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  • Voyage avec un âne dans les Cévennes

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Voyage avec un âne dans les Cévennes Robert Louis Stevenson De Borée Beaux Livres 8 avril 2021 176 pages Beaux Livres Chronique 5 mai 2021 Commenté par Jean-Marie Gazagne et Marius Gibelin, dimensions 24 x 1,3 x 24,2 cm. « Quant à moi, je voyage non pour aller quelque part mais pour marcher. » Splendide démarche artistique que ce récit- témoignage de Robert Louis Stevenson illustré de 200 photographies et cartes postales, rendant ce périple de 120 km pendant douze jours de l'écrivain et de son ânesse Modestine en pays cévenol encore plus attrayant et touchant, tout en le complétant quant à certains sujets non abordés par l'auteur. Ainsi Jean-Marie Gazagne et Marius Gibelin portent un regard croisé distancié sur les propos de cet écossais protestant de la moitié du XIX ème siècle. L'écrivain n'est pas toujours sympathique, il ment par omission oubliant que les Cévennes comptent aussi des catholiques, peut paraître méprisant face à la population rurale, et même maltraitant avec son animal. Ce serait vite le cataloguer. C'est un intellectuel doué de sensibilité, un homme de son temps à la croisée des chemins entre tradition et modernité, qui se lance dans une aventure le forçant à baisser ses prétentions, à ne pas juger sans savoir, à se rapprocher des gens modestes, à apprécier les qualités d'une vie simple, authentique. Il reviendra profondément changé de ce périple, révisera même inconsciemment ses certitudes, réussira enfin à se situer dans ce monde et à prendre de grandes décisions tant intimes que professionnelles. La mise en page, le choix de mettre en exergue certaines phrases en début de chapitre, les citations, les commentaires pour chaque cliché, sont autant d'atouts pour la réussite de ce projet. Après les tribulations de Stevenson avec son ânesse, les premières nuits à la belle étoile, la rencontre avec des moines de Notre-Dame-des-Neiges, le Gévaudan et l'ombre de son loup, l'auteur accorde une grande part au récit de la lutte des Camisards, touché et concerné particulièrement par leur destin : « Nous marchions dans le sillage des guerriers d'autrefois, Pourtant la contrée entière était verdoyante ; Et trouvions amour et paix Où avaient sévi fer et feu. Ils passent et sourient les fils de l'épée. Ils ne brandissent plus le glaive. Oh ! Qu'il a de profondes racines le blé. Qui poussera sur un champ de bataille ! » W. P. Bannatyne Ce récit d'une expérience personnelle, grâce aux illustrations, devient également une part de notre Histoire : certains clichés de paysans, de marchés, de citadins, sont semblables à ceux que je garde précieusement chez moi. La même poésie intemporelle les habite... Un témoignage bouleversant et passionnant de ce que fut l'existence de nos aïeux, riche d'un enseignement réel quant à leur lien à la terre, à la nature, leur pragmatisme, leur simplicité, leur endurance au travail et face aux malheurs. Des résistants. Restent ces visages, ces regards, inoubliables, ces vestiges architecturaux des ambitions passées, d'une extrême beauté ; le sentiment que l'homme est capable de soulever littéralement des montagnes pour concrétiser une idée ou honorer son Dieu quel qu'il soit... Surtout, reste cette nature magnifique et magnifiée ici dans le moindre détail, sur ces photographies en noir et blanc qui ne demandent qu'à s'animer, dans ces lignes rendant grâce aux splendeurs de cette région. Comme remettre ses pas dans ceux de Stevenson doit être une expérience extraordinaire, lire et regarder attentivement ce très beau livre est un parcours initiatique vers l'essentiel. Quatrième de couverture Robert Louis Stevenson Commenté et illustré par Jean-Marie Gazagne et Marius Gibelin Le texte de Stevenson a été abondamment commenté, mais jamais illustré de documents d'époque, qui lui offrent un véritable écrin. En parcourant ce chemin, on se replonge ainsi dans l'ambiance des lieux que le romancier a pu découvrir. Pertinent et réaliste, ce choix de documents légendés offre une lecture visuelle de ce chemin. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Les jours de Vita Gallitelli

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les jours de Vita Gallitelli Helene Stapinski Globe 2018 311 pages traduites par Pierre Szczeciner Historique Chronique 10 avril 2019 Un livre très touchant puisqu'il raconte les recherches réelles de Helene Stapinski sur son arrière arrière grand-mère, arrivée aux États-Unis a la fin du XIX ème siècle, avec deux de ses enfants dont l'un disparaîtra lors de la traversée.Le nom de cette aïeule est Vita Gallitelli, les italiennes gardant leur nom de jeune fille même après le mariage pour s'éviter des tracasseries administratives, inévitables hier comme aujourd'hui. Elle s'installe à Jersey City, son premier fils ayant déjà, en éclaireur, trouvé un logement et un travail. Cependant dans la famille Vena-Gallitelli, Vita est un personnage célèbre, dont Ma raconte l'histoire à sa fille helene tous les matins avant de partir pour l'école puis le dimanche midi avant la messe. La tante Katy, le grand père aussi, ont des détails à apporter à cette saga incroyable d'une femme arrivée seule à quarante ans avec ses enfants sans son mari Francesco Vena, ce qui est proprement étonnant. On dit que le couple maudit aurait assassiné quelqu'un sans plus de précision. Cette émigration fut-elle alors une fuite devant les forces de police ? Aucun élément concret ne renforce cette théorie. Helene, journaliste pigiste décide à 39 ans, lorsque ses deux enfants sont assez autonomes, de partir sur les traces de Vita sur place, en Italie du Sud, entre les Pouilles et la Calabre, dans une région oubliée, la Basilicate. Se faisant, elle nous entraîne également à sa suite dans une machine à remonter le temps jusqu'à la moitié du XIX ème siècle, où les padroni ou propriétaires terriens se comportaient comme des seigneurs féodaux, ou la vie des paysans était un cauchemar, proies de la faim, de la cruauté du patron, de la maladie. Vita nait dans ce contexte, elle n'est pas vraiment belle mais a un certain charme, un sacré caractère, une langue bien pendue, et énormément de courage et de ténacité. Il va lui en falloir pour affronter les malheurs et injustices de ce monde. L'unification de l'Italie est lente à se faire, on plonge donc dans une région pierreuse, sèche, inhospitalière où chaque village parle son propre dialecte différent de celui du paese voisin. Un climat de suspicion, de méfiance contre l'étranger quel qu'il soit est palpable (encore aujourd'hui malheureusement), il n'y a pas de sentiment réelle d'être italien mais plutôt natif de Basilicate et d'un village. L'horizon est très donc limité, aussi en raison de l'illettrisme. Comment se défendre contre les puissants alors ou faire valoir ses droits. Difficile pour tout homme alors pour une femme, impossible. Vita va donc être obligée de prendre certaines décisions pour sa survie et celle des siens, jusqu'au départ définitif. Pour Helene, il est vital de trouver l'origine du mal comme la pomme pour Eve et Adam. Le péché originel pour sa famille de délinquants ou criminels, remonte-t-il au meurtre perpétré par Vita et Francesco ? Helene a peur que le mauvais gène ne se réveille chez ses enfants, une peur irrationnelle mais qui aura l'avantage de la ramener à ses racines et aux fondamentaux de l'existence. L'histoire qu'elle découvrira sera plus tragique et en même temps plus belle et pleine d'espoir que ce qu'elle aurait pu imaginer. Ses trouvailles vont lui permettre de remettre en perspective toute sa conception de la vie comme Vita. J'ai adoré ce livre pour sa quête familiale, ce retour sur les terres italiennes qui me sont inconnues au sud de Rome, pour la découverte des us et coutumes de ce peuple fier, taiseux et courageux au XIX ème siècle, pour la description des lieux, des repas qui me faisaient saliver, pour la langue, pour la référence à l'histoire lointaine de cette région qui fut d'abord grecque sous l'Antiquité, ce pays de légendes, de contes, de magie, de sorcellerie. Un très bel hommage à tous ces aïeux qui ont réussi à survivre sur place ou en s'exilant, à l'Italie en clair-obscur, à ces femmes pour lesquelles la vie était Infernale. Très beau livre dont je préfère nettement la couverture d'origine plus attrayante. J'ai lu le début du roman sur ma page en vidéo. « Il cueillit ( quoiqu'il ne fût ni le seul, ni le plus beau) De tous les fruits la Pomme défendue. [...] Et il la mangea, pour sa grande douleur et perpétuel dommage." Serafino Della Salandra » Adamo Caduto, 1647 Quatrième de couverture Helene le sait depuis l'enfance, il y a une criminelle dans la famille.Sa mère lui a raconté inlassablement la légende, en touillant la sauce tomate, en coiffant ses cheveux noirs, en la préparant pour la messe. Vita, son arrière-arrière-grand-mère italienne, a tué un homme à la suite d'une partie de cartes. Seule avec ses deux fils, elle a fui le Sud de l'Italie pour s'installer à Jersey City, en 1892.Jusqu'à présent, Vita était une figure intimidante mais floue, comme la femme invisible des films de Scorsese ou Coppola. Mais, aujourd'hui, Helene a 39 ans. L'âge auquel Vita est arrivée en Amérique. L'âge auquel mouraient les femmes de sa région, à l'époque. Prise de panique à l'idée que ses propres enfants soient affligés du gène du crime qui, du grand-père voleur de homards au cousin consigliere de la Mafia, coule dans leur sang, Helene décide de conjurer le sort.Elle entreprend des recherches fiévreuses, de cimetières en archives, dans cette Basilicate jadis arpentée par les grands hommes, Pythagore, Spartacus ou Horace, mais ravagée, au XIXe siècle, par la misère, la famine, la malaria et le droit de cuissage du padrone. Au bout de dix ans, au bout de ses voyages, au bout de son enquête, la vraie Vita l'attend. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Il coule aussi dans tes veines

