top of page

Trouverez-vous votre bonheur ?

Résultats trouvés pour la recherche vide

  • Pachinko

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Pachinko Min Jin Lee Charleston Janvier 2021 622 pages traduites par Laura Bourgeois Historique Chronique 30 juin 2021 « - Go-saeng, dit Yangjin. Le destin d'une femme est de souffrir. - Oui, Go-saeng, répéta Kyunghee. Toute sa vie, Sunja avait entendu cet adage martelé par les femmes. Elles devaient forcément vivre dans la souffrance - en tant que fille, en tant qu'épouse, en tant que mère - et mourir dans la souffrance, tel était leur destin. Go-saeng... Ce mot lui filait la nausée. Y avait-il une autre voie que l'endurance ? » Le Pachinko est un appareil, mélange de flipper et de machine à sous, prisé des japonnais. Les établissements de jeu sont généralement tenus par des Coréens qui n'ont pas beaucoup de choix de carrière au Japon, victimes de racisme et de mesures de privations des libertés même nés sur le sol nippon. Ils restent pour toujours des ganjin, des étrangers au même titre que les Chinois, soupçonnés d'être des criminels, des yakuzas, considérés par les colonisateurs japonais comme des inférieurs. À l'occupation du sol, l'Empire du levant ajoute la déportation de milliers de Coréens mourant de faim chez eux puis au Japon. Des Coréens qui sont partis de leur terre maternelle avant la seconde Guerre mondiale, qui n'ont donc pas connu leur pays coupé en deux. Bloqués au Japon où ils n'ont pas d'avenir, ils ne peuvent revenir non plus sur la terre de leurs ancêtres : pour certains leurs biens sur place ont été confisqués par la dictature communiste, pour d'autres, tout a été soufflé par le vent de l'Histoire. Ces Coréens du Japon sont donc apatrides, piégés, en apnée, comment se construire personnellement dans ce contexte, comment envisager un avenir ? L'auteure, grâce à cette fresque historique magnifique, puissante, bouleversante, originale, surtout pour nous occidentaux, m'a bluffée : elle traite du racisme, de la colonisation, de la guerre, de la condition féminine, des rapports parents-enfants, d'héritage, de passation de témoin intergénérationnel, en nous contant le destin de femmes et d'hommes de la même famille en Corée puis au Japon. Son empathie et sa bienveillance envers ces ombres du passé sont entières. Nous suivons pas à pas Sunja, jeune villageoise timide et naïve de 1930 à 1989... Séduite par un Coréen riche venu du Japon, (on apprendra plus tard qu'il est marié à la fille d'un yakuza), elle tombe enceinte alors qu'elle même n'est qu'une enfant. Sa mère Yangjin, tient une pension de famille où arrive bientôt un voyageur en chemin vers le Japon. Le jeune pasteur presbytérien Baek Isak en effet projette de rejoindre son frère Baek Joseb à Osaka. Mais, de constitution fragile, Isak tombe très malade sitôt installé à la pension : récidive de tuberculose. Les deux femmes décident de l'isoler des autres résidents et de le soigner. Le destin vient de s'inviter dans l'existence paisible de ces Coréennes, déjà menacées sans qu'elles le sachent, par la foudre que la seconde Guerre Mondiale va faire s'abattre. Un ouragan se déchaînera sur le pays tout entier et leur petite bourgade en particulier. Min Jin Lee est une autrice surdouée, son texte est d'une grande délicatesse quant aux analyses de la psyché de chaque personnage et des conditions politiques, économiques, ayant mené à la colonisation puis la déportation et la maltraitance par le Japon de leur victimes Coréennes et Chinoises. Les protagonistes de ce récit somptueux, exceptionnel, sont tous assujettis à un destin implacable par on ne sait quel dieu vengeur, mais aussi par les traditions, croyances et codes de l'honneur de leur pays d'origine fantasmé et du Japon. Le mélange est explosif, détonant et provoque la ruine de plusieurs vies. Cette histoire particulière apporte sa pierre à la Tragédie humaine universelle et intemporelle. D'une beauté, d'une cruauté, d'une poésie infinies, ce roman est à part, c'est un chef-d'œuvre absolu, précieux, indispensable, incontournable. Je remercie la Médiathèque Pablo Neruda de Malakoff de l'avoir ajouté à son catalogue. Quatrième de couverture « Une histoire puissante sur la résilience et la compassion. » Barack Obama Début des années 1920, dans un petit village coréen, la jeune Sunja se laisse séduire par un riche étranger. Lorsqu'elle tombe enceinte et apprend que son amant est déjà marié au Japon, elle refuse la solution qu'il lui propose : devenir son épouse coréenne. Ce refus est le point de départ d'un exil qui s'étendra sur quatre générations. Pour éviter la ruine et le déshonneur à sa famille, Sunja épouse Isak, un pasteur chrétien qu'elle connaît à peine et qui lui propose une nouvelle vie au Japon. S'étendant sur huit décennies et quatre générations, découvrez le récit épique d'une famille rejetée par deux pays, aux prises avec l'histoire et secouée par des questions d'identité, d'amour, de mort et de survie. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Orphelines

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Orphelines Franck Bouysse VDP Voir De Près Septembre 2021 ​ Thriller Chronique 7 janvier 2022 « Mais un jour le coupable délaissa les sentiers faciles Pour emprunter les sentiers périlleux et mener Le juste en terres infertiles. » Le Mariage du ciel et de l'enfer, William Blake Même lorsque Franck Bouysse signe un polar plus classique dans sa forme, il réussit toujours à nous ferrer grâce à la qualité exceptionnelle de son écriture, l'originalité de ses images et sa soudaine créativité stylistique. On peut vraiment penser au début plonger dans un parfait exemple de fiction noire, dans un décor citadin éloigné de certains opus précédents, incroyables thrillers de terroir aux ombres abyssales, et puis non ... Le coup part subitement, stupeur des chapitres en italique d'une brutalité folle, expressions de démences, de douleur suffoquantes... Rythme brisés, mots répétés à l'infini comme les craquements d'un crâne tapant sur un mur encore et encore.... Un duo de flics touchant, un doute distillé lentement, sûrement, un dénouement imprévu. Un polar parfait ! Lu vite en étant à la fois bluffée par le professionnalisme de l'écrivain et par sa capacité à prendre des risques, à rester toujours sur le fil du rasoir.... sans se couper, sans décevoir. Quatrième de couverture Une ambiance pesante et morose s'est installée sur la ville. Un criminel tapi dans l'ombre observe et s'amuse avec les deux flics qui le poursuivent. La noirceur de son âme ne fait aucun doute depuis qu'un corps de femme massacré a été découvert...Crime après crime, Bélony et Dalençon voient ce meurtrier leur glisser entre les doigts. Le capitaine Jacques Bélony, "vieux flic de la Criminelle", vient de perdre sa femme et sa fille dans un accident de voiture, tandis que Marie Dalençon, sa jeune collègue, subit les tourments de relations amoureuses chaotiques. Mais ils doivent coûte que coûte arrêter ce meurtrier qui s'attaque à des femmes isolées... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • La vraie vie

