
Éva a lu pour vous ..
Chroniques littéraires
Si je dois te trahir
Ruta Sepetys
Folio
Le 22 août 2024
416 pages traduites par Faustina Fiore
historique
Chronique
11 août 2026

Titre original : I must betray you
" Me voyez-vous?
Plissant les yeux dans le demi-jour
À la recherche d'une clef
Qui ouvrirait le monde
Perdu dans ma propre ombre
Au sein d'un empire de peur. "
" Et enfin, aux écoliers et étudiants de tout âge, et à tous les jeunes lecteurs, je veux dire ceci: vous êtes le relais qui emportera nos récits dans l'avenir au lieu de les laisser s'effacer. Je suis très honorée de travailler avec vous et très hono-rée d'écrire pour vous. N'oubliez jamais qu'en sortant des ténèbres ces périodes d'adversité et en les reconnaissant pour ce qu'elles sont, nous faisons en sorte que les êtres humains opprimés d'hier ou d'aujourd'hui - sachent qu'on ne les oublie pas. -
Ensemble, nous pouvons diriger une lumière vers les recoins obscurs du passé.
Ensemble, nous pouvons donner une voix à l'histoire." Ruta Sepetys
Notre méconnaissance de l'Histoire de la Roumanie nous porte à croire que l'être le plus monstrueux de ce pays serait Dracula. Mais il en est un autre bien plus sordide et effrayant qui étendit son pouvoir maléfique sur une population de 23 millions d'âmes, pieds et poings liés, condamnées à l'indicible, écrasées par la dictature de Ceausescu et de son épouse, Elena.
Lorsque vous aurez refermé ce roman, vous mesurerez ce que ce peuple a enduré sous ce régime honni. Une lecture édifiante, nécessaire, incontournable à l'heure où l'Europe bascule à nouveau, lentement mais sûrement, dans le totalitarisme, où la censure, la surveillance, l'espionnage, la délation, le diviser pour mieux régner, la discrimination, semblent être les jeux favoris de certains chefs d'État et de certains citoyens collaborateurs.
Ce dictateur fut d'une cruauté inimaginable, plongeant les Roumains dans un cauchemar où le quotidien, sans nourriture, ni électricité, vérité ou liberté, dans une atmosphère anxiogène, de suspicion, d'insécurité, fut ignoble. Certains d'entre eux n'eurent plus qu'une issue : la folie.
Ruta Sepetys s'est donné pour mission de transmettre l'histoire des oubliés, de tous ceux qui n'ont jamais eu de voix ni de visage et qui, pourtant, avec stoïcisme, bravoure désespérée, ont traversé l'enfer ou ont succombé sous le joug d'un tortionnaire tel que Ceausescu.
Elle le fit pour raconter le parcours de Lituaniens sous domination soviétique, par sens du devoir et amour pour sa famille ; elle reprend ici la plume pour les Roumains en mettant en scène le personnage de Cristian Florescu, jeune homme de 17 ans, pris dans la tourmente de ces années noires.
S'adresser aux plus jeunes est primordial pour l'autrice multi-récompensée pour son œuvre et son engagement. Il est un fait qu'en temps de guerre ou de dictature, les adolescents, étudiants, des gamins pour la plupart, sont ceux qui se sont révoltés, engagés dans la résistance au Mal, ont de fait changé le destin de leur nation.
La lutte n'est pas finie, malheureusement. Puissions-nous trouver la force de nous battre grâce à un roman tel que celui-ci ; pénétrant dans l'intimité de quelques familles, dans leurs appartements, dans les lycées, piégés avec ces victimes dans un huis clos étouffant et terrifiant, chacun étant susceptible d'épier et de dénoncer l'autre, Ruta Sepetys ressuscite tout une époque, ranime notre mémoire : les noms de Radio Free Europe/Radio Liberty et Voice of America ainsi que de la fabuleuse gymnaste Nadia Comăneci, ont fait partie de notre propre parcours. Nous n'avons pas compris alors ce qui se déroulait sous nos yeux tant la comédie jouée par le couple de dictateurs fut parfaite.
Ainsi, il était une fois un coffret en métal retrouvé dans un cimetière près d'une tombe. À l'intérieur, un manuscrit, un récit, une histoire d'amour, de courage, le parcours initiatique d'un gamin confronté à l'indicible...
Il était une fois des mômes face à un ogre...
Gratitude infinie Ruta Sepetys !
