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  • L'affaire de l'homme à l'escarpin

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'affaire de l'homme à l'escarpin Jean-Christophe Portes City Editions 2018 477 pages Polar Historique Reportage Autobiographie Chronique 18 août 2018 Deuxième enquête de Victor Dauterive dans la France révolutionnaire. Peut-être aurais-je dû attendre un peu avant de lire immédiatement la suite de « L'affaire des corps sans tête » ? Du coup j'ai été un peu moins entraînée dans cette histoire qui peu ou prou, que ce soit par sa construction ou le propos, ressemble beaucoup au précèdent tome. Bien entendu, c'est la suite du premier livre me direz-vous : les conséquences de l'énorme bourde de la fuite de la famille royale et son arrestation à Varennes sont traitées avec clarté, l'obligation évidemment de trouver le moyen de sauver le roi vis à vis de l'opinion publique, de la question de son inviolabilité, de son retour sur le trône, également de son cousin d'Orléans attendant peut-être de prendre sa place en tant que régent, etc ... sont au centre de l'intrigue. J'ai adoré la description de Paris de 1791, d'être ainsi télétransportée dans une réalité virtuelle tout à fait bien rendue. Un vrai plaisir pour tout parisien, une visite exaltante. Ce roman est aussi une très belle peinture de tout cet univers pré Terreur : Les salons tenus par des femmes, chacun avec sa particularité et ses sujets de discussion, ce petit monde de révolutionnaires, d'intellectuels, d'artistes, d'utopistes, de bourgeois, de militaires, d'hommes d'état, de mendiants se côtoyant, se frôlant, en accord ou en conflit, comme si on y était. On retrouve Victor Dauterive, notre héros, le 10 juillet 1791 et le suivons pendant 7 jours jusqu'au premier massacre de civils au champs de Mars, lors de la signature de la pétition pour la destitution du Roi par des centaines de parisiens. Concernant les libertés de l'auteur pour servir sa fiction, elles sont expliquées en fin d'ouvrage ; les distorsions de la vérité des évènements, du caractère ou de la vie d'un personnage célèbre, m'ont un peu gênée, je n'en suis pas forcément fan ; je sais que de grands noms de la plume comme Dumas ont pratiqué cette " méthode", mais je me demande s'ils ne serait pas possible tout de même, de respecter l'exactitude des faits historiques entièrement, sans ces aménagements, tout en écrivant un roman de fiction. Un exemple : Madame de Keralio est décrite comme un personnage parfaitement insupportable, antipathique, sans grande moralité, et comploteuse.... C'est un peu ennuyeux quand on sait quelle femme formidable, en avance sur son temps, elle était, dont l'engagement et les actions politiques pour la cause féminine ont encore un impact aujourd'hui, même si le commun des lecteurs ne le sait pas forcément. Idem pour Olympe de Gouges et sa relation à la Reine à qui elle dédie carrément sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, ce n'est pas une simple lettre comme dit dans le roman, ( je me permets de recopier la dédicace et d'ajouter en photo une partie des articles de ce document).Également je prend la liberté de signaler la biographie de Marie-Antoinette écrite par Antonia Fraser qui rétablit beaucoup de vérités sur cette femme, sur le rôle réel qu'elle a pu jouer dans les décisions prises, entre autres concernant la fuite désastreuse de Paris, et son impact essentiel, depuis jusqu'à aujourd'hui, sur l'art de vivre français, la musique, la culture de notre pays, dont nous nous vantons tant, tout en égratignant sa mémoire. Nous oublions vite.... Les quelques éléments évoqués quant à la Reine sont toujours négatifs ou mitigés dans ce livre par le biais des regards d'Olympe ou de La Fayette. C'est dommage ! Elle mérite mieux. Toujours est-il que ce roman policier historique et d'action doit rester aux yeux de tous un divertissement, où l'on sent que l'auteur s'amuse réellement tout en s'appuyant sur une bibliographie et une documentation solides. 1791 « Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne, dédiée à la Reine : Madame, Peu faite au langage que l'on tient aux rois, je n'emploierai point l'adulation des courtisans pour vous faire hommage de cette singulière production. Mon but, Madame, est de vous parler franchement ; je n'ai pas attendu, pour exprimer ainsi, l'époque de la liberté : je me suis montrée avec la même énergie dans un temps où l'aveuglement des despotes punissait une si noble audace.Lorsque tout l'Empire vous accusait et vous rendait responsable de ses calamités, moi seule, j'ai eu la force de prendre votre défense. Je n'ai jamais pu me persuader qu'une princesse, élevée au sein des grandeurs, eût tous les vices de la bassesse... Il n'appartient qu'à celle que le hasard a élevée à une place éminente, de donner du poids à l'essor des Droits de la Femme, et d'en accélérer les succès. Si vous étiez moins instruite, Madame, je pourrais craindre que vos intérêts particuliers ne l'emportassent sur ceux de votre sexe. Vous aimez la gloire : songez, Madame, que les plus grands crimes s'immortalisent comme les plus grandes vertus ; mais quelle différence de célébrité dans les fastes de l'histoire ! L'une est sans cesse prise pour exemple, et l'autre est éternellement l'exécration du genre humain. On ne vous fera jamais un crime de travailler à la restauration des mœurs, à donner à votre sexe toute la consistance dont il est susceptible. Cet ouvrage n'est pas le travail d'un jour, malheureusement pour le nouveau régime. Cette révolution ne s'opérera que quand toutes les femmes seront pénétrées de leur déplorable sort, et des droits qu'elles ont perdu dans la société. Soutenez, Madame, une si belle cause ; défendez ce sexe malheureux, et vous aurez bientôt pour vous une moitié du royaume, et le tiers au moins de l'autre. Voilà, Madame, voilà par quels exploits vous devez vous signaler et employer votre crédit. Croyez, Madame, notre vie est bien peu de chose, surtout pour une reine, quand cette vie n'est pas embellie par l'amour des peuples, et par les charmes éternels de la bienfaisance... Voilà, Madame, voilà quels sont mes principes. En vous parlant de ma patrie, je perds le but de cette dédicace. C'est ainsi que tout bon citoyen sacrifie sa gloire, ses intérêts, quand il n'a pour objet que ceux de son pays. Je suis avec le plus profond respect, Madame Votre très humble et très obéissante servante, De Gouges. » Quatrième de couverture Paris, 1791. Un jeune homme est découvert assassiné dans un quartier populaire. Il est nu, à l'exception d'une paire d'escarpins vernis et cela ressemble à un vol qui a mal tourné. Mais quand on apprend que le jeune homme fréquentait les milieux homosexuels et qu'il travaillait pour un journal politique, l'affaire prend une tout autre tournure. Le gendarme Victor Dauterive découvre que cet assassinat est lié aux intrigues se jouant au plus haut niveau du pouvoir. Depuis la fuite à Varennes, Louis XVI a été suspendu de ses fonctions et, dans l'ombre, le parti du duc d'Orléans fait tout pour s’emparer du pouvoir. Dans les bas-fonds de la capitale, entre aristocrates et révolutionnaires, Dauterive ne sait plus à qui se fier. La corruption, l'avidité et les trahisons sont monnaie courante et le danger est à chaque coin de rue. Surtout quand on s'approche un peu trop près de la vérité... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • L'affaire des corps sans tête

