Trouverez-vous votre bonheur ?
Résultats trouvés pour la recherche vide
- La vie rêvée de Virginia Fly
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La vie rêvée de Virginia Fly Angela Huth Quai Voltaire / La Table Ronde Février 2017 218 pages traduites par Anouk Neuhoff Roman Chronique 13 avril 2018 Le titre original est « Virginia Fly is drowning » paru en 1972. En premier lieu l'auteure « est née à Londres en 1938 et vit aujourd'hui dans le Warwickshire. Journaliste réputée, elle a publié de nombreux romans à succès, deux recueils de nouvelles, etc..... Elle a aussi écrit des pièces pour la radio et la télévision et réalisé des documentaires. Dix romans ont paru chez Quai Voltaire, ....dont « Mentir n'est pas trahir » en 2015. » Ce récit tendrement caustique, furieusement drôle, doucement cruel, nous raconte la vie tumultueuse et fantasmée de Virginia, qui nous apparaît dès le départ tout de même bien atteinte : on ouvre sur son rêve de viol par un moustachu, rêve qu'elle fait dans son lit ou réveillée devant sa classe d'art plastique. Elle en frissonne. Voilà bien le problème, Virginia rêve son existence, elle ne la vit pas réellement. Elle attend la grande passion, le tsunami, et la voilà coincée à 31 ans, célibataire chez ses parents, à supporter une mère à étrangler, à partager une belle complicité avec son père vieillissant, au lieu d'être avec un mari, chez elle, ou même mère comme toutes ses anciennes copines, comme Caroline. Enfin la maternité ce serait de toute façon difficile car Virginia est VIERGE. Alors même si ce livre date de 1972, même à l'époque c'est un peu dur à croire, sauf si elle se destine à la vie monacale. Mais non, elle analyse parfaitement sa situation avec un pragmatisme sidérant, elle accepte même d'en parler dans une émission de téléréalité. Là, on vacille de honte pour elle, mais elle non ! Et on rit tant la description du tournage chez les Fly est savoureuse. C'est de l'humour anglais qui fonctionne parfaitement. Pourtant il y a de l'espoir, car le correspondant américain de Virginia depuis douze ans arrive enfin à Londres. Évidemment notre institutrice s'imagine déjà mariée à Charles. Hum ! Là une scène d'anthologie vous attend entre ses deux spécimens exceptionnels. Toutes les femmes se retrouveront dans certains détails évoqués. Ah, ah ! Et puis, il y a également son ami Hans mélomane, distingué et prévenant, veuf, beaucoup plus âgé, qui l'entoure d'attentions délicates, sans qu'elle percute, hum ! Imaginez donc sa tête quand il voit cette jeune femme qu'il apprécie tant, avouer sa virginité à la face du monde. Il lui adresse immédiatement un courrier pour lui proposer un rdv, il veut lui apporter son assistance. Une certaine Mrs Thompson aussi, veuve, ancienne prostituée, écrit à cette cause perdue, proposant ses services de professionnelle de la séduction. Toute une galerie de personnages à peine caricaturés et irrésistibles, quelques fois grotesques ou pitoyables, le plus souvent charmants car improbables et attendrissants. Attention cela peut être une fable absurde, c'est en fait une description psychologique tout en sourdine et finesse de certains oubliés, perdus de la vie, bouffons, qui n'ont pas reçu le mode d'emploi. Des inadaptés, mais nous, le sommes-nous vraiment en toute circonstance ? Alors que va-t-il enfin arriver à Virginia dans la réalité, va-t-elle réussir à s'en contenter, à comprendre où est son bonheur, le vrai....? Très bien observé, ce roman n'a pas pris une ride, malicieux et humoristique, et étonnant d'à propos dans une époque où la solitude est le mal de l'époque, où la communication n'est quelques fois que virtuelle. À méditer en souriant, et surtout « carpe diem ». Quatrième de couverture Souvent, debout face à ses élèves ou allongée sur son lit, Virginia Fly a la vision merveilleuse d’une main d’homme caressant son corps, déclenchant un frisson le long de son épine dorsale. Que ferait-elle si un inconnu apparaissait à la fenêtre, pénétrait dans la pièce et la séduisait ? Car à trente et un ans, Virginia, toujours vierge, vit sagement chez ses parents, dans la banlieue de Londres. Il y a bien son ami Hans, un professeur mélomane, mais ce n’est pas lui qui assouvira ses fantasmes. Non, celui qu’elle attend, c’est Charlie, son correspondant américain, dont la visite s’annonce enfin après douze années d’échanges épistolaires. Seulement cette arrivée coïncide aussi avec la diffusion d’un reportage télévisé sur Virginia, qui se prend à rêver que, parmi les opportunités tout à coup florissantes, il en est une – peut-être le charmant Ulick Brand ? – qui saura combler ses attentes. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Juste après la vague
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Juste après la vague Sandrine Collette Denoël 2018 302 pages Divers Chronique 2 mai 2018 Hymne à l'amour maternel et fraternel capable de soulever des montagnes, ou plutôt de soulever avec la dernière énergie des rames, lorsque l'essence vient à manquer et que le moteur d'un bateau de fortune s'arrête définitivement au milieu de rien, sur une mer infinie sans espoir de survie. Décidément l'auteur aime les décors immense de fin du monde forçant l'homme à se dépasser que ce soit à la montagne dans " Six fourmis blanches" un thriller étouffant et vertigineux, ou cette fois sur une île déserte où ne reste qu'une maison, neuf enfants et leurs parents en haut d'une colline aujourd'hui inondée après le passage d'un raz de marée. L'eau grignote du terrain tous les jours, menaçant la vie du petit groupe condamné à moyen terme. Il faut prendre une décision impossible, car la seule barque n'est pas assez grande pour y embarquer tous. Le père va trancher avec douleur, pas sûr que sa femme lui pardonne un jour ce choix déchirant. Il décide de partir avec les plus grands qui pourront l'aider à ramer, et les derniers nés. Départ en pleine nuit pour ne pas réveiller Louie le boiteux, Perrine la borgne, Noé le nain, les trois enfants du milieu. Ce n'est donc pas en raison de leur "imperfection" qu'ils sont élus pour rester sur l'île jusqu'au retour du père prévu dans les quinze jours, mais de par leur place dans la fratrie. Mais la mère, écartelée de douleur ne peut le comprendre, elle en crève de laisser trois de ses bébés. Rien de rationnel donc dans cette haine qui monte en elle déraisonnablement. Un mot sur la table, des provisions préparées, les 8 ombres disparaissent dans la nuit direction plein Est vers les hautes terres, vers un périple terrifiant, mortel, au bout des limites.... Au réveil, notre trio est abandonné, seul, sidéré, sur ce bout de terre bientôt disparu. Alors une aventure terrifiante et extraordinaire commence pour ces héros miniatures.. La forme huis clos est une des plus difficiles de la littérature et Sandrine Collette relève le défi d'en mener deux à leur terme avec énormément de talent : celui sur la barque où sont les parents et six des enfants, et celui sur l'île avec le trio de gamins. Les deux groupes vont devoir affronter les vents, les tempêtes de la fin du mois d'août, la chaleur, la faim, des dangers imprévisibles et surtout leur propre terreur. Pour le couple s'ajoutent la culpabilité d'avoir abandonné trois enfants, et l'urgence d'atteindre