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Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

Hystérie collective

Lionel Shriver

Belfond

Le 8 janvier 2026

336 pages traduites par Catherine Gibert

roman dystopie

Chronique

22 mai 2026

Prix Transfuge du meilleur roman américain 2026


" Quand il n'y a plus de richesses héréditaires, de privilèges de classes et de prérogatives de naissance, [...] il devient visible que ce qui fait la principale différence entre la fortune des hommes, c'est l'intelligence."

Alexis de TOCQUEVILLE, De la démocratie en Amérique, tome 3


" Il apparaît, en effet, avec une clarté toujours plus aveuglante, que ce ne sont ni la famine, ni les tremblements de terre, ni les microbes, ni le cancer, mais que c'est bel et bien l'homme qui constitue pour l'homme le plus grand des dangers. La cause en est simple : il n'existe encore aucune protection efficace contre les épidémies psychiques; or, ces épidémies là sont infiniment plus dévastatrices que les pires catastrophes de la nature !"

Carl Gustav JUNG, L'Homme à la découverte de son âme


"Plus provocatrice et caustique que jamais, Lionel Shriver s'inspire de l'actualité pour livrer la satire aussi jubilatoire que glaçante d'une Amérique gangrenée par la bien-pensance, le politiquement correct et la cancel culture."


Texte d'une pertinence dérangeante, d'une causticité cruelle, très américain par certains aspects ne serait-ce que par le contexte, mais qui pourtant résonne étrangement avec ce qui se passe en Europe et le monde occidental depuis quelques années, disons 2010. 


S'inspirant de l'actualité politique autant étasunienne qu'internationale qu'elle distord si besoin, elle utilise par ailleurs des phénomènes et fonctionnements sociaux facilement repérables en ce moment même menant peu à peu à une dérive : 

Mettre tout le monde en concurrence, favoriser un certain type d'intelligence au détriment d'autres qualités émotionnelles et humaines, tout baser sur l'ultra performance, permettre une parole désinhibée née sur les réseaux sociaux, discriminante, insultante, injurieuse, menaçante, haineuse. 


Ainsi pousse-t-elle les curseurs d'une politique soit disant inclusive et égalitaire, en réalité non fondée et démagogique, pour mettre en scène une société où il serait interdit de faire une différence entre "idiots et intelligents". 


Ce n'est qu'un prétexte évidemment pour aborder d'autres thèmes indirectement, mais la farce aux qualités comiques tout autant que dramatiques nous interpelle personnellement sur nos propres fonctionnements intimes, nos jugements, comment nous nous situons dans cet univers malsain, dysfonctionnel, ce que nous serions prêts à accepter pour être intégré et ne pas être blacklisté ou d'ailleurs, ce que furent déjà, il n'y a pas si longtemps, nos compromissions, nos hypocrisies, ou nos actes de bravoure et de résistance. 


Le personnage de Pierson m'a beaucoup touchée par son impossibilité à tout accepter sans réfléchir, sans mesurer les conséquences des actes et décisions gouvernementales. Elle ne sait pas mentir, elle n'a pas une once de cynisme, et c'est tout à son honneur bien que particulièrement dangereux. Un double de cette autrice éclairée, en quelque sorte, qui fait tomber pour nous le premier domino du jeu pervers auquel jouent les autorités avec la collaboration servile, intéressée ou imbécile d'une partie de la population. Entre ceux qui ne veulent pas faire de vague, ceux qui font le dos rond conscients de l'aberration mais n'ayant pas le courage de bouger, ceux qui applaudissent à la mise en place d'un régime totalitaire, ceux qui s'adaptent à l'impensable, sans parler des victimes collatérales en particulier les gamins nés au mauvais moment qui n'ont rien connu d'autre, Lionel Shriver est sans concession et ne laisse aucune zone d'ombre dans cette fresque contemporaine dystopique provoquant autant le malaise que la jubilation. 


Acide, fielleux, nécessaire en ces temps d'aveuglement coupable sur l'état de notre monde en pleine métamorphose. Une belle gifle pour tous. Il serait bien que nous ne reproduisions pas en permanence les mêmes erreurs... 

Un livre qui donne l'espoir, de par son succès en librairie, que tout n'est pas perdu !

Quatrième de couverture

Liste des mots interdits :
Stupide, idiot, bête, haut potentiel, méritocratie, etc., etc.

Sont désormais proscrits :
Les devoirs, les tests, les notes, les examens.
Les entretiens d'embauche.
Les bilans de compétences.

Conséquences :
Enfants, parents, voisins, collègues, amis, amants, époux sont invités à se dénoncer les uns les autres.
Tout contrevenant s'expose à un avertissement, une amende, voire à une peine de prison.

Professeure à l'université, Pearson se demande encore comment les États-Unis en sont arrivés là. Depuis que le mouvement pour la Parité mentale a pris le pouvoir, les enfants n'apprennent plus à lire, le niveau des étudiants a chuté, les dîners où l'on débattait à bâtons rompus sont devenus sinistres.

Heureusement, il lui reste sa meilleure amie, Emory, pour ironiser sur la situation. Les deux femmes se connaissent depuis l'adolescence, la confiance entre elles est totale. Ou du moins Pearson le croit-elle.

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