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Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

Les filles de la femme de chambre

Sonsoles Ónega

Charleston

Le 5 mai 2025

494 pages traduites par Judith Vernant

historique

Chronique

12 décembre 2025

Prix planeta 2023. 

Titre original : Las hijas de la criada 


" L'amour et la mer sont assez grands pour tout le monde. "


" - Din que houbo parto no pazo dos Valdés.

- Quen cho Dixo ?

- Dixérono no porto e a nova voou como gaivota de mar. Pero dixeron máis.

- Que máis dixeron ?

- Que, como criada e ama pariron ao mesmo tempo, iso è cousa de meigas. "


En galicien : 

" - Il paraît qu'il y a eu une naissance au manoir des Valdés.

- Qui te l'a dit ?

- c'est ce qu'on raconte au port, et la nouvelle s'est envolée comme un goéland. Mais ce n'est pas tout.

- Que dit-on d'autre ?

- Que, puisque servante et maîtresse ont accouché en même temps, c'est là l'œuvre de sorcières. " ( Toutes les notes sont de la traductrice. ) 


Le grand mot est lâché : sorcières pour qualifier des âmes fortes, entreprenantes, intelligentes, créatives, courageuses, des femmes faisant tout pour se libérer, ainsi que leurs sœurs, du joug imposé par la société alors que s'ouvre ce XXe siècle de toutes les révolutions, de tous les progrès, de métamorphose complète, en cette Espagne traditionaliste, catholique, privilégiant le système des castes, détruite par une guerre civile, écrasée par le franquisme, un pays industrieux où règnent de fortes disparités, où le petit peuple gronde contre les grands propriétaires, où certains appellent à la souveraineté de leur région contre le pouvoir central. 


En ce pays, les terres de Galice, situées au nord-ouest de l'Espagne, frontalières du Portugal, sont une région où les femmes, qu'elles soient aristocrates, bourgeoises, issues de grandes familles ou simples ouvrières et employées de maison, sont toutes assujetties aux règles imposées par leurs seigneurs et maîtres, les hommes. 

Et ceux-ci obéissent aux anciens, à leurs pères, perpétuant génération après génération, un mode de vie, de penser, des traditions, qui pèsent sur tous et sclérosent les existences. 


L'action se situe au début et en fin d'ouvrage à Punta do Bico, de février 1900  à octobre 1985. 

Plus de huit décennies vont être nécessaires afin que les fils noués par la concupiscence et la lâcheté d'un homme ne soient enfin démêlés et que la vérité soit sue et assumée. 


Trois femmes, Inès, Catalina et Clara, vont être directement victimes de l'acte inexcusable que l'épouse du gardien du domaine, Renata, accomplira en cette nuit de naissance de sa fille et de celle de sa patronne. Les deux innocentes sont les enfants de Gustavo, le maître des lieux, ayant succombé aux charmes de son employée et le regrettant immédiatement. 

Un couard qui lui demande d'avorter... mais,  non, Renata résiste et pousse la rébellion

jusqu'à commettre l'irréparable : échanger les deux bébés. 


Le postulat n'est pas original et pourtant les pages qui vont suivre, situées en Galice mais également à Cuba, vont vous offrir un dépaysement total à la suite de Inès puis de Clara et Catalina. 

Ces mensonges vont apporter bien des malheurs sur elles et leurs proches et auront des répercussions non négligeables sur l'économie de la région où l'océan rythme la vie des habitants. 


Ainsi, gestionnaire de la scierie Diana, en l'absence de son époux resté à la Havane, Inès reprend-elle les rênes de cette entreprise tout en dirigeant sa maison et en veillant sur ses trois enfants. Sa fille déclarée comme telle, Catalina, lui crée bien des tourments alors que sa relation avec la fille de Renata, Clara, sont aisées. Les liens du cœur et du sang s'expriment sans que ces trois êtres ne l'écoutent. 

Au gré de l'Histoire, des différents régimes politiques, des changements sociétaux, s'adapter est vital et toutes vont devoir le faire afin de sauver les femmes sous leurs responsabilités ainsi que l'entreprise se métamorphosant en usine de conserves de poissons et de coquillages, La Deslumbrante. 


Inès puis Clara vont être les têtes de file d'une révolution majeure touchant à l'éducation et à l'intimité des femmes du peuple. 

Prêtes à tous les changements, elles sont dans leurs vies personnelles comme empêchées de respirer et d'aimer pleinement.

Ignorantes de la vérité, elles prennent des décisions désastreuses ne sachant pas qui elles sont réellement. Comment pourront-elles enfin se libérer du poids du passé imposé par un homme manquant de courage et d'une mère, qui par l'échange des fillettes par esprit de revanche, a précipité deux familles en enfer ?


Une fresque historique originale en des lieux singuliers, en une période de grands bouleversements, où les femmes tentent et réussissent à prendre leur destin en main. 

Remarquable ! 


Extrait : Clara écrit en 1985...

" J'ai rédigé de ma main vingt-neuf carnets intitulés " Journal amoureux ". Ils sont numérotés et classés par date.

Si vous veniez à les trouver quand je ne serai plus là, lisez-les et faites revivre mon histoire à travers vos mots. 

Et celle de doña Inés et don Gustavo.

Celle de Jaime, de Leopoldo et de Catalina.

Celle de Celso.

Celle d'Inesita [...]

Celle de Renata, de Domingo, de Limita, de María Elena.

Et celle d'Isabela [...] 

Celle de Plácido [...] "

Quatrième de couverture

Galice, 1900.
La nuit est tombée depuis quelques heures sur le manoir d’Espíritu Santo lorsque Doña Inés, matriarche de l’empire Valdés et épouse du très estimé Don Gustavo, est surprise par ses premières contractions. Au même moment, seule, accroupie sur le sol en terre battue de sa chambre, Renata, servante au domaine, donne naissance à Clara, l’enfant illégitime de son maître.
Mais dès le lendemain, Renata, qui a partagé avec Don Gustavo de longs mois de passion, sombre dans le désespoir quand celui-ci les rejette, elle et son enfant. L’espoir que cette idylle les arrache à la misère s’envole.
Si elle accepte cette sentence, elle refuse de condamner sa fille. Alors, dans un geste d’amour, elle décide d’offrir à Clara une vie meilleure et échange, dans leur couffin, son enfant et celui de sa maîtresse.
Renata est alors bien loin d’imaginer que son acte scellera le destin de toutes les femmes Valdés.
À travers une saga familiale puissante, Sonsoles Ónega nous livre un grand roman sur l’émancipation des femmes au XXe siècle de l’Espagne à Cuba.

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