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Il coule aussi dans tes veines Chevy Stevens L'Archipel Suspense 9 Janvier 2013 405 pages traduites par Sébastien Danchin Thriller Chronique 13 août 2017 Bon ! Vite lu car agréable, bien construit, classique, un peu convenu, j'attendais plus de surprises ou de retournements fracassants qui me laisse sur les fesses, mais non ! Serais- je blasée ? Intéressantes sont les raisons évoquées par le coupable pour justifier ses actes, touchantes les relations entre Ally six ans et sa mère 34 ans, sur le plan psychologique le questionnement que l'on peut avoir sur la part de gènes de notre père (ou de notre mère) criminel est bien soulevé et traité, c'est d'ailleurs sur ce plan là que j' aurais voulu que plus de doute soit distillé savamment par l'auteur sur Sara elle- même et sa santé mentale. C'est évoqué en début de chapitre par Sara s'adressant à sa psy ce n'est pas assez exploité ; du coup j'échafaudais un scénario de dingue...... Trop d'imagination chez moi à force de lire des thrillers peut être..... Pas grave, c'est un policier bien maîtrisé, un peu trop classique pour moi. Juste pour une mise en bouche donc : Sara qui sait avoir été adoptée, au moment où sa vie va changer grâce au mariage avec son fiancé, décide de se mettre à rechercher sa mère naturelle. Elle trouve son nom dans les fichiers officiels et découvre qu'elle est professeur à l'université. Elle lui téléphone, mais sa mère raccroche alors elle va la rencontrer mais là encore cela se passe mal. Sara engage un détective ancien policier qui lui apprend que cette femme vit sous un faux nom et est en fait la troisième rescapée d'un tueur en série rechercher par la police canadienne depuis de longues années.... Le cauchemar commence..... Quatrième de couverture Sara Gallagher, 34 ans, mère d'une fillette de 6 ans, sait depuis toujours qu'elle a été adoptée. Mais, alors qu'elle se prépare à épouser Evan, la jeune femme souhaite découvrir qui sont ses véritables parents. Ses recherches ne passent pas inaperçues et alertent son père biologique, qui n';est autre que le tristement célèbre Tueur des Campings, un serial killer que la police canadienne cherche à coincer depuis des années. Quand ce dernier - qui prétend se prénommer John - prend contact avec elle pour faire sa connaissance, Sara se retrouve prise au piège. Elle ne veut pas lui parler. Lui menace de tuer si elle interrompt leurs conversations téléphoniques. Et il passe à l'acte... De plus, la police pousse la jeune femme à poursuivre leur échange pour localiser le tueur. Mais le pire est à venir. Un jour, John réussit à attirer Sara et sa fille dans une cabane perdue au fond des bois sur l'île de Vancouver... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Le Congrès

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le Congrès Jean-Guy Soumy Robert Laffont 2009 269 pages Historique Chronique 16 avril 2018 Quelle monstrueuse et incroyable histoire complètement hallucinante, servie par une très belle écriture, et une mise en page et une police facilitant la lecture. Et il le faut, tant ce récit m'a mise dans tous mes états, révoltée, furieuse, atterrée devant tant de sauvagerie, de cruauté. Et ne pensez pas que notre époque s'en sorte mieux avec sa téléréalité, les vidéos pornographiques et la satire mauvaise et permanente. Non, notre début de XXIe siècle n'a rien à envier à la fin du XVIIe siècle. La même impression de fin de cycle, un Louis XIV vieillissant mal, sous la coupe de sa dernière épouse Mme de Maintenon, catholique intégriste. L'Edit de Nantes est en voie d'être révoqué, les protestants sont à nouveau les cibles des troupes royales, victimes de dragonnades et de massacres. Ils fuient donc vers la Suisse, l'Angleterre et Amsterdam grâce à l'aide de réseaux bien organisés. Un soir de 1685, se présentent à la porte de Guillaume Vallade, séjournant dans la maison de son grand père pour se remettre d'une blessure à l'aine suite à un duel, loin de la cour, tout un groupe de Lissiers d'Aubusson avec lequel sa famille a déjà collaboré sur le chantier de Versailles. Le chef de famille Isaac est accompagné de Salomon et sa femme Esther, ainsi que de trois de leurs employés. Il leur accorde l'hospitalité, puis le lendemain les aide à passer, direction l'Angleterre.Esther consciente de l'amour que lui porte Guillaume, lui demande de s'occuper de sa jeune sœur Jehane, convertie au catholicisme pour rester sur place et gérer les biens de sa famille et d'amis.À Aubusson, sitôt la porte ouverte, Guillaume voit en cette frêle jeune femme, Esther l'aimée. Peu à peu les visites du jeune homme se multiplient, un tendre sentiment semble naître entre eux, et elle accepte, après lui avoir avoué un secret ignoble et d'importance pour la suite de ce roman, de l'épouser. Les voici donc à Versailles, car Guillaume est l'héritier, depuis le décès de son frère, de la charge convoitée de bâtisseur du Roi, et doit reprendre sa place sur le chantier du château. Ils décident donc de s'installer au deuxième étage d'une résidence de la famille où vivent sa belle-soeur Louise et son neveu François. Les présentations faites courtoisement, il est évident que les deux femmes ne sont pas faites pour s'entendre. Louise est une ambitieuse, prête à tout, qui souhaite que son fils soit l'héritier de la charge de son père à la place de Guillaume. De plus c'est une bigote de la plus pure espèce, soupçonneuse, délatrice s'il le faut auprès des autorités religieuses, et on ne badine pas avec les règles sociales et catholiques en ces temps troublés. Lorsqu'elle comprend que Jehane est une convertie, plutôt de circonstance que de choix, la messe est dite. Louise va recourir à une abomination, qui aujourd'hui nous ferait sourire, mais qui en cette funeste époque est porteuse de tous les malheurs et disgrâces : Le Congrès. « La cérémonie du Congrès est extraordinaire : il s'agit d'un procès en impuissance durant lequel le mari est sommé d'honorer publiquement son épouse ! » Vous avez bien lu, partant du postulat que le mariage n'aurait jamais été vraiment consommé ce qui est un crime et un péché impardonnables aux yeux de l'Eglise catholique , l'Union serait dissoute et le mari banni de sa vie, de son métier, de la société. Une mise à mort ! Comment ce couple va-t-il se sortir de ce cauchemar, comment sauver leur amour, comment oublier l'humiliation de devoir copuler devant un parterre de médecins, prêtres, avocats, juges, étrangers ou proches, curieux, vicieux. La scène décrite dans les moindres détails tant gestuels que psychologiques est à peine supportable. C'est ni plus ni moins un viol entre époux, une parodie de l'acte d'amour. Peuvent-ils y survivre ? Comment imaginer qu'une telle " pornographie sacrée" fut organisée par l'Eglise et la Justice ?" Certes Louis XIV a mis en place sa vie privée en public, les rois et reines y sont habitués des leur nuit de noce, mais là, nous sommes dans une sphère privée. Au même titre que les plus puissants et célèbres personnages du royaume, le couple va être l'objet de satires et pamphlets ignominieux. Déjà la fin du XVIIIe siècle se profile, la révolte contre ces puissants et ce dictateur pourrissant gronde.... Un roman réussi qui laisse un goût de fiel en bouche et des images terribles en mémoire. Révoltant et magistral ! Quatrième de couverture La cérémonie du congrès est extraordinaire : il s'agit d'un procès en impuissance durant lequel le mari est sommé d'honorer publiquement son épouse. En 1685, dans une atmosphère de haines religieuses et d'intrigues financières, Guillaume Vallade, héritier d'une riche charge de bâtisseur du roi, et sa femme Jehane, d'origine protestante, sont condamnés à subir l'épreuve du congrès. « Dresser, pénétrer, mouiller », telle est l'injonction à laquelle Guillaume doit obéir, nu sur un lit avec Jehane, devant un parterre de prêtres, de médecins et de courtisans. Le désir peut-il se glisser dans une telle parodie de l'acte d'amour ? Peut-on survivre à ce viol entre époux, à cette « pornographie sacrée » organisée par l'Église et la Justice ? Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • La chasseuse de Trolls

