussi à sauver sa peau en sacrifiant la personne qui lui tient le plus à coeur, son fils. C'est aussi au nom de l'amour immense qu'elle lui porte, pour l'adolescent, l'adulte qu'il sera, qu'elle va se libérer des entraves d'un mariage violent pour devenir l'individu qu'elle sait pouvoir être. Pour en arriver à cette solution insupportable, laisser son enfant avec son époux, celle qui se nomme encore Rina Faccio analyse tout d'abord, sans concession ni auto-appitoiement, son parcours, de la petite fille à la post adolescente, de Milan à Civitanuova. Elle recherche les signes avant-coureurs de la tragédie maternelle, les indices qui aurait pu l'aider à comprendre les relations entre ses parents, à pouvoir juger son père bien-aimé à l'aune de ses actes et de ses trahisons. Il ne fait pas bon être une femme dans cette Italie du XIX ème siècle d'autant plus dans cette bourgade reculée où il n'y a rien à faire pour une jeune épouse abandonnée au milieu de nulle part avec ses quatre enfants. On assiste à la chute de cette mère, piégée par une union désespérante à l'heure où les hommes ont tout pouvoir. Rina, aveuglée par l'admiration et la passion qu'elle voue à son père, s'éloigne de sa mère, la catalogue, la réduit à son malheur sans essayer de comprendre les raisons de cette dépression. Elle évoque la violence de son géniteur, son autorité dictatoriale sur sa famille, sur les employés de l'usine qu'il dirige... De plus, il consacre à son aînée une attention particulière, faisant en sorte qu'elle étudie, qu'elle l'assiste. En pleine confusion psychologique, la fillette puis l'adolescente pense avoir supplanté sa propre mère dans le cœur de son père. Celui-ci avec un art consommé de la manipulation divise pour mieux régner et écraser sa femme... C'est sans compter avec l'intelligence prodigieuse de Rina qui peu à peu va découvrir le secret honteux qui tue sa mère ... Comment alors ne pas comprendre les décisions prises ensuite par Rina, trop vite, dans une sorte d'état second, juste après LE viol subi par cette jeune fille de quinze ans, qui gardera le silence, sidérée et culpabilisée. Le criminel est un employé de son père qui la courtise alors qu'elle travaille à l'usine déjà depuis quelques temps, se mêlant aux ouvriers, éveillant sa conscience sociale. Déjà la future protectrice des plus modestes apparaît en filigrane en même temps que la vérité sur son père lui explose au visage. Son sentiment d'injustice s'éveille quant au statut des femmes dans cette société misogyne et patriarcale. Son mariage malheureux à seize ans, reproduction inconsciente de celui de ses parents, avec cet homme d'origine sociale modeste, d'intelligence et de culture inférieures va finir de mener Rina Faccio à analyser sa vie, celle de millions d'italiennes, et la porter peu à peu à s'indigner et se révolter... Le déménagement de son couple avec leur petit garçon Walter à Rome permet à Rina de s'affranchir de certaines limites, de se faire connaître comme chroniqueuse pour plusieurs magazines ou revues, de rencontrer des intellectuelles et des artistes de tous horizons. Ainsi le champ des possibles s'élargit, son talent naissant est reconnu, sa soif de liberté et son désir de défaire son mariage s'affirment. Remarquablement, Rina devenue Sibilla Aleramo, tout en usant de figures de style propres à l'époque, ose raconter son quotidien de femme battue, dénigrée, violée par son mari. Leur petit garçon comprend tout, est témoin également de cette maltraitance, de cet acharnement d'un homme sur une femme. La mère qu'elle est pressent les dommages que tout ceci peut avoir sur l'individu qu'il sera. Elle a conscience également qu'elle ne peut plus nier sa nature profonde d'écrivain, d'artiste. Son féminisme grandit, ses yeux s'ouvrent sur la réalité du sort fait à toute la population féminine, toutes classes confondues, tant