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Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

Les éléments

John Boyne

JC Lattès

Le 20 août 2025

512 pages traduites par Sophie Aslanides

roman

Chronique

3 février 2026

Lauréat du Prix du roman FNAC 2025 et du Prix Femina Étranger 2025. 


P307, de Freya à Aaron : 

" ...Les éléments détruisent tout. Pense à l'eau.

Quand quelqu'un se noie, et que son corps s'échoue sur le rivage, ses traits sont tellement bouffis qu'il peut être difficile de l'identifier. Pense à la terre. Lorsqu'un corps est enterré, la décomposition commence très vite. Pense à l'air. Si nous en sommes privés ne serait-ce que quelques minutes, nous mourrons. Puis au feu. Quand l'apparence physique de quelqu'un est abîmé par des brûlures, nous nous détournons. Nous ne voulons pas savoir. "


Eau - Vanessa Carvin alias Willow Hale s'installe sur une île irlandaise loin de tout, incognito, afin de digérer les derniers évènements dramatiques qui ont pulvérisé sa vie de bourgeoise à Dublin, mariée à un homme se cachant derrière des apparences. Mais celles-ci ont volé en éclats, sur chaque pièce du miroir brisé se reflètent des visages suppliciés et son enfant Emma, soudain disparue, noyée. Reste sa cadette, Rebecca, profondément marquée et en colère. Restent la honte, la culpabilité de n'avoir rien vu, rien compris. Pendant les longs mois de sa présence en ce lieu authentique, elle s'acharne à faire un retour sur image depuis la rencontre avec Brendan, leur vie à Dublin, la naissance de leurs enfants : y avait-il des indices, des signes, qui auraient pu la mettre en alerte ? Comment renouer avec Rebecca ? 


Terre - Evan, que nous avons croisé dans la première partie revenant sur l'île après une fugue, doit comparaître devant un tribunal avec un de ses camarades du club de foot pour une sombre histoire de viol. 

Reward pour cette star du ballon vivant dans l'opulence : comment en est-il arrivé là ?

Evan était un adolescent puis un jeune homme mal dans sa peau, vivant dans la terreur de la violence de son père appliquant les diktats de la masculinité triomphante à l'éducation de son gamin. Obsédé par le foot, il pensait pouvoir prendre sa revanche sur la vie grâce à l'immense talent de son rejeton. Enfin, avec un peu d'argent donné par sa mère en cachette, il était enfin parti pour le continent. 

Exit le foot qu'il déteste... Mais le chemin est long et ardu entre les désirs et leurs potentielle réalisation. Les traumatismes subis pendant sa jeunesse remontent inlassablement. Une rencontre va changer à jamais son destin jusqu'à l'envoyer devant cette cours pour un crime sexuel. Comment tout ceci s'est-il articulé ? 

Evan réussira-t-il à prendre enfin les bonnes décisions sans subir la volonté des autres ? 


- Feu - Freya est chirurgienne dans un service des grands brûlés. C'est une femme respectée, autoritaire, surdouée et extrêmement intelligente, qui aime réparer les autres, leur apparence. Derrière sa perfection et sa beauté, se cache encore une petite fille maltraitée qui un jour a dit stop. Une gamine a trouvé une solution par le feu. Une adulte qui n'a pas dépassé ses traumatismes s'adonnant à une pratique particulière pendant ses heures de loisirs. Un sujet quasiment tabou que John Boyne aborde ici avec bravoure : un thème très difficile à traiter tant l'idée même que ceci puisse exister est inenvisageable, contre nature pour le commun des mortels. Il casse ici les codes dans cette troisième partie digne des thrillers psychologiques les plus noirs, les plus malaisants et terrifiants. Il remonte à l'origine du mal. Des pages horrifiantes mais indispensables. 


Air - Aaron, pédopsychiatre à Sydney se prépare à fêter ses quarante ans et à partir, avec son fils adolescent, Emmet, en Irlande, sur une île, pour y rejoindre son ex-femme, Rebecca. Aaron était l'assistant de Freya.

Voyez-vous  maintenant les connections créées par l'auteur entre les différentes parties ? 

Ainsi donc, Rebecca et Aaron ont été en couple, ont eu un enfant en Australie, et se sont séparés. Pourquoi ? 

Là encore, flashbacks pour cet homme pendant le très long voyage qui le porte à travers les airs avec Emmet vers l'île et la divulgation de tous les secrets familiaux. Pour nous, le moment est venu de dénouer tous les fils mêlés par l'écrivain. Et la lumière jaillit, et tous les éléments reprennent leur place à l'instar des personnages de ce récit. 


Un magnifique roman, bouleversant et hors norme, où souffle un vent de vérité libératrice des mensonges qui empoisonnent nos sociétés, nos vies. Jouer à l'autruche face à certaines réalités dérangeantes n'aidera en rien les victimes de crimes sexuels, empêchera une possible prévention du passage à l'acte, détruira des millions de vies, abimera l'existence de traumatisés basculant parfois du côté du mal, de la vengeance et non de la rédemption.

Comment ne pas sombrer dans la haine quand on a été victime ? Comment sauver son âme quand on a commis l'indicible ? Est-ce même possible ? 

L'enfance sacrifiée est au centre de cet ouvrage d'une noire beauté. 

J'ai dû tenir bon quelques fois mais je ne le regrette pas, bien au contraire. 

Un bémol :  la traduction et l'usage de certaines tournures qualifiées par le Grevisse de  barbarismes et qui m'ont écorché la vue et les oreilles, puisque je lis à voix haute.

Quatrième de couverture

D’une mère en fuite sur une île à un jeune prodige des terrains de football en passant par une chirurgienne des grands brûlés hantée par des traumatismes, et enfin, un père qui monte dans un avion pour un voyage initiatique avec son fils, John Boyne crée un kaléidoscope de quatre récits entrelacés pour former une fresque magistrale.

Grâce à une prose envoûtante, John Boyne sonde les éléments et les êtres avec une empathie extraordinaire et une honnêteté implacable, nous mettant sans cesse au défi de confronter nos propres définitions de la culpabilité et de l’innocence.

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