top of page
IMG20230707173456_edited.jpg

Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

Les Ombres du monde

Michel Bussi

Presses de la Cité,

Le 14 août 2015

576 pages

historique suspense

Chronique

11 janvier 2026

" À tous ceux qui refusent d'obéir 

quand on leur ordonne de haïr "


" Il n'y aura pas d'humanité sans pardon 

Il n'y aura pas de pardon sans justice 

Mais la justice sera impossible sans 

humanité "


Note de l'auteur : 

" Il est faux de croire que la réalité puisse dépasser la fiction. L'imagination humaine, contrairement au monde connu, est sans limite. 

La réalité, pourtant, s'approche parfois des lisières de ce que l'esprit humain peut concevoir, dans ce qu'elle a de plus extraordinaire, et hélas dans ce qu'elle a de plus épouvantable. " 


Comme il est difficile d'écrire une chronique sur un tel livre ! 


Je reste éblouie par ce texte d'une puissance folle, d'une nécessité absolue, mêlant réalité historique et fiction, tantôt saga féminine bouleversante sur plusieurs générations, offrant de multiples énigmes, tantôt thriller d'espionnage haletant situé lors de l'abominable génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. 


Oui, éblouie par la maîtrise du sujet que l'auteur a porté en lui dès septembre1993 alors tout jeune professeur recruté par l'université de Rouen. Une première année d'enseignement marquée par l'horreur absolue du génocide rwandais d'avril à juillet 1994. Vous souvenez-vous où vous étiez lorsque les premières images apocalyptiques ont été diffusées ? Moi, oui. 


Michel Bussi collecte alors tous les documents, les articles, les études traitant de ce sujet si peu compris par les Français, alors que beaucoup de zones d'ombre empêche une vision claire et précise des évènements et des responsabilités de chacun. Ainsi a-t-il créé un Corpus de données dès le printemps 1994 utilisé par ses étudiants lors de travaux dirigés et finalement pour la rédaction de ce roman virtuose. 


Éblouie aussi par la construction du scénario, par l'humanité et l'empathie avec laquelle il aborde l'indicible, par son courage à affronter avec des mots des scènes stupéfiantes de barbarie, de violence, qu'il faut raconter évidemment, sans tomber dans le sensationnalisme. 


Éblouie bien sûr par sa connaissance approfondie de la psychologie, sa bienveillance toujours affleurante page après page, et son art consommé du twist, transformant un texte âpre par son thème en véritable page-turner. Je l'ai lu en une journée, complètement happée, piégée avec Espérance et Aline lors de leur

fuite de Kigali à Butare, Kibeho, Bisesero et enfin Goma.


La découverte du Rwanda par les yeux de ces héroïnes est extraordinaire même dans ce contexte dramatique. L'auteur a de son côté eu un guide d'exception : Patrick de Saint-Exupéry, journaliste spécialiste de ce pays, du génocide des Tutsi. 


Venir ou revenir dans ce petit pays pour Aline et Maé en compagnie de leur père et grand-père Jorik, trente ans après la tragédie, va provoquer l'ouverture d'une boîte de Pandore. Des calamités vont immédiatement s'abattre sur les trois français dès leur arrivée. Manifestement, ils étaient attendus avec impatience par d'anciennes connaissances, amies ou ennemies. 

Les ombres du passé se réveillent et hantent à nouveau leurs cauchemars et leur séjour rwandais. En premier lieu, celle d'Espérance, la femme de Jorik et la mère d'Aline, tuée en 1994 pendant les évènements. Celles aussi de tous les sacrifiés sur l'autel de la discrimination raciale inventée de toute pièce par les Belges au temps maudit de la colonisation : diviser pour mieux régner en dictateur est une règle vieille comme le monde, toujours d'actualité. 

Enfin les spectres des criminels empoisonnant encore l'esprit de certains négationnistes. 


Espérance, Aline, Maé, Jorik, Charly, Nadine, sont des personnages de fiction plus vrais que nature pris dans la tempête, affrontant l'impensable avec courage ou lâcheté, culpabilité ou soif de savoir enfin la vérité... Trente ans après sont-ce cette vérité, la rédemption ou la vengeance qu'ils recherchent ? 