socialement que juridiquement. Elle n'est rien ! Mais elle veut être tout ! Un ultime retour douloureux à Civitanuova, son mari reprenant le poste de directeur de l'usine laissé vacant par son père avec la jouissance de la maison où elle a grandi, sera finalement un bien pour un mal car enfin, elle qui a tenté de se suicider, qui n'aspire qu'à disparaître tant son existence auprès de son bourreau devient insupportable, tombe sur un trésor, des lettres de sa mère... Un parcours douloureux presque insurmontable, un choix cornélien final, je m'interroge évidemment sur ce que devint son fils après le départ de sa mère, comment ont évolué leur relation... A-t-il réussi sa vie ? Être une femme à part entière, actrice de cette société, libre de ses choix, travaillant, faisant carrière tout en ayant des enfants n'est toujours pas simple aujourd'hui, sans oublier les millions de femmes battues, maltraitées, violées, assassinées, mises plus bas que terre au sein de leur couple mais pas seulement. N'être réduite qu'à notre apparence, notre capacité à faire des enfants, qu'à être insultée, harcelée par des mâles dits dominants et attaquée par certaines femmes collaboratrices du système patriarcal est toujours d'actualité. Nous réduire au silence n'est plus permis aujourd'hui, c'est pourquoi je suis particulièrement admirative de Sibilla Aleramo qui mena une lutte inégale et réussit au prix de sacrifices exorbitants à se libérer de ses chaînes au début du XXe siècle. Gratitude pour toutes nos aïeules qui se sont battues pour nous. Soyons dignes d'elles ! Quatrième de couverture Une femme, autobiographie romancée d’une écrivaine italienne qui a marqué la première moitié du XXe siècle, continue, de génération en génération, à fasciner par sa modernité. Sa traduction française fut, en 1974, l’un des quatre premiers livres publiés par les éditions des femmes-Antoinette Fouque. Dans un milieu provincial superstitieux et étriqué, qui ne laisse aucune chance aux femmes, la narratrice lutte pour son indépendance intellectuelle et affective, contre un mari tyrannique, brutal et veule. C’est au prix – terrible – du renoncement à son fils qu’elle échappera à la violence et deviendra une femme libre et active. Michele Placido a tiré de ce livre un film présenté en mai 2002 au Festival de Cannes, avec Laura Morante. « Nous avons toutes, à un certain moment de nos vies, la conscience de ce que celle qui nous a donné le jour a fait pour notre bien, et, avec cette conscience le remords de ne pas avoir compensé l’holocauste de cette femme bien-aimée qu’était notre mère. Alors nous reversons sur nos propres enfants ce que nous n’avons pas donné à nos mères, en nous reniant nous-mêmes pour offrir un nouvel exemple d’anéantissement et de mortification. Si une bonne fois la chaîne fatale venait à se briser et qu’une mère refuse d’étouffer en elle la femme, afin qu’un fils apprenne par son exemple ce qu’est la dignité ? » S. A. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La cabane des pendus
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La cabane des pendus Gordon Ferris Sixtrid 2018 10 heures 12 minutes, lu par Bernard Malaka Thriller Chronique 17 février 2019 La première version « The hanging Shed » de 2011 a été traduite par Jacques Martinache pour les Éditions Presse de la Cité en 2012 . Comme d'habitude je n'ai pas lu la quatrième de couverture avant l'audition. Premier d'une série de quatre enquêtes de Douglas Brodie comprenant « Sang d'encre » en 2012, « Le justicier de Glasgow » en 2016 et les « Adieux de Brodie » en 2018 tous parus chez Seuil. Douglas Brodie est un très bon personnage pour un romancier, ancien flic à Glasgow, il s'est engagé dans l'armée pendant la seconde guerre mondiale ; vétéran de la campagne d'Afrique, il décide de s'installer à Londres pour tenter de devenir journaliste. Il