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La chasseuse de Trolls Stefan Spjut Actes Sud 2019 633 pages traduites par Jean-Baptiste Coursaud Thriller SF Chronique 27 juin 2019 Premier tome d'un diptyque.Illustration de couverture Christine Linde. Une couverture de toute beauté et inquiétante, une pastille verte de la bibliothèque qui m'indique que ce sera un thriller fantastique, une forêt où se cachent des secrets sans âge, un petit garçon à l'orée de sa vie et sa mère en vacances dans une cabane entourée du bruit des respirations de toute cette nature palpitante, de tous ces animaux étranges.... On se croirait au début d'un conte ou d'une légende suédoise, on pense au film Narnia. Aux confins du pays Lapon, les voix ancestrales murmurent des récits effrayants de trolls enlevant les enfants du peuple same. Ce roman basculant entre deux mondes, le nôtre et celui des croyances, superstitions, est aussi l'histoire de la transmission d'une culture, de traditions, de foi en l'impossible, dans le merveilleux, dans le surnaturel de génération en génération, pour ne pas oublier d'où l'on vient et qui l'on est.C'est le cas de l'héroïne perpétuant le travail et la mémoire de son grand père, photographe aérien qui prit un cliché incroyable d'un ours courant dans la montagne ayant pour cavalier sur son dos un être étrange. Pour lui c'était un troll mais rien ne le prouve. Evidemment dans l'inconscient collectif les illustrations célèbres de John Bauer des contes et légendes sont gravées, de là à penser qu'il n'y a pas de fumée sans feu, un grand pas doit être franchi. La jeune femme voudrait avoir des preuves, elle crée un site Internet pour communiquer avec d'autres cryptozoologues, ou témoins de phénomènes inexplicables. Un jour elle reçoit un message de Edit.... Un saut dans l'inconnu de l'autre côté du miroir l'attend. Sa mère, quelques fois narratrice, et son ami vont l'accompagner dans cette quête se révélant de plus en plus mystérieuse et terrorisante... Lorsque j'ai compris que ce livre était un premier tome d'un diptyque, ce que je prenais pour des longueurs a pris tout son sens, l'auteur préparant déjà la suite des événements. Il pose ses jalons tranquillement, à son rythme, il faut le suivre patiemment. La Suède, et plus encore la Laponie, apparaît comme un territoire où mythologies scandinaves, magies et légendes sont encore vivaces. C'est un livre qui pourrait également convenir pour des adolescents, exempte de scènes trashs. On frissonne, on s'interroge, on apprend beaucoup, mais on n'est pas terrorisés. A découvrir donc ! Quatrième de couverture Nul n'a jamais su ce qui est arrivé au petit Magnus Bridon, disparu dans la forêt du Farnebofjarden en 1978, à l'âge de quatre ans. Sa mère avait affirmé qu'un géant était sorti des bois et lui avait volé son fils, mais personne n'accorde de crédit au témoignage d'une femme sous le choc. Vingt-cinq ans plus tard, une nouvelle disparition et des témoignages troublants mettent une jeune cryptozoologue sur la piste de créatures indomptables qui se cachent habilement depuis la nuit des temps. Des êtres qui semblent avoir une prédilection particulière pour les petits enfants. Et un avantage imparable pour agir en toute impunité : personne ne croit en leur réalité... Persuadée qu'elle va enfin pouvoir prouver l'existence des trolls, elle entreprend un terrifiant saut dans l'inconnu. Ignorant ce conseil que ses ancêtres ne pouvaient se permettre d'oublier : garde-toi bien de réveiller les forces obscures qui se cachent dans la forêt, car lorsque l'homme affronte la nature, c'est toujours elle qui gagne. Thriller surnaturel mâtiné de fantasy, la chasseuse de trolls est un roman d'une fascinante singularité. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • L'Espoir des Poupées russes

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'Espoir des Poupées russes Ahava Soraruff City Editions 25 août 2021 400 pages Historique Thriller Chronique 29 août 2021 « Vie et mensonge sont des synonymes. » Fiodor Dostoïevski, Bobok Pas facile de se faire un nom en tant que journaliste dans cette ville tentaculaire qu'est New York. C'est pourtant le but poursuivi par Julian Kowalski. Pas certain que cela puisse être possible en restant à la Gazette sous les ordres d'un tocard comme Clive Hammer. En ce mois de février 1991 glacial, sonnant le glas de l'URSS, Julian garde l'espoir de tomber sur LE sujet qui lui vaudra la reconnaissance de ses pairs ou tout au moins la possibilité de faire du vrai journalisme. Enfin, pour le moment, il doit encore pondre un papier sur un fait divers inintéressant pour la rubrique des chiens écrasés. Après avoir rempli sa mission, pris des clichés, le voilà dans la rue Bowerie sous une pluie battante. Le hasard ou le destin vient de le frapper, et il ne le sait pas encore... En cherchant refuge, il trouve une entrée de service donnant accès à un hôtel miteux et patibulaire, Le Grand Acadie. En attendant la fin du déluge pourquoi ne pas bavarder un peu avec la tenancière du gourbis, Jodie ? Un personnage haut en couleurs qui se fait une joie de décrire vertement les occupants du palace. La voilà qui aborde le cas de la Russe, chambre 29, toujours ivre, ne voyant personne, ne sortant jamais, une actrice paraît-il. Titillé, d'autant plus dans le contexte géopolitique de 1991, il s'intéresse à cette inconnue dont le nom est Katarina Kidder. Avec un patronyme pareil, digne d'un livre d'espionnage, il faut absolument qu'il la rencontre, qu'il lui parle. Elle pourrait être un sujet formidable ! Rendez-vous est pris pour le lundi suivant à la nuit tombée. La Russe aura été livrée en alcool et nourriture donc sera plus fréquentable. Julian n'a absolument aucune idée de l'aventure émotionnelle, humaine et dangereuse qui l'attend. Après bien des tâtonnements, il réussit à apprivoiser cette femme en perdition, à la mémoire trouée, une âme en morceaux qui peu à peu lui dévoile ce que fut sa vie depuis son départ en 1957 de la ville de N. en Sibérie jusqu'à Moscou. Elle lui narre sa rencontre avec Sergueï, son voisin de chambre, danseur classique, puis Vadim, homme inquiétant et mystérieux qui s'impose à elle lors d'une soirée épique au Bolshoï. Mais avant cela, elle partage un souvenir inoubliable : lors de sa recherche d'emploi en automne 1962, ses pas vont la mener dans une boutique presque cachée tenue par une certaine Olga, une russe débrouillarde et revenue de tout. Le magasin est un ravissant paradis du jouet ancien traditionnel et s'intitule « Les Poupées russes ». Dans l'arrière boutique, les enfants, qui se font bien rares en ces temps de disette, ne sont pourtant pas admis : seules les femmes en quête de lingerie convenable s'y rendent. Mais l'arrivée de Katia, puis dans son sillage de Vadim, va changer la donne et « Les poupées russes » vont à nouveau être très attractives pour les moscovites en manque de tout... « Je voulais créer de la magie. Vendre du rêve. Je voulais des sourires sur les visages. » Ce succès et l'amélioration des conditions de vie de Katia sont notables, cependant le trouble qu'elle éprouve au contact de Vadim sous l'œil goguenard de Olga devient invalidant.Elle ne réussit pas à comprendre ce personnage qui tour à tour la séduit, la brutalise, la manipule. Que veut vraiment ce trafiquant, ce mafieux ? Peut-elle lui faire confiance ? Et comment a-t-elle pu atterrir à New York dans la chambre 29 de ce coupe gorge qu'est Le grand Acadie ? Katia va dérouler son histoire à peine croyable à Julian Kowalski de plus en plus concerné et touché par son interlocutrice, devenue amie et confidente. Une relation presque filiale s'instaure entre les deux qui y trouvent les moyens de se libérer de certaines peurs. Plus le récit s'étoffe, plus nous sommes happés dans un environnement anxiogène où paranoïa et terreur font la loi. Julian se sent surveillé, il doute de la véracité des révélations de Katia et si ..... Et si tout n'était que manipulation et mensonge. Nous voilà plongés soudain dans l'atmosphère délétère de certains romans d'espionnage au temps joyeux de la Guerre froide. Thriller historique, épopée humaine, roman d'amour particulier et passionnel, récit d'une amitié extraordinaire, ces Poupées russes nous ouvrent les portes d'un univers étrange, inquiétant, où les ombres gagnent sur la lumière, où tout n'est que crépuscule d'un monde en perdition..... Ont-elles encore des raisons d'espérer ? Quatrième de couverture Dans les années 1950 en Russie, Katarina s'ennuie à mourir, perdue dans sa Sibérie natale. La jeune femme rêve de rejoindre Moscou, ville de tous les possibles où elle pourrait devenir actrice. Alors, quand on lui offre l'opportunité d'aller faire des études dans la capitale, elle part sans se retourner. Pour subvenir à ses besoins, Katarina décroche un emploi de vendeuse dans un magasin. Du moins, officiellement. Car dans le secret de l'arrière-boutique, elle écoule des marchandises américaines pour le compte d'un trafiquant. En échange, il lui a promis de l'aider à fuir la Russie pour rejoindre les États-Unis. Peu à peu, Katarina se prend à imaginer un avenir radieux à l'Ouest. Mais sur fond de guerre froide, dans le chaos de l'Histoire, l'espoir est un luxe. Pour se l'offrir, Katarina devra être prête à tous les sacrifices... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Just Kids