la terre ferme pour repartir le plus vite possible vers la maison bientôt inondée, disparue. Mais la fureur des éléments, de la mer, du ciel se réveillent, les dieux semblent s'acharner, la mort les suit, les guette tel cet immense monstre sous la quille de l'esquif. Un autre danger accoste à l'îlot pendant ce temps-là. Une silhouette noire se dresse soudain face aux trois gamins fragiles et perdus. Un thriller dû à une catastrophe naturelle, où le meilleur comme le pire de la nature humaine se révèlent. On en reste épuisés tant nerveusement qu'émotionnellement. Terriblement beau ! " Une histoire terrifiante qui évoque les choix impossibles, ceux qui déchirent à jamais. Et aussi un roman bouleversant qui raconte la résilience, l'amour, et tous ces liens invisibles mais si forts qui soudent une famille." Une métaphore puissante sur la vie, le destin, notre pouvoir de vaincre les éléments, les évènements par le soutien, l'amour, l'humanité que l'on se témoigne quoiqu'on traverse. Deux combats inouïs pour se retrouver... Quatrième de couverture Une petite barque, seule sur l’océan en furie. Trois enfants isolés sur une île mangée par les flots. Un combat inouï pour la survie d’une famille. Il y a six jours, un volcan s’est effondré dans l’océan, soulevant une vague titanesque, et le monde a disparu autour de Louie, de ses parents et de ses huit frères et sœurs. Leur maison, perchée sur un sommet, a tenu bon. Alentour, à perte de vue, il n’y a plus qu’une étendue d’eau argentée. Une eau secouée de tempêtes violentes, comme des soubresauts de rage. Depuis six jours, ils espèrent voir arriver des secours, car la nourriture se raréfie. Seuls des débris et des corps gonflés approchent de leur île. Et l’eau recommence à monter. Les parents comprennent qu’il faut partir vers les hautes terres, là où ils trouveront de l’aide. Mais sur leur barque, il n’y a pas de place pour tous. Il va falloir choisir entre les enfants. Une histoire terrifiante qui évoque les choix impossibles, ceux qui déchirent à jamais. Et aussi un roman bouleversant qui raconte la résilience, l’amour, et tous ces liens invisibles mais si forts qui soudent une famille. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Anthologie de la Tour Eiffel
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Anthologie de la Tour Eiffel Béatrice Mandopoulos & Albine Novarino-Pothier De Borée Histoire & Documents 28 octobre 2021 280 pages Documents Chronique 10 novembre 2021 « La Tour Eiffel, cette exception culturelle que le monde envie à Paris. » Et pourtant combien le projet et son créateur furent décriés par une certaine élite artistique et intellectuelle de l'époque pour, quelques années après, dès la cérémonie d'ouverture du monument, retourner allègrement sa veste. Les textes vitupérants de l'époque, collectionnant les grandes envolées lyriques, les images poignantes, les exagérations ridicules, sont d'une grande cocasserie et drôlerie. Les réponses aux détracteurs sont tout aussi réjouissantes et délicieuses. La "Tour de Babel" heureusement est restée en place, exemplaire unique des avancées techniques de l'industrie de cette fin du XIXe siècle, chef d'œuvre de fer, exploit des ingénieurs mais aussi de tous les ouvriers jusqu'au plus humbles remerciés par Gustave Eiffel lors de son discours d'inauguration. De magnifiques photographies et reproductions de croquis jalonnent ce bel ouvrage, des plus précis également, détaillant avec un souci d'excellence toutes les informations même les plus infimes concernant ce monument aujourd'hui inséparable de Paris, son symbole immédiat, visité par plus de 300 millions de curieux du monde entier depuis 1889. Les autrices insistent également sur les services rendus par ce colosse, au delà du prodige technique de sa construction, au chapitre 9, la Tour Eiffel et les sciences : « Dès 1886, Gustave Eiffel savait que seule l'utilité scientifique de la Tour pourrait faire taire ses adversaires et prolonger sa durée de vie au-delà des vingt années initialement prévues ! Les perspectives sont encourageantes car la hauteur de la Tour doit permettre observations météorologiques et astronomiques, expérience de physique, observation stratégique, communication par télégraphe optique, éclairage électrique et études du vent. » Elle fut ainsi un élément décisif participant aux victoires des alliés à la fin des deux conflits mondiaux. Elle est centrale pour les débuts de la radio et de la télévision dès 1921, etc.... Inspiratrice des chansonniers, des auteurs compositeurs, des poètes, représentée partout même sur les timbres, au cinéma, dans les BD, support publicitaire et lieu de rassemblement lors des grandes manifestations patriotiques ou artistiques, elle est copiée mais jamais inégalée. Comment pourrions-nous aujourd'hui imaginer qu'elle ne soit pas là ? Impensable. Très beau livre dans un format maniable, avec une couverture souple, au contenu complet, intéressant, plein d'humour tout en étant exigeant ; c'est un cadeau parfait à prix tout doux pour Noël et pour tous les amoureux de la belle. Quatrième de couverture - objet de discorde dès sa création, mais aussi objet de convoitise et d'administration, voire d'adoration, la Tour Eiffel ne laisse jamais personne indifférent. - À l'instar de Gustave Eiffel, la Tour possède une longue et tumultueuse histoire, riche en rebondissements de toutes sortes, tous plus étonnants les uns que les autres. - On vient du monde entier pour contempler ce symbole de Paris et de la France qui ne cesse, inlassablement, merveilleusement, de se réinventer au fil des ans. • Notre Dame de Fer, la vraie, toute d’acier et de boulons, continue de recéler d’incroyables secrets et de profonds mystères que ce livre a tenté de capter en puisant aux meilleures sources : les écrits que les détracteurs du « grand pylône » et les amoureux de la « bergère des nuages » lui ont consacrés depuis sa naissance. • Dans un esprit « amoureux de la tour Eiffel », une approche chronologique, culturelle et captivante, car l’emblème de Paris et de la France à l’étranger livre une histoire trépidante... Chapitre 1 : Qui est notre dame de fer ? - Emplacement - Date de commencement / d’achèvement des travaux - Circonstances de l’édification - Commande de l’époque - Matériaux, etc. Chapitre 2 : Quand le fer charme la plume... Citations de textes en prose ou en poésie, textes littéraires ou journalistiques. À la gloire de la tour. Chapitre 3 : les détracteurs du projet montent au créneau Citations de textes en prose ou en poésie, textes littéraires ou journalistiques. en défaveur manifeste de la tour. (manifeste des 60). Des arguments parfois étonnants à découvrir ! Chapitre 4 : les hommes de la dame de fer Gros plan sur Gustave Eiffel, naturellement, sa vie et son œuvre. Encadrés pour mettre l’accent sur les autres réalisations de ce Bourguignon d’exception. Mais aussi les collaborateurs et ouvriers qui ont travaillé à cette édification en ayant à respecter des délais dans des conditions assez invraisemblables. Chapitre 5 : et la tour Eiffel est éternelle... D’hier à aujourd’hui : les modifications techniques les plus - Les restaurants, les boutiques successives - Les objets dérivés - Les fêtes, manifestations et illuminations remarquables - Les hommes volants - Les suicides et autres faits divers morbides - Les visiteurs remarquables - Les autres tours Eiffel dans le monde... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La Folle vie d'une duchesse de Napoléon