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La vraie vie Adeline Dieudonné L'Iconoclaste 2018 266 pages Roman Chronique 8 janvier 2019 Chronique d'un drame annoncé, cinq ans traversés par une famille dans un quartier résidentiel appelé le Démo, racontés par la fille adolescente. Esprit acéré, corrosif, enfant surdouée en mathématique et physique, elle sait tirer des plans sur la comète, imaginer des solutions incroyables à l'énorme problème que représente la violence sourde et soudain explosive qui règne dans la maison. Espérer la protection de sa mère est une cause perdue, cette dernière est une " amibe" dixit notre narratrice. Quatre chambres dans le pavillon dont une pour les cadavres.... En fait les trophées de chasse du père. Parmi tous ces massacres, la tête d'une hyène. Notre amie est persuadée qu'elle parle, qu'elle contient tout le mal qui se manifeste dans cette demeure de l'enfer. Au milieu de toute cette ambiance lourde, anxiogène, un rire retentit encore, celui de Gilles, le petit frère adoré. Pour lui, elle est prête à tout. Et justement, un jour ordinaire en fin d'après midi, une abomination change tout. Le temps s'arrête, le gamin est traumatisé, en apnée. Aucune prise en charge psychologique de la part des parents, les enfants doivent se débrouiller avec les souvenirs de la scène d'horreur dont ils ont été témoins.... Gilles s'enfonce de plus en plus, son regard s'assombrit... La hyène ne prendrait-elle pas possession de lui ? Il faut agir.... Il faut remonter le temps.... Le ton plein d'humour acide ne peut faire oublier évidemment le désespoir sous-jacent de cette jeune fille, se mouvant dans un monde où tout peut exploser en violence inouïe d'une seconde à l'autre. Bien sûr, elle a développé un radar pour capter les changements d'atmosphère, d'humeur du paternel, du frère.... Elle est une vigie, une guerrière.... Elle trouve des alliés à l'extérieur du pavillon, mais cela ne sera pas forcément suffisant, car ceux-ci ne savent pas ce que vivre dans une telle maison signifie. Cela va empirer, aller très, très loin... Cinq ans donc pour la mise en place complète de la tragédie.... Cinq ans pour reprendre contact avec la part cachée innocente de Gilles encore préservée, et la sienne propre. Un univers à part qu'on pourrait croire fantasmé, outré, qui cependant décrit parfaitement la réalité vécue par des milliers d'enfants dans des foyers où la maltraitance et la haine ont élu domicile. Un premier roman récompensé, une plume très reconnaissable et talentueuse. La trajectoire de cette auteure sera ascendante car d'une fulgurante vérité. Quatrième de couverture C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent. Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour. D’une plume drôle et fulgurante, Adeline Dieudonné campe des personnages sauvages, entiers. Un univers acide et sensuel. Elle signe un roman coup de poing. Prix du roman FNAC 2018 Prix Livre et culture 2020 Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • La mort s'invite à Pemberley

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La mort s'invite à Pemberley Phyllis Dorothy James Fayard et Audiolib 2012 392 pages traduites par Odile Demange, lu par Guila Clara Kessous, 10 h 23 Polar Chronique 15 janvier 2019 Également adapté en série par la BBC en 2013. Comme d'habitude, je n'ai pas pris connaissance de la quatrième de couverture avant de découvrir ce texte pour être dans les mêmes conditions qu'une personne dans l'incapacité de lire. Également, c'est un choix personnel de lectrice. Dernier roman de P. D. James où celle-ci se donne le droit de reprendre, pour notre plus grande joie, des personnages célèbres créés par une de ses auteures favorites, Jane Austen, et pour le plaisir et avec beaucoup d'humour, du roman célébrissime, monument anglais, " Orgueil et préjugés", rien de moins. Il faut être gonflé. Ainsi, nous retrouvons Elizabeth, mariée enfin à Darcy après moult aventures récapitulées rapidement en début de roman. Il ont deux enfants et vivent dans le Derbyshire, à Pemberley, domaine familial des Darcy depuis .... toujours, semble-t-il ! La veille du grand bal de la duchesse Ann, événement annuel incontournable de la bonne société, attendu par tous avec impatience, des invités prestigieux à la domesticité, arrive enfin. Le château bruisse de l'effervescence des préparatifs, certains amis et proches débarquent déjà, dont un cousin de Darcy, le Colonel Fitzwilliam, et Jane, la sœur de Elisabeth. La soirée se déroule normalement dans la petite salle à manger, les hommes se retirent ensuite pour fumer et parler. Le colonel décide de faire une dernière promenade digestive... Peu après son départ, des cris hystériques retentissent sur le porche de la maison.... C'est la jeune soeur de Elizabeth et Jane, Lydie, mariée à l'affreux George Wickham. Elle est comme folle ! Haineuse qui plus est et incontrôlable ! On comprend aux bribes extirpées de ses lèvres, que son mari et un de leur ami, Denny, sont encore dans le bois de Pemberley. Dans le cabriolet, loué par Wickham, décidé à conduire sa femme chez les Darcy pour le bal, même si elle n'est pas invitée ni lui d'ailleurs, persona non grata, une violente dispute oppose les deux hommes. Denny est sorti brusquement de la voiture, armé et en colère. Le drame se noue alors.... Wickham part à sa recherche et tous deux disparaissent.... Et vous voilà au début d'un policier historique fleurant bon le mystère, la causticité, la truculence auxquelles nous a habitués la grande dame de la littérature qu'est P.D. James. Cette suite policière au chef d'oeuvre pré-cité est une formidable occasion pour l'auteure de compléter le portrait qu'elle dresse de cette société anglaise du début du XIX ème siècle, ancrant l'action dans une réalité événementielle, au contraire de Jane Austen qui jamais ne parla de Révolution française ni de guerre. Un flou artistique pour se concentrer sur la psychologie de ses personnages dans un imbroglio romantique. Ici, effectivement il y a toujours quelque idylle, en particulier concernant Georgiana, la sœur de Darcy, mais ce n'est pas le sujet. Un meurtre donc, un procès, un tsunami qui s'abat du côté des employeurs et de la bonne société, mais aussi du côté des domestiques. Les vies des uns et des autres sont inextricablement mêlées. Ainsi l'écrivaine peut traiter des sujets de société de l'Angleterre georgienne et du fonctionnement de la justice d'alors, qui vous laissera pantois. Le poids du passé sur le destin de tous est lourd, la limite entre la culpabilité et l'innocence ténue. Cette suite criminelle à " Orgueil et préjugés" m'a beaucoup plu, servie par la voix très agréable avec un grain reconnaissable de Guila Clara Kessous. De plus, sa précision dans sa diction un peu précieuse parfois, pour coller à cette ambiance anglaise du début du XIXe siècle, est parfaite. Elle campe avec beaucoup de verve et de drôlerie, tous les personnages des plus doux et féminins aux plus caricaturaux et hauts en couleurs. Un régal ! Une belle performance de comédienne ! Sa biographie impressionnante au service du théâtre, du spectacle vivant et de la littérature, l'a menée à recevoir les titres de Chevalier des Arts et Lettres et depuis 2012 d'Artiste de la paix de l'UNESCO pour l'ensemble de son travail. La femme idéale donc pour prêter sa voix à un fleuron de l'œuvre de la prestigieuse et étonnante P.D. James. Saviez-vous qu'elle exerça diverses fonctions à la section criminelle du ministère anglais de l'intérieur jusqu'en 1979 ? Transgressive mine de rien, maniant avec dextérité sadisme, humour anglais et analyse sociale caustique et avant-gardiste, elle est une incontournable de la littérature policière. Les Éditions Fayard ont publié ses 19 romans. Et la fin ? Me direz-vous ... Tout à fait insoupçonnable ! Régalez-vous ! Quatrième de couverture Rien ne semble devoir troubler l'existence ordonnée et protégée de Pemberley, le domaine ancestral de la famille Darcy, dans le Derbyshire, ni perturber le bonheur conjugal de la maitresse des lieux, Elizabeth Darcy. Elle est la mère de deux charmants bambins; sa sœur préférée, Jane, et son mari, Bingley, habitent à moins de trente kilomètres de là; et son père adulé, Mr Bennet, vient régulièrement en visite, attiré par l'imposante bibliothèque du château. Mais cette félicité se trouve soudain menacée lorsque, à la veille du bal d'automne, un drame contraint les Darcy à recevoir sous leur toit la jeune sœur d'Elizabeth et son mari, que leurs frasques passées ont rendu indésirables à Pemberley. Avec eux s'invitent la mort, la suspicion et la résurgence de rancunes anciennes. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Souviens-toi de ton avenir

