
Éva a lu pour vous ..
Chroniques littéraires
Une colonne de feu
Ken Follett
Robert Laffont
12 septembre 2017
923 pages traduites par cinq personnes, pas moins
Historique
Chronique
15 novembre 2017

Oui j'y suis arrivé en 18 heures, pas non stop cette fois, une petite pause a été nécessaire en milieu de parcours. Je suis complètement persuadée que deux tomes étaient prévus, car tout d'un coup, vers la page 450, on retrouve Mary Stuart enfermée en Écosse après plusieurs années, jusque là le récit était linéaire, et de plus des flashbacks inhabituels apparaissent ensuite dans la deuxième moitié du récit. Franchement, que ce fut désagréable de manipuler un livre si lourd alors que deux tomes de 460 pages auraient été la solution idéale ! La police est heureusement très agréable, les caractères sont beaux et de taille idéale. Laissons de côté ces contingences matérielles qui auraient pourtant pu me faire arrêter.
« Le Seigneur lui-même marchait à leur tête : Colonne de nuée le jour, pour leur ouvrir la route, colonne de feu la nuit pour les éclairer. Ils pouvaient ainsi marcher jour et nuit. » Exodus XIII, 21, TOB.
Et tous les protestants et catholiques de ce XVIeme siècle vont former ces colonnes de croyants vers une terre promise et plus vraisemblablement vers l'enfer de guerres sans fin.
Comme d'habitude, Ken Follett mêle habilement dans cette fresque historique, revenant à Kingsbridge, la grande Histoire et les destins de quelques personnages. Le caractère principale du récit est Ned Willard sans aucun doute, dont la vie intime et la carrière exceptionnelle auprès de Elisabeth 1ere vont nous être contées par l'auteur et par Ned lui-même dans des extraits de carnet intime.
1558, Ned Willard revient à Kingsbridge pour retrouver sa mère Alice, commerçante notable de la ville, après avoir dirigé le comptoir familial de Calais. Il souhaite ardemment revoir la jeune femme qu'il aime Margery Fitzgerald. Mais sa famille catholique à d'autres projets pour leur fille comme la marier à un noble, Bart. Les amants sont désespérés. Rollo Fitzgerald, frère de Margery, et leur père vont tout mettre en oeuvre, avec l'aide d'un membre éminent de l'église catholique, pour ruiner Alice Willard et ainsi écarter son fils. Celui-ci fou de rage, va alors accepter la proposition du conseiller de la jeune Elisabeth, Sir William Cecil. Le destin est en marche...
Le cadre historique est le demi siècle qui s'étend de la fin du règne de Mary Tudor, deuxième fille de Henry VIII, catholique extrémiste, rebaptisée Bloody Mary pour les massacres de protestants sous son règne, aux premières années de Jacques 1er d'Angleterre, protestant, également roi d'Écosse sous le nom de Jacques VI.
Évidemment, au milieu, les quarante cinq ans de règne de Elisabeth 1ere favorable à une cohabitation des deux religions, et sa bataille incessante contre Mary Stuart, catholique, cousine des De Guise, d'abord Reine de France auprès de François II puis Reine d'Écosse au destin plus que tragique.
Géographiquement, Ken Follett nous partage l'espace en trois parties suivant trois groupes de personnages :
- L'Angleterre avec Ned Willard protestant, conseiller et espion de la reine Elizabeth 1ere, la femme qu'il aime, malheureusement catholique, Margery Fitzgerald, la famille de celle-ci dont son frère Rollo ennemi de Ned, et tous les personnages historiques dans son entourage.
- La France et souvent Paris, avec Mary Stuart et sa cours, sa famille, les De Guise, les éléments satellites au noyau royal, comploteurs, espions, protestants résistants, une mention spéciale pour l'infâme Pierre Aumande catholique au service des De Guise, et la très courageuse Sylvie Palot, fille d'un libraire protestant passeur sur Paris de bibles en francais.
- L'Espagne, les Pays-Bas et Anvers pour le trio formé de Barney Willard frère de Ned, navigateur, Carlos Cruz espagnol catholique et Ebrima Diabo esclave mandingue, travaillant tous les trois dans la forge de Carlos en début de roman.
Ainsi nous allons très facilement suivre les évènements historiques de la guerre de religion entre protestants et catholiques dans toute l'Europe, mieux comprendre que trois femmes extraordinaires sur le plan de la pensée politique de haute volée et de modernisme, Elisabeth 1ere en Angleterre, Marie de Médicis en France et Marguerite de Parme pour les Pays-Bas , ont essayé de contrer systématiquement les actions de Philippe Il en Espagne, du Pape, des factions ultra catholiques des De Guise, ou des Puritains anglais, pour maintenir un état de paix et de tolérance entre les deux religions. Cela sera presque impossible puisqu'au delà d'une histoire de croyance, c'est bien pour le pouvoir que les protestants en Angleterre après des années sanglantes sous Mary Tudor, et les Catholiques en France allant jusqu'à l'impardonable massacre de la Saint Barthélémy, vont s'affronter dramatiquement.
On ne peut que faire le parallèle avec notre situation géopolitique actuelle. Pour ceux qui n'ont pas forcément tous les évènements historiques de cette période en tête, ce roman sera formidable, car extrêmement bien écrit et remarquable de clarté. Me concernant, ayant voici un an et demi lu toute la documentation possible de Henry VIII à la fin du règne de Elisabeth 1ere en Angleterre et en Europe pour des raisons professionnelles, ( j'interprète Anna Bolena et Maria Stuarda), je n'ai pas eu de vraie surprise. Ken Follett insiste beaucoup sur le destin de Mary Stuart, et le personnage fictif de Alison McKay sa suivante et amie d'enfance est une belle trouvaille pour essayer de la rendre plus attachante. Je pense quant à moi que vraiment cette femme était stupide et beaucoup trop impulsive. Je ne l'aime toujours pas. Bonne lecture - Musculation incluse- à vous tous.