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La Folle vie d'une duchesse de Napoléon Gilles De Becdelièvre De Borée Vents d'Histoire 1er septembre 2022 343 pages Biographie Chronique 26 septembre 2022 Un réel plaisir de lecture presque gustatif, une réjouissance littéraire et artistique, la plongée dans une époque tumultueuse et théâtrale dans les pas d'une des figures de l'Empire, célèbre alors, aujourd'hui oubliée ou mal comprise. Une biographie délicieusement caustique, cruelle, mais aussi crève-cœur et bouleversante sous la forme d'un dialogue enlevé entre la duchesse d'Abrantès et l'auteur, Gilles de Becdelièvre. En voilà une riche idée, prétexte à des discussions passionnantes et passionnées entre ces deux caractères bien affirmés refusant, pour un temps, d'abandonner à l'autre une parcelle de terrain. Il en va de la vérité, celle de chacun, celle historique et vérifiée, documentée, celle d'une enfant devenue trop vite épouse, jouet consentant ou inconscient de la société, de sa mère, des hommes qu'elle a aimés, de Bonaparte, enfin et toujours, le grand ordonateur de toute chose jusqu'à sa chute et celle de notre Laure. L'avènement de ses successeurs sur le trône ne changera rien au destin funeste de cette héroïne éblouissante puis pathétique. Plus que la biographie d'une femme, cet ouvrage est le portrait d'un pays, de sa population et de certains de ses enfants issus exangues et traumatisés de la Terreur. La grande boucherie de ses années cauchemardesques, les massacres, la peur indicible d'être torturés, exécutés, les images ineffaçables de l'enfer, font des rescapés des individus perdus, paumés, sans repères réels attendant la venue d'un maître, d'un père, d'un sauveur, d'un messie. "La duchesse : - Notre société était amorale. L'auteur : - De fait, elle était étrangère à la morale. En revanche, vous n'étiez pas immorale, entendez opposée à la morale. Une clarification nécessaire à vos "arrangements" parce qu'ils ont de quoi ébahir ceux qui n'ont pas vécu cette époque." Ainsi donc... Laure, Corse et fille de bonne famille, a grandi avec Napoléon ; elle s'est moquée de son physique ingrat, de ses crises de nerfs, de son ridicule des premières années ne se doutant pas, à l'instar de sa mère qui logera plus tard le jeune homme, que celui-ci est promis à un avenir exceptionnel. Lui, ne doute ni de son futur glorieux, ni de sa mission sur terre : former une nouvelle dynastie, créer une nouvelle société, une nouvelle noblesse, un Empire immense tel un César romain. Présenté comme un chef de clan Corse digne d'un "padrone" de la mafia, doué d'une grande intelligence, d'un sens de la stratégie politique, guerrière, il place ses pions sur l'échiquier qu'il est seul à visualiser. Tout son entourage, épouses, fratrie, compagnons sur les champs de bataille, femmes de la noblesse d'Empire, tous sont utilisés, instrumentalisés avec rouerie, brutalité, et une forme de perversité. Napoléon est un narcissique, omnipotent, autoritaire, visionnaire, soudain complaisant avec certains, bizarrement miséricordieux et sensible avec d'autres pour redevenir très vite un misogyne exécrable, un manipulateur haïssable ; il n'est pas sanguinaire ou criminel par nature, par déviance, il poursuit un but, suit son plan sans affect ; fin psychologue, il est au fait de toutes les bassesses de son entourage, de toutes leurs faiblesses, turpitudes, tromperies. Il n'y a plus d'interdit, il n'y a plus de limite, on se trompe allègrement entre époux, entre amis, on s'enrichit honteusement, on spécule, on se vend, on prend part à une tragi-comédie qui, pour Laure, se transformera en drame personnel, en déroute financière, en déchéance totale jusqu'à une fin digne d'un opéra vériste. Cependant, avant cette terrible conclusion, quelle existence incroyable cette femme a-t-elle donc eu ! Quels personnages hors norme a-t-elle aimés, détestés, admirés, suivis, aidés ou condamnés ! Choisie par Napoléon pour son côté décoratif, son entregent, son éducation accomplie, sa connaissance des usages de l'Ancien Régime, elle a comme fonction de mettre en scène et dans la lumière cette nouvelle aristocratie élue par l'empereur lors de soirées fastueuses, d'après-midi où l'on tient salon ; elle doit aussi assister son benêt de mari nommé à des postes prestigieux dont celui de gouverneur de Paris. Elle se révolte contre cette autorité paternaliste mais obtempère toujours. Elle ne sait pas faire autrement. L'auteur, adroitement, délicatement, tente de lui faire ouvrir les yeux sur la façon dont les hommes de sa vie se sont peut-être servis d'elle, rien n'y fait, ce n'est pas sa lecture des évènements. Et quels hommes ! Bonaparte évidemment, le mari passe encore, mais également Metternich, Balzac, Maurice de Balincourt..... On doit reconnaître que ce personnage de femme intrigante, essoufflante, usante, quelques fois détestable, devient peu à peu bouleversante, aimable. Sa fragilité extrême si adroitement cachée depuis sa jeunesse éclate enfin dans sa maturité. Une mise à nue où la véritable Laure apparaît, brisée. Le poème écrit par Victor Hugo à sa mort clôt cette vie de grandeur et de ruine, de lumière et de ténèbre. Une fresque historique somptueuse, une biographie furieusement drôle et sincèrement touchante. Un ouvrage magnifique d'une érudition accessible, d'une beauté littéraire indéniable. Quatrième de couverture Laure de Permon, témoin privilégiée et méconnue de la période napoléonienne, fille de la bourgeoisie, deviendra duchesse d'Abrantès. Sa vie offre une plongée originale au cœur de la vie au temps du Consulat et de l'Empire. Maniant l'art de recevoir comme personne, l'épouse du général Junot contribuera à faire de Paris la capitale mondiale du divertissement. Du faste des réceptions à l'importance de l'étiquette, des descriptions des proches de Napoléon aux multiples rivalités amoureuses, c'est sans complaisance et avec drôlerie que cette femme séductrice et cultivée retrace sa vie et dresse le portrait de l'univers aussi superficiel qu'indispensable dans lequel elle évolue. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Sans foi ni loi