reste touché par son enfance dans une petite cité ouvrière de la banlieue de Glasgow, marqué par son ancien métier de policier, et traumatisé par ce qu'il a vu ou fait pendant le conflit mondial. C'est un homme intelligent, sensible, ironique parfois, mais sa bienveillance et son désir de justice supplantent cela. L'intérêt de ce roman, qui par ailleurs est un polar assez classique, réside dans ce héros empathique et imparfait, et la description exceptionnelle du Glasgow d'après-guerre, de la classe ouvrière écossaise courageuse et farouche, des taudis où la vie est d'une extrême rigueur, envenimée par des divisions concernant les questions religieuses. Ajoutez à cela une police et une justice corrompues et la présence de bandes de truands irlandais flirtant avec l'IRA, et le tableau est complet. Un jour, un copain d'enfance de Brodie, Hugh Donovan lui téléphone de Glasgow afin qu'il vienne l'aider sur place. Il y est incarcéré attendant d'être exécuté, accusé et jugé coupable du viol et du meurtre du jeune garçon de sa petite amie. Cet appel étonne énormément Brodie, car ils ne se sont pas quittés en bon terme, la femme en question ayant été son premier grand amour que Donovan lui a volé. Le chagrin a laissé des cicatrices encore mal refermées. Cependant c'est une bonne histoire pour un journaliste d'investigation. Donc il revient dans sa ville natale. Dès le début, que ce soit lors de sa confrontation avec le prisonnier, lors de son entretien avec l'avocate de la défense, lors de l'enquête dans les quartiers concernés par cette tragédie, et encore plus en reparlant à la mère du petit, il tique sérieusement sur la culpabilité de son ami, le dossier d'accusation est bien trop parfait et une photo va lui confirmer ses doutes. Certains éléments lui permettent d'espérer un appel de la décision rapidement. Le temps presse, il s'installe chez l'avocate qui ne le laisse pas indifférent ; il fouille, est menacé lorsqu'il approche trop de certains truands irlandais, même la police lui met des bâtons dans les roues. Quatre autres enfants disparaissent, cela devient une affaire beaucoup plus importante de tueur et violeur en série... Visite de Glasgow, des pubs, de la campagne environnante, jusqu'en Irlande avec un petit passage de presque noyade dans les eaux glacées écossaises. Mais rien y fait, il continue sa quête de justice, la voix des enfants murmurant à son oreille, suppliantes. Le voilà de retour dans un monde de violence ou le Bien et le Mal s'affrontent toujours. J'ai apprécié l'interprétation en finesse et en élégance de Bernard Malaka, sa voix un peu aiguë est parfaite pour jouer également les femmes, sa diction est impeccable. Je n'ai pas eu un moment de lassitude ou de décrochage. Donc un très bon enregistrement. J'ai aussi été soulagé par l'absence de jingle, c'est reposant et favorise la continuité, la fluidité du texte. Donc à première vue un polar classique qui ne l'est pas tant, grâce au talent de l'auteur écossais Gordon Ferris, un ancien du ministère de la défense, de la nature de son personnage principal qui se révèle être plus en clair-obscur et secret, et ici de l'interprétation de Bernard Malaka. À découvrir ! Quatrième de couverture 1946. Douglas Brodie, ancien policier, est rentré de la guerre depuis quelques mois lorsqu’il reçoit un appel de Hugh Donovan, un ami d’enfance qu’il croyait mort au combat : condamné pour le viol et le meurtre d’un petit garçon, il va être pendu dans quatre semaines. Afin de prouver l’innocence de Hugh, Brodie replonge dans le décor poisseux de leur enfance et la misère de la banlieue de Glasgow. Il se trouve une alliée de choix en l’avocate de Hugh, Samantha Campbell, mais le temps presse, et ni le gang local ni la police ne semblent vouloir leur faciliter la tâche. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Des crimes qui ne disent pas leur nom
