
Éva a lu pour vous ..
Chroniques littéraires
La violence dans les mythes grecs
Efi Papavassilopoulou
7e Ciel
Le 18 février 2026
108 pages illustrées
essai
Chronique
11 mai 2026

" La violence, en s'épanouissant, produit un épi de malheur qui ne fournit qu'une moisson de larmes. " Eschyle - Les Perses - 472 av. J.-C.
Grâce à l'autrice, j'ai pu découvrir et chroniquer ses sept ouvrages précédents mais, cette fois-ci, ma lecture n'a pu être distanciée puisque les thèmes de violence et encore plus de viol ont fait partie de mon quotidien avec les conséquences à long terme que cela induit.
J'ai pris cet essai comme j'avais pris les livres de Carine Hutsebaut, une des premières profileuses spécialisée dans les crimes sexuels en particulier sur enfants y dressant les portraits robots des coupables, comme un outil facilitant la compréhension, la reprise du pouvoir sur des évènements qui me furent imposés.
"Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir. "
Cette phrase, dès l'ouverture, issue "Du contrat social" de Jean-Jacques Rousseau en 1762, pourrait s'appliquer à tout milieu, familial, professionnel, etc... où des violences voire des viols peuvent être perpétrés.
Oui, sauf si la victime comprend que l'agresseur n'est pas dans son droit et qu'elle n'a pas le devoir d'obéir.
J'ai été ici interpellée par plusieurs notions :
1/ Le mythe est le reflet de notre réalité sous forme d'histoires nous permettant d'entendre, d'intégrer sa vérité fondatrice. Ainsi ce qui est raconté dans les contes, légendes, mythes, quels qu'ils soient, d'où ils viennent, fut, a existé réellement et a été transformé par l'écriture, par un talent de conteur, en une fiction destinée à la formation des humains, peut-être afin de leur faire peur, de les prévenir, de les instruire.
Et donc, aujourd'hui, moi qui fut l'objet de violences, je me tourne à mon tour vers ces fictions, sujets de cet essai s'attachant à l'aspect psychologique lié à cette violence, pour en comprendre le mécanisme et déterminer son origine.
2/ Il existe trois formes de violence :
- Nécessaire : liée au mouvement de la vie qui ne détruit pas mais crée, forme. Me vient à l'esprit l'exemple simple de la naissance.
- Gratuite : pour le simple plaisir de l'exercer qui par nature reste circonscrite, limitée en intensité. Elle n'a pas de but donc pas d'issue.
- Transgressive : incluant le viol, ne respectant pas les limites sacrées de la vie. Le violeur est celui qui profane, outrage, impose sa violence, son pouvoir. Que dire quand la victime est l'enfant ou un parent du criminel ?
La mythologie grecque est truffée d'exemples multiples et variées de ces trois types de violences. Efi Papavassilopoulou en choisit certains plus significatifs ayant valeur de symboles. Rien que dans la généalogie des trois premiers dieux, Ouranos, Cronos, et Zeus, déjà la violence est présente et cependant indispensable à l'évolution des évènements et leurs répercussions sur l'humain.
Le viol lui est à part, ne peut être commis que par des Satyres, des monstres, des êtres tombant dans le néant, sans foi, sans respect du sacré, sans notion de limite ni d'interdit. Les exemples sont légion ...
Zeus, me direz-vous, n'est pas un satyre. Non, mais il use de stratagème, se métamorphose, afin d'offrir à celle qu'il convoite, un aspect séduisant, rassurant, forçant par le mensonge, par la ruse, son consentement.
L'autrice décortique ainsi, telle une profileuse, les mécanismes psychologiques de celui qui est violent, qui viole, qui outrepasse les limites. Elle cherche l'origine de ces passages à l'acte dans le passé, dans les ascendants du transgresseur.
Elle aborde également le cas édifiant de Méduse, violée par Poséidon. Prêtresse au temple d'Athéna, on s'attendrait à ce que celle-ci la venge ou au moins fasse preuve de compassion, d'empathie. Mais c'est le contraire qui se passe ; elle assène une condamnation injuste en transformant les cheveux de la belle en serpents et en rendant ses yeux globuleux, exorbités.
Elle la transforme en monstre comme si sa beauté initiale fut un crime et qu'elle était coupable d'avoir excité le désir de Poséidon. Sidérant n'est-ce pas ? Combien aujourd'hui doivent se cacher, combien ont été conspuées, rejetées, condamnées par leurs mères, les autres femmes, la société patriarcale ? Révoltant !
Chaque page de mon exemplaire a été annotée, certaines phrases surlignées...
Les notions, toutes essentielles, sont multiples et ne peuvent faire l'objet ici d'une recension complète. C'est impossible. Enfin les notions de culpabilité, de honte sont abordées, très différentes chez les Grecs en comparaison avec nos sociétés modernes.
L'idée du pardon n'est pas traitée, je crois, ni le refus par la victime de haïr celui qui l'a violentée, façon encore de se préserver. On ne peut haïr le néant, de toute façon. On ne peut ressentir un sentiment si humain pour un individu qui ne l'est plus.
Merci Efi Papavassilopoulou pour ce guide qui, je pense, pourra éclairer l'esprit et le chemin de tout à chacun et de toute victime de violence ou de viol.
Gratitude infinie chère Efi Papavassilopoulou pour votre confiance renouvelée.