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'affaire des corps sans tête Jean-Christophe Portes City Editions 2017 409 pages Polar Historique Reportage Autobiographie Chronique 17 août 2017 Première enquête de Victor Dauterive dans la France révolutionnaire. Heureuse tout d'abord de découvrir cette série de polars historiques consacrée aux enquêtes de Victor Dauterive, dans la France révolutionnaire. Ayant beaucoup travaillé sur toute cette période pour écrire et mettre en scène un récital lyrique sur Marie-Antoinette, reine, femme, musicienne et mécène, je me suis évidemment penchée avec passion sur le personnage de Olympe de Gouges, figure emblématique de la cause féminine, qui d'ailleurs s'adressa à la Reine pour le financement d'une marche ou manifestation pour les Femmes, aide qu'elle obtint, et qui également lui rendit hommage dans l'introduction à sa célèbre Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. On sait comment toutes deux finirent... Les femmes sont les grandes oubliées de la Révolution.... Donc je fus intéressée par cette mise en espace de Olympe de Gouges, si attachante, en avance sur son siècle, courageuse et intelligente. Cette période charnière avant la grande bascule vers l'horreur complète, où l'idée de monarchie constitutionnelle est encore possible, pour le bien de tous, était parfaite pour servir de décor et d'écrin à ce thriller cape et d'épée. « Moins de deux ans après la prise de la Bastille, Louis XVI a accepté toutes les grandes réformes, en particulier l'abolition des privilèges. Ayant quitté Versailles, il vit désormais à Paris aux Tuileries, près de l'Assemblée nationale qui prépare la Constitution. La Révolution a triomphé !La Fayette, maître de la garde nationale, veille au calme : dans ces temps heureux, seuls quelques agitateurs s'inquiètent d'une possible contre-Révolution. » Notre héros donc est tout jeune, 19 ans, d'origine noble, il a tourné le dos à sa famille et à son père en particulier, éveillé aux nouvelles idées démocratiques et révolutionnaires. Lors d'une précédente affaire, ses dons pour élucider les meurtres les plus sauvages et sa bravoure ont été dévoilés à tous et en particulier à La Fayette qui le prend sous son aile. Grâce à cette protection toute paternelle, il devient sous-lieutenant de la Gendarmerie nationale, ex-maréchaussée, appelée ainsi depuis février 1791. L'histoire va se scinder dès le départ en deux : D'une part, La Fayette donne pour mission à Victor d'arrêter Marat l'agitateur pour ses écrits jugés dangereux. Celui-ci en appelle au meurtre des aristocrates et prédit l'hypothétique prochaine trahison du roi qui, dit-il, projetterait de s'enfuir. La colère et l'agitation risquent être favorisées par ce type de déclaration non fondée, il faut donc y mettre un terme. D'autre part, 3 corps décapités sont retrouvés dans la Seine, le gendarme Picot et les hommes de loi n'avancent guère, ne découvrent ni les identités des morts, ni le mobile de ces meurtres. On n'a que peu d'éléments, des noeuds faits avec une ficelle utilisée par les bouchers, et un exécuteur certainement gaucher. Les convictions révolutionnaires de ce pauvre Victor vont être mises à rude épreuve, son entrée malgré lui dans le monde de la politique et du pouvoir va lui ouvrir les yeux sur l'honnêteté de tous ces patriotes et serviteurs de l'état.Certains n'ont pas avalés l'abolition des privilèges, dans l'aristocratie et l'Eglise, et souhaitent revenir à l'Ancien Régime. Même la famille de Louis XVI fomente des complots pas tous en sa faveur d'ailleurs. On se verrait bien calife à la place du calife quitte à trahir le roi. Des comités secrets agissent à couvert... Tout n'est que mensonge, conspiration et traîtrise, tout n'est que manipulation de l'opinion publique.... L'épisode historique final si grotesque et affligeant raconté avec beaucoup de détails et de talent en parallèle d'une course- poursuite essoufflante des coupables par Victor, est un des meilleurs moments de ce roman. Fiction et Histoire mêlées donc pour notre plus grand plaisir.... Je continue avec « l'affaire de l'homme à l'escarpin »... Quatrième de couverture 1791. On découvre des cadavres dans la Seine, nus et la tête coupée. Malgré l’émoi que cela provoque, Victor Dauterive, jeune officier de la nouvelle Gendarmerie nationale n’a guère le temps de s'en préoccuper : Lafayette, son mentor, l’a chargé d’arrêter Marat, ce dangereux agitateur qui en appelle au meurtre des aristocrates. Une mission qui tourne vite au cauchemar pour l’enquêteur qui joue sa vie en posant trop de questions. Les vainqueurs de la Bastille sont-ils de vrais patriotes ou des activistes corrompus ? Existe-il vraiment un Comité secret aux Tuileries, dans l'ombre de la Cour ? Et n’y aurait-il pas un lien entre Marat et ces corps flottant dans la Seine ? Peu à peu, Victor Dauterive lève le voile sur un effrayant complot. Une conspiration qui pourrait changer le cours de la Révolution... Une enquête de Victor Dauterive dans la France révolutionnaire. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Christian Dior, un destin