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Souviens-toi de ton avenir Anne Dufourmantelle Albin Michel 2018 487 pages Roman Chronique 26 mai 2018 Ce très beau roman mêlant l'Histoire et le surnaturel m'a beaucoup plu par la qualité de son écriture et l'ambiance magique créée en deux époques éloignées, en parallèle. De plus, la caractérisation des personnages très hauts en couleurs est finement ciselée ; j'ai cherché longuement qui étaient jumeaux par-delà les siècles. Et puis, la question suivante qui ne cesse de me passionner : comment peut-il y avoir autant de similitudes multiples et millénaires entre certains peuples habitant sur des continents si éloignés, qui normalement n'ont pas eu de contact en ces temps reculés ? En regardant par exemple certains clichés familiaux des années cinquante de montagnards cambodgiens, je retrouve des traits faciaux, des décorations, des costumes, des mœurs et croyances rappelant furieusement certains peuples sud-américains. Des rites, religions, coutumes, figures adorées ou déifiées par exemple de vierges, se retrouvent en plusieurs lieux et âges très espacés. Coïncidences temporelles ou hasards signifiants et créateurs comme le dit C.G. Jung ? Je n'irai pas plus loin dans mes interrogations, mais vous comprendrez donc que j'ai été particulièrement sensible à ce récit. Comment pouvons-nous être certain que notre notion du temps est réelle, que ce temps existe tel que nous l'imaginons ? Si nous perdons cette certitude, que devenons-nous ? "C'est notre croyance la mieux gardée. " Si celle-ci n'était qu'illusion ? Et si certains avaient dévoilé le secret ? « En Mongolie orientale, il y a six siècles, on appelait « Vent rouge » le signe que le même événement, invisiblement, coexiste sur plusieurs plans de l'espace et du temps. » Des espaces et des temps parallèles.... « Le futur, pris pour le présent par le rêveur, est formé par le désir à l'image indestructible de son passé. « Sigmund Freud « On s'approche, on sourit, la main touche la main. Et nous nous souvenons que nous marchons ensemble. Que l'âme est immortelle, et qu'hier c'est demain. » Alfred de Musset Le Vent rouge se lève donc en ce jour de 1321, jour d'éclipse. Sur le soleil passent les ténèbres. Sur les hauts plateaux de l'Altaï, dans le désert du Taklamakan, ce vent magique murmure aux oreilles du chamane Nûr qu'il ne faut pas partir tout de suite, qu'il faut rester encore trois jours sur place. Cela rend furieux Akhan, le grand Khan, arrière-petit-fils de Gengis Khan. Son armée de 25 000 hommes attend pour se mettre en marche vers l'est et la promesse d'abondance. On en a appelé à Tengri, le Dieu du Ciel, mais rien y fait. Partir serait synonyme de catastrophe. Il va donc suivre les oracles et patienter avec ses troupes et tous ses gens. Mais Akhan a un projet plus grandiose que simplement partir vers le corridor du Gansu. Oui son but est tout à fait incroyable ! Et pour mener à bien cette mission, il va avoir besoin d'un vénitien, Adalberto, venu se perdre en Mongolie : cartographe, géomètre, latiniste, autant de raisons pour être enrôlé d'office afin de rendre l'expédition possible, mais aussi en relatant fidèlement en latin et phags-pa, qu'il devra apprendre, ainsi que les règles du Shantar, jeu d'échecs mongol, dans un carnet de bord, l'épopée à venir. Le voyage peut commencer.... Paris, juillet 2020, Joaquim lit à son amie-amante d'enfance Inès la traduction d'un manuscrit incomplet et déchiré : « L'expédition est en attente dans le désert. Le Vent rouge s'est levé. Nûr, le chamane, a été consulté. Des bêtes ont été sacrifiées. Nous espérons atteindre la vallée de Guzhe avec l'aide de Tengri avant la fin de la lune montante... » Joaquim, historien dont la spécialité était plutôt le XIVe siècle espagnol, a trouvé ce document mi latin, mi phags-pa, écriture rare utilisée quand la Chine était sous domination mongole. Son professeur de linguistique à la Sorbonne, Pierre Stokowski, capable de déchiffrer ces caractères est enthousiasmé par cette découverte incroyable. Quels mystères se cachent derrière ce carnet de bord ? Celui-ci étant partiel, il va falloir trouver d'autres pages. Donc direction "Syracuse" la librairie spécialisée en cartes anciennes tenue par Pierre Dupré et sa fille métisse tahitienne, Anja. L'équipe est constituée.... Bon voyage ! Quatrième de couverture Tout à la fois épopée initiatique et roman philosophique, cette œuvre ultime d'Anne Dufourmantelle nous mène aux confins du temps et de la terre. Deux quêtes s'y font écho, à des siècles de distance : quittant ses montagnes de l'Altaï, un roi mongol entreprend une expédition...... de nos jours, un groupe de chercheurs, fasciné par son périple tente d'en reconstituer le récit. D'un bord à l'autre du monde, entre le XIVe et le XXIe siècle, ce roman magistral nous fascine, nous captive, nous trouble profondément, tel un rêve chargé de vérité. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Lazare

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Lazare Lars Kepler Actes Sud Actes Noirs 2019 455 pages traduites par Lena Grumbach Thriller Chronique 24 août 2020 J'ai découvert Lars Kepler avec le thriller fantastique Playground et je me souviens encore de passages extraordinaires, inoubliables. Ils m'ont réconciliée avec ce style de roman. À nouveau la magie du couple formant Lars Kepler agit dans ce thriller psychologique et d'action des plus ténébreux, terrifiants, d'une grande intelligence et acuité d'analyse, 7ème enquête de l'inspecteur Joona Linna, qui se retrouve dans la peau d'une Cassandre désespérée et dans l'urgence. Le premier qualificatif qui me vient à l'esprit est élégant. Cela peut paraître bizarre pour un roman ou torture, hémoglobine et violence sont légion. Mais c'est bien là où se reconnaît la signature de ces auteurs qui réussissent à nous offrir un thriller "classique" contenant tous les ingrédients espérés pour faire monter notre tension artérielle, mais heureusement dénué de vulgarité, de trash, de raccourci . On devine la grande culture littéraire, cinématographique et artistique de ce duo qui signe là une œuvre à part, très stylisée, dont chaque mot, chaque image créée sont ciselés, travaillés longuement. Tel un film d'action asiatique ou un Matrix pour l'esthétisme, ces lignes d'une grande précision, d'une parfaite maîtrise, décrivant l'indicible, nous plongeant dans un gouffre peuplé de nos pires cauchemars, nous permettent cependant de rester sur le bord, d'analyser les faits tout en nous faisant ressentir une immense empathie pour les personnages principaux, Joona et Saga. Le chemin de croix sera long, difficile, multipliant les précipices, les accidents de parcours, les allers-retours frénétiques, les pièges, les dangers. On souffre autant que les victimes, on est enfermé avec elles dans ce plan labyrinthique. Je n'ai pas lu tous les épisodes des enquêtes de Joona Lina, mais cela ne m'a pas empêchée de suivre parfaitement les enjeux de cette chasse à l'homme doublée d'une course poursuite haletante, paniquante. Le danger rôde et semble se pencher au-dessus de notre épaule tout au long de cette lecture qui devient nôtre. Même les figures de psychopathes, de serial killers évitent les poussifs, le côté grand guignol... Ce qui les poussent à agir est complexe, passionnant... Les codes des thrillers habituels sont ainsi cassés d'autant plus que les héros sont des êtres imparfaits aux nombreux secrets et zones d'ombre. C'est un roman extraordinaire, étonnant, qui m'a fascinée. C'est une œuvre artistique en soi. À lire absolument.... PS : j'ai cherché le rapport entre le serpent et Lazare.... Je pense que cela a un rapport avec les visions de Lazare revenu d'entre les morts, il existe des textes depuis la fin du moyen âge sur ce sujet. De plus le serpent figure le mal absolu donc comme le Serial Killer de ce thriller. Voilà ! Quatrième de couverture Un appartement d’Oslo, dont l’occupant a été trouvé mort, dans un état de décomposition avancée. Quand la police investit les lieux, elle fait une autre découverte macabre : la victime était visiblement un profanateur de tombes qui collectionnait des « trophées ». Au nombre desquels le crâne de l’épouse de Joona Linna. Quelques jours plus tard, une inspectrice allemande prend contact avec Joona pour solliciter son aide sur une troublante affaire de meurtre dans un camping aux abords de Rostock. Rien n’aurait pu le préparer au choc qui l’attend, car ce qui n’était d’abord qu’un pressentiment absurde va basculer irrémédiablement vers une certitude terrifiante : le redoutable tueur en série Jurek Walter est de retour. L’inspecteur sait qu’il ne lui reste qu’une chose à faire : mettre sa fille à l’abri. Et il ne peut compter sur l’aide de personne, car ses collègues le jugent en plein délire paranoïaque. Qui d’autre qu’un fou tremblerait devant un fantôme ? Mais tout le monde ne vit pas dans la même réalité. Si quelqu’un revenait d’entre les morts, certains crieraient au miracle, d’autres évoqueraient un cauchemar. Plus noir que jamais, Lars Kepler, maître incontesté du thriller scandinave, est de retour avec la septième enquête de l’inspecteur Joona Linna. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • La dernière tempête