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Des crimes qui ne disent pas leur nom Brigitte Joseph-Jeanneney TriArtis 17 janvier 2022 76 pages Divers Chronique 30 décembre 2022 « La littérature ne sert pas à restituer le réel mais à combler les vides, les lacunes. On exhume et en même temps on crée une réalité autre. On n'invente pas, on imagine, on donne corps à une vision, qu'on construit bout à bout, avec des morceaux de souvenirs et d'éternelles obsessions. » Le parfum des fleurs la nuit de Leïla Slimani 9 nouvelles s'attachant à décrire diverses situations plus ou moins folles où soudain un des protagonistes commet un acte criminel, crève cœur, égoïste, irrespectueux, en un mot insupportable pour celle ou celui qui en est la victime ciblée, consciemment ou non. 1/ Une expédition Simone, résidente dans un EHPAD, attend avec impatience l'arrivée de son petit-fils qui doit l'accompagner au bureau de vote pour remplir avec fierté son devoir civique. Mais le temps passe... 2/ Compter ses pas Dans un futur pas si éloigné une femme compte ses pas dans sa cellule. Emprisonnée pour quelle raison ? Je vous laisse le découvrir. 3/ Rester au Vent Un jeune soldat revient de la guerre et sonne chez une mamie. Pas le temps de parler que déjà la vie à deux reprend son cours.. mais qui est-il ? 4/ Le Chandail Une femme vole le chandail d'une petite fille au square. Mais pourquoi ? 5/ Emprises Une gardienne d'immeuble énigmatique, l'aveuglement des habitants de la résidence, des lettres de dénonciation dans les boîtes, emprise des plus forts sur les plus faibles... 6/ Un homme nu Être nu chez soi est-ce de l'exhibitionnisme ? Est-ce du flirt ? Une méthode de drague ? Et s'inquiéter de ne plus voir l'objet de tous ses désirs depuis plusieurs jours et paniquer jusqu'à.... Folie ? Crime ? 7/ Le Doigt Un viol par un allemand pendant la Seconde Guerre mondiale, un dépôt de plainte auprès de l'officier de la Wehrmacht, un doigt accusateur qui se lève sur le criminel, une exécution rapide, et puis un miracle... 8/ Une métamorphose Un trentenaire revient chez maman après un divorce et un licenciement destructeurs. Il arrive des USA. Mais l'appartement maternel a bien changé ainsi que sa propriétaire. Tout évolue, tout se métamorphose... 9/ Du plomb dans l'aile À force de vouloir sauver les autres malgré eux, d'imposer sa volonté, de penser mieux savoir ce qui convient à la personne concernée, on peut franchir certaines limites et pousser l'autre trop loin jusqu'à... Tour à tour cocasses, joyeux, grinçants, bouleversants, barrés, terrifiants, ces textes nous parlent de nous-mêmes, de ces instants où tout est trouble, on l'on passe dans une autre dimension, ou l'air semble trembler, où l'on perd le sens commun dans un monde devenu fou. Des fragments de vérité tels des morceaux de miroir brisé dans lesquels nous regarder attentivement. Quatrième de couverture Des petits crimes impunis qui ne laissent des traces que pour les victimes. Des balles invisibles atteignent les cerveaux et broient les cœurs. Emprises en cascade. Mise enceinte subreptice. Négation des droits civiques d'une fille de déportée. Surprenante dénonciation d'un viol. Interdiction d'inventer des algorithmes. Il y a aussi des criminels aux mobiles insoupçonnés. Voleuse à l'arraché d'un étrange chandail. Usurpateur d'identité par générosité. Exhibitionniste eupho-rique. Veuve transgressive laissant son fils désemparé. Il est tant de crimes impunis, ignorés de leurs auteurs, mais pas de leurs victimes. Des crimes qui ne disent pas leur nom. La presse en parle : L'Inventoire - La revue littéraire d'Aleph-Ecriture - 7 février 2022 [...]Le quatrième recueil de nouvelles de Brigitte Joseph-Jeanneney vient de paraître aux Editions Triartis dans la collection Echappées Brèves. Dans une langue élégante et subtile, l’auteure brosse neuf portraits de femmes prises au piège de situations qu’elles n’ont pas créées, résistant en silence à des abus ou manquements souvent commis par des hommes[...] Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Carnaval noir
