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Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

Le testament du Diable 

Armel Job

Robert Laffont

Le 26 février 2026

288 pages

polar

Chronique

6 mars 2026

Retrouver cette chronqiue en vidéo sur la chaîne YouTube Evangéline Brunoy.


" Parce qu'hier j'ai fait le testamour 

Aujourd'hui je dois faire mon testament 

Le testament des testamours 

Le testamour du testament"

Jacques Lanzmann et Jacques Dutronc 

 

Diable : du grec διάβολος qui désigne un être qui sème la désunion, l'envie, la calomnie. 

 

Ah ! Les joies ineffables de la succession parentale ! 

À beaucoup d'entre nous qui avons souffert, parfois pendant plusieurs années, lors de ce passage obligé et craint s'ajoutant à la perte de parents plus ou moins aimés, ce roman savoureux, mélange de polar et de comédie de mœurs joyeusement cynique, de mascarade familiale pas piquée des hannetons, exercice réussi de psychanalyse au scalpel de tous les intervenants et des membres de la fratrie en particulier, ce roman, disais-je, donnera l'occasion rêvée de prendre des distances par rapport à un vécu sensible, de s'en amuser même si le sourire reste jaune, de se consoler un peu à la lecture de ce scénario tortueux aux multiples rebondissements. 

 

Grand explorateur de l'âme humaine passé maître dans l'art de révéler les vérités les plus intimes et inavouables, Armel Job réussit avec brio à nous tenir en son pouvoir jusqu'à l'ultime seconde. Suspense donc au rendez-vous, humour décapant, justesse inouïe de la description des sentiments complexes des acteurs de cette tragi-comédie aux allures de polar. Forte ou encore traumatisée, je ne sais, par ma propre expérience du partage de l'héritage de mes parents morts à neuf mois d'écart, j'ai éprouvé étrangement autant un malaise qu'un amusement goguenard à découvrir cette intrigue. 

 

Il est vrai que certains ont une imagination débordante pour gâcher la vie des autres ! 

Qu'il est hallucinant que même en vieillissant, on puisse garder l'immaturité d'une jeunesse mal digérée, incapable de reconsidérer les évènements du passé en tant qu'adulte sensé et responsable. Les mécanismes de l'éducation ont laissé des traces et le fonctionnement interne au sein d'une fratrie perdure, ridiculement. Alors que la guerre est terminée, certains restent en armure leur vie durant. Pathétique mais aussi matériau fabuleux pour un écrivain tel Armel Job. 

 

Quand en plus le pater familias n'a pas rempli ses obligations correctement, n'a pensé qu'à lui-même, n'a absolument pas préparé sa succession négligeant de passer par un notaire, ( si tant est que ce soit gage de simplification, je me comprends ), la situation devient alors explosive et le sifflet de la cocotte minute casse douloureusement nos oreilles. 

 

Ainsi, une figure de la bonne société de Saint-Pol-en-Ardenne, François Lebel, casse sa pipe sur un rameur dans un club de fitness. Mais qu'allait faire ce diable d'homme sur cette galère ? Il laisse derrière lui deux filles, deux garçons, son journal "La Gazette des Ardennes", une maison...

 

 Mais qu'en est-il du restaurant "Au Bon Bec" où œuvre sa "fiancée " depuis cinq ans, Fanny, cheffe cuisinier et mère d'un petit garçon. Car oui, le bougre, non content d'avoir trompé à l'heure et à la course feue son épouse, a poussé le bouchon encore plus loin en s'amourachant d'une jeunette de l'âge de ses enfants.  

Le passé du disparu n'est pas dénué d'erreurs et de fautes graves, ce que chacun dans la famille sait, mais en plus, pour couronner le tout, il n'a même pas été capable de mettre ses affaires en ordre, histoire de simplifier les choses à ceux qui lui survivraient... 

 

Vraiment ? Mais n'est-ce pas un testament que ses fils, William et John, retrouvent dans son scriban ?

 

L'affaire se corse donc, la Fanny reste dans la course au grand dam de William... Que va-t-il faire ? Quelle bourde énorme va-t-il commettre ? Jusqu'où cette bouffonnerie va-t-elle aller ? Attention à ce que celle-ci ne tourne pas à la tragédie sous les yeux de Gloria, la femme de ménage, de Me Grandvoir, notaire et ami de toujours du disparu, et de l'épouse de ce dernier, Mathilde, accessoirement, sœur de Lisette, la mère des quatre orphelins.

 

Cruellement truculent et savoureux, un roman noir où l'on perçoit la tendresse de l'auteur pour les failles de ses contemporains capables de se mettre dans des guêpiers incroyables à force de mentir aux autres et à eux-mêmes. 

La vie pourrait être si simple, mais ce serait beaucoup moins amusant.

Quatrième de couverture

Un père meurt. Une famille explose. Un testament qui change tout.
Le nouveau roman du "meilleur écrivain francophone vivant" selon Amélie Nothomb.
Le 14 août 1990, François Lebel s'effondre en pleine séance de rameur. Directeur respecté du journal local, veuf, père de quatre enfants, il laisse derrière lui l'image d'un homme droit, parfois dur, mais aimé, ainsi qu'un héritage familial apparemment sans accroc. Jusqu'à ce que surgisse Fanny, sa jeune compagne, persuadée que Au Bon Bec, le restaurant qu'elle dirigeait grâce à lui, devait lui revenir.

Rassurés de ne trouver aucun testament, les quatre enfants Lebel – William, John, Chantal et Marie-France – pensent l'affaire close. Mais un document refait surface. Et avec lui, les rancunes, les secrets et les blessures d'une vie.

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