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La dernière tempête Ragnar Jonasson La Martinière 25 février 2021 288 pages traduites par Jean-Christophe Salaün Polar Chronique 8 juin 2022 « La vie s'écoulait avec lenteur tandis que les années s'envolaient et moi, je continuais de te parler dans le vide. » Ólafur Jóhann ólafsson, Almanach (2015). Cet opus se situe 25 ans avant le premier épisode, "La Dame de Reykjavik", et 10 ans avant le second, "L'île au secret". La tempête est double dans ce thriller glacé. Celle qui s'abat sur une ferme lors des fêtes de Noël et celle qui touche la psyché des acteurs de ce récit tragique. Hulda Hermansdóttir, policière à Reykjavik, est en perdition. Un drame affreux a détruit sa vie, a tout emporté. Elle est une maison sans fondation, un trou béant à la place du cœur et pourtant, elle reprend du service et se voit chargée d'un dossier épineux. Direction une scène de crime au bout du monde, dans un coin paumé, en zone rurale. Un flic du cru l'attend, peu habitué à traiter ce type d'enquête. Mais Hulda va-t-elle être capable d'assurer ? Nous oscillons en permanence entre le huis clos qui s'est déroulé dans cette ferme et les évènements survenus au domicile de l'inspectrice ce jour de réveillon maudit et le lendemain. Thriller extraordinairement mené de main de maître tout du long par Ragnar Jonasson, le suspense est à son comble, les battements du cœur accélérés dans une course folle à la vérité. Les deux familles sont en écho l'une de l'autre, bientôt une troisième se joindra à l'ensemble... Le cri des mères et des pères deviendra enragé, indescriptible, furieux et désespéré. Un polar crépusculaire, asphyxiant et terrifiant....la tempête se déchaîne autant sur la terre que sur nos âmes. La tragédie est à nos portes. Sensationnel ! Quatrième de couverture L'auteur au million de lecteurs en France Ragnar Jónas son clôt sa trilogie mettant en scène l'enquêtrice tourmentée Hulda Hermansdóttir à différents âges de sa vie. Ce dernier roman se déroule vingt-cinq ans avant le premier volet de la série, La Dame de Reykjavík, et dix ans avant L'Île au secret. Tous les volumes peuvent se lire séparément. Ragnar est aussi l'auteur de la série mettant en scène l'enquêteur Ari Thór (dont le roman-phénomène Snjór). « La terrible tempête de neige qui s'abat sur l'Islande aurait dû décourager les plus téméraires de s'aventurer à l'extérieur. Ils l'ont pourtant fait. Ce couple n'aurait jamais dû laisser entrer chez eux un inconnu. Il l'a pourtant fait. Un invité indésirable. Un mensonge innommable. Un meurtre. Tous ne survivront pas à cette nuit. Et l'inspectrice Hulda, chargée de l'enquête, continuera d'être hantée par ses fantômes très longtemps encore. » Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • L'Éventreur du Palais Royal

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'Éventreur du Palais Royal Sylvain Larue De Borée Vents d'Histoire 7 octobre 2021 en format poche 502 pages Thriller polar historique Chronique 17 octobre 2021 En premier lieu, j'insiste encore sur la beauté et l'élégance du style littéraire de l'auteur et sa précision extrême quant à la reconstitution historique. Ceci donnant à l'ensemble de l'oeuvre de cet écrivain une place à part dans ma bibliothèque, d'autant plus que son engagement réel et son humanisme apportent le supplément d'âme que je recherche inlassablement, surtout dans les romans policiers et thrillers. Il prévient que ce tome était destiné à être plus violent puisque se déroulant dans le milieu de la prostitution sous Napoléon III. En effet, c'est le cas et ce n'est pas un geste gratuit, loin de là : au contraire cela permet de comprendre parfaitement les conditions de vie et de "travail" de ces victimes d'un destin bien cruel. Plus que de "crudité trash", parlons de réalisme, de vérisme si nous étions à l'Opéra, et je remercie Sylvain Larue pour avoir rendu à ces " travailleuses du sexe" leur humanité, leurs visages, leurs histoires. Elles ne sont pas des statistiques, elles furent des petites filles pleines d'espoir, comme la Gigi du prologue, trop jolie, loin d'être bête mais trop rêveuse pour ce monde impitoyable de la rue, dans une capitale sur laquelle plane l'ombre d'un pervers sadique, Serial Killer de putains.... j'attire votre attention sur le passage de la page 324 à la page 328, description bouleversante de la condition de ces malheureuses. Le postulat de départ a déjà été utilisé en littérature et au cinéma. Un homme est enfermé voire exécuté alors qu'il clame son innocence ; après son incarcération ou son exécution, les crimes reprennent avec le même modus operandi..... Et évidemment les enquêteurs à l'origine de l'arrestation sont montrés du doigt par la presse, rappelés à l'ordre par la hiérarchie, rien ne va plus. Ici le docteur Magon est décapité pour le massacre de plusieurs prostituées. Il est surnommé " l'Éventreur du Palais Royal " ... Sitôt sa tête récupérée par le bourreau, un cri retentit, celui de la personne découvrant un nouveau cadavre non loin du lieu d'exécution, présentant les mêmes stigmates que les victimes précédentes. Branle bas de combat ! Ce serait-on fourvoyé ? Flashback ! Ce scénario fonctionne parfaitement dans ce Paris de la moitié du XIXe siècle, capitale offrant encore un décor pré-haussmannien, où en parallèle de la police traditionnelle œuvre une brigade secrète d'intervention, La Noble Cour, présidée par Napoléon III himself. Notre héros, Léandre Lafforgue dit le Goupil, entouré de collègues tous plus compétents et particuliers les uns que les autres dont une femme, l'agent Pantecroët, peut à l'occasion se transformer en loup plutôt qu'en renard, et se métamorphoser en bête fauve aux yeux jaunes de fureur et de sauvagerie. Un être singulier me faisant penser à Wolverine des X-Men mais au XIXe siècle, toujours vêtu de violet. Il cache bien des secrets, est toujours sur le fil du rasoir, regarde toujours avec tendresse ou amour les femmes qui furent ses amantes ou compagnes, dont Céleste, une ancienne prostituée maintenant mariée et mère de famille ; celle-ci, qui a gardé des liens d'amitié avec ses anciennes compagnes de rue, vient lui demander son aide quant à la disparition de l'une d'entre elles. Ce sera la première victime recensée de l'Éventreur du Palais Royal. Le destin est en marche .. Un thriller policier et historique des plus sombres, nous ramenant à une époque des plus cruelles et violentes à l'encontre de toutes les femmes et en particulier des prostituées, véritables fusibles de cette société corsetée et hypocrite où les désirs concupiscents de certains ne trouvent leur réalisation que grâce à ces rapports tarifés. Sans prostitution, qu'adviendrait-il de la sécurité des autres citoyennes ? La question est malheureusement toujours d'actualité. Un marché lucratif se doublant de trafics d'êtres humains aux origines multiples. En ces années 1854-1855, cela reste encore « artisanal » par rapport à aujourd'hui. Les méthodes d'investigation également sont moins à la pointe de la technologie et pourtant La Noble Cour réussit à débarrasser le monde de ses éléments les plus dangereux. Mais, n'est elle pas aujourd'hui face à un ennemi plus fort et imprenable ? Lavera-t-elle son honneur ? Léandre Lafforgue alias Le Goupil en ressortira-t-il victorieux ou brisé ? Une cinquième enquête où la tension est palpable, où les enjeux sont énormes, redonnant voix et chair, enfin, à toutes ces oubliées de nos sociétés, ces belles de nuits brisées par la bestialité de nos sociétés civilisées. Une réussite ! Quatrième de couverture Justice doit être faite, en ce matin d'été 1855 ! Appréhendé au terme d'une longue investigation, Magon, « l'éventreur du Palais-Royal », meurtrier sadique de prostituées, est conduit à l'échafaud devant lequel, jusqu'au bout, il clame son innocence. Mais quelques instants après que sa tête est tombée, on retrouve le corps d'une autre femme galante, atrocement mutilé... L'hypothèse d'une terrible erreur judiciaire éclate alors dans la presse, encouragée notamment par les déclarations d'un magistrat zélé et d'un commissaire de police obtus, persuadés que les hommes de Léandre Lafforgue n'ont pas suivi la piste qu'ils ont toujours envisagée. C'est l'heure pour le Goupil et ses agents de mener une enquête à haut risque, les obligeant à plonger dans le monde interlope, violent et tabou des amours tarifés, afin à la fois de blanchir pour de bon leur réputation d'enquêteurs et d'éviter aux pauvres filles de joie de tomber entre les griffes du pervers sanguinaire... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • L'étrange destin de Katherine Carr

