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Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

Le monde secret des Gaulois

Laurent Olivier

Flammarion

Le 2 octobre 2024

424 pages

essai

Chronique

13 février 2026

Paru aux Éditions Flammarion dans la collection Au fil de l'Histoire

À la mémoire d'Alain Testart (1945-2013)

Premier anthropologue de la Gaule 


" C'est une image irrécupérable du passé qui risque de s'évanouir avec chaque présent qui ne s'est pas reconnu visé par elle. " 

Walter Benjamin, Thèse sur le concept d'histoire, V, dans Oeuvres III. 


Que ce soit dans l'image récurrente que nous admirions en fin de la célèbre bande dessinée située dans un village d'irréductibles Gaulois, (vous me suivez ?), ou dans celles véhiculées par les manuels d'Histoire de notre enfance où nos célèbres ancêtres étaient des barbares brutaux ayant soif de sang et de sacrifices, incapables de gagner face aux très civilisés Romains, il nous est très difficile voire impossible de nous reconnaître. 


L'histoire des Gaulois, Galates, ou autres Celtes... est celle d'une population colonisée purement et simplement, victime d'un impérialisme criminel, d'un génocide, d'un effacement. 

La technique éculée du "diviser pour mieux régner" utilisée par tout colonisateur qui se respecte a évidemment permis d'affaiblir ces multiples peuples mis sous la bannière unique de Gaulois. Faire croire ensuite, que ces carnages, viols, rapines, étaient nécessaires pour apporter la lumière de la civilisation à ces êtres primaires, allait de soi. Ignorer, juger, méconnaître sans aucune vergogne les us, coutumes, cultures, philosophies, croyances, systèmes politiques, organisations sociales des vaincus, pour ne donner d'eux qu'une image mensongère, caricaturale, simpliste, en était la conséquence convenue. Mais ce n'est plus acceptable. 


Continuer pendant des siècles et des siècles à faire perdurer cette campagne impérialiste d'annihilation, de fausse propagande jusqu'à aujourd'hui, où certains affirment encore que la Guerre des Gaules et l'anéantissement de ces peuples et leur mise en asservissement est la meilleure chose qui pouvait arriver à ces peuplades autochtones, sauvages, anthropophages, analphabètes, se heurte enfin, maintenant, à la vérité. Celle-ci a émergé lentement, surtout depuis quarante ans, avec la découverte de bâtiments impressionnants, de tombes et monuments funéraires... De nombreux documentaires sur Arte illustrent ce phénomène. 


À l'instar de la révolution actuelle, artistique, littéraire, cinématographique, de revoir notre copie quant à l'Histoire enfin revisitée par le biais du regard féminin, il en est de même pour le récit qui nous a été fait des civilisations gauloises depuis le VIIème siècle avant JC. 

Gratitude donc envers l'auteur pour le cadeau qu'il nous offre ici d'une véritable chronologie des évènements historiques ayant jalonné le parcours des Gaulois, augmentée de la présentation exhaustive des 4 types de régimes politiques successifs (Royaumes archaïques, Royaumes aristocratiques, Régimes sénatoriaux, Royaumes populaires), et de chapitres dédiés aux druides, aux femmes...

Grâce à lui le "mythe gallo-romain" redevient ce qu'il est : un modèle colonial abominable justifiant, au nom du progrès et de la civilisation, la domination, l'exploitation de peuples autochtones qui vivaient très bien sans envahisseur. 


Lorsque l'on se penche sur l'identité de ceux qui ont décrit les Gaulois depuis plus de deux millénaires, on reste sidérés par l'absence de leur légitimité : soit ils étaient partisans de fait de Rome et donc partiaux, soit trop éloignés géographiquement ou temporellement usant d'un qu'en dira-t-on coupable, soit trop dénués d'intelligence et d'empathie pour pouvoir même imaginer que ces peuples avaient leur propre mode de penser, de vivre, de croire, de se positionner en ce monde, leurs propres civilisation et culture non pas inférieures à la leur mais différentes et singulières. 


Quand on parle de Gaulois on devrait penser Nations gauloises regroupant une infinité de peuples : Arvernes, Carnutes, Atrébates, Bellovaques...... 

On devrait également étudier la carte montrant le territoire immense occupé par ces populations, amies et alliées, ou dépendantes les unes des autres, ou ennemies, ou cohabitant grâce à un certaine neutralité.