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Just Kids Patti Smith Editions des Femmes Antoinette Fouque Bibliothèque des voix 2010 8 h 48, lu par Isabelle Huppert Autobiographie Chronique 28 août 2021 Réalisation de Francesca Isidori. Just Kids, HarperCollins Publishers, Patti Smith, 2010, Éditions Denoël, 2010, pour la traduction de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié Comme toujours les Éditions des femmes Antoinette Fouque nous offrent un objet précieux, un témoignage bouleversant d'amour d'une des figures artistiques les plus iconiques, des années 1970 à nos jours. Patti Smith, poétesse Rock, égérie, muse, chanteuse, musicienne, éperdument éprise de Robert Mapplethorpe rencontré par hasard dans une boutique où il lui acheta un collier ethnique devenu talisman pour le couple, porte bonheur, gri-gri qui, effectivement, les fera se revoir en pleine nuit alors que Patti est agressée par un mec insistant.... Ils s'enfuient en courant, ils s'envolent vers un futur commun exceptionnel, jubilatoire, passionnant, formateur, expérimental, tragique, minable parfois puis glorieux, mais toujours dans une relation authentique, sans jugement, tolérante et bienveillante. Sans Patti, il n'y aurait pas eu Robert l'artiste génial touche à touche en quête de sa propre vérité, paumé, se raccrochant à son art, à ses messages au monde, à son ambition immense. Sans Robert, Patti ne serait pas devenue cette magicienne inclassable, surdouée des mots, élégante, exploratrice de nouvelles sensations, dessinatrice inspirée, comédienne occasionnelle, posant un regard acéré et bon sur les personnes qui croisent sa route. Elle est poésie, elle est aussi un peu médium pressentant les prochains naufrages, les pertes inconsolables : Jimmy Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison, et tant d'autres. C'est Robert qui va pousser Patti a structurer son travail, sa pensée, qui va voir en elle la prochaine chanteuse qu'elle sera. Il va la mettre sous la lumière tandis que lui continue à concevoir dans l'ombre des installations improbables concernant la sexualité, devenue objet artistique. De couple de jeunes amoureux, ils deviennent au fil du temps des amis, des frère et sœur, des compagnons, camarades de lutte, tendres, à la vie à la mort... Le gouffre où plonge Robert à la découverte de son homosexualité, comme le fera également Freddy Mercury en son temps alors en couple avec une jeune femme, est abyssal. Cela lui demande un courage démentiel de transparence absolue vis à vis de Patti. Pour cette américaine venu d'un patelin, Camden, ce n'est pas une vérité facile à comprendre, les homosexuels ne se montrent pas, elle n'a qu'un avis non étayé sur la question, et sa morale encore provinciale ne l'aide pas. Alors, comme toujours avec cette merveilleuse femme, c'est le cœur qui parlera, son désir de voir Robert enfin heureux quitte à s'oublier parfois. Au même moment, des personnages, devenus tuteurs de cette artiste en devenir, sont là et veillent à la pousser toujours plus loin. Des rencontres mythiques nous sont racontées ici avec une telle simplicité !!!!Tous semblent être des enfants ouvrant une grande malle aux trésors pour y trouver l'objet, l'œuvre, le totem, qui doit changer la face du monde, l'embellir, permettre à la Paix de régner. Ce sont des années terribles de guerres iniques, de ségrégation raciale intolérable, d'assassinats endeuillant tout unpays.Ce sont des années de mutation pour toute la société patriarcale et corsetée américaine, et les artistes de l'époque en sont les fers de lance. Chacun va prendre sa route, Robert Mapplethorpe deviendra un grand artiste, Patti également plus épanouie que jamais avec son nouveau compagnon et bientôt la naissance de ses enfants, qui ne freineront en rien sa trajectoire professionnelle... Et puis le SIDA...Le glas sonne sur une époque, les adieux sont doux et déchirants à la fois, la mort et la vie se croisent en se saluant poliment... La voix d'Isabelle Huppert, aux harmoniques graves, profondes, à la prononciation nette et sans bavure, si particulière, était le seul choix possible... Nous entendons l'actrice exceptionnelle, reconnaissable entre toutes se glisser peu à peu dans les mots de Patti, s'y oubliant, s'y cherchant peut-être, se mettant, quoiqu'il en soit, totalement au service de cette biographie magique, bouleversante... Elles se fondent l'une dans l'autre, qui parle, qui se dévoile ? Un enregistrement historique et exceptionnel à garder précieusement chez soi afin de le faire partager aux amis de cœur. Quatrième de couverture Les jeunes Patti Smith et Robert Mapplethorpe se rencontrent par hasard à New York à la fin des années 1960. Just Kids, roman d’initiation bohème, retrace les débuts de ces enfants terribles, jusqu’au moment où la chanteuse enregistre son premier album, Horses, et voit décoller sa carrière. Cette épopée mythique, histoire d’amour et d’amitié, qui s’ouvre et s’achève avec la mort du photographe, immortalise les instants incandescents d’une période décisive dans ces deux vies d’artistes et dans l’histoire de la musique américaine. « J’avais vingt ans quand je suis montée dans le bus. Je portais ma salopette, un col roulé noir, et le vieil imper gris que j’avais acheté à Camden. Ma petite valise écossaise rouge et jaune contenait quelques crayons de couleur, un carnet, les Illuminations, quelques fringues, et des photos de mon frère et de mes sœurs. J’étais superstitieuse. Nous étions un lundi ; j’étais née un lundi. C’était un bon jour pour arriver à New York City. Personne ne m’attendait. Tout m’attendait. » P.S. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • La Sorcière de Limbricht

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La Sorcière de Limbricht Susan Smit Charleston 11 janvier 2023 320 pages traduites par Marie Hooghe Historique Chronique 19 février 2023 « Ecrit à la manière d'un thriller, un hommage à une femme indomptable. » De Telegraaf Extraits du Malleus Maleficarum (Marteau de sorcières) livre criminel des dominicains Heinrich Kramer et Jacob Sprenger rédigé en 1486 à la requête du pape Innocent VIII :« Si la malignité de la femme n'existait pas, argumentent les auteurs, le monde, même sans parler des sorcières, serait délivré d'innombrables dangers. » « Personne n'est plus nuisible pour la foi catholique qu'une sage-femme. » « Les femmes ont l'intelligence des enfants. » « La femme est trompeuse par nature. Elle est une ennemie secrète emplie de douces flatteries. » Et : « Une femme qui pense par elle-même a le mal à l'esprit. » Je peux vous assurer que j'ai refermé ce livre majeur et édifiant dans un état de rage et de dégoût rarement égalé.« Le fameux Marteau des sorcières expliquait comment reconnaître une sorcière (à des tâches de naissance et autres marques du diable), comment la démasquer (par l'épreuve de l'eau et le test de l'aiguille), comment la faire avouer (par des techniques de torture) et comment la mettre à mort (en faisant partir son corps en flammes pour laver son âme). » Les minutes du procès de Entgen Luijten en 1674, son assassinat avéré par l'autopsie, le vol de ses biens par le banc échevinal de Limbricht sont des faits. Les archives sont consultables. Un déchiffrage et une traduction du dossier du procès par l'historien J. J de Wit sont parus en 1903 dans la revue Publications de la société historique et archéologique dans le Limbourg. En 2015, également Margo Muijtjens a établi une transcription réactualisée pour les Archives des domaines à Sittard-Geleen. En 2021, sous le titre original « De heks van Limbricht », Susan Smit offre une magistrale version romancée de l'histoire de Entgen Luijten, femme libre, indépendante, intelligente, voyant en la Nature la manifestation de Dieu, une résistante qui osa élever la voix contre le pouvoir abusif du châtelain, le Baron Van Breyll, héritière par sa grand-mère de la connaissance des simples, des plantes, des rythmes naturels. Le fallacieux prétexte de la sorcellerie cache un procès politique et un féminicide de plus à porter à la charge de l'Eglise, du patriarcat, de la noblesse.Susan Smit décortique les mécanismes du complot patiemment, mettant nos nerfs à vif par un suspense insoutenable, par des descriptions nettes, précises, sans trash ni effets de manches des faits de barbarie monstrueux dont a été victime Entgen. Ce n'est pas « une chasse aux sorcières » qui a perduré depuis la Renaissance mais bien un acharnement contre les femmes, de celles qui n'ont pas besoin des hommes pour mener leurs existences, ( les veuves, les célibataires, les béguines...), qui ne plient pas devant l'autorité religieuse ou masculine. Entgen Luijten est l'exemple type de celle qui fait perdurer des croyances remontant au paganisme préchrétien ; elle est dangereuse, indomptable, elle n'a pas peur, elle refuse d'accepter des préceptes dégradants véhiculés par les religieux, par les hommes et souvent par des femmes elles-mêmes, persuadées de porter en elles le diable, certaines de devoir obtenir le pardon pour ce qu'elles sont, et s'infligeant et infligeant à leurs propres filles et descendantes un martyre aussi masochiste que criminel. Mais Entgen reste droite face à l'infamie, elle est l'intransigeance féminine dans toute sa force et sa beauté. Grâce à un récit qui va et vient entre le cachot où elle est enfermée sur simple dénonciation sans preuve de sorcellerie le 10 juillet 1674, et les souvenirs de sa vie entière et longue, l'autrice nous dévoile peu à peu la vérité, les tenants et les aboutissants de cet insupportable procès. J'en suis sortie rincée, profondément triste et endeuillée mais aussi pleine de gratitude envers Susan Smit car les noms des coupables sont aujourd'hui et pour l'éternité entachés par l'infamie et celui de Entgen Luijten passé à la postérité et réhabilité. D'une beauté crépusculaire, ce roman l'est encore plus grâce à l'écriture singulière, puissante, vibrante, charnelle, engagée, bouleversante, de la romancière. Une somptueuse immersion en cette fin du XVIIe siècle néerlandais. Un hommage nécessaire à une de nos sœurs. Quatrième de couverture « Aujourd’hui, le 10 juillet 1674, par ordre du bailli et des échevins de Limbricht, vous êtes arrêtée pour suspicion de sorcellerie ou magie noire. » Enfermée sans plus d’explications, Entgen Luijten ne peut compter que sur elle-même : elle n’a plus de famille et sait que personne ne se lamente sur son sort. Parce qu’elle préfère se rendre au bois qu’à l’église, parce qu’elle connaît le pouvoir des plantes qui soignent, parce qu’elle est un peu trop libre, elle a toujours fait jaser dans son village reculé de la campagne néerlandaise. Dans l’attente de son procès, la voilà réduite à compter les jours dans l’étroit et glacial cachot du baron Van Breyll qui est prêt à tout pour obtenir des aveux spectaculaires. Mais malgré les fenêtres étriquées de sa cellule, Entgen se souvient des premières lueurs de l’aube qui embrasent l’horizon et de la lande qu’elle parcourait en compagnie des siens. Et si elle respecte la puissance de la nature, elle ne se soumettra pas à l’autorité du châtelain et compte bien faire entendre sa voix. Même si cela doit être la dernière fois. Inspiré de faits réels, La Sorcière de Limbricht offre une fascinante réécriture féministe de la chasse aux sorcières, portée par une plume puissante et sensorielle. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • J'étais le collabo Sadorski