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'étrange destin de Katherine Carr Thomas H.Cook Seuil 17 janvier 2013 304 pages traduites par Philippe Loubat-Delfranc Thriller Chronique 3 juin 2018 « Tout dans la nature est art inconnu ; Tout hasard, sens indiscernable ; Toute discordance, harmonie incomprise, Tout mal particulier, bien universel. » Alexander Pope, Essai sur l'Homme. Le titre est prémonitoire, je dirais même qu'il fait de notre vie, en écho à ces lignes par la lecture que nous en faisons avec notre vécu et notre empathie, un moment extra ordinaire. Trois parties, trois histoires qui s'imbriquent l'une dans l'autre, un personnage central, le narrateur, l'écrivain journaliste voyageur George Gates, au début sur un bateau remontant un fleuve entre deux rives où s'étale la jungle. Lourdeur de l'air, chaleur poisseuse, un des passagers Mr Mayawati, vraisemblablement sans patrie, en mouvement constant, vient s'asseoir à côté de lui sur un transat.... Le temps s'étire.... Pour passer plus rapidement les heures de ce long périple, George se met à raconter un sombre mystère.... " Alors comme l'araignée lance le premier fil délicat de sa toile, je m'embarque dans mon récit." Histoire de George donc, inconsolable depuis la disparition de Teddy son jeune fils et la découverte de son cadavre plus tard dans la rivière.... Il travaille depuis pour un journal d'une petite ville , Winthrop, en écrivant des biographies de personnalités locales. Il survit donc, la douleur et la haine au ventre car le coupable n'a pas été arrêté. Pourquoi n'est-il pas allé chercher son fils à l'arrêt du bus comme promis ? Jamais il ne se le pardonnera. Les nuits nombreuses d'insomnie, on le retrouve au bar près de la gare, le O'Shea's. Un ancien flic, Arlo, jadis spécialiste des disparitions, lui rapporte alors un cold case d'il y a 20 ans, Katherine Carr évaporée près d'une grotte non loin de la rivière. Poétesse et écrivaine, elle a laissé derrière elle des feuilles manuscrites remises à George comme un témoin dans une course épuisante et interminable.... Donc après la vie de notre héros, celle de Katherine vient s'y encastrer. Toujours à la recherche d'un angle de vue original pour ses portraits, le journaliste est mis en contact avec Alice, douze ans, en fin de vie, atteinte de progeria, un vieillissement prématuré. C'est une enfant très intelligente, plongée dans les romans policiers dont elle réécrit les fins pour les améliorer. Afin de trouver une connexion entre eux et instaurer un climat de confiance, il lui raconte le mystère Katherine Carr. Tous deux vont donc former un tandem improbable et touchant de non-dits, de pudeur, l'une orpheline, l'autre prêt à être encore un père. Voici donc comment les destins de George, Katherine et Alice vont s'entremêler.... La disparition de la femme résonnera dans le cœur de George, ranimant sa soif de justice. Les écrits de Katherine sont prêtés au goutte à goutte ; peu à peu le brouillard se dissipe, éclaircissant un paysage flou et angoissant. Un thriller à l'atmosphère surnaturelle et troublante. Le thème du Mal incarné par des coupables qui s'en sortent tout de même malgré les crimes commis, la notion de jugement immanent, la croyance en une double perspective des mondes, ne sont peut-être pas nouveaux, mais la construction en poupée russe si je puis dire, " de l'histoire dans l'histoire dans l'histoire", offre à l'auteur toute latitude pour nous perdre. Les burannis pensent que "les choses non visibles de la vie étaient les plus puissantes de toutes. Pour eux, la Vie était invisible, comme la Mort, et on ne voyait pas davantage la force qui permettait à la douleur d'irradier d'une personne à une autre, et qui faisait qu'on ressentait la souffrance et le chagrin d'autrui." Je sais intimement que reconnaître le Mal dans le regard d'un étranger est possible, le fait d'avoir survécu donne une prescience, on lit à livre ouvert dans ces êtres sans humanité, les frissons glacent à nouveau notre échine, on se remet immédiatement en état de dissociation, de repli, pour mieux analyser l'être face à nous et le danger potentiel qu'il représente immédiatement. On sait par toutes les pores de notre peau, de toute notre âme vibrante qui il est .... À partir de là, il faut agir... Un très beau texte à découvrir avec beaucoup de patience, un livre très différent des cinq autres déjà lus et aimés. Celui-ci me trouble infiniment. Pas de pathos, pas de grandes explications, des demies teintes, de la délicatesse, de la pudeur... Quatrième de couverture Il y a sept ans, le corps de Teddy, le jeune fils de l'écrivain voyageur George Gates, a été repêché dans la rivière. On n'a jamais retrouvé le meurtrier. Depuis, Gates rédige des portraits de personnalités locales pour le journal de la petite ville de Winthrop où il s'est retiré. Et passe ses soirées au bar O'Shea's, accablé par le souvenir de cette journée terrible où il n'est pas allé chercher Teddy à l'arrêt du bus... Lorsqu'un flic à la retraite, jadis spécialisé dans les personnes disparues, lui parle de Katherine Carr, poétesse vue pour la dernière fois vingt ans plus tôt, près d'une grotte au bord de la rivière, il sort de sa torpeur. Katherine Carr s'est volatilisée, laissant un texte - fiction, expérience vécue? - qui va amener Gates à reconsidérer le drame de son fils et ses propres interrogations. Récit dans le récit où le surnaturel fait une incursion troublante, roman atmosphérique aux résonnances gothiques: L'Etrange destin de Katherine Carr donne des frissons dans le dos. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Cobayes