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Sans foi ni loi Marion Brunet Pocket Jeunesse 2019 223 pages Jeunesse Thriller Chronique 15 janvier 2020 Un thriller sous forme de western dont le personnage principal est une femme hors la loi, borderline, juste après la guerre de Sécession.... Pour les jeunes adultes en particulier, et pour tous, je pense : voilà qui est drôlement séduisant, original, d'autant plus que ce roman est diablement bien écrit, caustique, sans concession, ménageant de très belles scènes d'action, d'amour, d'amitié, de tendresse, d'émotions, de peur, de rire... Le cadre : le Far West, d'abord la maison d'un pasteur, le père violent et pervers de Garett, puis les plaines et forêts jusqu'à une ville de bonne taille avec son Saloon, son bordel... Là attendent Jenny et Pearl .... Mais aussi Will et Sean.... Tous ceux qui vont devenir si importants dans la vie de l'adolescent pour qui ce rapt, par une bandit de grand chemin, va être sa rédemption pour des pêchés qu'il n'a pas commis mais pour lesquels son père le battait et le maltraitait. Ce sera sa porte d'entrée vers l'âge adulte... Grâce à cette femme exceptionnelle, hors norme, il va apprendre à prendre sa destinée en main, à vivre libre, à choisi son camp, à faire preuve de tolérance et d'humanité dans une société sclérosée, mysogine, corsetée, injuste, expéditive avec les plus faibles et les femmes.... Abigail Stenson est haïe parce qu'elle est une voleuse, une tueuse, mais surtout, et avant tout, parce qu'elle se permet de s'habiller en homme, de vivre comme un homme, de s'arroger tous les droits de ces messieurs. On l'aime ou on la déteste.... elle ne laisse personne indifférent. S'enfuyant sur le cheval volé au Marshal avec Garett en prisonnier de plus en plus consentant, Ab met en place déjà la fin de cette histoire.... Elle le sait, poursuivie par le pasteur, le Marshal et un chasseur de primes psychopathe, elle n'a pas d'autre choix que de profiter de son avance pour rejoindre au plus vite Jenny et Pearl, pour les mettre financièrement à l'abri.... Et surprise, le jeune Garett est un compagnon de voyage utile, agréable, un gamin courageux dont la vie n'a pas été facile. Elle comprend ses cicatrices, elle les soigne et se soigne en même temps d'une enfance maltraitée. Elle devient son mentor, il est lui aussi sa rédemption.... J'ai eu en tête pendant tout ce livre très cinématographique Sharon Stone en hors la loi... C'est une histoire qui serait fabuleuse en film, de ceux de Robert Redford ou Clint Eastwood.... À vous de monter à cheval, une fantastique course poursuite à travers le Far West vous attend. Très bon livre... magnifique final... Quatrième de couverture Lorsqu'une hors-la-loi débarque chez lui et le kidnappe, Garett est terrifié. Pourtant Ab Stenson, cette femme indomptable, est celle qui lui ouvrira les portes d'un avenir moins sombre, loin de son père violent. Fasciné par sa ravisseuse, Garett découvrira ses plus grands secrets, ceux qu'on ne révèle qu'à ses plus proches amis. Dans son sillage, il rencontrera l'amour et l'amitié, là où il les attendait le moins. Jusqu'au bout de la route, où Ab lui offrira le plus beau des destins : la liberté. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- May et Chance - Les journaux de June Wolf Hadley
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires May et Chance - Les journaux de June Wolf Hadley Jim Fergus Cherche Midi 3 novembre 2022 311 pages traduites par Jean-Luc Piningre Historique Chronique 29 janvier 2023 Quatrième tome de la série Mille femmes blanches : Mille femmes blanches La Vengeance des mères Les Amazones Enfin Jim Fergus apporte la touche finale à sa grandiose fresque historique, à ce récit incroyable dans des paysages somptueux, à ces portraits dressés d'héroïnes malgré elles, victimes d'un destin cruel, injuste, les ayant poussées aux limites de leur force. Que de mortes, de sacrifiées... bien peu en ont réchappé. Ainsi May, Martha, Lady Ann accompagnées de Chance, le cow boy et amoureux de May, sont en chemin pour Chicago. C'est le retour au monde dit civilisé, celui des blancs. C'est aussi le moment de solder ses comptes et de prendre sa revanche pour notre May, de revenir chez soi pour Martha et Ann. Que vont-ils devenir dans cette société blanche, eux qui ont vécu auprès des indiens, contraints ou par choix, témoins des massacres, des destructions massives de ces peuples de natifs à qui ont a arraché leur terre, leur moyens de subsistance ?Les forêts sont détruites, les bisons tués, les survivants asservis, parqués dans des réserves où on les affame, où on brise leur volonté, leur psyché. C'est un génocide. Qui sont les barbares ? May et Chance savent qu'ils sont à la croisée des chemins, à la frontière d'une autre vie. l'Ouest, tel qu'ils l'ont connu, n'est plus qu'un mirage, un rêve qui s'efface. La société s'industrialise, se mondialise, une nouvelle forme d'esclavagisme qui ne dit pas son nom se met en place préfigurant le xx ème siècle et ce qui se déroule aujourd'hui. L'homme est un loup pour l'homme, le seul animal à détruire son propre habitat. Discrimination, hiérarchisation des individus, système de caste, cynisme d'une classe dirigeante, voilà ce qui attend le couple. Cependant, May est motivée par son amour maternel ; elle veut revoir les deux enfants qu'on lui a enlevés. Pour cela, elle doit impérativement changer d'aspect et de nom pour que son père et ses sbires ne la reconnaissent pas. C'est l'épreuve ultime, mais cette fois elle n'est plus seule pour l'affronter. Un très beau roman aussi somptueux que certains films de Robert Redford. Une vision réaliste et respectueuse de ce monde englouti, de ces modes de vies, de ces populations qui trop souvent furent caricaturées. L'Histoire enseignée fut longtemps tronquée, fausse, limitée. Jim Fergus remplit les vides, rétablit la vérité. J'ai écourté la quatrième de couverture qui en dit trop. « Ce sera tout pour mes aventures dans l'Ouest. Il n'y a pas grand chose à ajouter. Je viens de perdre un autre enfant, et je ne sais quand...ni comment je vais récupérer les autres. Il va falloir imaginer une stratégie. Nous sommes loin d'être arrivés à Chicago et la route sera parsemée d'embûches. Mais Chance, comme il dit, est plein de ressources et j'ai appris, moi aussi, à me tirer d'embarras. » May Dodd, bien vivante, le 12 novembre 1876, sur une rive de la Tongue River, territoire du Montana. Derniers mots des journaux perdus de May Dodd Quatrième de couverture L'incroyable destin de May Dodd, l'héroïne de la trilogie Mille femmes blanches. 1875. Du fait de son mode de vie anticonformiste, May Dodd, jeune femme de la bourgeoisie de Chicago, est séparée de ses enfants avant d'être enfermée par sa famille dans un asile. Sa seule façon de s'en sortir : rejoindre un convoi de femmes blanches destinées à épouser des guerriers cheyennes. Devenue l'épouse du chef Little Wolf, May prend fait et cause pour les Indiens face aux traîtrises du gouvernement. 1877. May quitte le camp des Cheyennes pour Chicago, où elle espère retrouver ses enfants. L'accompagnent dans ce long voyage son amant, Chance Hadley, un jeune Cheyenne, Horse Boy, et sa compagne de toujours, Martha Atwood. Après bien des péripéties, la petite troupe arrive enfin dans la métropole, où elle va devoir s'adapter à un mode de vie radicalement différent... Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Inavouable
