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Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

La Sorcière de Limbricht

Susan Smit

Charleston

11 janvier 2023

320 pages traduites par Marie Hooghe

Historique

Chronique

19 février 2023

« Ecrit à la manière d'un thriller, un hommage à une femme indomptable. » De Telegraaf


Extraits du Malleus Maleficarum (Marteau de sorcières) livre criminel des dominicains Heinrich Kramer et Jacob Sprenger rédigé en 1486 à la requête du pape Innocent VIII :« Si la malignité de la femme n'existait pas, argumentent les auteurs, le monde, même sans parler des sorcières, serait délivré d'innombrables dangers. » « Personne n'est plus nuisible pour la foi catholique qu'une sage-femme. » « Les femmes ont l'intelligence des enfants. » « La femme est trompeuse par nature. Elle est une ennemie secrète emplie de douces flatteries. » Et : « Une femme qui pense par elle-même a le mal à l'esprit. »


Je peux vous assurer que j'ai refermé ce livre majeur et édifiant dans un état de rage et de dégoût rarement égalé.« Le fameux Marteau des sorcières expliquait comment reconnaître une sorcière (à des tâches de naissance et autres marques du diable), comment la démasquer (par l'épreuve de l'eau et le test de l'aiguille), comment la faire avouer (par des techniques de torture) et comment la mettre à mort (en faisant partir son corps en flammes pour laver son âme). »


Les minutes du procès de Entgen Luijten en 1674, son assassinat avéré par l'autopsie, le vol de ses biens par le banc échevinal de Limbricht sont des faits. Les archives sont consultables. Un déchiffrage et une traduction du dossier du procès par l'historien J. J de Wit sont parus en 1903 dans la revue Publications de la société historique et archéologique dans le Limbourg. En 2015, également Margo Muijtjens a établi une transcription réactualisée pour les Archives des domaines à Sittard-Geleen.


En 2021, sous le titre original « De heks van Limbricht », Susan Smit offre une magistrale version romancée de l'histoire de Entgen Luijten, femme libre, indépendante, intelligente, voyant en la Nature la manifestation de Dieu, une résistante qui osa élever la voix contre le pouvoir abusif du châtelain, le Baron Van Breyll, héritière par sa grand-mère de la connaissance des simples, des plantes, des rythmes naturels.

Le fallacieux prétexte de la sorcellerie cache un procès politique et un féminicide de plus à porter à la charge de l'Eglise, du patriarcat, de la noblesse.Susan Smit décortique les mécanismes du complot patiemment, mettant nos nerfs à vif par un suspense insoutenable, par des descriptions nettes, précises, sans trash ni effets de manches des faits de barbarie monstrueux dont a été victime Entgen.


Ce n'est pas « une chasse aux sorcières » qui a perduré depuis la Renaissance mais bien un acharnement contre les femmes, de celles qui n'ont pas besoin des hommes pour mener leurs existences, ( les veuves, les célibataires, les béguines...), qui ne plient pas devant l'autorité religieuse ou masculine.


Entgen Luijten est l'exemple type de celle qui fait perdurer des croyances remontant au paganisme préchrétien ; elle est dangereuse, indomptable, elle n'a pas peur, elle refuse d'accepter des préceptes dégradants véhiculés par les religieux, par les hommes et souvent par des femmes elles-mêmes, persuadées de porter en elles le diable, certaines de devoir obtenir le pardon pour ce qu'elles sont, et s'infligeant et infligeant à leurs propres filles et descendantes un martyre aussi masochiste que criminel.

Mais Entgen reste droite face à l'infamie, elle est l'intransigeance féminine dans toute sa force et sa beauté.


Grâce à un récit qui va et vient entre le cachot où elle est enfermée sur simple dénonciation sans preuve de sorcellerie le 10 juillet 1674, et les souvenirs de sa vie entière et longue, l'autrice nous dévoile peu à peu la vérité, les tenants et les aboutissants de cet insupportable procès. J'en suis sortie rincée, profondément triste et endeuillée mais aussi pleine de gratitude envers Susan Smit car les noms des coupables sont aujourd'hui et pour l'éternité entachés par l'infamie et celui de Entgen Luijten passé à la postérité et réhabilité.


D'une beauté crépusculaire, ce roman l'est encore plus grâce à l'écriture singulière, puissante, vibrante, charnelle, engagée, bouleversante, de la romancière. Une somptueuse immersion en cette fin du XVIIe siècle néerlandais. Un hommage nécessaire à une de nos sœurs.

Quatrième de couverture

« Aujourd’hui, le 10 juillet 1674, par ordre du bailli et des échevins de Limbricht, vous êtes arrêtée pour suspicion de sorcellerie ou magie noire. »

Enfermée sans plus d’explications, Entgen Luijten ne peut compter que sur elle-même : elle n’a plus de famille et sait que personne ne se lamente sur son sort. Parce qu’elle préfère se rendre au bois qu’à l’église, parce qu’elle connaît le pouvoir des plantes qui soignent, parce qu’elle est un peu trop libre, elle a toujours fait jaser dans son village reculé de la campagne néerlandaise.

Dans l’attente de son procès, la voilà réduite à compter les jours dans l’étroit et glacial cachot du baron Van Breyll qui est prêt à tout pour obtenir des aveux spectaculaires. Mais malgré les fenêtres étriquées de sa cellule, Entgen se souvient des premières lueurs de l’aube qui embrasent l’horizon et de la lande qu’elle parcourait en compagnie des siens. Et si elle respecte la puissance de la nature, elle ne se soumettra pas à l’autorité du châtelain et compte bien faire entendre sa voix. Même si cela doit être la dernière fois.

Inspiré de faits réels, La Sorcière de Limbricht offre une fascinante réécriture féministe de la chasse aux sorcières, portée par une plume puissante et sensorielle.

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