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Christian Dior, un destin Marie-France Pochna Flammarion 13 octobre 2021 528 pages Biographie Chronique 12 octobre 2021 « Je serais bien ingrat, surtout bien inexact, si je n'inscrivais pas en capitales, le mot « hasard » au début de mon aventure. Celle-ci ayant été heureuse dans sa conclusion m'amène, par devoir de reconnaissance, à proclamer ma fidélité aux diseuses de « bonne aventure ». » Christian Dior dans « Christian Dior et moi », Bibliothèque Amiot Dumont, 1956, p. 7. J'ai corné les pages et souligné des passages de cette biographie, ce qui est un très bon signe quant au sérieux et à l'engagement de l'autrice à nous faire découvrir le grand homme dans son intimité, dans ce qu'il a de plus touchant ou de plus impressionnant ; la somme d'informations historiques et anecdotiques données sur Christian Dior et son entourage est impressionnante.Marie-France Pochna réussit à rassembler les différents éléments d'une vie incroyable, puis à les assembler sans que les coutures ne soient visibles jusqu'à nous offrir un texte où l'excellence est reine, celle de la pensée, du geste, de la réalisation. Nous sommes dans le domaine de l'artisanat d'art où oui, seule l'excellence est acceptable et non l'à peu près. Comme pour un défilé de Haute Couture, le choix des couleurs, des matières, de la ligne générale puis des détails, des mannequins, de l'histoire que l'on veut raconter, est primordial ; ainsi la construction de ce récit puis la recherche, (dans les registres de la maison Dior et autres établissements ou auprès de certains protagonistes proches du couturier), des documents, des faits, des témoignages et souvenirs, des clichés, sont une étape délicate, incontournable, ne souffrant nulle approximation. J'ai regretté que des photographies ne soient pas ajoutées en milieu d'ouvrage. Je les ai donc chercher sur internet, tout au long de ma lecture, afin de personnifier les nombreux intervenants de ce texte. J'ai retrouvé l'atmosphère particulière tantôt joyeuse, passionnée, effervescente, comique, tantôt délétère, explosive, tragique, d'une maison de Couture dans ce quartier particulier de Paris. Je fus styliste chez Ted Lapidus un peu plus haut dans la rue François 1er et passais matin et soir devant la célèbre maison et ses vitrines enchanteresses pour rejoindre l'arrêt du bus 42. Je baigne dans le monde de la couture, de la création, du travail manuel depuis toujours par ma mère. Les noms des créateurs d'avant la seconde guerre mondiale, pour lesquels ma grand-mère maternelle travaillait comme couturière en freelance, ont bercé mon enfance. Le portrait ici tracé de Christian Dior, enfant puis jeune homme jusqu'au succès soudain du New Look en 1947, nous fait découvrir un être pluridisciplinaire, surdoué, imaginatif, tendre, instinctif, très différent du reste de sa fratrie, attaché à l'excès à sa mère, cherchant son approbation en tout, se limitant de fait à cette seule femme avare de tendresse et de preuves d'amour, passant peut-être à côté d'un père qui aurait pu lui apporter un plus grand équilibre.Sa plus jeune sœur Catherine, qui mériterait à elle seule une biographie, est sa préférée et son seul lien le rattachant à cette famille Dior après la mort soudaine de leur mère. Ultra sensible, doué d'une prescience quant aux événements à venir, de constitution fragile, il attrape le mal du siècle, la tuberculose. Son monde est fait de fantaisie, d'amis artistes variés, il touche à tout, doué pour tout, musique, costumes de théâtres, il cherche sa voie et le grand Amour... mais la ruine de son père suite au Crash boursier américain l'oblige à vite trouver un travail de bureau, n'importe lequel. À lui la vie de bohème la nuit, l'hospitalité chez les uns et les autres, l'ennui le jour à un poste "normal" et mal payé. Il ne mange pas à sa faim mais sa richesse est ailleurs, dans ses relations avec les plus grands esprits de son temps. C'est une période de formation, de gestation.... Un des éléments fondamentaux, centraux de cette vie est l'amitié indéfectible et loyale des proches ; la solidarité et la générosité en découlent naturellement. Dior n'oubliera jamais cette aide multiple apportée aux moments les plus noirs de son existence, ne serait-ce que pour l'aider à se nourrir puis à financer sa cure afin de lutter contre la maladie. Et le miracle a lieu, il guérit, puis la guerre emporte tout sur son passage, projets artistiques et sa sœur, devenue résistante, arrêtée, torturée, envoyée en camps de concentration.... revenue brisée. Une âme forte ! Ce sont encore les amis et l'entourage, persuadés du talent créatif hors norme de Christian Dior qui sont à l'origine de l'immense succès, en février 1947, du défilé de Haute Couture présenté par Christian Dior, financé par Marcel Boussac. On a du mal à imaginer ce que fut cette incroyable réussite. Les planètes se sont alignées, c'était le bon moment, tout était parfait.... Dior écrit pour définir la maison de couture de ses rêves et sa stratégie : « Je n'y ferai que des modèles apparemment simples, mais d'une confection très élaborée. » « Les marchés étrangers, après la longue stagnation de la mode due à la guerre, réclament des modèles réellement nouveaux. Pour répondre à cette demande, il faut revenir à la tradition de grand luxe de la couture française. » « J'estime pour ma part que la justification de cette maison, c'est qu'elle devrait ressembler - en un monde où tout va vers la machine - davantage à un laboratoire qu'à une usine modèle. » Le New Look va déferler sur ce monde encore meurtri par la seconde guerre mondiale, léchant ses plaies à peine cicatrisées. Une société naît où les femmes ayant joué un rôle crucial lors du conflit, n'entendent pas retourner à l'invisibilité exigée par des règles mysogines et rétrogrades. Déjà ce mouvement contestataire féminin s'était affirmé après 1918. Il ne fait que se renforcer depuis la chute du nazisme. La forme en 8 de la silhouette imaginée par Dior n'est pas reçue avec enthousiasme par toutes les femmes d'autant plus aux USA. Cela n'empêche pas cependant, grâce au charme, à la gentillesse, à la discrétion étonnante de Christian Dior, anglophone, le raz de marée du New Look d'envahir aussi le marché américain. Autour de lui une équipe de choc, ses « fées » comme il les baptise : Mitzah Bricard la muse, Marguerite Carré la fée ouvrière, Raymonde Zehnacker la fée administrative. Membres de second cercle, les assistants : André Levasseur, Gaston Berthelot, Frédéric Castet, à ses côtés depuis la fondation de la maison, mais aussi Yves Saint Laurent arrivé en 1955, Jean-Louis Scherrer ... Une maison de couture c'est une petite ville dans la capitale, dont chaque rouage a son importance. Suzanne Luling, amie d'enfance de Christian Dior, directrice des salons et des ventes et grande animatrice des relations publiques de la Maison Dior reste inoubliable. Citons enfin les deux directeurs Jacques Chastel et Jacques Rouët, qui furent exemplaires d'autant plus qu'il fallait tout inventer, trouver des moyens de s'adapter aux marchés étrangers avec les licences, tout en protégeant la griffe et les créations de tout plagiat. Cette aventure très courte au demeurant jusqu'au décès prématuré du couturier en automne 1957 en Italie, est tout à fait extraordinaire et unique en ce qu'elle s'inscrit dans une mondialisation et une démocratisation de la Haute Couture en prêt à porter de luxe et en produits dérivés sous contrôle de la marque. Du jamais vu auparavant, et en cela Christian Dior et ses partenaires et collaborateurs ont su voir dans l'avenir, être toujours en avance sur la concurrence, créer les tendances artistiques et commerciales à grande échelle. Un empire naît alors qui, même après la mort du couturier, perdurera grâce à l'abnégation et l'intelligence de certains de ses amis tel Jacques Rouët. Une maison comme Dior, ce n'est pas seulement les ateliers de création, de couture, les salons de présentation des modèles, c'est également une direction, une administration, qui répondent aux mêmes exigences d'excellence que le reste des services... une hiérarchie stricte régit cette petite armée au service du beau, de l'exceptionnel, de la défense du savoir faire et de l'artisanat français et parisien. Aucun faux pas n'est envisageable, les sommes investies sont colossales, le nombre de salariés phénoménal en France et dans le monde. Nul n'a le droit à l'erreur. L'autrice s'inscrit dans cette logique en nous offrant ce très bel ouvrage, passionnant, touchant, foisonnant, très bien construit et organisé jusque dans ses tables et notes finales. A garder précieusement dans sa bibliothèque comme livre de référence. Je souligne la beauté de la présentation avec en bandeau, la photo de Christian Dior, en noir et blanc sur papier glacé. Quatrième de couverture Né sous une bonne étoile au temps de la Belle Époque, Christian Dior eut une enfance choyée. Durant son adolescence, électrisé par le Paris des Années folles, inventif et accueillant toutes les avant-gardes, il mena la vie de bohême en compagnie d’un groupe de génies en herbe qui aiguisaient leurs talents sous l’œil de leurs glorieux aînés, Jean Cocteau et Max Jacob. Puis survint la crise mondiale de 1929 et la fortune familiale des Dior, établie depuis plusieurs générations, fut emportée irrémédiablement. Des années rudes, marquées par la faim, les privations et la maladie, attendaient Christian Dior. Ses amis, restés indéfectibles dans leur soutien, l’aidèrent à se frayer un chemin dans le milieu de la couture, jusqu’au moment où la Seconde Guerre mondiale vint anéantir les espoirs de tous. En 1947 enfin, la chance se déclara de façon spectaculaire. Son New Look fut un souffle de vie dans une époque qui s’enlisait dans la dureté de l’après-guerre. Dior ressuscita un art de vivre auquel nul n’osait plus croire, et son génie fut d’apporter la réponse tant attendue à une société meurtrie dans son besoin vital de bonheur et d’émerveillement. Christian Dior se révéla un bâtisseur d’empire, un conquérant capable de bouleverser les rapports de force entre la puissante industrie de la mode américaine et Paris, qui sortait exsangue de la guerre. Il fut un couturier prodigieux, convaincu que la tradition de goût et d’élégance propre à la France mérite qu’on s’y adonne avec passion. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • L'invisible

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'invisible Robert Pobi Sonatine 10 mai 2012 432 pages traduites par Fabrice Pointeau Thriller Chronique 9 avril 2017 Thriller virtuose, vertigineux, premier roman impressionnant de maîtrise de Robert Pobi , L'invisible. Machiavélique et addictif ! Mountauk, ville de bord de mer en Nouvelle Angleterre, jake Coal y revient après 30 ans d'éloignement ou plutôt de fuite, car son père le célèbre peintre Jacob Coleridge est hospitalisé après s'être défénestré et brûlé les mains dans une crise de démence. Toute relation est morte entre le fils et ce père depuis l'assassinat de la mère de Jack, Mia, voilà des années.Il n'est pas remis psychologiquement de ce retour sur les lieux de son enfance, qu'on l'appelle déjà sur une scène de crime monstrueuse comme profiler indépendant du FBI, où une mère et son fils sont retrouvés morts écorchés. Pour Jack qui a promis à Kay sa femme et à son fils Jeremy qu'il démissionnait, c'est l'affaire de trop. Après sa fuite, il a connu les feux de l'enfer, ceux de la drogue, de l'alcool, sur son corps des passages de la Divine comédie sont tatoués des chevilles au cou, il porte le mal sur lui, et en lui des flashs le mettant en transe lui permettent de comprendre les tueurs, pour les arrêter définitivement.Il s'est reconstruit grâce à Kay violoncelliste et leur fils, il ne tend qu'à aller vers la lumière.Mais les cieux s'obscurcissent, un ouragan terrible approche, les morts s'amoncellent, et il perd pied. Son coeur, malgré un pacemaker, fait des ratés, il a de plus en plus d'absences.Ce livre cinématographique nous oblige à dépasser les apparences et à suivre Jack dans des zones de terreurs, de noirceurs, à l'image des mystérieuses 5000 toiles noires laissées par son père, un message qu'il doit décrypter. Il va être soutenu et aidé dans cette quête d'un tueur hors norme, l'écorcheur, par le Shérif Hauser et son oncle Franck, jumeau de son père. C'est un incontournable du genre à lire le coeur bien accroché et en pleine lumière si possible. Quatrième de couverture Montauk, Nouvelle-Angleterre. Jack Cole revient pour la première fois depuis près de trente ans dans la maison où il a grandi. Son père, Jacob Coleridge, un peintre reconnu et célébré dans tout le pays à l'égal de Jackson Pollock, y vit reclus depuis des années, souffrant de la maladie d'Alzheimer. Son état a récemment empiré et une crise de démence l'a conduit à l'hôpital. Si ses jours ne sont pas en danger, ses moments de lucidité sont rares. Jack, qui a le corps entièrement tatoué d'un chant de L'Enfer de Dante, souvenir d'une jeunesse perturbée, est lui aussi un artiste en son genre. Travaillant en indépendant pour le FBI, il possède un don unique pour lire les scènes de crime et entrer dans l'esprit des psychopathes. Alors qu'un terrible ouragan s'approche des côtes, Dan Hauser, le shérif de la ville, profite de la présence de Jack pour lui demander de l'aider à résoudre un double assassinat, celui d'une femme et d'un enfant dont on ignore les identités. Devant la méthode employée par le tueur, Jack ne peut s'empêcher de faire le lien avec un autre crime, jamais résolu, le meurtre de sa mère lorsqu'il avait 12 ans. Alors que le village est bientôt coupé du monde par la tempête, les meurtres se succèdent et Jack est bientôt convaincu que son père connaît l'identité de l'assassin. La clé réside-t-elle dans les 5 000 mystérieux tableaux qu'il a peints inlassablement ces dernières années et qui semblent constituer une sorte d'étrange puzzle ? C'est dans l'esprit de son père que Jack va cette fois devoir entrer, comme il entre d'habitude dans celui des criminels, pour trouver une vérité complètement inattendue. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • La faute