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Inavouable Zygmunt Miloszewski Fleuve Noir 2017 591 pages traduites par Kamil Barbarski Thriller Chronique 7 mai 2018 « En nos poitrines brûlèrent des flammes placées là par Dieu en personne, alors nous toisons le peuple le front fier, sans troquer nos lauriers contre aucune couronne. Et bien que nos vies n'aient d'utilité, Evviva l'arte ! » Texte de Tetmajer. En premier lieu, concernant la version française, il faut bien comprendre que nous avons la chance d'avoir un sacré tandem Miloszewski/ Barsbarski, nous offrant à chaque fois un très beau et bon texte. Un vrai plaisir de lecture ! De plus l'élégance de trouver en fin d'ouvrage, les notes de l'auteur ET du traducteur me ravit. C'était également le cas pour la Trilogie précédente. Ajoutez à cela que ce livre d'aventures façon Indiana Jones puissance quatre, version polonaise, est parfaitement réussi. Beaucoup de suées froides, d'heures de recherche et de vérifications pour l'auteur avant et pendant sa rédaction. Très solidement ancré dans une réalité historique parfaitement illustrée, cette course poursuite dans le monde de l'Art à obligé l'auteur à relever un sacré défi, celui de nous enthousiasmer, nous donner le tournis, tout en nous émouvant et nous révoltant quant aux exactions des nazis et cie, organisant un immense pillage d'oeuvres inestimables, évidemment pour le compte d'Hitler, ainsi que Himmler et certains autres criminels comme Hans Frank en Pologne. Nous savons que les faits passés nous sont servis, présentés d'une certaine façon par les puissances, que l'opinion du peuple est tranquillement manipulée depuis toujours par les dirigeants successifs, ce n'est plus à prouver, mais cependant le devoir de mémoire ici est respecté grâce à cette fiction très cinématographique et machiavélique que je souhaiterais pour ma part voir sur grand écran. Pauvre Zofia, la voilà remise face à son ancien compagnon Karol, toujours aussi insupportable et craquant, devant composer avec un militaire pur jus, Anatole, et supporter une suédoise, Lisa, cambrioleuse de génie franchement agaçante. Voilà les quatre fantastiques qui mettront leurs pas dans ceux d'un Karol Estreicher, le héros qui revint en Europe après la guerre avec les américains afin de récupérer l'héritage polonais volé : une célèbre photographie que j'ai ajoutée le représente le jour où il remit la main sur La dame à l'hermine de Léonard de Vinci. Jusqu'au bout du bout, Zygmunt Miloszewski nous ménage des retournements, des pièges, des surprises quant à l'intrigue intime des personnages mais aussi concernant les conséquences géopolitiques de ce qui sera découvert. Il y a aussi du contre espionnage dans ce livre. Voilà, que puis-je ajouter à part que j'ai adoré cette histoire rocambolesque et épicée ? Tout y est, on passe par toutes les couleurs, toute la gamme de sentiments. Fan ! Quatrième de couverture « Zakopane, Chaîne des Tatras, 26 décembre 1944. Un résistant serre contre lui un étui métallique. À ses oreilles résonnent encore les dernières instructions de l'officier nazi qui lui a confié " le plus grand secret de cette guerre »... Alors qu'il est pris dans une tempête de neige, sa formation d'alpiniste pourrait se révéler cruciale. Non loin de là dans une auberge, un homme contemple par l'une des fenêtres la même bourrasque déchaînée. Après une ultime hésitation, il croque sa capsule de cyanure. Une matinée d'automne, de nos jours à Varsovie. Chef du département de recouvrement de biens culturels rattaché au ministère des Affaires étrangères, le docteur Zofia Lorentz est convoquée par le Premier ministre : le portrait du jeune homme du peintre Raphaël, tableau le plus précieux jamais perdu et recherché depuis la Seconde Guerre mondiale, vient d'être localisé. Accompagnée d'un marchand d'art cynique, d'un officier des services secrets à la retraite et d'une voleuse légendaire, Zofia s'envole pour New-York, étape d'une quête contrariée qui pourrait bien inverser la lecture de l'Histoire et la politique internationale moderne. " Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Et tu n'es pas revenu
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Et tu n'es pas revenu Marceline Loridan- Ivens Grasset 2015 107 pages Autobiographie Chronique 9 novembre 2018 Prix Jean-Jacques Rousseau de l'autobiographie et le Grand Prix des Lectrices ELLE 2016, catégorie document. Car il faut inlassablement relire et écouter les témoins et les justes... Le retour me semble impossible à écrire. Ses mots sont là, qui suis-je pour ajouter quoique ce soit ? Je dirais seulement que c'est une très longue déclaration d'amour à son père Shloïme Rozenberg déporté avec elle à Pitchipoi, lui à Auschwitz, elle à Birkenau. Un mot de son père donné par un inconnu au camp, dont elle ne se souvient que du début : « Ma chère petite fille » et de la signature « Shloïme ». Point de départ donc de ce témoignage, des mots de tendresse oubliés, perdus. L'interview au moment de la sortie de ce livre à La Grande Librairie est tout ce dont vous avez besoin, laissons-la encore dire, exprimer, et rire... Mon dieu ce rire ! Quatrième de couverture « J'ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l'ai appris, là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T'écrire me fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui enserre mon cœur. Je voudrais fuir l'histoire du monde, du siècle, et revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. » Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- L'intrépide Amazone
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'intrépide Amazone Michel Lacombe De Borée Terres d'écriture 6 avril 2023 320 pages Historique Chronique 14 avril 2023 Très belle biographie romancée, la première, d'une femme tout à fait remarquable et extraordinaire. À nouveau, force est de constater avec dépit que l'Histoire que l'on nous enseigne est principalement masculine et pourtant.... L'auteur, bien qu'il prenne quelques libertés romanesques, reste au plus près de la vérité, les hauts faits de l'Amazone ayant été consignés, archivés. Commençant sous le règne de François 1er, ce roman se finit sous Henri III alors que notre héroïne a atteint la cinquantaine. Née catholique, fille d'un seigneur Auvergnat d'importance, bien en cour, elle manifeste dès son plus jeune âge des dispositions que l'on attribue traditionnellement aux garçons : l'équitation, le maniement des armes. De plus érudite et la tête bien faite, elle réussit à jouer le jeu social que toute femme doit savoir maîtriser. Un mariage d'amour, trois filles, alors que la France se déchire sur des questions de religions. Le comportement licencieux des membres de l'Eglise, les privilèges qu'ils s'octroient, choquent nombre de français protestants ou non. Le massacre de la Saint Barthélémy met le feu au poudre mettant en ébullition les régions éloignées telle l'Auvergne qui compte de plus en plus de convertis. Magdeleine va devoir prendre des décisions personnelles alors que la ruine et la barbarie sont aux portes de son château. Son mari décédé, elle n'a pas d'autre choix que de prendre les armes afin de protéger les siens. Une légende naît sous les yeux ébahis d'hommes aguerris. Un roman épique au féminin donc, mené à bride abattue, en un XVIe siècle de Renaissance, également ère de ténèbres et de guerre civile. À découvrir absolument... Quatrième de couverture Dès son plus jeune âge, Magdeleine, fille du seigneur de Saint-Nectaire, fait preuve d'une grande finesse intellectuelle et d'un caractère bien affirmé. Rien ne peut l'empêcher de s'initier, comme ses frères, au maniement des armes et à l'équitation. Ainsi résolue à décider de son destin, elle ne conçoit naturellement pas de se marier sans amour. Alors que les conflits entre catholiques et huguenots éclatent un peu partout, Magdeleine, prête à tout pour défendre son territoire, n'hésitera pas à prendre les armes. Partez sur la trace hors du commun d'une noble guerrière du XVIe siècle. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Le Pacte des Gueux
