
Éva a lu pour vous ..
Chroniques littéraires
La Beauté du ciel
Sarah Biasini
Editions des Femmes Antoinette Fouque Bibliothèque des voix
2021
Livre audio lu par l'autrice
Biographie
Chronique
7 octobre 2021

« Personne ne veut oublier ma mère, à part moi. Tout le monde veut y penser, sauf moi. Personne ne pleurera autant que moi si je me mets à y penser. On me parle d'elle en disant son nom au lieu de dire "ta mère", "votre mère". Comme si je n'étais pas là, devant eux. Je ne comprends pas ce qu'ils disent. Je ne les écoute déjà plus. De qui parlent-ils ? Son nom ne m'intéresse pas, il n'y a que ma mère qui m'intéresse. »
Texte totalement bouleversant d'une femme à sa petite fille, d'une femme-enfant qui ressent la nécessité de passer enfin à l'âge adulte, de se réapproprier son histoire d'amour avec sa mère, l'inoubliable actrice à la fin suffoquante, même pour tous ceux qui en ont été seulement témoin. Alors on n'ose imaginer pour la petite Sarah ce que fut cette perte indicible et intime, étalée par des charognards dans la presse.
Le récit commence dans l'horreur absolue, la tombe profanée de Romy Schneider ! On reste sidérée par l'incompréhension, par la violence induite par ce geste. Sarah Biasini apprend la nouvelle par une belle journée ensoleillée. Son compagnon, Gil, va avec elle sur les lieux du crime. Quand laissera-t-on cette femme et sa famille en paix ? On apprend alors que Sarah trop petite à l'époque, n'a pas assisté à l'enterrement de sa mère auprès de son fils aîné, David. Une volonté de protéger l'enfant certes mais... Sarah, à la quarantaine, semble ne pas avoir acté véritablement, au plus profond d'elle, cette perte. Alors l'abjecte violation de sépulture permet à la fille d'assister enfin, en petit comité, à cette cérémonie, étape essentielle dans le processus, non de deuil, mais d'enregistrement réel et total de l'événement que représente la mort d'un proche à fortiori d'une mère, célèbre ou non.
Ce n'est plus une petite fille, Sarah, mais une comédienne confirmée, courageuse, entourée d'amour, reconnue par la profession, qui a fait sa place sans être la fille de ...
Cependant, le monde, les ignorants, les journaleux, la limitent à être cette fille de...
Sarah est une femme qui tente vainement de devenir mère à son tour... Et miracle ou signe heureux du destin, trois semaines après la profanation, elle est enceinte de Anna.
Ce très beau texte autobiographique est avant tout une merveilleuse et touchante déclaration d'amour à sa fille. Il est aussi l'occasion de renouer le lien entre la mère disparue et Sarah, de faire la paix, de faire en sorte que le témoin repasse enfin de génération en génération.
Sarah sait que la vie peut exploser du jour au lendemain, qu'elle peut disparaître ; elle ne peut donc pas prendre le risque de ne pas laisser à son enfant ce message, ce récit de leur histoire familiale.
L'autrice nous raconte son enfance, nous présente ceux qui ont été là tout le temps, fidèlement, à ses côtés, la rencontre avec Gil, puis avec le fils de ce dernier et ce désir d'enfant inassouvi...
Un dévoilement tout en délicatesse et retenue, en maîtrise et soudain... en émotion si intense que la voix se brise.
Dans le silence qui suit le dernier mot on imagine entendre les rires lumineux de Anna, Sarah et Romy se mêler... la lumière est à nouveau partout, plus d'ombres.... magnifique ! 3h53 d'enregistrement, réalisation Francesca Isidori.
