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Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

Mon nom ne suffit pas

Jodi Picoult

Charleston

Le 13 janvier 2026

672 pages traduites par Carine Chichereau

roman

Chronique

27 mai 2026

Lecture de cette chronique sur la chaîne YouTube Evangéline Brunoy

Illustrations en fin d'ouvrage.


Titre original : By Any Other Name. 


" À qui irais-je me plaindre ?

Si je racontais ça, qui me croirait ? "

Isabella, Mesure pour mesure


" Ma langue exprimera la colère de mon cœur, sans quoi mon cœur, en la dissimulant, se briserait. " Katherine, La Mégère apprivoisée


" Que les maris sachent que leurs femmes sont aussi sensées qu'eux. " Emilia, Othello


NOTE: Les chapitres sur Emilia sont semés de références aux véritables pièces et aux poèmes de Shakespeare. Celles-ci sont listées à la fin de ce roman.


Superbe roman historique et actuel, de passion et d'amour avec en toile de fond l'univers des coulisses du théâtre et pour thème essentiel le processus de rédaction d'une pièce par une femme.  

L'autrice part d'un postulat déjà traité par d'autres écrivains et biographes : William Shakespeare était-il bien le père de toutes les pièces qui lui sont attribuées ou n'était-il qu'un prête-nom signant des œuvres écrites par d'autres et en particulier des dames souhaitant garder l'anonymat imposé par les règles en vigueur au XVIe siècle ? 


Les explications finales de Jodi Picoult sont très éclairantes quant à l'énigme que représente ce personnage si créatif, aux connaissances si vastes, aux propos si délicats quant à certains sujets telles la condition féminine ou la judéité sous le règne d'Élisabeth 1ère. 


Effectivement, on peut s'interroger... ce que l'écrivaine se permet de faire au travers de ce magnifique récit, choisissant une certaine Emilia Bassano pour héroïne à part égale avec une de ses descendantes, Melina. 


Deux femmes qui se tendent la main à travers les siècles, reliées par un lien de sang, par une même ambition de dramaturge, en deux époques très différentes, élisabéthaine et contemporaine, et cependant menant une même lutte contre une même invisibilisation, refusant un destin assujetti aux règles établies par une société patriarcale misogyne persuadée que les femmes qui pensent, créent, et s'expriment, sont dangereuses. 


Texte remarquablement écrit impossible à lâcher malgré sa longueur, passionnant par la reconstitution de la vie quotidienne d'une toute jeune fille talentueuse et éduquée n'ayant pas voix au chapitre quant à son destin de femme, vendue par sa famille de musiciens de cour à un homme de plus de quarante ans plus âgé, utilisée, mariée de force, violée et asservie, marquée par la perte de ses enfants et qui pourtant, brûlera non seulement d'une passion dévorante pour un homme qui lui est interdit car noble et, plus que tout, pour l'art difficile de raconter des histoires fabuleuses, enivrantes, inoubliables sous forme de pièces de théâtre.


Cependant, aucune femme ne peut, sous le règne de la Reine vierge, être autorisée à en écrire et encore moins à être connue comme dramaturge comme un Ben Jonson ou un Christopher Marlowe, dit Kit,  qui deviendra l'ami fidèle d'Emilia. C'est d'ailleurs lui qui imaginera le stratagème permettant à la jeune femme de pouvoir s'exprimer et gagner quelque argent en passant un contrat avec un certain William Shakespeare, acteur à la réputation sulfureuse et au talent discutable quant à l'écriture. 

De nos jours, on pourrait penser que la situation des femmes s'est nettement améliorée quant à la possibilité de faire carrière dans le monde du théâtre et dans la profession de dramaturge et.... il n'en est rien. Ce monde est un club privé ouvert uniquement aux hommes, qu'on se le dise. Cette réalité est tellement ancrée inconsciemment dans les mentalités, même à l'insu d'hommes et de femmes de bonne foi, que le système perdure tranquillement. 


Pour la jeune étudiante en Master à Bard college, Melina Green, la découverte de l'écriture d'une pièce est une révélation. Ainsi, lorsque son mentor lui donne l'ordre de participer à un concours de théâtre, elle ne peut refuser bien qu'elle soit morte de peur. Andre son meilleur ami, noir et gay, l'encourage. Elle sort de sa zone de confort et présente une œuvre très personnelle, "Reputation". L'expérience est catastrophique pour notre amie, descendue devant tous par un critique du New York Times, Jasper Tolle. 


Mais le destin facétieux a déjà mis entre les mains de Melina par le biais d'une lettre de son père, des documents et informations sur une de ses ancêtres du côté maternel, poétesse à l'ère élisabéthaine, Emilia Bassano. Les dés en sont jetés... 


Ainsi nous suivons en parallèle les trajectoires de ces deux femmes cherchant à se faire un chemin dans un monde où seule l'invisibilité leur est proposée. On mesure avec stupéfaction comment ce système a pu s'éterniser insidieusement malgré les luttes féministes, les révoltes et dénonciations des violences et des discriminations dont les femmes sont les victimes non consentantes.


L'histoire d'amour entre Emilia et Southampton est bouleversante aux larmes tant le tsunami émotionnel que représente une telle passion interdite est bien transcrit. 

"Un seul être vous manque et tout est dépeuplé" disait Lamartine, malheureusement Emilia devra survivre avec l'absence de l'autre poignardant son cœur. 


Melina sera-t-elle condamnée à la même peine ? 

Ce livre est inoubliable et incontournable ! 


Une surprise de taille vous attend dans les notes de l'autrice : quand la réalité rejoint la fiction.... Poétique et magique !


Quatrième de couverture

New York, 2013.

La jeune dramaturge Melina Green vient d’écrire une nouvelle pièce, inspirée par la vie de son aïeule, la poétesse élisabéthaine Emilia Bassano. Mais à Broadway, où les hommes détiennent les clés du théâtre, il est peu probable que son oeuvre soit mise en scène. Alors que Melina hésite à soumettre la pièce à un festival, son meilleur ami décide de l’envoyer sous un pseudonyme masculin.

En 1581, à Londres, la jeune Emilia Bassano est pupille d’aristocrates anglais. Dotée d’un esprit vif, elle possède également un formidable talent pour raconter des histoires, mais comme la plupart des femmes de son époque, elle n’a pas le droit de faire entendre sa voix. Emilia commence alors à échafauder un plan pour faire jouer l’une de ses pièces, en payant secrètement un acteur pour qu’il en soit le visage public. Un certain William Shakespeare...

À travers une fresque captivante sur deux héroïnes déterminées à créer quelque chose de beau malgré les préjugés et les sacrifices, Jodi Picoult nous offre une magnifique histoire de femmes, de littérature, d’amour et d’émancipation.

« Une oeuvre inspirante de littérature féministe. » Elle US

« Jodi Picoult, connue pour explorer les questions sociales dans ses ouvrages à succès, revient avec un roman passionnant. »
The Washington Post

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