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Cobayes Robin Cook Albin Michel 31 mai 2017 544 pages traduites par Pierre Reignier Thriller Médical Chronique 24 août 2017 Le vrai titre HOSTS beaucoup moins téléphoné aurait dû être gardé, la évidemment avec ce titre français une partie de l'histoire est découverte avant même d'avoir commencer. Dommage car autrement, bien que très classique, sauf une des scènes finales Science Fiction pas si improbable d'ailleurs, l'auteur, un maître incontesté du thriller médical nous offre une histoire très efficace, très nerveuse, façon mélange de la série Urgence et de Total recall. J'aime l'un et l'autre donc j'ai marché totalement. Un bémol tous les détails médicaux certainement indispensables mais un peu trop nombreux. Le duo de choc des deux étudiants en quatrième année de médecine est intéressant. Elle Lynn, jeune femme amoureuse d'un avocat de 29 ans, Carl, est une des meilleures élèves de sa promotion fragilisée par le décès récent de son père mort de ne pas avoir pu payer ses médicaments, lui Michael afro-américain, une armoire à glace qui aurait pu mal tourner, à la mémoire prodigieuse et à la capacité bluffante de s'adapter tel un caméléon à chaque interlocuteur. Ils sont comme des jumeaux, liés par une amitié à la vie-à la mort. Lorsque Carl se retrouve dans le coma suite à une opération très simple dans le centre médical où étudie et travaille le tandem Lynn/ Michael, c'est le drame mais pas le temps de s'écrouler, il faut comprendre : d'autant plus que le cas de Carl n'est pas unique. Sont dénoncés par Robin Cook la mondialisation de la médecine business au mépris de la vie humaine, la situation catastrophique de l'assurance maladie aux USA malgré les efforts de Barack Obama. Sujet parfaitement maîtrisé, technique littéraire indéniable, quelques scènes plus émouvantes mais peu, car ce livre est comme un coup de scalpel qui taille dans le vif. Très bien. Quatrième de couverture Si la vie n'a pas de prix, la mort, elle, en a un... Tout commence par une banale opération du genou dans un hôpital réputé. Mais Carl ne se réveillera pas de l'anesthésie. Et l'IRM confirme le décès de ce jeune homme pourtant en parfaite santé. Complication post-anesthésique, invoquent les médecins. Lynn, sa petite amie, refuse ce diagnostic. D'autant que le cas de Carl est loin d'être isolé... Elle se lance alors, au péril de sa vie, dans une enquête qui risque de faire éclater l'un des plus gros scandales du siècle. Et si tous les patients de l'hôpital étaient des cobayes ? Manipulation, profits, santé publique, conflit d'intérêts : depuis le légendaire Coma, jamais Robin Cook, le maître du thriller médical, n'avait été aussi proche de la réalité. « Une entrée terrifiante dans le monde de la médecine, de l'argent et de la manipulation. L'un des enjeux majeurs en termes d'éthique et de politique publique de notre époque. » Huffington Post Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • La Découronnée

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La Découronnée Claude Amoz Payot & Rivages 2017 231 pages Thriller Chronique 4 mars 2019 Un roman tout en délicatesse, en tendresse, en bienveillance, en poésie. Le regard que porte l'auteure sur Maia et Isabelle, la vieille femme en recherche de son enfant perdu depuis près de 60 ans et l'adolescente en quête d'une mère trop tôt disparue, entourée de mystère et de silence est doux, compréhensif. Le silence ! C'est bien lui qui, assourdissant, réveille en quelque sorte la statue de la Découronnée au bas de la rue en pente à Viâtre, ville au bord du Rhône, où vécurent Maia et sa famille pendant les années de guerre, où ont résidé Isabelle et ses parents quand elle avait cinq ans, et où habite depuis peu Johan, professeur de sciences revenu du Québec pour prendre un nouveau poste. Son frère, Guy, doit pendant son séjour à Viâtre s'occuper de leur nounou âgée de 75 ans en ses heures caniculaires. Les deux frères ont été élevés par Maia quand leur maman était incapable de le faire. Elle est aujourd'hui à Viâtre profitant du récent emménagement de Johan pour trouver des réponses à la disparition de son fils alors âgé de neuf mois, dans cette ville même. Claude Amoz a ainsi imaginé une drôle de ronde autour de ce petit appartement, autour de cette statue énigmatique de la Découronnée. Une mère est découronnée lorsque ses enfants ne sont plus à ses côtés, car ce sont eux qui forment sa couronne. Maia a cru qu'en accueillant avec son mari Sol des enfants, ceux des autres, toute sa vie, elle remplirait le vide. Mais la rafle de ces années de guerre au marché, ses mains qui se détachent de la barre du landeau pendant que d'autres mains emportent son bébé, tout cela dans un brouillard généré par la terreur des nazis, rien n'est oublié au contraire, tout lui revient en détails, violemment, douloureusement. Quant à Guy, ayant échangé son appartement près de la montagne, avec celui de Johan désireux d'aller escalader, il s'installe en cet été caniculaire, après avoir réussi à grimper la Montée de la Découronnée puis la volée de marches jusqu'au dernier étage sous les toits. Cet appartement, il s'y sent tout de suite bien, allant jusqu'à changer la place du lit dans la chambre, pour le positionner naturellement dans une alcôve. Comme s'il connaissait déjà ces lieux, que ceux-ci lui racontaient une histoire. Lorsque les papiers officiels du notaire arrivent concernant l'achat par Johan du bien, il ne peut s'empêcher d'ouvrir l'enveloppe.....le voilà parti à vouloir savoir qui sont les anciens propriétaires de cet appartement....il fait des comptes, des recoupements, quelques détails le surprennent. Le voici à élaborer des suppositions, des scénarios macabres. Sur internet il trouve les coordonnées de la fille de seize ans, Isabelle Sanchez... Il l'appelle.... Que n'a t'il pas fait ? Quatrième de couverture À Viâtre au bord du Rhône, c'est l'été. La chaleur est étouffante. Johan Mesel, passionné d'escalade, passe ses vacances dans l'appartement de son frère Guy à la montagne, et Guy s'installe dans le logement que Johan vient d'acheter en ville, dans la montée de La Découronnée. Un lieu qui le met mal à l'aise, il a l'impression que la présence des anciens occupants s'y fait encore sentir. Camille, aujourd'hui adolescente, a habité cet endroit. A l'époque où sa mère était encore vivante. Et d'ailleurs, comment est- elle morte ? Les souvenirs de Camille sont flous, comme si elle avait cherché à oublier... quoi exactement ? Claude Amoz, lauréate du prix du Polar SNCF pour son roman «Etoiles cannibales» nous emmène dans un labyrinthe de mystère où passé et présent se télescopent, où les crimes de la grande Histoire viennent ruiner les vies parfois longtemps après avoir été commis. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Je suis innocent

