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Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

Le chant des damnés 

Ewa Rodek

City Editions

Le 2 janvier 2026

384 pages

historique

Chronique

4 janvier 2026

Un grand roman historique émouvant inspiré d'une histoire vraie au coeur de l'enfer, survivre grâce au pouvoir de la musique. 


"La musique, c'est ce qui nous reste quand on nous a pris tout le reste. " 


" À tous ceux qui dans l'ombre, ont lutté pour préserver leur humanité et leur dignité, même lorsque tout conspirait à les en priver. " 


Une dédicace qui résonne particulièrement aujourd'hui alors que la censure frappe à nouveau, que des êtres éclairés lancent l'alarme en vain, que l'aveuglément et l'inertie sont encore la règle, qu'obéir à des injonctions inacceptables n'est nullement remis en question, que certains s'évertuent à tuer la beauté, à empêcher l'instruction, l'éducation, l'accès à la culture. 

Pensée unique, lavage de cerveau pour dictature en marche...


Voici donc un remarquable roman s'inspirant des destinées de " deux figures emblématiques de la résistance culturelle durant la Shoah " : Rosebery d'Arguto (1890-1942), de son vrai nom Martin (Moshe) Rosebery (ou Rosenberg), compositeur et chef de chœur juif polonais, et Aleksander " Tytus " Kulisiewicz (1918-1982), musicien polonais ayant survécu à cinq ans de déportation à Sachsenhausen.


Par le biais de la fiction et des personnages d'Adam et David, Ewa Rodek raconte leur rencontre à Sachsenhausen, camp de concentration modèle construit par les nazis non loin de Berlin, sorte de laboratoire préparatoire à l'élaboration des autres camps de la mort à échelle industrielle. 


La bande son de ce récit poignant et Ô combien juste quant à l'importance vitale de la musique et du chant dans les moments les plus tragiques et désespérants de l'existence, comme arme contre la barbarie et l'inhumanité, fut pour moi la sublime Symphonie n°3 de Gorecki. 

J'ai retrouvé la sensation indescriptible d'être en train de lire un grand livre que j'avais eu lors de ma découverte d'Orfeo où Richard Powers raconte, entre autres, l'histoire du " Quatuor pour la fin du temps " composé par Olivier Messiaen dans un camp de travail nazi en 1941.


Certaines phrases ont trouvé écho dans mon cœur de musicienne et chanteuse consciente du privilège de pouvoir transmettre la beauté, de la partager, de faire ainsi renaître l'espérance.


Adam Krakowiak, polonais catholique devenu incroyant, ancien étudiant en droit, siffleur de génie sous le pseudonyme du Rossignol dans des soirées jazz privées alors que le bruit des bottes résonnaient dans les rues de Cracovie, amant d'Agnieszka la combattante, est celui qui par ses chants, sa musique, grâce à sa témérité, son endurance, sa mémoire phénoménale, s'est joué de ses tortionnaires : Bauer son " protecteur ", Grau terrifiant double de Mengele, et d'autres serviteurs du Führer. Il est aussi celui qui écrivit et fit interpréter par une chorale en plein camp de concentration ce chant en mémoire de David, son ami d'infortune et compositeur : 


Sur le chemin se dresse un arbre,

aux branches courbées,

Il a entendu la dernière mélodie 

De mes frères qui ne sont plus...

Dans la terre où tombent les pluies rouges 

Aucune fleur ne pousse plus

Seules nos chansons de misère 

Sont restées pour se souvenir...

La nuit est une expiation 

Et le jour, un cri.

Nous sommes les dernières feuilles 

Du vent de la désolation...


Le livre s'ouvre sur un concert à Berlin-Ouest en septembre 1972 où Adam Krakowiak interprète une chanson des camps devant un public d'abord incrédule puis bouleversé...

Cette composition est en réalité un Jüdischer Todessang, le Chant de la mort juif de son ami David Rosenberg, assassiné à Auschwitz. Dans la salle, un allemand âgé, Bauer, celui qui fut son protecteur et son tortionnaire, tantôt amical, tantôt cruel, au Camp de Sachsenhausen, ne quitte pas de ses yeux bleus le soliste. Ce camp où furent déportés des prisonniers politiques de toutes nationalités et confessions, des tziganes, des Roms, des russes, des homosexuels, des communistes et bien sûr des juifs. La confrontation entre ces deux ennemis est-elle possible ? 


L'hypermnésie et la connaissance de la musique ont sauvé Adam et lui ont permis de remplir une mission sacrée. 

Laquelle ? Quel fut son parcours depuis son enfance à Cieszyn en Pologne en 1928 jusqu'à cet événement Berlinois en 1972 et plus loin son retour à Varsovie en janvier 1973 ? 

Que s'est-il passé entre les barbelés du camp ? Comment l'espoir et la force de survivre ont-ils pu vaincre les forces du mal ? Qui furent les compagnons d'Adam et qu'est-il devenu à la libération ? Comment se relève-t-on d'un tel cauchemar ? 


Gratitude, chère Ewa Rodek, pour ces pages incroyables, d'une grande beauté, d'une clarté bienfaitrice dans ces ténèbres, bien que traitant d'un sujet aussi tragique. Merci d'avoir fait perdurer la mémoire.

Quatrième de couverture

En 1940, le jeune Adam est envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il a été arrêté en Pologne pour avoir voulu résister aux nazis. Malgré le froid, la faim, la peur et la mort omniprésents, Adam refuse de se laisser briser par les horreurs du camp. Avec David, un musicien juif, il tente de redonner un peu d’espoir aux déportés. Ils montent une chorale et font résonner leurs chants dans les baraquements. La musique devient un acte de rébellion et donne un semblant de sens à l’enfer, mais ils savent que si les gardiens les surprennent, ils risquent la mort pour quelques notes de musique. Tandis qu'Adam survit au quotidien et à la barbarie, il se fait une promesse : en apprenant par cœur les chants interdits du camp, il sera la mémoire vivante des prisonniers. Pour un jour, lorsqu’il sera libre, ne jamais oublier et témoigner.
Un grand roman émouvant inspiré d’une histoire vraie.

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