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le Pacte des Gueux Philippe Hugon De Borée Vents d'Histoire 13 février 2020 324 pages Thriller historique Chronique 13 août 2021 Gros coup de foudre !!!! « Le premier krach boursier de l'Histoire : le passage de l'or au papier-monnaie. » Roman historique tout à fait extraordinaire édifiant, passionnant, enrichissant, magnifique... J'ai appris tant de choses grâce à ce livre ! Que ce soit l'écriture, le style, la musique de ce texte, la restitution des décors, des dialogues hauts en couleur tant fleuris d'argot, de vocabulaire imagé, que de poésie, de la re-création sous nos yeux de toute une société des bas fonds aux ors des bureaux ministériels, de la fin du règne du Grand Louis aux années de la Régence de Philippe d'Orléans alors que Louis le quinzième est trop petit pour régner, tout, absolument tout m'a transportée dans ces lignes. Mais ce n'est pas louis XV enfant que nous allons suivre mais un autre bambin, René Baptiste. C'est d'abord le "Renard" qui va s'adresser à nous, surnom qu'on lui donnera pour sa rouerie au sein des faubourgs mal famés de Paris, quartier Saint-Marcel, en particulier. Et de la ruse, il en faudra au garçonnet bien mal parti dans la vie, qui à force d'obstination, d'intelligence, de courage, mais aussi de chance, s'élèvera dans l'échelle sociale. Oui, Philippe Hugon, comme vous me l'avez écrit dans votre dédicace, c'est une histoire que le présent ne renierait pas. Qui sont les gueux réellement ? Ceux trop pauvres vivant de rapines, de délits, de meurtres, d'expédients, obéissant à leur propre code de l'honneur ? Ou bien, au sens moral, ces hommes de pouvoir dans l'ombre ou la lumière, se croyant au dessus du commun des mortels et décidant du sort du peuple avec intransigeance, cruauté, inhumanité ? Et lorsque les deux côtés de la barrière passent un pacte, rien de bon ne peut en sortir. J'ai découvert toute cette période très particulière de la Régence, cet épisode incroyable du premier krach boursier de l'histoire, de la naissance d'une société occidentale bâtissant son avenir sur du vent, de la spéculation, de l'intangible. On voit la catastrophe économique et humaine s'abattre sur tous les protagonistes de ce récit fabuleux et paniquant, et on en reste tétanisé. Non seulement, parce qu'évidemment avec le recul, il est possible d'analyser les faits qui mèneront à la Révolution française, la ruine d'un système, d'un régime d'une prétention hallucinante, mais surtout, parce qu' aujourd'hui, on constate sans équivoque que rien n'a changé. L'utopie d'alors était de remplacer l'or par du papier, en spéculant sur la possible manne financière de l'exploitation de la Louisiane et de ses richesses, (Philippe Hugon explique clairement tout le montage imaginé par l'écossais John Law, adoubé par le Régent et son premier ministre, l'Abbé Dubois). Actuellement, les gouvernements et les banquiers tendent à vouloir éradiquer l'argent liquide pour le remplacer par de la monnaie virtuelle. Encore un joli tour de passe-passe à prévoir... Ni vu ni connu, j't'embrouille... Tout recommence toujours, la grande différence c'est que nous en sommes informés en temps réel, notre niveau de compréhension de la société et d'instruction général est très différent, du moins je l'espère, mais l'arrogance des pouvoirs en place est toujours la même. Oui, qui sont les gueux, les misérables ? La figure illustre de Cartouche, le chef de gang, le bandit contestataire est magnifiquement décrite... Les femmes également, sont présentes, ni pires ni meilleures que les hommes... Toutes, aussi dangereuses... La belle Flora enflamme notre héros, l'inspire, l'habite pour toute la vie. Je pourrais continuer longtemps à écrire ma dithyrambe, mais je crois que vous m'avez comprise : j'ai profondément aimé ce roman et thriller historique. Il aura une place de choix dans ma bibliothèque. Quatrième de couverture « Renard », abandonné à la naissance et recueilli par les gueux des faubourgs de Paris, décide d'utiliser ce qu'il a appris parmi les brigands pour se hisser dans la société jusqu'au Régent. Dans les coulisses du pouvoir et de la pègre parisienne du XVIIIème siècle, on croise voyous, banquiers, ministres et princes, sur fond de délits d'initiés et d'affaires de mœurs, avant que le premier krach boursier de l'histoire ne précipite tous les protagonistes dans le chaos. Après avoir été journaliste pendant quinze ans, Philippe Hugon anime aujourd'hui une société de production audiovisuelle à Toulouse. Il a publié plusieurs ouvrages sur l'histoire locale aux Éditions Privat et un premier roman aux Éditions Flammarion. Il se passionne pour l'histoire des XVIII et XIXème siècles. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- L'Écharpe oubliée
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires L'Écharpe oubliée Laure De Pierrefeu City Editions 31 août 2022 288 pages Roman Chronique 23 septembre 2022 « Un roman intense et lumineux. Un humanisme bouleversant, nourri d'une expérience profonde. » « Je vais vous dire quelque chose qui va peut-être vous surprendre... On ne meurt que vivant. » La délicatesse et la justesse de ce texte sur le thème de l'appréhension, dans son sens large, de la mort sont extrêmes. Quelque soit l'âge de la vie où l'on se situe, le décès soudain, dramatique ou en douceur des autres ainsi que notre fin proche nous obligent inconsciemment ou dans un état de présence renforcée à nous positionner face à la disparition, à l'absence, à la possible culpabilité que l'on porte par erreur, ou à la faute que l'on nous a mise sur les épaules. À partir de certains faits historiques et familiaux, forte d'une expérience profonde de l'accompagnement en fin de vie, l'autrice trouve les mots que nous n'osons prononcer, exprime nos ressentis les plus intimes, honteux, désespérés parfois, réussit à créer des instants littéraires et émotionnels incomparables, rares, suspendus. Basculant entre des séances de thérapie de l'écriture pour enfants à des moments de rencontre, silencieux ou verbalisés, libérés de toutes parades et comédies sociales habituelles, dans un centre de soins palliatifs, Claire en aidant un petit garçon et un vieil homme à traverser une étape, trouve le chemin pour affronter ce qu'elle n'a jamais vraiment pris le temps d'incorporer physiquement et émotionnellement. Un deuil qui n'avait été au fond qu'acté mais non vécu totalement en tant qu'individu. La délivrance pour les uns et pour les autres, comme pour Laure de Pierrefeu, passe par l'écrit, l'écriture, le texte, la lecture, par ce qui est gravé noir sur blanc. Splendeur d'un roman réaliste, qui pourrait paraître crépusculaire et qui n'est que lumière étincelante. Un passage de témoin de l'écrivaine à nous, des morts aux vivants, d'une écharpe oubliée hier à une autre aujourd'hui. Quatrième de couverture Un magnifique roman sur la force du lien, la résilience et le don de soi. Une plume magistrale, d'une justesse et d'une force rares. Veuve depuis deux ans, Claire accompagne des malades en fin de vie. Paradoxalement, c'est dans un lieu où la mort est omniprésente qu'elle panse le mieux ses blessures. Ici, une immense intensité vitale émane des derniers instants. Un jour, son quotidien est bouleversé par Henri, un patient qui intrigue l'équipe médicale. À plus de 90 ans, il veut mourir mais ne « lâche rien ». Comme s'il était retenu par un dernier regret, une dernière tâche à accomplir. Peu à peu, Claire parvient à faire sortir Henri de son mutisme et le lien entre eux devient presque filial. Claire est prête à tout pour que le vieil homme puisse se réconcilier avec son passé. Y compris à réveiller un secret enseveli, remontant aux heures mouvementées de la Libération... Elle va l'aider à mourir en paix ; il va l'aider à vivre. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Au bout de la nuit