D'autres figures historiques sont mis en scène par l'auteur, coupables de crimes contre l'humanité, de génocide, d'atrocités à peine croyables. Les femmes sont généralement les héroïnes privilégiées de Michel Bussi dans ses romans, n'oblitérant jamais leurs imperfections, leurs défauts, leur faiblesse. Mais ici, certaines d'entre elles se placent dans une autre dimension, n'ayant rien à envier aux pires monstres que la Terre ait portés : 


- Agathe Kanziga, veuve du président Habyarimana avec son frère Protais Zigiranyirazo, ( coupable de l'assasinat Dian Fossey)

- Pauline Nyiramasuhuko, ministre de la Famille et du progrès des femmes, jugée pendant le procès Butare, + de 150 témoins, près de dix ans. Tous membres de l'Akazu. 


N'oublions pas certains Français dont la responsabilité dans le génocide est évoqué dans ce roman : 

François de Grossouvre ou Paul Barril, proches de François Mitterrand 


Concernant le rôle de notre pays dans cette tragédie, voici un extrait de la page 425 où Nadine dit à Maé : 

"On commence par la version officielle ? Pour clore les polémiques, en 2019, le président Macron a commandé à des historiens indépendants un rapport sur le rôle de la France au Rwanda. Le rapport Duclert, un pavé de 991 pages, conclut à la responsabilité accablante de l'État français. Une responsabilité accablante aussi bien sur le plan politique, institutionnel, intellectuel, éthique, cognitif et moral... Je te le cite de mémoire : " Les autorités françaises ont fait preuve d'un aveuglement continu dans leur soutien à un régime raciste, corrompu, violent."


Aucune leçon du passé n'est comprise, inlassablement les mêmes fautes sont commises comme celle de tarder à nommer par son nom un " génocide ", acte fondamental obligeant alors à intervenir comme le prévoit le droit international. Quel cynisme monstrueux ! 

Il faudra en répondre. 


Grâce à ce roman, véritable chef-d'oeuvre de Michel Bussi, gardons en mémoire pour l'éternité les noms des justes : 

- La Première ministre Agathe Uwilingiyimana assassinée avec son mari quelques heures après le début du génocide

- Lando Ndasingwa, fondateur de l'hôtel Chez Lando dans les années 1980 avec sa femme canadienne, Hélène, seul membre tutsi du gouvernement de transition, assassiné au premier jour du génocide.

- Capitaine Mbaye Diagne qui réussit à sauver des centaines de vies dont celles des enfants d'Agathe Uwilingiyimana.


Une oeuvre marquante à lire absolument. 

Gratitude !

Quatrième de couverture

" Seul celui qui a traversé la nuit peut la raconter. "
Le roman événement de Michel Bussi.
Une œuvre magistrale entre suspense et Histoire.

" Un pays si beau, vu du ciel.
Un pays, à hauteur d'hommes, si cruel. "

Octobre 1990.
Le capitaine français Jorik Arteta, en mission au Rwanda, rencontre Espérance, jeune professeure engagée dans la transition démocratique de son pays.

6 avril 1994.
Un éclair déchire le ciel de Kigali. Le Falcon du président rwandais explose en plein vol. Commencent alors cent jours de terreur et de sang. Les auteurs des tirs de missiles ne seront jamais identifiés. Quelqu'un, pourtant, connaît la vérité.

Noël 2024.
Jorik, sa fille et sa petite-fille s'envolent pour le Rwanda. Tous poursuivent leur propre quête, tourmentée par les fantômes du passé.
Dans Les Ombres du monde, Michel Bussi fait entrer l'Histoire dans le roman et le roman dans l'Histoire, articulant, en maître du suspense, la construction romanesque avec les faits historiques.
Une fresque éblouissante, à la croisée de trois générations, sur la transmission de la mémoire, et dont les rebondissements sont de puissants révélateurs de l'expérience de la violence, de la perte et du pardon.
Une langue où les images poignantes affleurent au cœur du tragique et traversent sur un fil les ombres du monde.

bottom of page