
Éva a lu pour vous ..
Chroniques littéraires
La Femme aux doigts d'or
Jean-Christophe Portes
City Editions
19 octobre 2022
304 pages
Polar Historique Reportage Autobiographie
Chronique
20 novembre 2022

Septième enquête de Victor Dauterive :
Excellent épisode encore une fois pour Jean -Christophe Portes, marathonien accompli, comme peu d'autres, du policier historique.
Il nous permet ainsi, tout en nous faisant traverser mille situations palpitantes, de nous remettre en mémoire les différentes étapes de notre Histoire de France depuis 1791.
Cette fois-ci, tout tourne autour du procès de Louis XVI et sa possible condamnation à mort.
« Il [Danton] parlait évidemment de celui du roi, qui déchirait la Convention depuis de nombreuses semaines. Élue peu après la prise des Tuileries, la nouvelle chambre était entièrement patriote et son premier acte avait été d'abolir la royauté. "Les rois, avait dit l'abbé Grégoire, sont dans l'ordre moral ce que sont les monstres dans l'ordre physique." Cependant deux groupes s'affrontaient pour prendre l'ascendant : d'un côté les Girondins, derrière Roland, Brissot ou Condorcet, de l'autre les Montagnards, notamment Robespierre et Marat, qui étaient soutenus par la Commune insurrectionnelle de Paris et leur bras armé, les sans-culottes. La majorité au centre, dénommée Marais ou Plaine, hésitait à trancher, d'autant que le choix s'avérait cornélien : pour les Montagnards, (qu'on appelait ainsi parce qu'ils siégeaient sur les rangs les plus hauts à l'Assemblée), le roi avait trahi la Révolution en tentant de s'enfuir, et en faisant tirer sur la foule le 10 août, il fallait donc l'exécuter. « Tout roi est un rebelle et un usurpateur, avait déclaré Saint-Just, un député à peine plus âgé que Dauterive, Louis doit régner ou mourir. » Les Girondins s'étranglaient de fureur et refusaient l'idée d'un jugement, inconstitutionnel selon eux : même déchu, le souverain était inviolable. »
Dans ce contexte, les gouvernements des pays voisins généralement royalistes voient cette Révolution comme un grand danger. En France, on craint une action militaire de l'étranger, appuyée par des aristocrates en exil, afin de remettre Louis sur son trône. Une grande opération de publicité de la Révolution est donc lancée : envoyer une troupe de 80 comédiens sous la direction de la célèbre Montansier, ancienne favorite de Marie -Antoinette ayant tourné opportunément casaque, en Belgique pays occupé par les troupes françaises. Au programme : des pièces patriotiques. Le jeune gendarme Victor Dauterive est donc chargé d'escorter et protéger cette troupe. Il tombe bientôt sous le charme de la comédienne Julie Renard. Mais la défenestration de la domestique de la belle met un frein à leurs amours naissantes. Dauterive est certain que ce n'est pas un accident, il craint pour Julie qui bientôt prend la poudre d'escampette.
Retour à Paris, il retrouve son fils adoptif Joseph, Marie-Anne enceinte jusqu'aux yeux, le vieux Duperrier et le docteur Mariette, personnages que nous avons tous croisés dans les opus précédents. Danton, son nouveau maître, veut l'envoyer à Londres mais le jeune entêté souhaite investiguer sur le meurtre de la soubrette. Hors de question : Danton veut garder la main sur la diplomatie donc il faut obéir... pour un temps.
Quant à Olympe de Gouges, du côté des Jacobins, elle écrit pamphlet sur pamphlet contre Robespierre, en fureur, ne réussissant plus à se contrôler et prenant des risques inconsidérés. Les évènements s'accélèrent, le procès de Louis est annoncé : et pourquoi ne serait-elle pas son avocate ?
Un septième épisode rocambolesque et passionnant sur lequel plane l'ombre d'une femme vénéneuse, présentant les évènements avec une extrême clarté tout en nous emportant dans une grande aventure de Bruxelles à Paris en passant par Londres.
Du très bel ouvrage comme toujours avec ce romancier.
