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Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

L'Empereur

Jean Diwo

Flammarion

1994

478 pages

Historique

Chronique

9 octobre 2018

« Le jeune homme aux culottes de golf »


Un auteur fétiche pour moi.... Presque tout lu... Je lui dois beaucoup de mes connaissances.

1927-1928. Henri Bergson prix Nobel de littérature- Tchang Kai- Chek président de la République de Chine- François Mauriac publie Thérèse Desqueyroux- Débuts Salle Gaveau du jeune prodige Yehudi Menuhin- Charles Lindbergh traverse l'Atlantique. l'Olympique de Marseille remporte la Coupe de France de football- Pacte Briand-Kellog : 60 pays dont l'Allemagne renoncent solennellement à la guerre- Projection à New-York du Chanteur de jazz, premier film entièrement parlant et sonore- Première à Berlin de l'Opéra de quat'sous de Brecht- Victoire aux élections du centre et de la droite qui soutiennent Poincaré. Stabilisation du franc.


Début du livre après une introduction où nous assistons à la mort de Adrien Anthelme, venu joyeusement comme tous les mardi matin dans son gymnase privé disputer un petit match de boxe amical, histoire de se rappeler un peu sa jeunesse au Maroc. Un mauvais coups et.... Rideau. Pas tout à fait car sa vie, qui fut semblable à un roman, il « laisse trop d'argent et surtout trop d'affaires qu'il était seul à diriger pour que sa succession se liquide sans drame. »


L'affaire Anthelme commence donc pour nous en 1927, lorsque ce gamin élevé à Saint Maur par une mère veuve sans grand moyen, rempli d'une ambition folle, intelligent mais n'ayant pas dépassé le certificat d'études se présente un jour sur les conseils d'un ami du certif chez l'éditeur Quentin, homme de pouvoir, de conviction, bienveillant et engagé, qui donne une réception où est présent une vingtaine d'habitués des réunions dominicales de la revue " Libertés nouvelles".

Madeleine, l'épouse du grand homme repère vite ce garçon et le prend sous son aile.


Ainsi débute un destin à peine croyable de l'Empereur, qui sera le témoin privilégié de la fin des années 20 aux sixties, de l'histoire de la France de l'entre-deux-guerres bien trop courte, de la capitulation devant les nazis, de la collaboration, du réveil d'un peuple et de sa victoire jusqu'à la résurrection d'un pays, bénéficiant du début des trente glorieuses.


La grande chance d'Anthelme, il la provoque, c'est vrai, mais également elle vient à lui sous les traits d'un écrivain, addict de son Saint-Germain-des-Prés, normalien, généreux, Garmond, touché par la hargne et le désir d'apprendre de cet adolescent pauvre et quelque peu inculte. Il devient son père de substitution, son mentor.


Nous assistons alors à l'ascension sociale incroyablement rapide d'Adrien qui s'il est mauvais en orthographe sait compter et sentir l'air du temps et définir les tendances. La publicité et la réclame deviennent son terrain de jeu de prédilection. Cette passion le mène aux plus hautes fonctions de magnat de la publicité mais aussi de la presse d'où son surnom de l'Empereur.


C'est un portrait intime et public d'un homme aimé des femmes, pointilleux, despote, insupportable, mégalomane, peu scrupuleux en terme légal, mais aussi généreux, fidèle en amitié, reconnaissant et capable de remise en question.

L'auteur, disparu malheureusement en 2011, (quelle perte !), serait certainement heureux de la comparaison avec Citizen Kane d'Orson Welles ou son modèle William Randolph Hearst, comme précisé au bas de la quatrième de couverture.


Un roman historique truffé de détails, d'anecdotes passionnants, amusants ou édifiants. Un livre extrêmement bien écrit, qui a 24 ans et reste d'une modernité évidente, aucune ride, une réelle pertinence, distrayant et instructif. Un regard sur l'Histoire et ses personnages réels ou fictifs rempli d'humanité. Vous me manquez monsieur Diwo !

Quatrième de couverture

L'Empereur, c'est avant tout l'homme d'une génération, celle de l'entre-deux guerres, de la tragédie de la défaite, de l'Occupation et de la résurrection de la France jusqu'aux années 60.
Adrien Anthelme, adolescent pauvre et inculte, mord à l'hameçon du savoir que lui tend le hasard et un homme de bonne volonté, le séduisant Garmond, écrivain attaché à son Saint-Germain-des-Prés comme un paysan du Perche à sa terre. Le jeune homme, qui est intelligent et courageux, se laisse dégrossir par son Pygmalion.
C'est l'ascension prodigieuse d'Adrien que raconte Jean Diwo, à travers des aventures amoureuses et des anecdotes plus amusantes et plus passionnantes les unes que les autres. Jusqu'à ce qu'il arrive à la puissance : celle d'un magnat de la publicité et de la presse que ses collaborateurs surnommeront l'Empereur.
Exigeant, despote, généreux, mégalomane, sans scrupules, fidèle en amitié, brutal, Anthelme est tout cela. Les autres personnages, inventés ou historiques, qui jalonnent sa route forment une pâte humaine et romanesque à la hauteur du héros.
Dans ce magnat des temps modernes, certains seront peut-être tentés de chercher des ressemblances avec le Citizen Kane d'Orson Welles ou son modèle William Randolph Hearst. L'auteur en serait ravi…

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