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Au bout de la nuit Bruno Bouzounie Nouveaux Auteurs 2019 591 pages Thriller Chronique 1 janvier 2020 Et je déplorais davantage la flétrissure de mon nom que celle de mon corps." Abélard L'auteur a reçu pour ce thriller le Grand Prix Femme Actuelle 2019. Mérité ! Quatrième de couverture : "Un tueur psychopathe hanté les rues de Bordeaux. Une intrigue époustouflante et diabolique ! 1978. Une nuit d'avril au cours de laquelle deux adolescents ont perdu leur âme. 1992. Les membres inférieurs d'un corps sont retrouvés dans le centre-ville de Bordeaux. Le seul signalement auquel la police peut se référer est celui d'un homme à la stature hors du commun. Sur fond de rire païen et de légende arthurienne, Damien Sarde, un jeune lieutenant de police qui vient d'intégrer la PJ, plonge au cœur de sa première enquête. Le criminel va restituer au fil des jours les morceaux du cadavre inconnu, autant de pièces macabres au service d'un puzzle machiavélique." J'étais un peu sur mes gardes en voyant la couverture belle et cependant déjà vue et revue... J'ai été sur mes gardes dès l'évocation des sorcières et Cie... j'ai été sur mes gardes quand j'ai vu le nombre de pages.... J'ai été sur mes gardes et j'ai eu tort.... Donc, en toute tranquillité, je vous invite à découvrir ce roman parfaitement maîtrisé, qui ne tombe jamais dans le grand Guignol comme certains, et là bravo, ce n'est pas donné à tout le monde, jonglant avec maestria entre trois périodes. En effet, Bruno Bouzounie nous plonge aussi, en plus des années 1978 et 1992, au coeur même du plan imaginé par le criminel six mois avant que l'on trouve les premiers morceaux de corps. Le coupable est un être mystérieux, à la psyché tortueuse, un être morcelé qui trouve dans le crime, non une simple satisfaction sadique, mais un moyen de se mettre en scène, dans la lumière. Je me suis faite balader tranquillement et pourtant la solution était là, les petits cailloux semés et..... je n'ai rien vu ; je me suis laissée emporter... Peut-être le récit aurait gagné en intensité et nervosité en resserrant l'action, mais en même temps, l'auteur éclaire tous les angles de cette histoire, apportant toutes les explications que j'attendais... Ainsi on peut admirer le scénario intelligent, sa précision. J'apprécie beaucoup un tel savoir faire. C'est du bel ouvrage, sans conteste.... J'espère que pour son prochain opus, Bruno Bouzounie se laissera aller à plus de folie, de dinguerie, de lyrisme, car il maîtrise tous les codes qui font d'un livre un très bon thriller, donc il peut se lâcher. Heureuse d'avoir découvert son style, son écriture... J'ai eu beaucoup de plaisir à le lire.. Quatrième de couverture 1992..... ou quand le passé rattrape la réalité...Bordeaux... ou le théâtre d'un jeu de piste...Un jeune lieutenant de police se retrouve aux prises avec une femme machiavélique aux multiples visages.. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Le silence et la fureur
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Le silence et la fureur Natalie Carter et Nicolas d'Estienne d'Orves XO Editions 2018 361 pages Thriller Chronique 10 février 2019 Un livre à quatre mains comme jouant une partition terrible, pathétique, qui pourtant débute pianissimo jusqu'au tonnerre et la fureur finale. Une mère, scénariste dont c'est le 3 ème roman et son fils, auteur déjà de neufs fictions. "Un thriller psychologique redoutable" où il est question de blocage après un traumatisme survenu voici dix ans, dix longues années de silence forcé pour Max King, un des plus grands solistes de son temps réduit par des acouphènes terribles et la sensation d'une perceuse lui vrillant le crâne, à ne plus lire, écouter, interpréter le moindre morceau de musique. Un enfer, une torture de tous les jours. " À quoi la musique fait appel en nous, il est difficile de le savoir ; ce qui est certain, c'est qu'elle touche une zone si profonde que la folie elle-même n'y saurait pénétrer." Une zone que Susan, la femme qui assiste Max au quotidien en respectant son emploi du temps immuable et ses tocs, aimerait ne plus approcher, car le grand homme perd de ses forces à chaque tentative pour rejouer, redevenir lui-même. Cela ne serait qu'un drame isolé si nous n'étions pas sur une île escarpée au milieu du lac de l'Ontario, où fut construit sur la falaise abrupte un théâtre, lieu d'un festival à la gloire de Max King tous les étés, attirant l'élite internationale. Le village non loin a été reconstruit, des nouveaux habitants s'y sont installés avec tous les corps de métiers représentés, dépendants tous du théâtre, du festival, de Max King. Un évènement monstrueux dont on ne sait pas vraiment l'origine, a eu lieu voici une décennie et tout a été détruit. Le pianiste a tout perdu, son don, la musique, sa femme Fiona et son fils prodige de huit ans, Luke, " le petit prince". Le silence s'est abattu sur tous, prisonniers de ces lieux maudits. La gouvernante Susan, n'en peut plus de voir son employeur qu'elle admire tant, souffrir de plus en plus, se déliter. Thanksgiving approche, elle prend alors une initiative très risquée, un coup de poker qui, s'il réussit, sauvera tout le monde. Fiona et Luke reviennent, les dès sont jetés. Anxiogène à mort, presque surnaturel, un thriller terrifiant en raison de tous les non-dits de chacun, d' une "promesse" faite dont on ignore la teneur et les conséquences, d'une sensation d'enfermement et de pièges. Le destin, inéluctable, est en marche et Susan va perdre le contrôle des évènements. Nous douterons de tous, nous frissonnerons dans le théâtre en ruine, dans la forêt, dans le village maudit, dans la demeure du pianiste, Rockledge Lodge, dans sa salle de répétition étouffante. Nous sommes en apnée, glacés, perdus dans cette histoire labyrinthique. Un cataclysme se prépare, " et du silence jaillira bientôt la fureur". Prodigieux ! Quatrième de couverture Un lac perdu de l’Ontario, et au milieu, une petite île escarpée où souffle le vent mauvais du soupçon. Max King, pianiste adulé dans le monde entier, y vit reclus dans sa maison, prisonnier de ses obsessions et de ses cauchemars. Il y a dix ans, un drame l’a condamné au silence : la moindre note sur le clavier provoque en lui d’effrayantes douleurs. Pour cet immense artiste, la musique est devenue un bourreau. Mis à part sa gouvernante, Max King ne voit personne. Ni sa femme Fiona, ni son fils Luke, qui a quitté l’île et que tout le monde surnommait le « petit prince ». Un futur pianiste de génie, comme son père. Le retour de Luke résonnera comme un cataclysme sur cette terre maudite. Et du silence jaillira bientôt la fureur. Le romancier Nicolas d’Estienne d’Orves signe avec sa mère, Natalie Carter, scénariste, un thriller psychologique redoutable. « … où il est question de musique, d’îles, de lacs lointains, de nature dévorante, de piano mortel, de crimes irrésolus et de passions impunies. » Natalie Carter et Nicolas d’Estienne d’Orves Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- Sauve-la