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La faute Alessandro Piperno Liana Levi 12 janvier 2023 461 pages traduites par Fanchita Gonzalez-Batlle Historique Chronique 15 avril 2023 « Là où l'on juge il n'y a pas de justice. » Leon Tolstoï Phrase qui concerne autant le narrateur, que son père ou nous-mêmes.Un écrivain revient sur sa jeunesse et le drame qui l'a définitivement brisé. Mais quel est-il ? La conception qu'il en a est-elle juste ? Ne se fourvoie-t-il pas en tournant le dos à son passé pendant près de trois ans après cette nuit fatidique, jusqu'à changer de nom et de mode de vie ? Roman sensible, vif, acéré, crève-cœur et sans complaisance ; ajoutez-y un soupçon de suspense concernant le mystère entourant la catastrophe familiale, et ainsi accentuez la tension de la narration de ce presque polar.Des images de toute beauté comme l'arrivée par deux fois sur une plage magique en des circonstances différentes : deux moments fondamentaux dans l'existence de cet homme. Tout le livre tourne autour du père, de son absence, de l'imposture, du déni et finalement de la rédemption et du pardon. Mais avant d'arriver à cette dernière étape libératrice le chemin sera long et initiatique pour ce garçon qui ne sait plus qui il est et endosse une identité et une posture qui ne lui appartiennent pas. Il faut dire que ses parents, en lui taisant ses origines et l'histoire familiale tant du côté paternel que maternel, sapent dès le départ les fondations qui lui permettraient de se construire. Or, un jour tout bascule et l'adolescent découvre qu'il n'est pas qui il croit être. Moment savoureux pour le lecteur, sidérant et déstabilisant pour ce jeune homme. Forcément les conséquences de cette mise en lumière de toute une partie de la vérité seront terribles. Remarquablement rédigé et traduit, ce roman touchant et dramatique nous concerne tous à divers niveaux. L'ironie et l'humour sont présents, ultime élégance allégeant la tristesse, la culpabilité et le regret.À lire évidemment... Quatrième de couverture Un imposteur. Voilà ce qu'est devenu, à son corps défendant, le narrateur de ce roman. Oubliés le père fantasque, tendre et dépensier, la mère austère et impénétrable. Fini le couple parental dysfonctionnel, les disputes, les fins de mois difficiles, les vacances annulées. A présent c'est dans un milieu totalement différent qu'il évolue, sous une autre identité et sous la houlette du providentiel oncle Gianni, ténor du barreau, qui aimerait bien que son protégé tire une croix sur son passé et épouse complètement son mode de vie flamboyant. Et pourtant, toujours, souvenirs et fantômes du passé ressurgissent, tourmentant sa conscience, titillant son sentiment de culpabilité, l'incitant à reparcourir les étapes d'un itinéraire qui a fait de lui ce qu'il est... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Un jour j’irai à Sagres

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Un jour j’irai à Sagres Nélida Piñon Editions des Femmes Antoinette Fouque 26 mai 2022 480 pages traduites par Didier Voïta et Jane Lessa Historique Chronique 1 juin 2022 Bien que ce récit se situe au XIXe siècle et que cela soit reprécisé plusieurs fois, j'ai la sensation d'avoir lu un texte du XVe siècle avec cependant une évocation du grand séisme de Lisbonne en date du 1er novembre 1775 resté dans toutes les mémoires.Surtout dans celle de notre héros qui, lui aussi, a subi un tremblement de tout son être dans son enfance et ne s'en est jamais remis. Petit-fils de paysan, bâtard d'une prostituée qui le laisse dès après sa naissance à son grand-père, élevé avec tendresse et rigueur par celui-ci et éduqué, par chance, par un précepteur ami de l'aïeul au nom Ô combien évocateur de Vasco de Gama, (l'immense navigateur lui-même affilié au grand poète Luís de Camões marquant ces pages de sa présence tutélaire), il était prévisible que le petit garçon devenu jeune homme se réfugierait dans l'histoire de l'Infant Henrique le navigateur... Partir de son village nordique pour rejoindre Sagres, port de tous les possibles, de tous les voyages, de l'oubli de soi devient son obsession... « J'irai à Sagres » devient leitmotiv... Il y a beaucoup de Don Quichotte poursuivant ses fantasmes et son impossible amour dans ce personnage de Mateus, sans Sancho Panza juste un chien baptisé évidemment Infant. Mateus court après lui-même, cherche à se libérer du poids de son enfance : il veut effacer une tâche que lui seul voit, il se focalise dessus, il se dévalorise en permanence quant à sa virilité et les désirs naturels qui en découlent, il se juge coupable dont ne sait quoi, et partout où il va, de la province du Minho en passant par Lisbonne pour enfin atteindre la fantasmée Sagres, par delà les mers même, il ne trouve jamais grâce à ses propres yeux. L'affection ou l'amour qu'on lui porte, il ne les voit pas se concentrant sur ce qu'il ne peut atteindre... Ce texte est un voyage autant géographique qu'intérieur, nous plongeant dans les circonvolutions complexes de la pensée de Mateus qui cherche à toucher à une certaine vérité, à s'accomplir en s'inspirant de ses héros dont les actes et les œuvres ont fait la gloire et la fortune du Portugal. Pourra-t-il enfin trouver la paix ? Pourra-t-il comprendre qu'il n'est coupable de rien ? Réussira-t-il à accepter la tendresse que les autres veulent lui témoigner ? Pourra-t-il vivre sa vie et non plus la rêver ? Ne plus s'excuser d'être qui il est ? Texte déchirant d'une quête sans fin... Quatrième de couverture A la fois roman d’action et roman d’un flux de conscience, ce récit, de forme autobiographique, est un voyage dans un Portugal de la deuxième moitié du XIXe siècle. Le narrateur, Mateus, y retrace son existence marquée par un traumatisme affectif initial. Une action structurée autour de trois lieux : Le village pauvre de la province du Minho, à l’extrême nord du pays où il a passé son enfance auprès de son grand-père. Lisbonne où il se confronte aux modes de vie de la grande ville. Sagres, dans l’Algarve, destination mythique qui hante ses rêves depuis l’enfance, cité située entre l’Afrique et l’Europe, à l’extrême pointe du Portugal et du continent européen, choisie par l’Infant Henrique (Henri le Navigateur) pour y fonder une école navale et en faire la base de départ des expéditions qui permettront la constitution de l’empire mondial portugais. « Tout triste rebelle que je suis, j’attribue des formes informes aux miettes de pain éparpillées sur la table. Alors que j’apprécie les produits de la terre, il n’y en a pas beaucoup chez moi, je me nourris pour ainsi dire de petites bricoles. Pourtant sans eux, je ne serais pas ici, sur cette colline de Lisbonne, une des sept existantes, que je parcours en m’appuyant aux murs pour ne pas tomber. Après avoir quitté les terres de mon grand-père et m’être établi à Lisbonne, à Sagres, et puis dans le monde, c’est ici que je suis revenu. Qui suis-je sans les ruines des villes humaines et sans les bribes de mon existence ? Qui suis-je sans ces histoires, mes décombres ? Je vis avec une parcimonieuse économie. Les pièces de monnaie que j’ai dans la poche nourrissent à peine mes rêves. Les restes d’un travail presque esclave, des voyages où jadis nous autres Portugais nous étions passés maîtres. » N.P. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Une chance minuscule

