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Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

Un air de famille

Alessandro Piperno

Liana Levi

Le 10 avril 2025

448 pages traduites par Jean-Luc Defromont

roman

Chronique

5 décembre 2025

« Rien ne me semblait plus ridicule que l’éloge évangélique de l’enfance. Innocence ? Candeur ? Non mais vous voulez rire ? »


" Avant de grandir, je croyais détester tout le monde, mais en grandissant, je me suis rendu compte que c'était juste les enfants que je n'aimais pas. De petites brutes égoïstes, bruyantes, cruelles et vulgaires." Philip Larkin 


" Pas besoin de croire en Dieu pour être un bon juif. " Oncle Gianni Sacerdoti 


Extrait : 

" Vous avez beau chercher à vous soustraire à votre destin. Vous avez beau vous dire qu'il suffit, pour se libérer de son influence, de se comporter de manière équilibrée, avec prudence et persévérance. Essayez si vous y croyez et si vous en êtes capable, mais sachez que c'est une bataille perdue d'avance. Le destin est un être sage, patient et vindicatif. Il attend là, sur la rive du fleuve, les bras croisés, sûr de son fait, prêt à porter le coup de grâce." A. P. 


Nous retrouvons dans ce nouvel opus de Alessandro Piperno le personnage de Alessandro Sacerdoti rencontré dans " La faute " en 2023. Et effectivement, le sort semble s'acharner sur cet homme qui déjà avait traversé bien des épreuves destructrices depuis sa naissance. Orphelin, mis sous la tutelle d'un oncle Gianni, il avait découvert d'horribles secrets de famille et sa judéité. C'était donc une âme intranquille, incapable de se fixer, et qui pourtant avait, grâce à l'écriture, réussi à trouver un certain équilibre. 


Professeur émérite de littérature française, respecté et admiré par la presse, ses étudiants et son lectorat, tout allait au mieux jusqu'à ce qu'il donne un cours sur Flaubert et cite quelques phrases bien misogynes du célèbre écrivain... Que n'avait-il pas fait en cette ère de wokisme déchaîné !


 Une de ses anciennes élèves devenue collègue à force de rayer le plancher et d'opportunisme détestable, dont le féminisme d'amazone n'est ni plus ni moins qu'un moyen de casser du mec, en recherche de sa prochaine proie et de notoriété, le choisit donc comme cible sur le fallacieux prétexte de la citation flaubertienne et ça marche ! 

Des années pour bâtir une carrière, cinq minutes de propos vomitoires et infondés sur les réseaux sociaux, et voilà la vie entière d'Alessandro qui bascule. 


Peu doué pour se défendre, coupable de se victimiser et de ne pas monter au créneau, conséquences directes de ses traumatismes enfantins, le voici au fond du trou, vilipendé, caricaturé grossièrement en machiste à abattre. Au même moment, il reçoit le faire-part de décès d'une amie du lycée, et le voilà pris dans une bouffée de nostalgie, les souvenirs remontant à la surface... 

Le moment de faire le point sur ses choix de vie, sa non paternité, sa judéité relative, son célibat, sa carrière, est venu. Les retrouvailles avec les vieux copains et une certaine Valentina, aujourd'hui avocate, sont bouleversantes et seront extrêmement utiles en cette période de tsunami émotionnel et judiciaire. 


Mais notre pauvre ami n'est pas au bout de ses surprises, le destin lui prépare un des tours dont il a le secret sous la forme d'un petit garçon, lui aussi soudainement orphelin. 


J'ai retrouvé la beauté et l'originalité du style littéraire de Alessandro Piperno avec beaucoup de joie et un plaisir gustatif à lire à haute voix ses mots à la musique singulière.  

L'ambiance universitaire romaine est parfaitement rendue avec un souci du détail qui tue et une ironie jouissive.  

L'analyse de notre société sous le biais du wokisme effréné à l'ère des réseaux sociaux est d'une grande pertinence. 

Enfin la réflexion menée sur l'âge, la paternité, les conséquences à long terme des traumatismes de l'enfance, reste universelle et m'a particulièrement touchée. 


L'auteur vise juste campant un héros faillible, imparfait, à l'esprit acéré jouant à merveille de l'autodérision, de l'auto-apitoiement, utilisant pour notre plus grand bonheur de lecteurs, l'humour par élégance, pour ne pas s'effondrer alors que tout se délite autour de lui.


Les évènements s'emboîtent les uns dans les autres parfaitement, on rit et on se moque de cet Alessandro tout en éprouvant de la tendresse et un sentiment de malaise quant aux ressemblances qui nous unissent à lui indéniablement. 


" Anatomie d'une chute. Mais aussi d'une renaissance par le biais d'une insolite paternité. " En effet, cette phrase éditée par Il Foglio met dans le mille. Même au fond du trou, la vie peut toujours nous réserver des rencontres qui changeront notre trajectoire pour le mieux. 


Quatrième de couverture

Cinquante ans, un cap difficile à passer, et particulièrement pour le professeur Sacerdoti, écrivain et universitaire de renom, qui subit, pour avoir cité en cours une phrase tendancieuse de Flaubert, une accusation d’antiféminisme. Sa désinvolture affichée ne fait qu’aggraver son cas. Honni par des influenceuses et des centaines de followers, rayé du monde universitaire, il choisit de se retirer dans un isolement dédaigneux. Célibataire et sans enfant, la solitude ne lui a jamais fait peur. Mais le hasard vient le débusquer car, de façon inattendue, on lui assigne le rôle de tuteur d’un lointain petit cousin désormais orphelin. Le parallèle avec sa propre vie s’impose. N’a-t-il pas lui aussi connu le même destin lorsque sa mère est morte en tombant d’un balcon et son père, soupçonné de l’avoir poussée, a été emprisonné ? Apprivoiser le petit garçon s’avère difficile, mais peu à peu l’enfant finit par s’attacher à son tuteur et Sacerdoti prend goût à son nouveau rôle. Hélas un héritage mal venu fait du garçon la proie de parents avides qui réclament son retour à Londres auprès d’eux.

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