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires Sauve-la Sylvain Forge Fayard 2020 396 pages Thriller Polar Chronique 28 octobre 2020 « Je ne te demande pas de m'aimer toujours à ce point-là. Mais je te demande de t'en souvenir. » Francis Scott Fitzgerald, Tendre est la nuit. Excellent thriller comme toujours avec Sylvain Forge. J'en suis sortie à nouveau un peu plus paranoïaque quant aux équipements numériques qui m'entourent obligatoirement, qui peuvent être autant de sources d'information sur ma vie privée, mes opinions... Également les progrès fous de l'Intelligence Artificielle en quelques années me font trembler... Les questions déontologiques et de pertinence de ces avancées se posent évidemment car susceptibles de nous faire régresser sur le plan humain et moral. .. À ce cocktail déjà bien détonnant, l'auteur ajoute un ingrédient de taille que finalement je décide de ne pas dévoiler.... Ce serait trop, la quatrième de couverture restant très minimaliste à raison. Cependant, sans rien trahir, je peux tout de même ajouter cette réflexion : si la technologie devient à ce point primordiale, essentielle dans nos sociétés, si nous donnons une prépondérance à la virtualité, ( jeux, documents, échanges), quelle place allons-nous laisser aux relations sociales directes, quelle valeur une vie humaine gardera ? Cela donne envie de s'installer dans une zone blanche et de laisser le monde s'enfoncer dans l'erreur. Quant au thriller lui-même, je l'ai lu avec beaucoup d'intérêt, happée par le suspense, par la question centrale : la fille de Clara est-elle toujours vivante ? Nous sortons de la ville pour nous retrouver en milieu naturel, accueillant ou dangereux selon les circonstances. Un coin paumé dans la montagne à la frontière avec l'Espagne, lieu de migrations depuis toujours, où la survie des habitants dépendait d'une mine. Celle-ci fermée, reste une entreprise aux pouvoirs démesurés.... Un roman sombre, angoissant, au rythme effréné ne nous laissant d'autre échappatoire que celle de suivre Alexis jusqu'au bout de l'horreur. Ainsi ce thriller aborde par le biais de la fiction plusieurs problématiques tragiques et essentielles du monde d'aujourd'hui. La science fiction est devenu le présent... Il faut très vite réagir de nous-mêmes avant qu'il ne soit trop tard.... Quatrième de couverture Alexis Lepage, modeste employé d’assurances, est sur le point de se marier avec la fille de son patron lorsqu’il reçoit un message de Clara, son amour de jeunesse, qui refait surface après des années. Alors qu’elle le supplie de l’aider à retrouver sa fille disparue, Alexis hésite. Que dissimule cette demande impromptue, si longtemps après leur séparation ? Et pourquoi Clara refuse-t-elle de le rencontrer ? Replongé dans un passé dont il n’a jamais fait le deuil, Alexis va partir à la recherche d’une fille dont il ignore tout. Son enquête le conduira droit en enfer. Un thriller haletant sur l’intrusion du numérique dans nos vies, son impact sur nos représentations du monde et de la mort. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs
- La maison andalouse
Éva a lu pour vous .. Chroniques littéraires La maison andalouse Waciny Laredj Actes Sud Sindbad 2 mai 2017 464 pages traduites par Marcel Bois Historique Chronique 20 juin 2017 Bouleversée, triste, révoltée, admirative.... Ce n'est pas un livre pour les âmes trop sensibles comme la mienne manifestement. Gorge nouée, je remercie l'auteur pour sa fin emplie de spiritualité et d'espoir en une partie de l'humanité. Terriblement beau et puissant le récit de cette demeure du XVIE siècle à nos jours est évidemment une image poétique du sort réservé aux peuples d'Algérie. Et on pleure. Cette maison idéale fut créée de toute pièces par Sid Ahmed ben Khalil dit Galileo el Rojo pour son amante, sa muse, sa femme Lalla Soltana, venue le rejoindre à Alger, ville où il débarque après avoir été exilé de Grenade comme morisque condamné par l'inquisition et Philippe II d'Espagne, tout comme les marranes. Le récit est introduit par Massika ou Sika l'espagnole, d'origine morisque, qui va rapporter ce qui est advenu de la Maison andalouse tout au long des siècles à l'instar de l'Algérie, que fut le destin de tous les descendants de Galileo et Soltana et en particulier du dernier en date Mourad Basta. Tous sont gardiens d'un manuscrit d'abord rédigé en aljamiado, langage inventé par les morisques pour se protéger de l'Inquisition. Ainsi douze cahiers composent ce témoignage à travers les siècles débuté par Galileo continué par Marina sa fille, Celina sa petite fille, le petit fils de cette dernière et Mourad...au gré des changements de pouvoirs, les enfants se voient spoliés de la propriété de cette demeure par les corsaires, les turcs, les français, les révolutionnaires, les trafiquants de toutes sortes ; et comme le témoin d'un passé honteux sera vouée à la destruction par les nouveaux dirigeants de l'Algérie, sous couvert de bien public et de la volonté du peuple, au nom du très Haut et surtout des spéculateurs et bandes de hyènes de toutes nationalités, pour construire une tour gigantesque de béton. Cette lutte de tous les descendants et de Mourad aujourd'hui, relégués dans l'annexe des domestiques pour respecter leur devoir de gardiens du temple et de la mémoire d'un peuple, est titanesque et désespérée. Cependant elle n'est pas inutile et si le dernier petit fils de Mourad préfère s'exiler au Canada par peur pour sa vie, d'autres restent sur place comme Sika pour lutter et transmettre la mémoire et l'Histoire réelle d'une civilisation. Au moment où des fous détruisent des hauts lieux de la culture arabe et universelle au nom d'un obscurantisme qui n'a rien à voir avec la religion, ce livre terminé en 2010 courageux et splendide est un vibrant témoignage de ce qui fut et de ce qui faut communiquer aux futures générations. L'histoire a été écrite sur les morts avec le sang des martyres, mais également et surtout à partir des rêves, des croyances spirituelles grâce à la témérité d'êtres admirables. Ne jamais oublier nos ancêtres, leurs actions généreuses ou néfastes pour en tirer les leçons indispensables à la perpétuation de l'humanité et de l'humanisme. Magnifique et cruel ! Quatrième de couverture À travers les vicissitudes d'un homme en lutte pour sauver sa maison convoitée par des promoteurs, et les détours de son histoire familiale qui remonte à l'inquisition espagnole, La Maison andalouse radiographie les maux de la société algérienne contemporaine, de ses origines au processus de dépossession de la mémoire à l'œuvre aujourd'hui. Où Waciny Laredj signe son roman le plus ambitieux. Précédent Suivant < Retour < Vers les auteurs < Vers les éditeurs















