
Éva a lu pour vous ..
Chroniques littéraires
Les Archanges de la nuit
Éric Fouassier
Albin Michel
Le 29 avril 2026
400 pages
polar historique
Chronique
11 octobre 2026

5e tome de la série "Le Bureau des affaires occultes"
"Oui, je suis de ceux-là qu'inspire le Vengeur, Il m'a marqué le front de sa lèvre irritée, Sous la pâleur d'Abel, hélas! ensanglantée, J'ai parfois de Caïn l'implacable rougeur !"
Gérard de Nerval, "Antéros", Les Chimères
"Et là je vis, spectacle étrange,
Échappés du sombre séjour,
Sous la bruine et dans la fange,
Passer des spectres en plein jour.
Pourtant c'est la nuit que les ombres,
Par un clair de lune allemand,
Dans les vieilles tours en décombres, Reviennent ordinairement"
Théophile Gautier, "Vieux de la vieille». Émaux et Camées
Tout commence par une scène étrange à laquelle assistent une jeune fille Suzon et son amoureux Baptiste partis prendre du bon temps en barque puis en promenade par une belle soirée vers Ermenonville. Le froid et les ténèbres ayant eu raison de l'adolescente, les voici se réfugiant dans une propriété privée... Que n'ont-ils fui ces lieux damnés !...
Ô joie de retrouver, pour cette cinquième enquête, le Bureau des affaires occultes dirigé avec génie et autorité par le jeune Valentin Verne secondé par Aglaé sa compagne, ancienne comédienne brillante et courageuse, par l'Entourloupe, petit mais malin, ayant une grande expérience de la nature humaine après des années d'escroquerie et délits, et enfin par le géant Tafik, un hercule, ancien mamelouk.
Une fine équipe qui, tout au long de ce polar historique riche en rebondissements, découvertes et scènes d'actions d'anthologie, croisera pour notre plus grand bonheur François Vidocq, Gérard de Nerval, George Sand...
Du beau monde donc plongé avec nos amis dans le chaudron brûlant qu'est devenue la capitale.
En ce mois avril 1834, les peuples de Paris, Lyon, bouillonnent, se révoltent, osent crier leur colère et leur sentiment de trahison envers le pouvoir en place.
Valentin Verne se souvient de l'avènement du monarque, de sa bienveillance apparente envers le peuple, entonnant même La Marseillaise ou La Parisienne avec une foule en liesse.
"Qu'il semblait loin, ce mois d'août 1830 où Louis-Philippe pouvait être qualifié de roi bourgeois !"
Car ayant dompté toute opposition politique, ce sont les Français les plus modestes, les précaires, les ouvriers...qu'il entend mettre maintenant aux pas par l'usage de la force si besoin.
Le parti orléaniste apporte ainsi tout son soutien aux banques, au commerce et à l'industrie.
Ceux qui s'opposeraient à leur enrichissement sur le dos d'une classe laborieuse n'ont qu'à bien se tenir.
C'est dans ce contexte explosif que le Bureau des affaires occultes est appelé par le préfet Gisquet en cet après-midi du 7 avril 1834 sur une scène de crime particulièrement violente et singulière au sein même de l'édifice le plus emblématique du pouvoir de l'argent : la Bourse.
Le modus operandi est des plus étonnants : la victime a été marquée comme du bétail d'un sceau étrange sur son front, du plomb fondu coulé dans sa bouche. L'arme du crime serait, selon Valentin, une longue aiguille introduite dans l'oreille jusqu'à atteindre le cerveau.
Épinglé sur le corps du supplicié un mot :
"Malheur encore à ceux qui possèdent l'or et l'argent, car ils périront ; malheur donc à vous, les riches."
Cette phrase n'est pas inconnue de notre limier...
Le mort n'est autre que Louis-René de Vauvargues, un banquier !
Alors que certains s'attachent à améliorer la société, à obtenir plus de justice et de protection pour les femmes et les plus fragiles, d'autres pourchassent des criminels certains d'œuvrer pour des entités supérieures dans l'observance de rites précis et ancestraux.
D'autres victimes traitées de la même façon vont être retrouvées soit dans les archives soit dans les rues parisiennes...
Lorsque Valentin comprend que toutes les citations épinglées sur les corps sont issues du Livre D'Hénoch, texte apocryphe de l'Ancien Testament, il sait que seul le Bureau sera capable d'élucider le mystère entourant cette série d'assassinats.
Comme toujours, la reconstitution fabuleuse de Éric Fouassier nous plonge avec délectation dans des décors parisiens ou autres aujourd'hui disparus tout en nourrissant notre esprit d'anecdotes et faits historiques savoureux et en nous faisant délicieusement frissonner toute au long d'une investigation haute en couleurs, tortueuse, exceptionnelle.
Bravo encore une fois à l'auteur !