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Je suis innocent Pierre-François Kettler Talents Hauts Les Héroïques 19 mars 2020 256 pages, 13 ans et + Jeunesse Chronique 16 octobre 2020 « Je suis Innocent, avec un I majuscule comme le nom du père de Jean, comme la candeur de cet enfant qui raconte son parcours lors des trois mois de génocide qui fit un million de morts, comme l'innocence de tous les Tutsi assassinés. J'ai voulu donner la parole à un enfant rwandais tutsi survivant du génocide de 1994, réfugié en France et interrogeant sa part française. Un enfant de sept ans qui, porté par la mémoire de sa famille, va survivre à l'atrocité humaine et rencontrer l'amitié, l'amour, la transmission... » Pierre-François Kettler C'est l'histoire de Jean, Munyangoma, celui qui frappe du tambour, l'aigle qui porte la parole de Dieu qui pardonne (p. 224). Un récit qui nous frappe évidemment en plein coeur, car l'indicible, l'indescriptible est dit avec des mots d'enfant qui ne peut comprendre ce qu'il voit, ce qu'il entend, ce qui se déroule sous ses yeux d'Innocent. L'effet de la confrontation entre la sauvagerie et la pureté est décuplé en raison de l'âge de cette victime de génocide, en raison de sa fragilité extrême face au mal absolu immense. Certaines scènes sont insoutenables sans jamais tomber dans le trash, nul besoin de le faire. Trois parties pour ce livre, la vie avant, la survie pendant les semaines de massacres, la fuite. Alors comme Jean n'a pas tout le vocabulaire bien qu'il soit très intelligent et vif, la fierté de sa famille, celui qui frappe du tambour, c'est nous adultes qui remplissons les vides, qui corrigeons les inexactitudes d'interprétation, les figures de style de ce petit homme qui trouve des échappatoires, qui crée des images poétiques, magiques, rassurantes pour raconter la barbarie qu'il affronte sans arme. L'esprit, l'inconscient, notre cerveau qui est une vraie merveille, vont prendre le relais pour bloquer une partie des émotions, pour débrancher les circuits lorsque les coups de machettes sont assénés, lorsque les viols sont perpétrés... Tout reviendra plus tard en flash lorsqu'il sera en sécurité, le fameux Syndrome Post Trauma... La force de résilience est incommensurable. Cette dernière peut être favorisée de différentes manières, et celle choisie par Jean, celui qui transmet la parole, l'histoire, celui qui frappe du tambour au même rythme que son cœur, que le nôtre, est l'écriture, pour lui-même, pour les siens, pour les français de son âge. Ainsi tout est gravé pour l'éternité... Jean reprend sa place parmi les Hommes, et peut continuer son chemin sans jamais oublier les murmures de sa maman qui l'exhorte à vivre, les conseils de son frère lorsqu'il dort. Le rêve dans un décor idyllique du Rwanda éternel, splendide, est une sauvegarde tout au long du chemin... Le sommeil irrépressible au pire des évènements est l'issue de secours. Tout est évoqué dans ce roman avec précision, respect, délicatesse, justesse, tant l'horreur qui s'abat sur les Tutsi est sans nom ; les raisons des coupables sont iniques, impardonnables : celles des tueurs, celles de ceux qui laissent faire. Et comme toujours existent des justes qui se dressent contre les ordres, contre l'inhumanité... Je me suis vraiment demandée si la mention "Niveau de lecture 13 ans et + " de l'éditeur était justifiée, tant certaines scènes de ce conte africain (et universel) désenchanté sont monstrueuses. Nos jeunes ont-ils le niveau émotionnel pour encaisser ? Et puis le massacre de ce professeur a été annoncé, je l'ai su que samedi midi.... J'ai donc lu ce texte en état complet de sidération, à voix haute. En cette fin de dimanche après avoir laissé le temps au temps, sachant que les enfants sont en prise directe avec la violence, la terreur, sans possibilité, pour nous adultes, de filtrer les informations, puisque nous ne pouvons les suivre 24 h/24, peut-être effectivement qu'un tel roman, dans toute sa terrible beauté, dont chaque mot est pesé par un écrivain conscient de ses responsabilités, peut en lecture accompagnée permettre la libération de la parole de nos enfants. Un petit garçon de six ans, que je vois régulièrement, m'a demandé de but en blanc : « Eva, est-ce que tu as été torturée ? Est-ce que quelqu'un de ta famille l'a été ? »: Évidemment je me suis arrêtée serrant encore plus fort sa menotte et lui demandant le plus impassiblement possible pourquoi il me posait cette question. On avait évoqué devant lui la seconde guerre mondiale et les camps. Donc il voulait savoir, ne pas être tenu à l'écart ! J'ai répondu à sa requête très simplement en lui disant que la guerre était finie maintenant. Mais l'est-elle ? Ne lui ai-je pas menti pour me protéger moi et non lui ? Quatrième de couverture Avril 1994, Rwanda. Jean vient de fêter son septième anniversaire quand des événements étranges se produisent : des hommes scandent des chants dans la rue, son frère Aristophane a disparu ainsi que tous les autres membres de sa famille, et son gentil voisin, Anatole, vole son argent dans sa tirelire. Heureusement pour Jean, son ami Donatien, même s'il le battait toujours à la course, est prêt à l'aider et à le protéger des « coupeurs ». À l'abri, Jean se demande quelle folie s'est emparée de ces hommes qui étaient ses « amis ». Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • Les caprices d'un astre

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Les caprices d'un astre Antoine Laurain Flammarion 12 janvier 2021 288 pages Divers Chronique 11 janvier 2022 « Ce livre est dédié à Guillaume Le Gentil (1725-1792) Astronome infortuné, honnête homme. Héros véritable. » C'est curieux comme le portrait photographique de l'auteur est presque sévère, et comme toujours ses écrits sont réconfortants, poétiques, tendres, romantiques, fantaisistes, mélancoliques tout en provoquant le sourire. Encore une fois, Antoine Laurain nous charme par ce très beau texte à l'écriture travaillée, ciselée, nous emportant bien loin de notre actualité, nous sauvant de sa trivialité. Il choisit de nous faire basculer entre deux époques, deux siècles, le nôtre en 2012 exactement et le XVIIIe entre 1761 et 1769. Deux hommes, Xavier notre contemporain et Guillaume Le Gentil personnage historique réel. Ce qui les relie : un télescope ancien oublié dans le placard d'un appartement et... une déesse devenue Astre, Vénus, qui se cache, se mérite, fait des caprices ; elle exige tous les sacrifices, tous les courages, toutes les folies pour accepter de se montrer, de se dévoiler. Un roman sur la quête de l'absolu, de l'Amour unique, du bonheur. La reconstitution historique des voyages de l'astronome sur ordre de Louis XV vers les Indes afin d'assister au passage de Vénus devant le soleil, événement des plus rares qu'il ne faut surtout pas rater, est fabuleuse, palpitante, dépaysante, salvatrice. À vous les voiles qui claquent, la nature luxuriante, les eaux turquoises, la découverte de peuples, de paysages, de coutumes, à vous l'émerveillement, à vous aussi les tempêtes, les moussons, les déconvenues, le désespoir. Guillaume Le Gentil est un homme hors norme, un rêveur, un absolutiste, un personnage à la Jules Verne.... De l'autre côté du temps, à l'autre bout du télescope, Xavier mène une vie des plus banales, se traîne un sentiment d'échec. Il est divorcé, a un fils qu'il voit un weekend sur deux, une agence immobilière à Paris. Le merveilleux va s'inviter enfin dans son existence par le biais d'une caisse oubliée dans un appartement par son ancien propriétaire. Quand il ouvre l'étui, il ne sait pas que déjà il pose le pied sur une autre planète, celle de tous les possibles. Mais il faudra être brave, gonflé, ne plus se mettre de limite.... pour vivre pleinement, pour respirer. Et ce livre nous permet effectivement de retrouver notre rythme interne, de nous reconnecter à l'essentiel. Une porte est entrebâillée pour vous, franchissez-la sans peur.... Les quatre dernières lignes sont d'une grande beauté. Tout le livre est d'une grande beauté. Quatrième de couverture Xavier Lemercier, agent immobilier, trouve au hasard d'une visite d'appartement un mystérieux télescope ayant appartenu à un célèbre astronome. Voilà bientôt qu'il cadre dans l'instrument, depuis son balcon, une femme derrière une fenêtre, sans oser, bien sûr, l'aborder. Divorcé et esseulé, avec pour seules joies ses week-ends avec son jeune fils, il commence à tomber amoureux de l'inconnue. Un jour, Alice, la femme observée, pousse la porte de l'agence immobilière pour lui demander d'expertiser son appartement. Deux cent cinquante ans plus tôt, Guillaume Le Gentil de la Galaisière, astronome de Louis XV - personnage qui a réellement existé -, partait vers les Indes pour observer l'exceptionnel passage de Vénus devant le Soleil. Il revint onze ans plus tard, déclaré mort et sans avoir pu observer l'éclipse. "Tu ne cherches pas une étoile, tu cherches l'amour, tu le trouveras à la fin du voyage", lui dit un vieux sage durant son étonnant périple dans les mers de l'Inde. Du XXIᵉ au XVIIIᵉ siècle, les trajectoires de ces deux hommes romantiques s'entrecroisent et se répondent. Entre le récit d'aventures et le conte philosophique sur la quête de soi, Antoine Laurain signe un roman qui répond au besoin d'évasion et de merveilleux qui sommeille en chacun de nous. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • La famille Han

