
Éva a lu pour vous ..
Chroniques littéraires
La vie secrète des écrivains
Guillaume Musso
Calmann-Lévy
2019
348 pages
Divers
Chronique
9 juillet 2019

« Tout le monde a trois vies, une vie privée, une vie publique et une vie secrète. » Gabriel Garcia Marquez.
Je suis revenue à Guillaume Musso avec « Central Park » qui m'avait bien retournée ; puis j'avais beaucoup aimé le très arty « Un appartement à Paris » dont j'avais du coup lu le premier tome « L'appel de l'ange », et enfin « La Jeune Fille et la Nuit » plus sombre et lyrique. Je trouvais cet auteur, pendant quelques années trop vert, mais peu à peu, comme un bon cru, il gagne en couleurs, en profondeur et même en noirceur. La bascule vers le thriller plus ironique, ténébreux et personnel, fait qu'aujourd'hui je n'hésite pas à prendre un de ses romans avec un plaisir, que j'avoue sans gêne.
L'histoire ici s'effeuille, révélant peu à peu des couches et des couches de secrets insoupçonnés de la vie du personnage central , Nathan Fawles. Tout est un jeu de miroir où l'œil se focalise sur un homme puis son double en reflet et encore un autre présent dans une glace de l'image d'origine... Ceci aurait pu être à l'infini. Je subodore que Guillaume Musso s'est beaucoup amusé avec cette construction de son récit, le vertige qu'il génère... Mais surtout je pense qu'il a dû se sentir allégé de balancer pas mal de vérités sur le monde joyeux de l'édition, de la presse invasive et dérangeante, des agents et critiques littéraires frustrés, des crétins élitistes séparant le grain de l'ivraie selon des critères ridicules, oubliant que le premier rôle d'un roman est de nous faire plaisir à nous lecteur, point barre, de nous transporter, nous faire voyager, nous donner l'oubli de nous mêmes. Il a du tout entendre, tout lire, tout supporter, restant stoïque, aimable, un sourire de Joconde affiché, terriblement normal, n'en déplaise à ceux qui adorent le diaboliser parce qu'il a réussi, un homme qui n'a pas hésité avec d'autres écrivains à se déplacer pour la soirée des "Treize Salopards" organisée pour sauver la librairie de Montparnasse" L'oeil écoute" où j'ai pu le rencontrer. Il cite d'ailleurs ce lieu malheureusement disparu, mais aussi se positionne, via ses personnages, sur le problème d'Amazon, qui ne paye pas ses impôts à la France dont il détruit les petits commerces inexorablement et en particulier les librairies.
Donc cet opus est bien plus engagé et personnel, abordant également l'origine et la mécanique de la création d'un livre, sans que ce ne soit non plus le grand déballage, étant donné que c'est avant tout un thriller bâti sur fond d'un passé terrifiant, dont les conséquences à l'heure actuelle sont catastrophiques.
Cela commence gentiment, agréablement, pour d'un coup devenir glaçant et surprenant. Nathan Fawles a bien des secrets, vivant en ermite dans une solitude et un silence qui révèlent un drame, une blessure profonde et sous des dehors bourrus, une incapacité à communiquer sa souffrance, sa culpabilité.
Le mystère Nathan Fawles reste entier pendant un bon moment jusqu'à la détonation qui fait tout s'écrouler.
Un écrivain en herbe, Raphaël Bataille, premier narrateur de cet ouvrage, sera notre guide vers " La Croix du Sud" , la villa de l'auteur caché derrière ses murailles et son fusil. Ajoutons Mathilde Monney qui fera son entrée par effraction dans la vie de Fawles, le poussant dans ses derniers retranchements. Qui est-elle, que lui veut-elle ? Est-elle dangereuse ?
Enfin le corps supplicié d'une femme est retrouvé dans l'île de Beaumont... celle-ci pour les besoins de l'enquête est bouclée, interdite au public, un huis clos passionnant peut commencer dans une ambiance bien anxiogène... jusqu'au paroxysme.
Citation comme une mise en bouche :
« Pour survivre, il faut raconter des histoires. » Umberto Eco dans « L'Ile du jour d'avant ».