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires J'étais le collabo Sadorski Romain Slocombe Robert Laffont La Bête Noire 1er septembre 2022 547 pages Thriller Historique Chronique 23 mai 2023 Troisième tome de la Trilogie de la guerre civile. Chapeau bas Mr Romain Slocombe pour cette deuxième trilogie consacrée à l'indescriptible et inqualifiable inspecteur Léon Sadorski ! « Epoustouflant ! Slocombe donne une nouvelle dimension au polar historique. » écrit Philippe Blanchet du Figaro Magazine. En effet, je pense même en ce qui me concerne, qu'il y a un avant Sadorski et un après, en tant que lectrice. Le haut niveau d'exigence de l'auteur envers lui-même, le soin extrême qu'il apporte à la qualité de son écriture, à la vérité factuelle, à la clarté du scénario, la gouaille et l'humour grinçants et caustiques à la Audiard utilisés pour faciliter l'appréhension d'un propos d'une noirceur folle, la mise en lumière nécessaire, indispensable, de tout un pan de notre Histoire française, font des six tomes de la Série Sadorski, des livres remarquables, précieux. On déteste Sadorski et en même temps on ne peut que reconnaître son professionnalisme, sa ténacité, son adaptabilité exceptionnelle. Cet un être incompréhensible pour une personne normale qui pousse tous les curseurs de l'abject au maximum. Il renaît de ses cendres en permanence, reprend pied alors même qu'on le croit perdu, c'est un personnage diablement fabuleux sur le plan dramaturgique. L'analyse sans concession qu'il a de ses contemporains est d'une justesse sidérante, il ne se fait aucune illusion, il croit en Dieu mais bafoue tous les principes humains, il est fataliste mais continue toujours à se battre malgré tout. C'est une énigme. Evidemment, on attend pendant tout le livre sa chute, sa déchéance, on lui souhaite de souffrir, de payer, de rendre des comptes.... Là réside le frisson, le suspense de ce thriller policier. Je reste impressionnée par le profilage que Romain Slocombe a fait de ce personnage de fiction inspiré d'un certain inspecteur principal adjoint Louis Sadosky (1899-1967) de la 3e section de la direction générale des Renseignements généraux et des jeux, ayant dirigé le "Rayon juif" au sein de ce service. La première partie de ce tome est un formidable et terrifiant huis clos dans l'amphithéâtre de l'institut George-Eastman où des horreurs de l' "épuration sauvage" de l'été et l'automne 1944 furent perpétrées par les FTP sous les ordres du " Capitaine Bernard ". La loi du talion fut appliquée à la lettre, entraînant des assassinats, viols, tortures. À combattre un monstre, ne devient-on pas de fait monstrueux ? Question universelle centrale depuis que l'humanité existe. Toute guerre est infâme, mais tout après-guerre et victoire doit-elles nécessairement se transformer en nouvelle tragédie. Je ferme ce dernier opus bluffée, forte de tout ce que j'ai appris, convaincue toujours que nous devons tout faire pour que la bête du fascisme, du nazisme, ne puisse jamais reprendre le pouvoir. Gratitude ! Quatrième de couverture L'épuration comme vous ne l'avez jamais lue. Septembre 1944 : partisans de De Gaulle et de Staline rivalisent pour le pouvoir dans Paris fraîchement libéré. C'est à qui rétablira l'ordre le premier, ou plutôt son ordre. Démasqué et menacé d'être fusillé, l'inspecteur Léon Sadorski n'en mène pas large. Le sort en a pourtant décidé autrement. En échange de l'indulgence des cours de justice, l'ex-collaborateur se voit confier par les chefs de l'insurrection une mission semée de pièges : identifier les " taupes " laissées par la police de Vichy au sein du Parti communiste. Rien ne se passant comme prévu, Sadorski se retrouve séquestré dans un des pires centres de détention et de torture gérés par les FTP. Mais il entend bien échapper à ses geôliers afin de rechercher sa femme, Yvette, disparue dans les purges des premières heures de la Libération. Pour cela, Sadorski aura besoin d'argent, de beaucoup d'argent... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • L'inspecteur Sadorski libère Paris

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'inspecteur Sadorski libère Paris Romain Slocombe Robert Laffont La Bête Noire 26 août 2021 656 pages Thriller Historique Chronique 21 mai 2023 Cet ouvrage est le deuxième épisode de la Trilogie de la guerre civile. « Il est temps que les malheurs finissent. On est à bout de nerfs. Je deviens nerveux, moi qui ai toujours été calme. » Maurice Garçon, Journal (1939-1945) « Ça va devenir, les jours qui viennent, le temps des reniements, des larmes, des tortures, des enterrées vifs... Les bacchanales sanglantes... La furie périodique des hommes ! » Alphonse Boudard, Les Combattants du petit bonheur Et voilà le grand retour d'un des plus grands « salopards » de la littérature contemporaine inspiré par un personnage malheureusement réel, j'ai nommé L'inspecteur Sadorski, flic français, pétainiste, collabo, antisémite, j'en passe et des meilleurs, dans ce cinquième opus de la Série qui lui est consacrée. Les années 1939-1945 vues à travers les yeux d'un criminel de guerre, d'un sociopathe, c'était un pari risqué et Ô combien difficile. La mission est totalement remplie et au- delà de ce que nous pouvions espérer. Du grand art, un jeu d'équilibriste pour l'auteur maniant autant l'ironie, l'humour noir, que la description sans pathos de ce qui fut et ne doit pas être oublié. Une plume acérée au service d'une analyse de la situation française édifiante en ce moment charnière où l'on attend le Débarquement des Alliés puis la Libération de la capitale. Sauve-qui-peut général, retournement de veste accéléré, il est temps de se refaire une virginité, enfin plutôt de faire croire que l'on ne s'est pas totalement prostitué... Ça pue sérieusement, Paris est une ville dans la tourmente, l'ambiance tourne à l'orage pour bientôt se transformer en apocalypse. Les victimes d'hier sont en passe pour certaines de devenir les bourreaux, les tortionnaires de demain. Les monstres changent de camp mais ne sont pas moins terrifiants car incontrôlables. Ils crient vengeance. Léon Sadorski voit tous ses mensonges, tous ses crimes lui revenir à la gueule, un joli boomerang explosif. Entre fatalisme et sursaut de survie, il tente par tous les moyens de sauver sa misérable peau. Mais cette fois-ci, il va se confronter à des serial killers d'une autre pointure que lui, d'un degré bien supérieur dans la barbarie. Romain Slocombe rend toutes ses scènes terribles, pour certaines horribles... accessibles, supportables, d'abord parce que l'on sait que son travail de recherche en amont fut titanesque et sérieux par respect pour les victimes et par souci de vérité historique absolue, et secondo grâce à cet humour décapant, ces dialogues enlevés, ce rythme effréné. L'ambiance est celle des films en noir et blanc français des années 1950, la gouaille et la dérision apportent une fausse légèreté à un récit traumatisant et nécessaire en ces temps où l'Hydre néo-nazie et fasciste se réveille encore. Cette Série Sadorski n'est pas complaisante elle est féroce. La colère de l'écrivain face à la bêtise, la couardise, la cruauté de certains humains est perceptible tout au long de la lecture. On n'en sort rincé mais les idées claires et la mémoire ravivée. Magnifique travail que cette double trilogie de monsieur Romain Slocombe. Ma gratitude lui est totalement acquise. Quatrième de couverture La Libération comme vous ne l'avez jamais lue Eté 1944 : Sadorski a passé huit mois en prison. L'administration le libère en échange d'un rapport sur le transfert de l'ex- ministre Georges Mandel, otage des nazis, qui va être tué sous ses yeux. Crime ordonné par la SS ou par la Milice ? Peu après, un inconnu blessé est enlevé par des flics allemands en civil. L'inspecteur met ses adjoints sur l'affaire et l'un d'eux est abattu à son tour. Dans un bar tenu par des truands, Sadorski rencontre un jeune milicien qui semble être un pervers sexuel. Ce personnage va le mener à la plus terrifiante " Gestapo française " opérant dans ces dernières semaines avant la Libération... « Un très grand personnage de salaud qui nous pousse à une immense compassion pour ses victimes.» Pierre Lemaitre, Dictionnaire amoureux du polar, Plon, 2020. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • La Gestapo Sadorski