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La famille Han Min Jin Lee Charleston 14 février 2023 832 pages traduites par Laura Bourgeois Historique Chronique 3 juin 2023 « Le prix de nos couronnes est déjà acquitté. Il ne nous reste plus qu'à les porter » James Baldwin « UN PREMIER ROMAN AMBITIEUX ET REMARQUABLE. » The New York Times Un premier grand roman pour Min Jin Lee, paru en 2007, écrit à la façon de Jane Austen, situé cependant dans la communauté coréenne chrétienne pratiquante de New York, fin des années 1990, les années toc, fric, sexe. Un scénario bâti autour de la famille Han avec des ramifications vers leurs proches. Plusieurs thèmes traités : Des relations parents-enfants, lorsque les premiers obéissent encore à des règles de leur pays d'origine et que les seconds cherchent leur place dans une société américaine capitaliste et matérialiste aux antipodes des valeurs coréennes ancestrales ; Des relations amoureuses et de l'incapacité à communiquer réellement, ( l'apparition du portable vers 1998-2000 n'y changera rien ) ; Du patriarcat tout puissant quelque soit le côté de la barrière ; De l'importance affolante donnée à l'argent et aux apparences, de la success-culture, de la sur-consommation immédiate et indigeste de tout et n'importe quoi, de cette course effrénée vers toujours plus de pouvoir, plus de dollars. Le poids de la responsabilité que portent sur leurs frêles épaules l'inclassable et indomptable Casey et sa petite sœur Tina est bien lourd. Comment contenter leurs parents conservateurs qui ne voient et jugent le monde que par le prisme de leur religion et de leur culture asiatique ? Comment trouver leur place, comment se forger leur avenir et savoir ce que qu'elles veulent faire lorsque les deux univers où elles se meuvent, coréen et américain, s'affrontent et se télescopent en permanence dans leurs têtes ? Où se situer ? Tout le monde a un avis sur la question, tous se mêlent de la vie de Casey, en particulier, si semblable à son père et donc fatalement en conflit avec ce dernier sous les yeux de sa mère soumise et apeurée. Le brouhaha des voix autour d'elle est tellement fort qu'elle ne s'entend plus penser. Elle veut plaire à tous mais se perd elle-même. Entrer dans le moule américain, ou respecter les codes coréens... et si la solution était ailleurs. La métamorphose qui s'opère dans la société américaine et plus généralement dans le monde, se répercute évidemment sur la vie personnelle de chacun. Fin d'un système ultra capitaliste, on revoit sa copie, on revient à des valeurs plus essentielles et authentiques. Et l'on peut peut-être devenir qui l'on doit être... Le chemin est semé d'embûches, de pièges, d'impasses pour la jeune fille mais également pour sa mère effacée à la voix de soprano exceptionnelle, pour sa sœur si conventionnelle et consensuelle, pour son père qui se révélera étonnant, pour son petit ami blanc puis son compagnon Unu génie de la bourse, pour Ella si douce et obéissante et son horrible époux Ted, pour David l'amoureux silencieux, pour Virginia l'adoptée, pour Sabine la mentor inquisitrice.... Les 832 pages se lisent très vite. La découverte de ce microcosme coréen au cœur de New York est passionnante et sidérante. L'importance de la religion dans chaque acte de la vie, le carcan cultuel et culturel incroyables, les ressources que doivent trouver ces enfants d'immigrés pour être à leur juste place énormes. Quelques soient les origines ethniques, ce qui définit les humains sur le papier, ( genre, religion, langues, etc, etc... ) la société tente toujours et par tous les moyens de hiérarchiser les individus, de les mettre dans des cases, de leur imposer une discrimination dégradante et injuste. À nous de trouver le moyen et la force de nous y opposer, d'ouvrir d'autres chemins vers la liberté de vivre et de penser, de revenir à l'essence de notre être. Très beau roman, bouleversant, universel et intemporel. Les notes d'introduction de l'autrice sur son propre parcours d'écrivaine sont très touchantes. Quatrième de couverture Fille aînée d’immigrés coréens, Casey Han a été élevée dans le Queens dans le respect des traditions et des valeurs de ses parents. Ils ont travaillé dur toute leur vie pour assurer à leurs enfants un bel avenir, mais à vingt-deux ans, Casey, tout juste diplômée de Princeton, n’a aucune véritable ambition professionnelle et ne rêve que d’une chose : faire partie de la haute société new-yorkaise. Au grand désespoir de son père, elle refuse son admission en droit à Columbia et se retrouve sans travail ni argent à Manhattan. Casey est prête à tous les sacrifices pour pénétrer dans ce monde étincelant de privilèges, de pouvoir et de richesse, mais à quel prix ? S’inspirant des grands romans victoriens, Min Jin Lee offre le portrait saisissant d’une jeune femme cherchant à s’affranchir de sa communauté, miroir d’une génération tiraillée entre le désir d’intégration et le poids des traditions. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

  • La femme qui a tué les poissons et autres contes

    Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La femme qui a tué les poissons et autres contes Clarice Lispector Editions des Femmes Antoinette Fouque 2 décembre 2021 96 pages traduites par Izabella Borges, Jacques et Teresa Thiériot, illustré par Julia Chausson Divers Chronique 13 décembre 2021 La version audio est paru en mai 2022 lue par Lio réalisation Francesca Isidori, 1h40mn. « Clarice Lispector construit une œuvre singulière et polyphonique, traversée par un questionnement sur l'étrangeté du monde sous l'apparente banalité des choses. » Lio est la lectrice idéale pour ces textes à destination des enfants, évidemment en raison de l'amour du portugais partagé avec l'autrice, mais également sa totale sincérité, sa capacité à l'émerveillement, n'hésitant pas à jouer totalement le jeu, interprétant toutes les voix avec drôlerie, n'ayant pas oublié la fillette coquine, malicieuse et intelligente qu'elle fut, s'adressant ici aux enfants avec le cœur, à l'instar de Clarice Lispector. Avec ces textes pleins d'humour, poétiques, tendres, cette dernière s'inscrit dans une tradition, reprend le flambeau d'un Ésope ou d'un Jean de la Fontaine. Les morales ou leçons ne sont pas assenées de la même façon en fin d'histoire mais en filigrane, peu à peu, l'air de rien... Tout est dans la subtilité. D'ailleurs le terme de contes est employé pour le titre, mais ces contes sont « fabuleux », tant pour les enfants que pour les adultes. À prendre et reprendre indéfiniment : les sens cachés par l'autrice ou que nous y voyons par le prisme de notre expérience, apparaissent lentement, à notre insu, ou dans les heures suivant la lecture. Ces animaux-là sont nos reflets évidents, par leur courage, leurs comportements, leur violence, leur faiblesse, leur bassesse, leurs sentiments. L'autrice rend hommage à tous ces compagnons loyaux, ces animaux « domestiques » qui nous aident à supporter cette vie, à croire encore en la loyauté et l'amour. Clarice Lispector est aussi une mère laissant une vibrante et délicate déclaration d'affection éternelle à ses fils. Chacun trouvera dans ces bijoux finement ciselés ce qu'il cherche, une histoire à raconter aux enfants d'aujourd'hui, à ceux que nous fûmes, ou une fine mise en évidence de certains comportements humains que nous préférerions garder cachés sous de fausses apparences. Quatrième de couverture « Rappelant les légendes traditionnelles et les contes initiatiques, Clarice Lispector mêle le monde de l’enfance aux destins d’animaux. Ces derniers se voient pris dans un tourbillon d’évènements aussi anodins que mystérieux, inspirés de la vie quotidienne. Ainsi, le titre éponyme de ce recueil revient sur la mort de deux poissons rouges que son fils Paulo lui avait demandé de garder en son absence. Dans Comme si c’était vrai, on croise le chien Ulysse au regard humain, fidèle compagnon de Clarice Lispector, qu’elle ne remplaça jamais après sa mort. C’est avec un mélange exquis d’humour et de simplicité, de douce ironie et d’amour maternel, que C. Lispector déploie l’appréhension sensible et émotionnelle du monde, la recherche du sens ou le renoncement à le trouver. La maternité et l’enfance sont au centre de son œuvre : chez cette autrice incomparable, nulle opposition entre son rôle de mère et son travail d’écrivain. En témoigne son fils cadet, Paulo Gurgel Valente, qui se souvient de sa mère « avec une machine à écrire sur les genoux, tapant avec application au milieu de la pièce principale de la maison, au milieu des bruits des enfants […] ». Après avoir publié en 2004 La vie intime de Laura suivi du Mystère du lapin pensant, les Editions des Femmes-Antoinette Fouque présentent une nouvelle édition de ces deux contes, réunis en un volume auquel viennent s’ajouter deux titres : une nouvelle traduction de La femme qui a tué les poissons (Ramsay, 1990 et Seuil, 1997) et un conte inédit en français et publié pour la première fois, Comme si c’était vrai. Ce recueil est illustré par l’artiste graveuse Julia Chausson. « Parce qu’au début et au milieu je vais vous raconter des histoires sur les animaux que j’ai eus, pour vous montrer que je ne pourrais pas avoir tué les poissons autrement que sans le faire exprès. J’ai bon espoir qu’à la fin de ce livre vous me connaissiez mieux et que vous m’accordiez le pardon que je demande pour la mort de deux “tyrougets” – c’est comme ça qu’on les appelait à la maison, « tyrougets ». » CL Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs

bottom of page