Nous avons tant à apprendre et à découvrir : 

leur politique extérieure, l'organisation interne de leur société, leur système de hiérarchie, leur rapport à dieu, leur mode de transmission de la pensée, de la culture, de leur savoir étendu, leur respect des femmes, leur attachement à la mise en place d'un contre-pouvoir permanent, leur haine de la tyrannie, leur vigilance face à un trop grand enrichissement individuel au détriment du groupe, leur défiance extrême quant à la propriété privée desservant la collectivité, la place réelle des druides et l'importance de la sauvegarde d'une tradition orale vivante et actualisée face à des écrits figés et oubliés..... Je pourrais continuer ainsi longtemps, tant les leçons et enseignements que nous transmettent les Gaulois par le biais de scientifiques, chercheurs, archéologues, écrivains, historiens, essayistes et enfin l'auteur, sont exceptionnels et vitaux en cette ère de chute d'une société européenne et occidentale façonnée par l'impérialisme romain et l'omnipotence de la pensée gréco-romaine sur toute autre forme de raisonnement et de positionnement sur cette planète . 


Ouvrage fondamental qui nous redonne les fondations permettant d'envisager la construction d'une nouvelle société plus égalitaire, respectueuse de l'environnement et de chacun. 


On ne peut s'empêcher de reprendre avec stupeur et effroi l'histoire de la colonisation française en Afrique du Nord ou subsaharienne, mais aussi de nous repencher sur les actes perpétrés par nos aïeux contre les Amérindiens (Hurons, Iroquois..) en Amérique du Nord, à l'aune de ce que l'on découvre entre ces pages. 

Toutes ces sociétés autochtones étaient-elles si éloignées des conceptions gauloises ? 


Combien de peuples proches de ce que furent les Gaulois ont-ils été détruits, asservis , dépossédés par cet impérialisme pratiqué par les nouveaux colonisateurs, anciens colonisés frappés d'amnésie ? Est-ce vraiment l'héritage que les Gaulois nous ont laissé ou celui de ceux qui les ont écrasés violemment ? De qui voulons-nous être les fils et filles ? 


À l'heure où la Communauté Européenne, telle Rome en son temps, joue le rôle d'un rouleau compresseur, où les génocides sont perpétrés au vu et au su de tous, où les peuples autochtones du monde entier sont sacrifiés sur l'autel d'une politique extractiviste criminelle et d'un l'impérialisme décomplexé, cet essai complet, passionnant et réconfortant remet les pendules à l'heure. 

J'ai évidemment repensé aux textes de Matthieu Poux, de Pacôme Thiellement, de Christophe Grégoire, de Jean-Laurent Del Socorro... Ils sauront pourquoi. 


Certaines figures célèbres vont réapparaître face à vous : Boudicca, Vercingétorix, et le résistant Calgacos auquel je laisse la parole pour clore cette chronique : 

Discours prononcé par le chef calédonien devant ses 30 000 guerriers avant un combat décisif en Écosse : 

" Si nous restons unis, dit-il à ses braves, nous ne subirons pas la souillure de l'esclavage. [...]

Ces gens-là dévastent le monde et, comme ils n'ont maintenant plus de terre à ravager, ils fouillent les mers. Ils sont dévorés par la cupidité quand ils voient que l'ennemi est riche, et avide de domination lorsqu'il est pauvre. Ni l'Est ni l'Ouest n'ont pu étancher leur soif de possession. Ils sont les seuls au monde à vouloir accaparer avec autant d'ardeur à la fois la richesse et la pauvreté. Ils enlèvent, ils tuent, ils pillent, et ils appellent cela faire respecter leur autorité. Ils disent qu'ils apportent la paix, alors qu'ils transforment tout en désert. Battez-vous pour vos enfants et vos proches, dit Calgacos à ses hommes, car les Romains tarissent nos forces, en nous prenant tout..." 


Un texte qui résonne étrangement aujourd'hui, n'est-ce pas ?

Quatrième de couverture

Grâce à l'archéologie, la Gaule se dévoile peu à peu, offrant une vision inattendue du monde gaulois, brillante et différente des récits transmis par les Grecs et les Romains. Tout au long des cinq siècles d'une histoire interrompue par la conquête de César et la défaite de Vercingétorix, les Gaulois ont développé une pensée politique et sociale originale, encore bien ignorée. Dans ce livre neuf, l'auteur croise les approches de l'histoire, de l'archéologie et de l'anthropologie pour dégager le fonctionnement et les aspirations des sociétés gauloises, à l'image de leur art dont on découvre aujourd'hui tout le raffinement et la subtilité. Laurent Olivier redonne vie aux individus et aux collectivités des nations gauloises, et montre les ententes et les rapports à la vie et à la mort, les hiérarchies. Une histoire qui rend toute sa singularité à cette culture disparue et s'affranchit des présupposés dont nos humanités ont été nourries, en même temps qu'elle s'inscrit dans un courant de recherche en plein développement sur l'Europe avant la colonisation romaine.

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