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Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

Le sentiment des crépuscules

Clémence Boulouque

Robert Laffont

Le 22 août 2024

176 pages

historique

Chronique

16 octobre 2024

"Dans la lumière de fin d'après-midi, il m'a semblé que les années se confondaient et que le temps devenait transparent."

Patrick Modiano, Fleurs de ruine 


Moment non de grâce mais de vérité absolue à marquer d'une pierre blanche. Rencontre entre 

trois figures célébrissimes entourées de trois intervenants faussement secondaires, ayant la particularité d'éclairer, par leurs interventions et réflexions, les trois premières silhouettes d'une lumière révélatrice des réalités intimes, bouleversantes de chacun. 


Ainsi, Stefan Zweig, tout juste séparé de sa femme, remis en couple avec sa très jeune secrétaire, ayant fui le bruit des bottes des nazis et leur fureur destructrice, vit un exil douloureux loin de Salzbourg, à Londres. 

Depuis des années, il est resté en correspondance étroite avec l'analyste Sigmund Freud qui s'est également vu obligé  d'émigrer avec sa fille et collègue, Anna, ainsi que leur fidèle gouvernante, dans la capitale londonienne, bien différente de la somptueuse et lumineuse Vienne, plongée dorénavant, en cette année 1938, dans le crépuscule créé par le faux dieu, Hitler. 


Stefan cède aux instances d'un de ses amis, le fantasque et narcissique Salvador Dalí, secondé de son épouse et mentor, Gala, et de son agent anglais, fils de grande famille poursuivant la chimère de devenir écrivain. 


Fabuleux peintre et artiste, auto-centré jusqu'à la caricature, Salvador fait de ses œuvres des biens de consommation qu'il ne cède qu'aux plus offrants. Il est, avec Gala, d'un cynisme détestable et pourtant annonciateur d'un libéralisme mondial décomplexé. 


Comment la rencontre entre cet être talentueux incontrôlable, irrespectueux, et souvent haïssable de par sa suffisance, et les deux exilés malgré eux que sont Stefan Zweig et Sigmund Freud, va-t-elle se dérouler ? Vont-ils, sous l'oeil avisé d'Anna, réussir à communiquer, ou l'espagnol ne laissera-t-il aucun espace à la parole des deux autres, les reléguant aux rôles de figurants dans le happening qu'il a imaginé ?


Stefan Zweig tremble à l'idée que Salvador n'aille trop loin dans la provocation même sous tutelle de Gala et de son agent. Sigmund Freud, lui, tente de faire bonne figure alors que la maladie s'acharne sur lui et que ses facultés d'élocution sont amoindries. Anna veille sur lui, elle est l'analyste dans toute sa splendeur lors de cet événement improbable et méconnu. 


Rendez-vous entre trois exilés qui pourtant n'ont pas la même histoire à raconter, ni la même faculté de compréhension des faits historiques qui les ont poussés à partir. Les postures intellectuelles mais aussi psychologiques des uns et des autres sont très différentes selon leur degré de maturité, leur faculté d'empathie, leur prescience du futur. De la rage bouillonnante d'un Salvador Dalí souhaitant capté toute l'attention à la discrétion fatiguée mais pensante d'un Sigmund Freud jusqu'à l'inquiétude désespérée et consciente de Stefan Zweig, nous passons par tous les sentiments qui ont dû animer tous ceux qui durent fuir ou partir, contraints par l'Histoire. 

Voici un texte brillant, souvent très drôle, toujours confondant de justesse. Atmosphère étrange et anxiogène de fin d'un monde...  Le titre est magnifique.

Quatrième de couverture

Londres, 1938. Zweig présente Dalí à Freud.

Londres, 19 juillet 1938. Stefan Zweig et Salvador Dalí rendent visite à Sigmund Freud, tout juste exfiltré de l'Autriche nazie. Proche de l'analyste, et lui aussi réfugié, Zweig a organisé ce rendez-vous sur l'insistance de son ami peintre, qui idolâtre Freud et trépigne de lui montrer une de ses toiles. Accompagnés de Gala, l'épouse de Dalí, et de son agent, ils sont accueillis par Anna Freud.

Leurs échanges sont ponctués par les extravagances et facéties de Salvador qui mystifient l'assemblée. Puis, à mesure, tous se dévoilent : la rencontre autour de Freud agit comme un révélateur, confrontant chacun à ses démons et à ceux de l'époque.

Mêlant biographie intime de figures d'exception et chronique de la fin d'un monde, Clémence Boulouque saisit ce moment suspendu, unique et méconnu, en un roman drôle et grave.

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