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Une chance minuscule Claudia Piñeiro Actes Sud 2017 263 pages Roman Chronique 26 octobre 2017 Entre Boston, Buenos Aires très peu de temps, et Temperey aussi en Argentine. Le point de vue des éditeurs en quatrième de couverture en dit trop et surtout inverse la chronologie des évènements ce qui est dommageable pour ce très beau livre d'amours, sensible, délicat, simple, débutant comme un thriller. Qu'a-t-il pu arriver sur ce passage à niveau ? Une barrière qui ne se lève pas, une femme au volant et deux enfants à l'arrière de la voiture ? On n'ose pas l'imaginer et ce mystère revient en leitmotiv pendant un bon moment ; puis nous savons, et c'est pire.... Mary Lohan, veuve depuis peu d'un homme formidable et aimant Robert, entreprend le voyage de Boston à Buenos Aires. La cinquantaine, rousse aux yeux bruns, elle vient officiellement évaluer le collège de Saint-Peter à Temperley afin de lui donner l'agrément de qualité du Garlic Institute présidé jusque là par Robert.En réalité, Mary répond ainsi au dernier souhait de son époux de renouer avec son passé, de panser des plaies toujours à vif 20 ans après. Là commence l'histoire de Marile Lauria née Pujol (navrée mon clavier est français et il manque donc les accents). Un roman élégant, touchant, bouleversant sur l'amour d'une mère, d'un enfant, d'un mari, sur la culpabilité portée comme une croix, sur la fuite, sur l'oubli de soi, sur la gentillesse et tous les petits et minuscules cadeaux ou chances que nous offrent les gens ou le destin.Une fraction de seconde, toute la vie vole en éclats. Livre sur le pardon des autres et à soi-même, sur la rédemption, sur le regard que l'on porte faussement sur des événements, sur l'auto flagellation, sur la libération. Beau tout simplement ! Quatrième de couverture Mary Lohan, qui vit à Boston, est dépêchée en Argentine pour évaluer un collège souhaitant intégrer la prestigieuse institution pour laquelle elle travaille. Le problème est qu'elle a fui ce pays vingt ans plus tôt sous le nom de Marilé Lauría. Au bout du voyage : un homme qu'elle tremble à l'idée de rencontrer et le souvenir d'une faute jugée impardonnable. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • L'arménien, Nuits nantaises 80’s

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'arménien, Nuits nantaises 80’s Carl Pineau Lajouanie 17 juin 2019 330 pages Polar Chronique 20 mai 2020 Pour tous les nantais, ce polar ne pourra que vous plaire car votre ville est mise à l'honneur dans ce premier opus de la série concoctée par Carl Pineau, l'enfant du pays.Cet épisode ressuscite pour nous ces années 1980 : la bande son est choisie avec soin, les décors sont recréés sous nos yeux pour nous replonger dans notre passé commun. J'ai pensé au début que c'était un policier classique, roman de gare pur jus, le ton en était très masculin voire bourré de testostérone, me demandant un peu ce que je faisais là. Dialogues relevés façon argot, personnages stéréotypés, trafics de drogues, alcools, boîtes de nuit et petites pépés, ambiance borderline version queutard. Et puis... la suite m'a détrompée, heureusement ! Les évènements tragiques ayant mené au meurtre de Luc Kazian, sont racontés effectivement par son pote Bertrand, coiffeur, obsédé sexuel et truand à ses heures, d'où l'ambiance "virile", mais aussi par la psychothérapeute du jeune homme, Françoise, femme d'une cinquantaine d'années, qui se révèle de plus en plus intrigante. D'ailleurs tout est complexe et étrange dans ce récit, on nage dans un brouillard, en camaïeu de gris, personne n'est ce qu'il semble être. On ne sait pas si cette mort violente est dûe aux origines arméniennes de Luc ou si elle résulte d'un règlement de compte entre mafieux nantais. Quelque chose nous échappe. Alors nous tournons vite les pages, basculant de plus en plus vite entre avant et après le meurtre. Ajoutons un dernier personnage, le flic Greg Brandt, paumé, alcoolique, séduisant, tournant autour de la psy, moitié par flair d'enquêteur, moitié par attirance physique.Une histoire qui paraît simple au départ et qui peu à peu, au gré de la découverte de la personnalité réelle de Luc, nous emporte dans un récit original, étonnant, émouvant. Du coup, envie de lire la suite évidemment...et peut-être de retourner à Nantes, ville où je rendais visite à mes grands parents paternels.L'ambiance 80's nous offre un moment de douce nostalgie. À continuer... Quatrième de couverture Nantes, 22 décembre 1989. Le cadavre de Luc Kazian, dit l’Arménien, est retrouvé à demi calciné. Qui a commis cet assassinat ? Et qui était vraiment l’Arménien ? Un trafiquant de cocaïne, comme le pense l’inspecteur Brandt, un pote parfait pour écumer les bars et draguer les filles, comme le voit Bertrand son premier et peut-être unique ami, ou bien encore un orphelin perturbé, comme le décrit la psychiatre qui le suivait depuis 20 ans ? L’Arménien est le premier opus de la trilogie Nuits nantaises. Dans les deux épisodes suivants, Le Sicilien, paru en juin 2019, etLeNantais,àparaîtreen2020,l’auteurnousbaladedanslesannées90puisdanslesannées2000.Carl Pineauréveille avec brio l’esprit et l’ambiance de ces trois si curieuses décennies. La nostalgie est toujours ce qu’elle était, et tant mieux ! Le Sicilien est le deuxième opus des Nuits nantaises, trilogie constituée d’intrigues policières, indépendantes les unes des autres, racontant les décennies 80, 90 et 2000. On y retrouve un personnage récurrent, Greg Brandt, un policier sacrément attachant. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Les pianos de la victoire

