
Éva a lu pour vous ..
Chroniques littéraires
James
Percival Everett
l'Olivier
Le 22 août 2025
288 pages traduites par Anne-Laure Tissut
historique
Chronique
7 décembre 2025

National Book Award en 2024
Prix Pulitzer de la fiction en 2025
Formidable idée que celle de Percival Everett !
Donner la parole à Jim, l'ami de Huckleberry Finn, et le suivre en permanence. Lorsque dans le roman de Mark Twain nous le perdons de vue, que devient-il ? Où va-t-il ? Qui rencontre-t-il ?
Et en premier lieu, qui est vraiment Jim ou plutôt James ? Que pense-t-il réellement de Huck ? Pourquoi lui est-il attaché ? Comment réussit-il à survivre dans un monde où seuls les blancs décident de tout et où lui n'est qu'un bien, une possession dont on peut disposer, que l'on peut torturer, fouetter, tuer, assassiner, séparer des siens ?
Loin des clichés insupportables véhiculés par la littérature pro ou anti esclavagiste, quelques fois pleine de bons sentiments mais toujours empreinte de racisme systémique, de fausse compassion du blanc envers un homme de couleur, de prétention de celui qui se croit plus civilisé, plus éduqué, envers le "sauvage", ce roman fabuleux remet les pendules à l'heure.
Losque James cesse de jouer le rôle du bon esclave au vocabulaire et à la syntaxe primaire, quand il parle avec les autres noirs, que se passe-t-il ?
En reprenant scrupuleusement le scénario imaginé par Mark Twain, mais en comblant les vides, l'auteur réussit à éclairer nombre de zones d'ombre partiellement abordées dans les romans ou traités historiques. Il présente le point de vue des esclaves plus ou moins assujettis à leur "propriétaire", il offre une représentation plus réaliste de ces femmes et ces hommes obligés à une comédie permanente et usante, schizophrénique, afin de préserver la part essentielle de leur être, de leur âme, posant sur le monde des blancs un regard ironique, parfois amusé, souvent méprisant, et évidemment et on le comprend, haineux.
Par le biais de James, enfin nous les écoutons alors que se déroule une histoire que nous connaissions très bien, un grand classique, mais réinventée, voire complétée.
Grâce aux différents protagonistes rencontrés sur le chemin de notre héros, la signification "être noir" est abordée par la notion de goutte de sang présente dans les veines d'un individu qui par exemple serait blanc de peau, le traitement ignoble infligé aux fillettes, jeunes filles et femmes, la limite et le contenu des écrits de certains auteurs tels Voltaire, Rousseau ou Locke, dont les propos représentatifs de leur époque sont de fait hypocrites ou éloignés de la réalité.
Un grand livre, phénoménal, à mettre entre les mains de tous, incontournable, afin de bâtir une société multicolore et égalitaire, riche des enseignements du passé tournée vers l'avenir.
