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Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

La discrétion

Faïza Guène

Plon

27 août 2020

256 pages

Roman

Chronique

29 janvier 2021

« Il faut beaucoup de souplesse spirituelle pour ne pas haïr celui qui vous hait et dont le pied écrase votre nuque, et ne pas apprendre à vos enfants à le haïr exige une sensibilité et une charité encore plus miraculeuse. » James Baldwin, La prochaine fois, le feu.


C'est l'hommage d'une jeune femme française à sa mère, à toutes les mères nées algériennes et condamnées par le mariage et des difficultés économiques à l'exil. Et pas n'importe lequel, dans le pays des anciens colonisateurs de leur pays.


Le parcours du village à la banlieue nord de Paris sera celui d'une combattante du quotidien dans la saleté, la pauvreté, le froid à supporter le racisme, l'irrespect. Pourtant elle fait tout pour ne pas être vue, remarquée, elle applique pour elle-même et ensuite ses trois filles et son garçon chéri la loi implacable de la Discrétion....


Seulement voilà, plus les années passent, plus cette règle est insupportable, plus on peut en mesurer les effets néfastes sur la vie de millions de français dont les parents immigrés ont participé à la puissance de la France. La discrétion de la mère se transforme en colère, en fureur chez la seconde de ses filles Hannah.... Celle-ci étouffe de devoir se taire, se rendre invisible, elle l'européenne .


« Ça lui fait du bien d'entendre :

« C'est normal, cette violence fait partie de votre histoire, vous portez en vous la violence et les humiliations vécues, d'une certaine façon, vous en héritez. C'est normal que vous soyez en colère, cette colère qui a été longtemps réprimée, tout ça, c'est très injuste, et l'injustice, de fait, ça met profondément en colère.

Mais vous ne pouvez pas porter seule tout ce poids.

Vous ne pouvez pas réparer seule l'offense. » »


Des enfants qui pensent devoir réparer l'offense faite à leurs parents, des parents qui ne le souhaitent pas, qui veulent simplement que leurs enfants fassent mieux qu'eux, une société qui se ment en se voyant blanche alors qu'elle est depuis bien longtemps le fruit d'un métissage bien venu et salutaire.

Un très beau livre d'une grande sensibilité qui pose les questions fondamentales à nous tous, immigrés sur cette terre de France voici des millénaires ou depuis peu de temps.

Nous sommes tous venus d'ailleurs, nous le portons dans nos gènes ; nos origines ethniques multiples devraient nous rapprocher et non nous séparer artificiellement.

À lire pour enrichir notre propre histoire personnelle et commune.


Entretien avec l'auteure :

Pouvez-vous nous résumer votre livre en quelques mots ?


La discrétion, c’est un roman qui retrace le parcours d’une femme qui s’appelle Yamina qui est mère de famille, qui a 70 ans et qui vit à Aubervilliers. Je suis revenue à sa naissance en Algérie en 1949 pour essayer de comprendre l’existence de cette femme.


Pourquoi avoir choisi de rendre hommage à ces femmes exilées ?

Pour essayer de comprendre l’existence de ces femmes et pour raconter l’exil d’une manière intime, et par le point de vue d’une femme, d’une mère. J’ai cherché à comprendre les conséquences de cet exil sur ses enfants qui, eux, sont nés en France. Ça m’a permis aussi d’aller chercher un peu dans mon histoire et de laisser des traces de ces existences qui ont été invisibilisées. J’ai eu envie de rendre hommage à ces femmes, de la génération de ma mère.


« Ses enfants, eux, ils savent qui elle est, et ils exigent que le monde entier le sache aussi. »

Quatrième de couverture

Yamina est née dans un cri. À Msirda, en Algérie colonisée.
À peine adolescente, elle a brandi le drapeau de la Liberté.
Quarante ans plus tard, à Aubervilliers, elle vit dans la discrétion.
Pour cette mère, n'est-ce pas une autre façon de résister ?
Mais la colère, même réprimée, se transmet l'air de rien.

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