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La Gestapo Sadorski Romain Slocombe Robert Laffont 1er octobre 2020 592 pages Thriller Historique Chronique 30 novembre 2020 Cet ouvrage est le premier épisode d'une nouvelle Trilogie de la guerre civile. Elle suit la Trilogie des collabos comprenant « L'affaire Léon Sadorski », « L'Étoile jaune de l'inspecteur Sadorski » et « Sadorski et l'ange du péché ». « Le plaisir de nuire à autrui est distinct de la cruauté, celle-ci consiste à trouver une jouissance dans la compassion, elle atteint son point culminant quand la compassion est à son comble ( quand nous aimons celui que nous torturons). Si un autre faisait le même mal à celui que nous aimons, nous serions saisis de fureur, la compassion nous serait toute douloureuse. Mais c'est nous qui l'aimons, et c'est nous qui lui faisons mal. La compassion y gagne un attrait infini ; c'est la contradiction de deux instincts forts et opposés qui agit ici comme l'attrait suprême. « Friedrich Nietzsche, La volonté de puissance « Ivresse et extase sont les mots clés du fascisme, l'avers de sa médaille, terreur et mort son envers [...]. Subitement, on était quelqu'un. » Horst Krüger, Un bon Allemand. Et un bon français ? Qu'est-ce que cela signifie pour Léon Sadorski ? Comment définit-il le mot patriotisme ? Par son allégeance à Pétain, par sa haine du juif, du franc-maçon, du communiste ? Et par conséquent, cet inspecteur zélé, excellent même, méthodique, ne voit pas de problème à collaborer avec les SS, la gestapo, même s'il éprouve de plus en plus de mépris pour eux, tout en les craignant. Les Allemands vont même lui donner du galon en le chargeant d'une mission très particulière d'espionnage. Ainsi aveux, trahisons et filatures patientes récoltés, provoquées et mises en place par la Brigade spéciale n°2, vont mener à un sacré coup de filet : l'arrestation de 68 militants communistes membres de la résistance armée juive-étrangère en région parisienne de la mi-novembre 1943, mois de la "grande chute", jusqu'à l'insurrection de l'été 1944. Léon Sadorski est un personnage difficilement qualifiable, la liste des injures qui me viennent à l'esprit n'est pas suffisante. Le comprendre est impossible, en revanche on constate avec joie que ses points faibles, comme son obsession sexuelle pour toutes les femmes en plus de la sienne, Yvette, et de Julie, la jeune fille juive cachée chez lui et grosse de ses œuvres, va le mener à prendre enfin des risques inconsidérés. Il va aussi s'intéresser de très près au groupe des femmes du Travail allemand : celles-ci, jolies et téméraires, parlant parfaitement allemand, sont chargées de sympathiser et même séduire les ennemis afin de les faire changer de camp, quitter l'armée, trahir. Leur tâche difficile de déstabilisation, de sape du moral des troupes d'occupation est facilitée par la menace d'un prochain débarquement sur les côtes normandes et la débâcle des Allemands sur le front Est contre les Russes. En suivant Sadorski dans ses déplacements, en assistant à ses crimes, méfaits, aux réunions organisées à la gestapo, ou lors de séances d'interrogatoires ignobles, Romain Slocombe nous décrit les rouages de l'organisation allemande et des brigades francaises collaborant avec elle, mais également nous expose les mécanismes et règles strictes qui font la spécificité et l'efficacité des groupes de résistants étrangers juifs et communistes en France. En suivant ce criminel de guerre, ce représentant des ténèbres, ce personnage principal haïssable, l'auteur réussit en réalité le tour de force de : - rendre un vibrant hommage aux Justes, - mettre dans la lumière tous ces résistants, ces héros de l'ombre, et particulièrement ces femmes admirables, qui ont bravé tous les interdits, tous les dangers pour permettre la victoire des alliées. Des femmes exceptionnelles souvent plus courageuses, endurantes que les hommes face à l'ennemi, dans les camps ou lors de séances de torture. La première Trilogie et ce nouvel opus ne sont pas à mes yeux des thrillers sur la Seconde Guerre Mondiale mais des ouvrages où la vérité historique est rétablie par le biais de l'écriture romanesque, afin de faciliter le passage de témoin de générations en générations, de redonner voix aux disparus ou de recueillir le témoignages des justes, aujourd'hui très âgés, avant qu'ils ne nous quittent. C'est une mission titanesque que mène avec un immense talent, une sincérité indiscutable et un engagement total, Romain Slocombe. J'avais écrit, je crois, pour le deuxième tome de la Trilogie précédente, qu'il m'était impossible de dire que j'avais aimé son livre, mais que j'éprouvais une immense reconnaissance et admiration envers l'auteur pour son travail d'historien, de romancier, de dépositaire et de passeur de vérité. C'est toujours le cas, Ô combien, mais j'ajoute que j'ai pris du plaisir à lire ce quatrième épisode de la Série Sadorski. Inquiétant me direz-vous ! Je crois surtout que sachant la proximité de la victoire alliée, il m'a été plus facile de lire ces pages non dénuées d'un humour sarcastique et d'ironie....On voit Léon Sadorski se piéger lui-même, on voit tous ces collabos frétiller de peur à l'idée d'une défaite allemande et des comptes qu'ils vont devoir rendre. Mélange de sourire narquois et de nausée... j'ai hâte de découvrir la suite... Pour rappel, le personnage de Léon Sadorski est inspiré de l'inspecteur principal adjoint Louis Sadosky de la 3 ème section de la direction générale des Renseignements généraux et des Jeux, qui dirigeait le Rayon juif au sein de ce service. Ne faites pas l'impasse sur les notes de l'auteur, la bibliographie, les remerciements, qui sont essentiels à la compréhension de l'œuvre majeure qui vous est offerte. Pour ma part, il y a vraiment un avant et un après la Série Sadorski... Nous n'en sortons pas indemnes et en même temps, les connaissances acquises ainsi nous rendent plus forts au moment où certains irresponsables et nostalgiques font que la peste brune peut toujours se répandre.Sont prévus en 2021 « L'inspecteur Sadorski libère Paris » et en 2023 « J'étais le collabo Léon Sadorski ». Tout un programme.... Quatrième de couverture Le pire des salauds, le meilleur des enquêteurs. Paris, octobre 1943. Un important dignitaire nazi, le colonel SS Julius Ritter, a été assassiné en sortant de chez lui, près du Trocadéro. La Gestapo est sur les dents. Elle convoque l'inspecteur principal adjoint Sadorski pour lui confier la direction d'une petite unité de policiers français gestapistes chargée de traquer les " terroristes " juifs FTP-MOI. Sadorski caresse l'espoir de gagner de l'avancement en effectuant un brillant coup de filet. Joignant l'utile à l'agréable, il cache dans son appartement la jeune Juive Julie Odwak, qu'il a mise enceinte. La situation est des plus scabreuses : sa femme Yvette, qui ignore la véritable identité du père, doit simuler pour elle-même une grossesse afin d'éviter la curiosité des voisins lorsque l'enfant naîtra... Les choses ne se passeront pas exactement comme Sadorski l'avait prévu. Ce sera bien pire. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • La débâcle