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les pianos de la victoire Martine Pilate De Borée 19 août 2021 315 pages Historique Chronique 18 août 2021 7ème roman de cette auteure édité chez de Borée, très réussi, car il nous fait découvrir des faits et des réalités sur le racisme et la ségrégation, alors même qu'on pensait tout savoir sur ce sujet à maintes fois pris comme thème central. Et en cette période très particulière que nous traversons où, toute proportion gardée évidemment et pour d'autres raisons, la discrimination d'une partie des Français est appliquée depuis à peu près un mois, ce récit résonne particulièrement tantôt comme un gospel, tantôt comme un blues, un jazz fiévreux, un scat emporté et tonitruant, une balade, une chanson d'amour, une berceuse, un requiem. Le fait même du métissage de Lucile du Plaissant, alliant en elle le meilleur de son père planteur blanc de Napoleonville et de sa mère noire, fille d'esclaves, permet encore mieux de toucher du doigt la réalité des deux mondes. La famille déménage à ses quatre ans pour le quartier bourgeois de Marigny à la Nouvelle Orléans y ouvrant un restaurant cabaret, le Spotted Cat ou chat tigré. Enfance rêvée pour elle et son frère Antoine, au cœur même de la musique. Alors qu'elle se tourne vers le chant dotée d'une voix puissante et chaude lui apportant des premiers succès, son frère clarinettiste engagé dans l'orchestre militaire sous la direction de James Reese Europe débarque bientôt à Brest avec les troupes américaines en 1917. Il fait ainsi partie de ces GI qui feront découvrir le jazz aux Français. Pour le jeune Américain ayant souffert des lois ségrégationistes de son pays natal, être soudain plongé dans une société où sa couleur de peau n'est en rien un frein à son envie de vivre, d'avoir des projets, de jouir de sa liberté complète, est une révolution, une mise en perspective de son acceptation obligée d'un racisme et d'un régime étatique inacceptables. Cette liberté d'abord inconcevable devient vite fondamentale pour lui.Puisque depuis l'abolition de l'esclavage en Louisiane datant de 1865 rien n'a changé dans les faits à l'enfer enduré par les noirs et les métisses, il ne peut envisager un retour aux USA d'autant plus qu'il trouve l'amour auprès de sa nouvelle épouse en Bretagne. Pour Lucile, comprenant parfaitement les raisons de son frère, elle tente tout de même de faire carrière chez elle, et bien que les rencontres artistiques avec les grands noms du jazz soient enthousiasmantes, les projets de collaboration magnifiques, il n'en reste pas moins que sa goutte de sang noir est une gêne et lui vaut des scènes de brimades et d'injustices au quotidien même de la part des clubs où elle reçoit pourtant les ovations d'un public conquis, mais où sitôt sortie de scène, elle redevient une américaine de seconde zone en danger permanent. Est-ce ce qu'elle souhaite pour son fils Louis ? Non, donc départ pour la France ou déjà Joséphine Baker est une star, où le Jazz est à la mode.... Sa beauté, sa voix, son caractère lui permeteffectivementdefairesontroudanslemilieu....Maisl'amourdanstoutcela?Carsisacouleurdepeaunela freine plus, son statut de femme dans cette société patriarcale et mysogine, surtout dans le microcosme de la nuit et du spectacle, la relègue à nouveau dans l'ombre des hommes. Il faut qu'elle puisse trouver sa place mais sur quel continent ? Au côté d'un compagnon blanc, symbole illusoire pour elle de sécurité, ou d'un noir ? Elle est perdue, son fils ressent fortement toutes les interrogations de sa mère qui deviendront en partie les siennes. À la mort de son père, Philippe du Plaissant, la voici de retour en Louisiane... Pour Louis c'est la découverte de ses origines et aussi de la ségrégation. Une chappe de plomb s'abat sur l'enfant en même temps que le bonheur de découvrir toute une famille. Le décès de l'ancien planteur marié à une noire provoque un tsunami sur le plan judiciaire.... Lucile prend alors enfin connaissance de la vérité quant au passé de ses parents... Peut-être une occasion de savoir d'où elle vient pour savoir qui elle est. Pour son fils, pianiste puis clarinettiste comme son oncle, parti sous les drapeaux alors qu'il se destinait à des études de médecines aux USA, direction les côtes normandes où l'attend un fameux piano vert olive destiné à égayer les soldats..... Nous y voilà donc , les pianos de la victoire sont tous ceux ayant accompagné Lucile lors de ces concerts la portant vers une liberté rêvée, mais aussi pour Louis, ce compagnon de guerre inestimable, cet instrument en couverture de ce livre. La musique consolante, lumineuse, fondatrice de nos personnalités grâce à l'exaltation et l'émotion qu'elle crée en chacun de nous est au centre de ce roman historique touchant et profond. De fort belles heures de lecture vous attendent ! Je vous envie.... Quatrième de couverture Lucile est une jeune métisse qui rêve de devenir chanteuse de Blues. Influencée par ceux qui allaient devenir les maîtres du jazz : Betty Smith, Bechet, Armstrong... et soutenue par les siens, elle se lance avec un certain succès dans cette carrière qui la conduira jusqu'à Pigalle où le jazz explose. De retour à La Nouvelle-Orléans, Lucile reprend l'affaire familiale tandis que son fils Louis découvre le racisme. Étudiant en médecine et musicien, il est incorporé dans le seul bataillon noir non armé, chargé d'assurer la distraction des troupes grâce aux pianos de la victoire. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Un développement très personnel

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Un développement très personnel Sabrina Philippe Flammarion 4 mars 2020 288 pages Feelgood Chronique 4 mars 2020 Avant-propos : « De tout temps, l'Homme a cherché à soulager ses souffrances intérieures, ses errances, en mettant en place des rituels, en s'en remettant à un pouvoir extérieur dont il espérait les bienfaits.De tout temps, il a cherché à vaincre ses peurs d'une façon magique.Magie d'une danse, d'une transe, d'une incantation dans les sociétés primitives, magie des dieux ou d'un Dieu unique dans les religions, magie d'une recette de développement personnel ou spirituel à notre époque... « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri... », écrit Saint Matthieu dans son Évangile.Une parole et nous serions guéri ? Ce serait fantastique, n'est-ce pas ?Alors, comme des enfants, nous cherchons tous cette parole, prenant la phrase au pied de la lettre. Certains croient même l'avoir trouvée... Et puisque les "paroles" sont différentes, les guerres de clochers font rage, d'autant que, de nos jours, le mieux-être prend la forme d'une véritable industrie.Cette "parole", en réalité, se trouve à l'intérieur de vous. Personne ne peut vous la donner si ce n'est vous-même. C'est le propos de la Bible, des Évangiles, du Coran, du Zohar, c'est le secret de tous les textes sacrés existant depuis la nuit des temps... J'espère que ce livre éclairera votre chemin personnel vers cette parole. Une route certes bien moins magique extérieurement que nous ne l'espérons, mais bien plus merveilleuse intérieurement que nous ne pouvons l'imaginer. Voici venu le temps de toutes les vérités. » Sabrina Philippe vous offre une grande respiration au bord de l'océan afin de vous nettoyer de toute la saleté de cette époque si anxiogène et déstabilisante, et vous donner ainsi un second souffle par la découverte d'un livre destiné à faire renaître la lumière dans votre vie. Changer les paramètres d'une existence n'est pas chose aisée surtout lorsque celle-ci se déroule à toute vitesse sans aucun réel moment de recul sur soi, de mise sur pause.... Un roman écrit comme un livre feel good, caustique, drôle, cruel et tendre, qui sous la légèreté apparente aborde mine de rien des fondamentaux de notre époque mais pas seulement. Nous traversons actuellement une remise en question cruciale, incontournable de nos modes de vie, de penser, de consommer, de nous situer au sein de la société, de l'humanité. Nous sommes dans l'oeil du cyclone, rien ne va plus, les changements irréversibles du monde occidental nous forcent à nous recentrer sur l'essentiel, à trouver d'autres points d'amarrage. Le navire est dans la tempête, à nous de mettre le bon cap, de devenir des capitaines au long cours usant de tous les moyens mis à leur disposition par tous les marins les ayant précédés. La vérité est en nous, comme elle était dans tous les textes sacrés ou philosophiques depuis que l'humanité existe. Une vérité unique et personnelle nous permettant, non de nous replier sur notre nombril, mais au contraire de vivre avec les autres, de construire ensemble. Ne plus se perde dans un matérialisme et un consumérisme débilitants pour retrouver le bon chemin. Notre monde comme un adolescent capricieux doit enfin réussir le rite de passage vers l'âge adulte. C'est le cas de Sophia, pseudo-gourou du bien être, à la tête avec son mari, d'une entreprise lucrative bâtie sur une méthode infaillible « Ce que l'Univers veut pour vous ». Vaste programme mixant joyeusement des principes philosophico-religieux qui n'ont rien de révolutionnaires mais présentés dans un nouveau packaging. Tout roule parfaitement, la vie de Sophia est dorée, à cent à l'heure, axée sur l'efficacité et.... le bien être des autres ? Me direz-vous ! ... Pas tout à fait, plutôt celui de son porte- monnaie.... Et puis voilà, évidemment à force de plumer les autres, de les tromper, forcément cela se retourne contre elle. Des hautes sphères où elle pense planer, la donzelle va chuter lourdement, inévitablement, pour notre plus grand plaisir sadique... La donneuse de leçon va être prise à son propre jeu soudainement, violemment.... Mais des abîmes où elle est jetée, des voix, des aboiements, oui, oui, vont lui parvenir afin de l'aider à remonter vers la lumière, vers elle-même finalement.... Chaque chapitre commence par un verset des Evangiles, le premier étant « Ôtez cela d'ici ! C'est la maison de mon Père. N'en faites pas une maison de commerce. » Jean, 2, 16. Le ton est donné, à bon entendeur.... Quatrième de couverture « Voilà, c'était arrivé ainsi. Un livre, avec un angle un peu novateur pour l'époque : "Ce que l'Univers veut pour vous", quelques recettes spirituelles à l'américaine, un peu de philosophie et de psychologie positive, et, surtout, une auteure qui l'incarnait si bien. » Ex-journaliste devenue coach en développement personnel, Sophia connaît un succès retentissant avec sa méthode « Ce que l'Univers veut pour vous ». Mais ce que l'Univers veut pour elle....elle va le découvrir suite à un effondrement brutal qui la confronte à sa réalité comme à son enseignement et sera le premier pas vers une renaissance, un retour à l'essentiel, la rencontre d'elle-même. Résolument positif et lumineux, ce livre délivre un message profond, nourri et enthousiaste sur la vie. « Voici le temps de toutes les vérités. » Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Les Jours brûlants