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Carnaval noir Metin Arditi Grasset & Fasquelle 2018 399 pages Thriller Chronique 24 janvier 2019 La joie de la lecture d'un thriller très bien écrit et construit, nous transportant dans la Venise du XVI ème siècle puis, aujourd'hui, toujours dans la Sérénissime et à Genève, Rome. Le contentement également, après avoir refermé ce roman, d'avoir beaucoup appris et enrichi mes connaissances. En février 1575, durant le Carnaval de Venise, sont assassinés plusieurs personnalités. La ville vit dans la terreur et l'incompréhension. Un immense incendie, un peintre célèbre pendu au pont du Rialto. On ne comprit jamais les raisons de ces crimes et le lien entre eux. En écho à cette époque lointaine, cinq siècles plus tard, tout recommence. Qu'est est le déclencheur commun entre ses deux séries de drames ? Un suspense bien maintenu jusqu'au bout, une fiction qui nous pousse à nous poser les bonnes questions sur notre société, sur les grandes migrations, sur la manipulation de l'opinion publique, sur le terrorisme, sur l'Eglise et son rôle actuel dans la gestion des problématiques contemporaines et du changement des mentalités et des modes de vie, de la peur de certains du progrès prônant un conservatisme et un repli sur nos frontières par terreur de l'inconnu. Un livre profond, dense, tout en étant un thriller d'action très rapide. Des personnages originaux tel Bénédict Hugues, l'anti-héros, professeur de latin à l'Université de Genève, Mado, magnifique journaliste toujours en butte au racisme quotidien, les criminels ayant également droit à des portraits psychologiques détaillés. Tout cela crédibilise cette histoire. Je pense du coup chercher à lire d'autres titres de cet auteur. Vraiment réussi ! Quatrième de couverture Extrait : Janvier 2016 : une jeune étudiante à l'Université de Venise est retrouvée noyée dans la lagune. C'est le début d'une série d'assassinats dont on ne comprend pas le motif. Elle consacrait une thèse à l'une des principales confréries du XVIème siècle, qui avait été la cible d'une série de Crimes durant le Carnaval de Venise de 1575, rebaptisé par les historiens " Carnaval noir". Cinq siècles plus tard, les mêmes obscurantistes qui croyaient faire le bien en semant la terreur seraient-ils toujours actifs ? ... À croire que l'Histoire se répète éternellement, que le combat entre le fanatisme et la raison n'en finit jamais, et que la folie des hommes est sans limite.. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
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Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Regarder Serge Mestre Editions Sabine Wespieser 7 février 2019 232 pages Roman Chronique 2 novembre 2021 J'ai connu cet auteur par le biais de ses traductions magistrales de Aro Sáinz de la Maza. J'ai souhaité découvrir l'auteur. Voici donc une biographie romancée d'une âme libre en des temps où cela peut être dangereux, voir mortel. Liberté de penser, de choisir sa vie, sa destinée, d'aimer un, deux, plusieurs hommes, de ne se restreindre en rien alors que le fascisme s'abat partout et détruit des millions de vies. Serge Mestre recrée une ambiance particulière, nous fait toucher une réalité par petites touches impressionnistes, tel un photographe choisissant des cadrages décalés, un flou artistique... l'essence de cet être singulier, disparu stupidement à 27 ans, reste perceptible bien longtemps après le livre refermé. On se prend à l'imaginer mûrir, vieillir, fêter la Libération, parcourir le monde entier, arpenter les champs de bataille, avoir peut-être des enfants... J'ai