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La débâcle Romain Slocombe Robert Laffont 22 août 2019 520 pages Thriller Historique Chronique 19 octobre 2019 Ce roman complète d'une certaine façon la trilogie des collabos consacrée à l'inspecteur Sadorski. « L'on imagine que les heures graves d'une nation sont vécues par le public dans une atmosphère d'exception et de gravité. Il n'en est rien. Chacun, à tout moment, tend toujours à sa norme, de confort, de débauche, de plaisir ou de quiétude. » Maurice Sachs, La chasse à courre. Je recopie ce texte introductif au roman de Romain Slocombe alors que des hélicoptères militaires passent en ce dimanche soir au dessus de mon immeuble, comme depuis novembre 2018. Et effectivement, me vient à l'esprit : sommes-nous capables de ressentir, dans toutes nos fibres, le moment où notre petite trajectoire rejoint celle de l'Histoire ? Sommes-nous capables de détecter l'instant où toute une société bascule....? Après avoir pris quelques minutes obligatoires de ménage et passage de l'aspirateur de début de soirée dominicale, ( vous voyez, je ne vous cache rien), en voyant la poussière disparaître, les surfaces redevenir propres et brillantes, je me suis prise à penser que ce serait bien tout de même de n'avoir qu'à passer un embout d'aspirateur sur tous les nuisibles, malsains, haineux, hargneux de notre monde, sur tous ceux qui nous empêchent de vivre en paix et en harmonie. Je suis peut être idéaliste mais ne suis pas aveugle : je vois et constate le pourrissement, la peste brune, qui atteignent à nouveau, avec plus de force en ces temps de terreur et d'incertitude face à l'avenir, la France et quasiment tous les pays occidentaux. J'ai donc décidé de ne pas attendre d'avoir digérer ma lecture pour rédiger ce retour, au risque d'oublier un détail, d'être incomplète.Je ne suis jamais sortie indemne d'un des quatre derniers livres de Romain Slocombe, je suis même incapable de dire « j'aime ». Pas de like, pas d'émoticônes, sur un tel sujet. En revanche, une nécessité, douloureuse, à les lire, à en débattre, à les mettre en lumière. Lumière de la connaissance, de la vérité, de l'information face à l'obscurité des mensonges vulgaires, primaires des nazis d'alors, de ceux d'aujourd'hui. Alors oui, un sacré mal de ventre au moment de la rédaction de cet avis, mais en même temps, la satisfaction, peut-être même la joie, à passer ainsi le témoin. Chaque créateur, artiste, choisit ses propres armes contre le Mal ; l'écriture d'un tel roman peut en être une, comme les paroles de la prière polonaise mises en musique par Gorecki dans sa symphonie numéro 3, gravées sur les murs des prisons par les victimes des nazis. Leurs voix continuent ainsi à s'élever. Ce roman historique, de guerre, d'amour, comportant un court épisode proche du thriller, est sans concession, sans petits arrangements avec les faits, sans artifices visant à amoindrir l'horreur, sans douceurs sucrées : il est organique, cru, violent, caustique, insupportable, indispensable... « La débâcle » ou « La débandade » avec en sous titre « La trahison »... une vérité sur les causes de la reddition des français qui ne nous fut jamais transmise à l'école. Pourtant, il faut absolument la connaître pour éviter que les descendants des fascistes ne puissent continuer à répandre leur mensonge.Ceci est mon avis, je ne parle ici qu'en mon nom. Comme toujours un vrai plaisir de lectrice en vertu : - de la construction ne laissant aucun temps mort, - des caractéristiques de chaque personnage plus ou moins réjouissantes ou terrifiantes, - de la précision historique respectée quant à la narration des faits, - de la clarté du récit,- des multiples surprises qui le jalonnent, - de l'importance de ce livre dans le contexte actuel. Je ne peux que conseiller à tous de le découvrir. Quatrième de couverture Du 10 juin 1940, quand le gouvernement s'enfuit de Paris, au 17, où Pétain annonce la demande d'armistice, huit jours qui ont défait la France..... Jetés sur les routes de l'exode, une famille de grands bourgeois, un soldat, un avocat fasciste, une femme seule et beaucoup d'autres, dans une vaste chasse à courre à l'échelle d'un pays où nul ne sait encore qui sonnera l'hallali. Avec La débâcle, tout à la fois fresque au vitriol, road trip hyperréaliste, chronique d'une débandade et récit initiatique, Romain Slocombe ajoute une pièce maîtresse à son grand roman noir national. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Sadorski et l'ange du péché

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Sadorski et l'ange du péché Romain Slocombe Robert Laffont La Bête Noire 2018 663 pages Thriller Historique Chronique 2 novembre 2018 Troisième tome de la trilogie des collabos consacrée à l'inspecteur Sadorski Une enquête et une mission à mener pour Léon Sadorski, toujours aussi sinistre, fascinant dans ses contradictions, un inspecteur des service généraux en roue libre. On pensait au deuxième tome qu'une certaine remise en question de son antisémitisme de base, de son racisme et des ordres des nazis l'avait touché, et puis non, le revoilà aussi détestable, fringuant, violent et cruel qu'au premier tome. Chassez le naturel, il revient au galop. Le destin ou Dieu vont dont frapper un peu plus fort cette fois pour lui faire comprendre certaines choses, pour le mettre vraiment en vrac, afin qu'il se mette en danger et commette des erreurs, espérons, fatales pour lui. Les dossiers de police sont le prétexte encore une fois pour Romain Slocombe de remettre en lumière des évènements monstrueux tels le massacre du 13 juillet 1942 dans la forêt de Jozefow, un shetl polonais par les SS, les conditions inacceptables de détention au camp de Drancy, dans les trains de la mort, les tortures quotidiennes pratiquées avec sadisme par des policiers français, l'abus de pouvoir de ceux-ci forts de leur appartenance aux forces de l'ordre, des mesures plus inacceptables mis en place par des Français contre ceux issus d'une union juive catholique.... Les français ont quelques fois dépassé en horreur les nazis eux-mêmes dans leur chasse aux juifs ou "yourtes", communistes etc.... Mais nous sommes en fin de période faste pour tous ces sociopathes et meurtriers en puissance à qui la guerre semblait avoir donné carte blanche. Les Russes ont gagné contre les SS, le débarquement a eu lieu en Afrique du Nord, et se pressent sur les côtes normandes. Les voilà tous à essayer de se racheter une bonne conduite pour se défendre après la guerre quand ils devront répondre de leurs actes. A gerber. J'ai passé certains moments impossibles pour moi à lire et donc à emmagasiner dans ma mémoire pour toujours. L'enquête par elle-même est bien menée par un monstre par ailleurs bon flic qui a du mal étonnamment avec certains délits et qui, alors, se transforme en pitbull qui ne lâche rien. Un personnage comme je l'ai déjà écrit dans mes précédents retours qui s'inspire d'un inspecteur réel. C'est le plus glaçant dans tout cela, tout est vrai, même si ici romancé, et tout pourrait recommencer si nous ne restons pas ultra vigilants. A lire donc avec le cœur bien accroché en mémoire de toutes les victimes de génocide quel qu'il soit. Quatrième de couverture Le pire des salauds, le meilleur des enquêteurs. Paris, mars 1943. Une femme est arrêtée dans un bistrot du 10e arrondissement. Elle aurait franchi la ligne de démarcation munie de faux papiers, pour un trafic de métaux précieux. L'inspecteur principal adjoint Léon Sadorski voit dans cette enquête une parfaite occasion de s'enrichir. Mais il a d'autres soucis, notamment protéger Julie, la lycéenne juive réfugiée chez lui depuis la rafle du Vél'd'Hiv. C'est alors qu'une affaire de lettre anonyme et d'adultère le conduit sur les plateaux du cinéma français de l'Occupation : parmi les jeunes actrices d'un drame tourné dans un couvent de dominicaines, l'inspecteur va rencontrer son « Ange du péché » et se transformer en criminel... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski Romain Slocombe Robert Laffont La Bête Noire 2017 582 pages Thriller Historique Chronique 27 octobre 2018 Deuxième tome de la trilogie des collabos consacrée à l'inspecteur Sadorski.J'ai profondément détesté ce livre, évidemment comment l'aimer ? Le lire fut une souffrance plus grande encore que le premier tome de la Trilogie « L'affaire Léon Sadorski ». Ne vous méprenez pas surtout, malgré l'effort que cette lecture a nécessité, je suis réellement reconnaissante à Romain Slocombe de l'avoir écrit, je suis totalement respectueuse et admirative du travail colossal de documentation, vérification puis mise en forme de cette histoire d'une certaine France, qu'on aimerait tant oublier, qui pourtant aujourd'hui se fait réentendre pour notre plus grande honte. Sacrément gonflé que de mettre au centre en personnage principal ce fameux inspecteur Sadorski, le anti héros par excellence, détestable, incompréhensible, sociopathe antisémite, anti bolcheviques, et francs maçons ; Inspiré de la vie et des actes réels de Louis Sadosky, inspecteur principal de la 3e section de la direction générale des Renseignements généraux et des jeux, qui dirigea le "Rayon juif" au sein de ce service. " Paris, 29 mai 1942 : une bombe explose devant le palais de justice, dans un café fréquenté par les Brigades spéciales, faisant deux morts et plusieurs blessés. Quelques jours plus tard, le cadavre d'une inconnue est découvert en banlieue. Crime passionnel ou politique ? Chargé d'enquêter sur ces deux affaires, l'inspecteur Sadorski voit ses projets de vacances contrariés- d'autant plus qu'il doit bientôt participer à la grande rafle du Vel d'Hiv, exigée par les nazis et confiée à la police française. Un destin tragique menace désormais sa jeune voisine julie Odwak, la lycéenne juive qu'il convoite en secret et dont il a fait interner la mère." Simenon est beaucoup évoqué dans ce livre, mais j'ai une autre référence à donner très éloignée, O combien, mais qui pourtant est justifiée : "Les douze enfants de Paris" de Tim Willock traitant également de la barbarie, de génocide et du massacre des innocents en la période monstrueuse de la Saint Barthélémy. Un héros terrifiant, véritable machine de guerre qui soudainement se laisse envahir par la fureur, et qui, pourtant, va trouver sa voie et une forme de rédemption dans le sauvetage d'enfants perdus dans la capitale. Texte magnifique que je n'ai jamais oublié et m'a fait tant cauchemarder. Idem pour ce thriller historique où, sans aller jusqu'à la rédemption, Sadorski est sacrément ébranlé dans ses convictions : ses crimes vont-ils lui valoir la damnation, en catholique presque superstitieux, il est en quête de pardon grâce à de misérables récitations d' Ave Maria ou de Pater ; il commence à trembler sur ses bases bien fragiles. Ses opinions infondées, son antisémitisme, son racisme sont autant de reflets de ses incohérences, de sa bêtise, de ses erreurs. Sa rencontre avec julie Odwak va profondément le troubler au delà des premières pensées salaces qu'elle lui inspire. Il va être touché, elle ne sera plus une sale youpine parmi d'autres, mais un être à part entière. D'ailleurs dans ce récit à l'analyse psychiatrique très fine et nuancée d'un monstre, ce sont les femmes qui provoquent chez l'inspecteur la stupeur, la sidération, les tremblements.... Le colosse a des failles : sa femme Yvette, Julie et sa mère, puis des prisonnières juives ou communistes vont l'obliger à se questionner. La scène où l'opération de la rafle à venir est décrite lors d'une réunion de préparation par les autorités françaises aux policiers et agents français est d'une rare violence de par l'incrédulité de ces hommes à devoir aussi arrêter des enfants. La scène dans le Vel d'Hiv insoutenable est embellie par la présence là encore d'une fillette, un ange qui prendra la main de Sadorski pour le mener vers des victimes à sauver. Tout commence avec une étoile jaune infamante.... Valérie Caffier, de la Librairie Le Divan à Paris XVe dit : « Un énorme pavé dans le bourbier de la collaboration, Romain Slocombe nous bouscule et réveille notre vigilance. » En effet, soyons attentifs et réactifs car en juillet dernier une librairie ouvrait ses portes presque face à l'entrée du jardin du Luxembourg côté Panthéon, à la très jolie vitrine, ou dès l'entrée une Jeanne d'Arc et les écrits antisémites ou fascistes vous attendent, qui au rez-de-chaussée, qui au premier, avec les vomissures de Céline et cie en stock. Quatrième de couverture Après le succès de L'Affaire Léon Sadorski, une nouvelle enquête du sinistre et fascinant inspecteur des Renseignements généraux. Paris, 29 mai 1942 : une bombe explose devant le Palais de Justice, dans un café fréquenté par les Brigades spéciales, faisant deux morts et plusieurs blessés. Quelques jours plus tard, le cadavre d'une inconnue est découvert en banlieue. Crime passionnel ou politique ? Chargé d'enquêter sur ces deux affaires, l'inspecteur Léon Sadorski voit ses projets de vacances contrariés ̶ d'autant plus qu'il doit bientôt participer à la grande rafle du Vél'd'Hiv, exigée par les nazis et confiée à la police française. Un destin tragique menace désormais sa jeune voisine Julie Odwak, la lycéenne juive qu'il convoite en secret et dont il a fait interner la mère. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • L'affaire Léon Sadorski