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les Jours brûlants Laurence Peyrin Calmann-Lévy 27 mai 2020 324 pages Historique Chronique 18 janvier 2021 Histoire d'une mise en abîme soudaine, imprévisible. Une femme se fait agressée, elle si protégée, à la vie apparemment si parfaite, ne réussit pas à dépasser l'incident. Elle chute, ne peut plus donner le change ni socialement, ni dans sa vie privée. Un écueil qui lui fait perdre son équilibre psychologique : elle bascule, tente par tous les moyens de garder le contrôle jusqu'à la rupture. Un mot malheureux d'un époux inquiet, une erreur d'interprétation à travers le prisme de sa dépression et la voilà partie. Envolée ! L'épouse, la mère, l'amie idéales disparaissent comme des milliers de personnes tous les jours dans le monde. Nous la suivons tout au long des différentes étapes de sa cavale.... Jusqu'où ira-t-elle ? Y aura-t-il une limite à sa prise de risque ? Un scénario étonnant, une analyse psychologique très fine de cette femme que rien ne désigne comme fragile, une belle galerie de personnages tout en clair obscur ménageant des moments graves mais aussi plein d'humour.Enfin Joanne traversera le miroir des apparences ... Cependant pourra-t-elle en revenir ? Un roman très bien écrit que j'ai lu avec beaucoup de plaisir et d'intérêt, illustrant avec délicatesse et justesse le phénomène des disparitions inexpliquées détruisant la vie de familles, réduisant l'avenir possible de ceux qui restent et attendent à néant. Quatrième de couverture Pourquoi une épouse amoureuse, une mère aimante, décide-t-elle de disparaître ? A 37 ans, Joanne mène une vie sereine à Modesto, jolie ville de Californie, en cette fin des années 1970. Elle a deux enfants, un mari attentionné, et veille sur eux avec affection. Et puis... alors qu’elle rentre de la bibliothèque, Joanne est agressée. Un homme surgit, la fait tomber, l’insulte, la frappe pour lui voler son sac. Joanne s’en tire avec des contusions, mais à l’intérieur d’elle-même, tout a volé en éclats. Elle n’arrive pas à reprendre le cours de sa vie. Son mari, ses enfants, ne la reconnaissent plus. Du fond de son désarroi, Joanne comprend qu’elle leur fait peur. Alors elle s’en va. Laissant tout derrière elle, elle monte dans sa Ford Pinto beige et prend la Golden State Highway. Direction Las Vegas. C’est là, dans la Cité du Péché, qu’une main va se tendre vers elle. Et lui offrir un refuge inattendu. Cela suffira-t-il à lui redonner le goût de l’innocence heureuse ? Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Ma chérie

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Ma chérie Laurence Peyrin Calmann-Lévy 2019 321 pages Historique Chronique 15 août 2019 A l'origine : « Je voyais passer le bus chaque jour. Mais pour moi, c'était comme ça. Nous n'avions d'autre choix que d'accepter ce qui était notre quotidien - un très cruel quotidien. Le bus fut un des premiers éléments par lesquels je réalisai qu'il y avait un monde pour les Noirs, et un monde pour les Blancs. » Rosa Parks « La nation séminole n'était vieille que de deux siècles mais avait vécu trois guerres et ne s'était jamais rendue au gouvernement des États-Unis d'Amérique. Cette tribu, la plus hétérogène au monde, composée d'Amérindiens de Géorgie, du Mississippi et d'Alabama, mais aussi d'esclaves afro-américains échappés, avait obtenu la souveraineté sur ses terres des Everglades. De ce peuple invaincu Rose Merrigan avait hérité une force silencieuse et une conscience aiguë de son territoire. » Ces deux extraits illustrent à merveille ce roman, narration d'un moment de vie, celle de Gloria Mercy Hope fille de Rose. Quelques années seulement où tout se décidera, où le destin frappera, où une jeune femme de trente ans, jolie potiche à Miami connue sous l'appellation impersonnelle de Ma Chérie, maîtresse d'un homme marié richissime et malhonnête, devra gagner ses galons pour reporter fièrement ses trois prénoms, pour redevenir la digne fille d'une séminole et d'un blanc. Pendant ses trois premières décennies, elle n'a été qu'une poupées obéissant à des valeurs rétrogrades quant à sa place en ce monde. Incroyable lorsqu'on sait que l'action se place dans les années soixante, sous Kennedy, période de bouleversements sociaux, politiques, internationaux, qu'elle traverse jusque là dans une forme d'insouciance naïve. Mais voilà, son ange gardien semble avoir décidé de mettre fin à cette non-existence pour la forcer enfin à s'ancrer dans la réalité, à se définir quant aux grandes questions qui agitent les USA ; il veut l'obliger à retourner à la source de tout, la maison parentale. A partir de là, le plongeon sera la suite logique, et nous allons suivre Gloria puis Mercy puis Hope jusqu'à rencontrer la Femme accomplie, la Fille digne de ses ascendants, la Citoyenne engagée et enfin l'Amoureuse libérée de tout carcan. Quelle chance pour nous que Laurence Peyrin ait décidé après vingt ans de journalisme de se consacrer à l'écriture de romans ! Encore une fois après « L'aile des vierges » paru précédemment, force est de constater la beauté de la plume, la finesse de l'analyse, le talent de restituer toute une époque avec pertinence, humour, empathie. Je suis conquise. Une fort belle et intéressante lecture ! Quatrième de couverture Née dans un village perdu du sud des États-Unis, Gloria était si jolie qu’elle est devenue Miss Floride 1952, et la maîtresse officielle du plus célèbre agent immobilier de Coral Gables, le quartier chic de Miami. Dans les belles villas et les cocktails, on l’appelle « Ma Chérie ». Mais un matin, son amant est arrêté pour escroquerie. Le monde factice de Gloria s’écroule : rien ne lui appartient, ni la maison, ni les bijoux, ni l’amitié de ces gens qui s’amusaient avec elle hier encore. Munie d’une valise et de quelques dollars, elle se résout à rentrer chez ses parents. Dans le car qui l’emmène, il ne reste qu’une place, à côté d’elle. Un homme lui demande la permission de s’y asseoir. Gloria accepte. Un homme noir à côté d’une femme blanche, dans la Floride conservatrice de 1963...Sans le savoir, Gloria vient de prendre sa première vraie décision et fait ainsi un pas crucial sur le chemin chaotique qui donnera un jour un sens à sa nouvelle vie... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • L'aile des vierges