lu ce texte en me demandant ce que cette femme penserait de ce que nous sommes en train de traverser, elle qui avait l'expérience de l'indicible, qui avait affronter avec humour et soif de vivre et de vaincre, l'innommable... Il était une fois Gerda Taro ou plutôt Gerta Pohorylle.... Il était une fois André Friedmann ou plutôt Robert Capa.... Il était une fois des héros, des témoins, des amoureux riant au milieu de la tourmente.... Et nous, qui sommes- nous ? Que faisons-nous ? Quatrième de couverture Ce 18 mars 1933, à Leipzig, Gerta Pohorylle vient d'être arrêtée sous prétexte que ses frères auraient distribué des tracts hostiles au régime. Tout en répondant avec dédain aux questions d'une brute national socialiste (" Nationalité ? polonaise " " Date de naissance ? le 1er août 1910 "), elle laisse son esprit vagabonder, s'interrogeant sur les deux hommes qu'elle aime : un représentant des cotons américains à Stuttgart, où elle est née, et Georg Kuritzkes, étudiant en médecine et communiste. Dans la cellule où on la jette, son aplomb et son élégance détonnent. D'abord méfiantes, les autres détenues sont vite conquises par sa bonne humeur, et par le colis de vivres qu'elle partage volontiers. Relâchée, la jeune femme comprend qu'elle est en sursis partout en Allemagne, et décide de partir pour Paris. Dès l'ouverture du nouveau roman de Serge Mestre qui lui rend hommage, la personnalité de celle qui deviendra la photographe Gerda Taro est posée : toute sa courte vie, elle restera libre, audacieuse, généreuse et déterminée à disposer elle même de son sort. A Paris, elle ne tarde pas à tomber amoureuse d'un réfugié politique hongrois, rencontré parmi les émigrés arrivés en nombre. André Friedmann est photographe, et Gerta, lassée des petits boulots qu'elle accumule, apprend avec lui le métier, tout en prenant en main, avec sa générosité habituelle, sa carrière. Comme les contrats sont rares, elle lui invente une nouvelle identité de photographe américain, et un nouveau nom : Robert Capa. Elle-même se trouve un pseudonyme, Gerda Taro – « un vrai nom de photographe », l'encourage son compagnon. La légende est née, dont le romancier s'empare avec l'ironique acuité et le sens de l'ellipse qui lui sont propres. Epousant le point de vue de Gerta/Gerda, il met en lumière la singularité, le talent et la modernité de celle dont l'histoire a surtout retenu le tandem qu'elle a formé avec Capa. En Espagne où ils sont envoyés par Vu après le putsch du 18 juillet 1936, les deux reporters travaillent côte à côte, et Gerda n'hésite pas à rembarrer sèchement Capa quand il s'approprie les photos qu'elle a prises. Jamais elle ne sera la femme d'un homme, elle le revendique haut et fort : malgré son lien avec Robert, elle n'a pas rompu avec Kuritzkes, mène sa trajectoire comme elle l'entend, mue par un courage et un appétit de vie exceptionnels, jusqu'à sa mort absurde, écrasée par un char républicain le 26 juillet 1937. Fascinante figure que celle de Gerda Taro, dont Pablo Neruda et Louis Aragon prononcèrent l'éloge funèbre au Père-Lachaise. Plusieurs ouvrages lui ont été consacrés : par Robert Capa lui-même qui, dans l'album Death in the Making (New York, 1938), retrace leurs douze derniers mois passés à couvrir la Guerre civile ; par François Maspero, qui publia L'Ombre d'une photographe en 2006 (Le Seuil) ; plus récemment, Après Gerda, du romancier Pierre-François Moreau (Editions du Sonneur, 2018) et La ragazza con la Leica, prix Strega 2018 de l'Italienne Helena Janeczek (Guanda, pas encore traduit en français). Regarder, portrait d'une féministe en avance sur son temps, est aussi une traversée tambour battant de la si brève et passionnante période pendant laquelle Gerda Taro sut inscrire son nom au firmament des photographes. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs