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'affaire Léon Sadorski Romain Slocombe Robert Laffont La Bête Noire 25 août 2016 391 pages Thriller Historique Chronique 5 octobre 2018 Premier tome de la trilogie des collabos consacrée à l'inspecteur SadorskiAvril 1942, le printemps est dans l'air parisien en cette belle journée ensoleillée. Les nazis occupent Paris, la France a perdu. L'inspecteur Léon Sadorski a pour mission à la 3ème section des Renseignements Généraux de traquer, arrêter, interroger les juifs avant de les expédier à Drancy. Les directives des SS sont précises et claires ; si en plus, il peut éliminer ces vermines tout en empochant quelques fois des pots-de-vin, alors la vie est belle. Egalement, il collabore à la chasse aux "terroristes" avec les Brigades Spéciales, quitte à alourdir et falsifier les charges retenues... Mais un beau matin, la Gestapo l'arrête et le transfère à Berlin pour une série d'interrogatoires ubuesques, violents. De quatorze jours son incarcération se prolongera jusqu'à cinq semaines. Il sera témoin de tortures, de carnages, de monstruosités, mais à part se victimiser lui-même, il est incapable de pitié pour ses codétenus ou de condamnation des actes nazis. Le but des allemands en le terrorisant est d'en faire leur agent et lui confier une mission "spéciale". Mais à son retour en France, quand une jeune femme est assassinée, une des deux soeurs Metzger déjà sous surveillance avant son départ, et que la police SS confisque l'enquête, Sadorski décide de les doubler. Il en fait une affaire personnelle... parallèlement il doit obéir à l'ordre des allemands de retrouver Thérèse Gerst, son ancienne maîtresse et potentielle agent double que la Gestapo accuse d'appartenir à la résistance antinazie. Cet anti-héros par excellence est un flic d'élite, bon français selon les critères de l'époque, servant, sans remettre en cause les ordres, son pays et son chef Pétain, le vainqueur de Verdun. Il faut se remettre dans le contexte de cette France encore très XIXème siècle, ultra catholique, antisémite oui, l'affaire Dreyfus n'est pas encore oubliée, ayant énormément souffert des crashs boursiers, déçue par l'échec du gouvernement Blum. Ce livre m'a remis en mémoire la remarquable série "Un village français" qui donnait une vision exacte de l'atmosphère et des comportements de chacun. Aux yeux de Sadorski et de ceux de nombreux citoyens, la France "agonisait , victime du triple cancer bolchévique, youtre (juif) et ploutocratique."Mais grâce à Pétain et en prenant exemple sur l'organisation au scalpel des vainqueurs SS, celle-ci peut être sauvée de la juiverie marxiste et des francs maçons ! Ainsi, lui et ses collègues, qui sont loin d'être en reste côté antisémitisme primaire et violence cruelle gratuite, oeuvrent à la guérison du pays avec ténacité sans douter de leur bon droit et de la légitimité de leurs actes. Pour lui ce travail est parfait, il l'aime, il traque, chasse les juifs, il a un vrai talent grâce à sa mémoire des visages et des dossiers. Il est doué, toute sa ténacité, son côté pitbull qui ne lâche rien, sont des qualités pour sa hiérarchie et à ses propres yeux. Il n'a pas à s'inquiéter, son avancement, sa retraite, sa petite vie de fonctionnaire sont assurés. De plus, il aime sa compagne Yvette qui partage son racisme et ses visions de petits français de l'époque, en plus d'être une partenaire de jeux sexuels idéale. Un travail remarquable de l'auteur quant à la documentation, la recherche et la rédaction d'un tel thriller de guerre, cette dernière ayant donné l'occasion idéale à des tueurs en série et des psychopathes d'agir en toute impunité. C'est le récit de la collaboration quotidienne de simples français, mais aussi des hommes de la 3ème section de la direction des Renseignements Généraux ; leur participation active au génocide est parfaitement expliquée et décrite. De plus, Romain Slocombe s'inspire ici de l'inspecteur principal adjoint Louis Sadosky qui dirigea le "rayon" juif au sein de cette section. La réalité est pire ici que tout ce que nous aurions pu imaginer. Qui aurions-nous été à cette époque ? Collabos et pétainistes de base ou résistants. Tous pensaient être patriotes ! Certaines scènes sont très pénibles, j'en ai été chamboulée jusqu'à des cauchemars... Donc avec des pincettes pour certains passages. Quatrième de couverture Le pire des salauds, le meilleur des enquêteurs. Avril 1942. Au sortir d'un hiver rigoureux, Paris prend des airs de fête malgré les tracas de l'Occupation. Pétainiste et antisémite, l'inspecteur Léon Sadorski est un flic modèle doublé d'un mari attentionné. Il fait très correctement son travail à la 3e section des Renseignements généraux, contrôle et arrête les Juifs pour les expédier à Drancy. De temps en temps, il lui arrive de donner un coup de main aux Brigades spéciales, d'intervenir contre les « terroristes ». Mais Sadorski est brusquement arrêté par la Gestapo et transféré à Berlin, où on le jette en prison. Le but des Allemands est d'en faire leur informateur au sein de la préfecture de police... De retour à Paris, il reçoit l'ordre de retrouver son ancienne maîtresse, Thérèse Gerst, mystérieuse agent double que la Gestapo soupçonne d'appartenir à un réseau antinazi. Après le succès de Monsieur le commandant, Romain Slocombe nous entraîne dans les abîmes de la collaboration et de la mauvaise conscience française. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

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