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'aile des vierges Laurence Peyrin Calmann-Lévy 2018 466 pages Historique Chronique 26 juin 2019 Le livre idéal à emporter en vacances, romanesque à souhait, grande histoire d'amour, « un extraordinaire portrait de femme libre » du Kent à New York et plus loin encore, situé au début après la seconde guerre mondiale, qui pourtant aborde des sujets qui sont totalement d'actualité même si la lutte pour la cause féministe a remporté de belles victoires depuis. Les interrogations existentielles de l'héroïne sont aussi les miennes, les vôtres mesdames, car il est toujours difficile de conjuguer nos désirs d'indépendance, nos ambitions professionnelles, à notre genre et tout ce qui y est lié, comme les douleurs mensuelles, notre capacité à enfanter, l'image et le rôle dans lesquels cette société patriarcale nous enferme. Pour beaucoup de militante, à qui nous devons tant, tomber amoureuse équivaut à perdre son indépendance, et certainement cela a été vrai lorsque le compagnon choisi n'était pas le bon. En prologue, à New York le 5 avril 2010, Talia se rend à une exposition d'une grande importance où même Michelle Obama sera présente. Mais si c'est un évènement pour la bonne société, c'est surtout un moment particulièrement émouvant, un hommage organisé pour ses grands parents.Le récit peut maintenant se dérouler en une longue fresque historique, sociétale, emplie de passion, de tendresse, d'humour incisif... Une analyse fine et une description passionnante de la pensée et la vie de ces femmes qui nous ont précédé, qui ont pour certaines ouvert le chemin. Alors voilà Maggie Fuller en 1946, dans le comté du Kent, enfermée par elle- même dans une forme de prison psychologique, bâtie par sa grand mère et sa mère féministes extrêmes en des temps où cela signifiait être criminelle, pétrie de l'idée que l'amour est dangereux, qu'il faut garder le contrôle de ses sentiments. Elle est veuve d'un homme à qui elle a sacrifié de nombreuses années ; étant handicapé, elle fut son infirmière et son souffre douleur. Elle aurait voulu être médecin, elle fut garde malade et ouvrière pour faire subvenir le couple. La mort de Will la sauve, mais sans formation ni argent il faut vite trouver un travail. Elle est donc aidée par son médecin, figure paternelle bienveillante, et grâce à sa lettre de recommandation, entre au service de la famille Lyon-Thorpe comme domestique... La situation n'est pas si dramatique même si sa conscience politique, son désir d'égalité sociale sont mis à rude épreuve dans ce manoir dont le fonctionnement et l'organisation sont identiques depuis des siècles. Elle se rassure en pensant ne pas rester là longtemps, juste assez pour économiser le prix d'un billet aller simple pour les États Unis où elle pense avoir de la famille. L'auteur nous peint alors avec beaucoup de talent, un tableau de tout ce joli monde dans ce lieu hors du temps, de la cave, en passant par les étages des maîtres jusqu'à l'étage du personnel et l'aile des vierges ou domestiques femmes. Évidemment, même si elle souhaiterait passer inaperçue, Maggie est plus que visible par son comportement transgressif, son regard ironique sur ce qui l'entoure, sa beauté, son intelligence... particulièrement aux yeux d'un homme, le propriétaire de Shepherd House, John Lyon-Thorpe, beau, richissime, marié et père. Danger donc pour notre amie, celui-ci est magnifique et réveille en elle des désirs repoussés jusqu'alors. Le destin est en marche ... Pas de mièvrerie pour ce grand roman d'amour, j'ai beaucoup aimé. Quatrième de couverture Angleterre, avril 1946, la jeune femme qui remonte l'allée de Shepherd House, majestueux manoir du Kent, a le cœur lourd. Car aujourd'hui, Maggie Fuller, jeune veuve au fort caractère, petite fille d'une des premières suffragettes, fille d'une sage- femme féministe, entre au service des très riches Lyon-Thorpe. Elle qui rêvait de partir en Amérique et de devenir médecin va s'installer dans une chambre de bonne. Intégrer la petite armée de domestiques semblant vivre encore au siècle précédent n'est pas chose aisée pour cette jeune femme cultivée et émancipée. Mais Maggie va bientôt découvrir qu'elle n'est pas la seule à se sentir prise au piège à Shepherd House et que, contre toute attente, son douloureux échec sera le début d'un long chemin passionnel vers la liberté. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Le diable s'habille en Licorne

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le diable s'habille en Licorne Stanislas Petrosky Lajouanie 2018 211 pages Polar Chronique 10 août 2018 « Aux enfants de la chance Qui n'ont jamais connu les transes Des shoots et du shit Je dirai en substance Ceci Ne commettez pas d'imprudences Surtout n'ayez pas l'imprudence De vous faire foutre en l'air avant l'heure dite. » Serge Gainsbourg Un exploit, Requiem est abstinent jusqu'au chapitre seize, faisons une ola ! Concentré sur sa mission d'exorcisme à Dunkerque, mandaté par le Vatican. On en bat des mains d'avance, enfin on va être en première ligne pour assister à une vraie opération de purification et d'exécution du malin.Sauf que le diable a plus d'un costume, prend possession des âmes, même celles qu'on croirait insoupçonnables. Une vilaine licorne sévit dans un collège ultra catholique, " de la Sainte-Croix du Christ Rédempteur" yes! Vous me direz que se déguiser en plein carnaval c'est banal, sauf que la bestiole est des plus particulières et meurtrières. L'évêque diocésain, Monseigneur Gillio, aux allures de dandy, va nommer, au grand dam du recteur intégriste caricatural, Requiem prof de philo, on ne se bidonne pas, SVP.Un peu de Walt Whitman, "O Capitaine, mon Capitaine", beaucoup d'humour noir, "un parapet pour ne pas chuter dans l'abysse de la bêtise", et la parole de Mandela en ligne de conduite : " j'ai appris que le courage n'est pas l'absence de peur, mais la capacité de la vaincre" : voilà notre curé prêt à élucider la mort de la jeune Christine Vauchel, et de tous ceux qui vont lui succéder. Une hécatombe qui tuera presque le pauvre Régis et excitera les petites cellules grises de la belle Cécile, venue guincher à Dunkerque. On retrouve toute la petite bande avec plaisir, on s'amuse des titres de chapitre en latin de pacotille, on comprend surtout, que sous l'humour, la gravité est toujours de mise. Requiem pourfendeur du Diable en Licorne ou non, au service de l'innocence en danger, toujours. Trois romans policiers mais pas que.... Quatrième de couverture Requiem, votre curé préféré est de retour à... Dunkerque et en plein carnaval ! Pour une séance d’exorcisme. Notre héros, hors norme, est, il faut l’avouer, un peu étonné par cette divine mission. Non pas qu’il ne croie pas au démon, c’est quand même un petit peu son boulot, mais il se méfie, c’est tout. Il faut dire que les festivités donnent lieu à de sacrées fiestas mais aussi à quelques curieux décès. Des lycéens meurent les uns après les autres après avoir ingurgité des bonbons aux saveurs bien peu catholiques. Requiem réussira-t-il à démanteler ce trafic de «Licorne» et à sauver le carnaval ? Vous le découvrirez dans ce troisième tome des aventures de Requiem, le plus déjanté des serviteurs du Seigneur... Un homme d’Eglise pour le moins atypique, de drôles de paroissiens, des missionnaires aux curieuses positions, des fêtards invraisemblablement grimés, des harengs comme si il en pleuvait : Stanislas Petrosky met le feu à Dunkerque. Accrochez- vous les Ch’tis ça va secouer ! Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Dieu pardonne, lui pas !

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Dieu pardonne, lui pas ! Stanislas Petrosky Lajouanie 2017 187 pages Polar Chronique 10 août 2018 « Toi je ne sais pas, mais moi les bateaux me font rêver. J'ai la chanson d'Aznavour en tête, et je laisse divaguer mes pensées... » Un beau jour sur un rafiot craquant De la coque au pont Pour partir je travaillerai dans la soute à charbon Prenant la route qui mène à mes rêves d'enfants Sur des îles lointaines Où rien n'est important Que de vivre Où les filles alanguies Vous ravissent le cœur..." tout un programme... Exit la chevelure épaisse, boule à zéro façon Bruce Willis, Cécile coach sportif rencontrée lors de la dernière aventure de Requiem toujours à ses côtés.La mission de notre curé est précisée, prêtre exorciste mandaté par un département Secret du Vatican. Un James Bond ecclésiastique, aux répliques « audiardiennes ». Un article dans le Paris Normandie attire son attention : l'assassinat au Havre sur les docks d'un certain Philippe Debranque, chef d'équipe à la Ody-Art par un syndicaliste Jules Durand. Requiem nous raconte alors le destin d'un autre Jules Durand, « un cas d'école dans la magistrature et surtout dans le syndicalisme ». Curiosité piquée, la décision est prise de résoudre ce dernier mystère puisque le premier ne le fut pas. Direction le Havre, coup de bigophone à une copine sur place pour infos sur la boîte et les circonstances du meurtre, et accessoirement se loger. Ody-Art est spécialisée dans les œuvres d'art ayant trait, entre autres joyeusetés, au troisième Reich. Le patron Roy a un passé de nostalgique des nazis. Requiem très remonté, se fait engagé comme carriste.... Les méthodes utilisées ne vont pas toutes être catholiques, le Vieux va encore soufflé de l'air glacial sur la nuque de notre ami, et Régis risquer l'infarctus.... Quatrième de couverture Estéban Lehydeux, dit Requiem, est de retour. Le curé exorciste débarque cette fois sur le port du Havre. Il y découvre un docker bien sous tous rapports - si, si ça existe -,accusé de meurtre ; une boîte d'import-export d'objets et de matériel pas bien catholiques ; un syndicaliste forcené mais pas mauvais bougre ; des fanas du troisième Reich ; et bien évidemment une accorte jeune femme tellement mal fringuée qu'il s'empresse toujours, dès qu'il la croise, de la déshabiller ! Entouré de ces drôles de paroissiens notre héros, un Don Camillo carburant à la bière plus qu'à l'eau bénite, va devoir jouer du goupillon et faire quelques entorses aux règles de son ministère pour parvenir à distinguer le bon grain de l'ivraie... Ce deuxième épisode des aventures de Requiem est basée sur un fait réel : l'histoire de Jules Durand, qui défraya la ville du Havre en 1910. Cette sorte d'affaire Dreyfus dans le monde ouvrier est encore dans les mémoires de nombreux havrais. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

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