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Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

George Sand

Brigitte Krulic

Gallimard

Le 5 février 2026

336 pages

biographie

Chronique

28 octobre 2026

 J'avais été sidérée et émerveillée par la biographie de l'extraordinaire et singulière Flora Tristan où apparaissait de loin en loin la silhouette de George Sand, figure incontournable du XIXe siècle, des luttes pour l'égalité, pas toujours facile à comprendre dans certains de ses choix, pas nécessairement sympathique de prime abord. 


Ainsi, lorsque je suis tombée heureusement sur cet ouvrage à la bibliothèque parisienne Benoîte Groult, me suis-je précipitée, intriguée de l'analyse et la vision qu'en donnerait Brigitte Krulic, sachant son intransigeance quant à la vérité historique, connaissant son souci du détail, s'attachant à brosser un portrait fidèle et impartial d'une célébrité si mal connue. 

Tâche ardue concernant Aurore Dupin, tant décriée, tant adorée, tant caricaturée, tant magnifiée, jusqu'à l'outrance.

 

Une femme imparfaite, en clair obscur, conservatrice sur certains sujets faisant preuve d'une frilosité stupéfiante, parfois injuste et péremptoire, tout en étant aussi géniale, généreuse, progressiste, infatigable, loyale, fidèle, courageuse, capable de prises de risque inconsidérées. 


Une femme aux multiples facettes, bien de son temps par certains aspects, en particulier le refus du vote des femmes ou la condamnation de la Commune, et tout à fait incroyable de modernité et de prescience sur d'autres. 


Quelques fois je me suis un peu agacée de sa tendance à faire la leçon à tous, du style " faites ce que je dis, pas ce que je fais ", elle qui s'est battue bec et ongles pour son indépendance non seulement financière mais aussi amoureuse, vouée aux gémonies par les âmes corsetées de son siècle. Elle qui a été conspuée, condamnée pour cette liberté d'être, pour sa trop grande supériorité en bien des domaines mettant à mal l'orgueil masculin de certains de ses collègues ou d'autres figures bien pensantes du XIXe siècle. 


Travailleuse acharnée, grand esprit, fine analyste de la société, défenseuse des intérêts de sa région face à une capitale omnipotente et coupée des réalités de la province, mère et grand-mère attentive, amoureuse passionnée prête au sacrifice, la bonne Dame de Nohant eut des idées très arrêtées sur l'Eglise en bonne anticléricale convaincue, sur l'égalité par l'éducation de tous permettant ainsi l'accès aux urnes d'êtres éclairés, sur la préservation de la Nature en écologiste avant l'heure, etc, etc... 


Il est certain que la Révolution de 1848 l'a profondément traumatisée par sa brutalité et sa répression dans le sang. Elle abhorre la violence, met au dessus de tout la préservation de la vie quelle qu'elle soit avant la défense d'idéaux politiques, patriotiques ou du progrès industriel.

 

En tant que Femme, que mère, elle prend peu à peu conscience de la brièveté de sa propre vie et comprend qu'elle ne verra pas l'avènement des idées républicaines et sociales qu'elle a exprimées et défendues toute son existence. 


Après la tragédie de la guerre contre la Prusse et l'épisode sanglant et dramatique de la Commune, elle n'aspire qu'à la paix, continuant à écrire mais moins, s'inquiétant de l'avenir de ses petites filles, de celles qui reprendront le flambeau...

 

Fille d'un aristocrate et d'une roturière, admirée du tout Paris et adorée dans son Berry, amoureuse, mère, mais aussi femme de lettres aux nombreux talents, elle est multiple, impressionnante, inclassable et évidemment incontournable par la modernité et le courage de ses actes tant dans la sphère privée que publique. Le cœur fut au centre de son œuvre, privilégiant le fond plus que la perfection de la forme. 


Autre qualité admirable : elle fut capable d'entretenir une correspondance et une amitié fidèle avec des êtres à l'opposé de ses convictions, signe d'une intelligence supérieure apte à accepter la controverse.

 

Que dirait-elle aujourd'hui des tourments et métamorphoses de notre société ? 

Que penserait-elle du statut des femmes, de la révolte des jeunes, des grandes manifestations qui secouent la France et le monde occidental ? 


Gratitude à l'autrice pour cet ouvrage éclairant  une personnalité hors norme, ouvrant des champs de questionnement quant à nos propres engagements personnels et sociétaux. 

Quatrième de couverture

Aucune facette de la vie humaine ne lui a été étrangère : les deuils, les désillusions amères, les doutes, la célébrité. George Sand aura chéri ses proches, aimé passionnément des hommes très différents, conversé d'égal à égal avec les grands esprits de son temps et cultivé une sensibilité toute personnelle de la politique et de la justice sociale. Une femme d'exception, éminente et inclassable : écrivaine, dramaturge, journaliste politique, critique littéraire, elle lègue à la postérité une oeuvre immense et quelques chefs-d'oeuvre. Entre Paris, où l'appellent les agitations du siècle, et Nohant, le berceau familial dont elle a su faire un foyer rayonnant, elle a voué sa vie au travail : viatique, gagne-pain, gage d'indépendance. Surtout, pour ses contemporains comme pour les générations à venir, George Sand n'a cessé d'être une voix de la liberté. Un symbole et, parfois, une cible. Cette biographie retrace les différentes saisons de cette longue vie. Elle restitue l'évolution d'une personnalité et d'une pensée qui auront fait résonner, vie et oeuvre mêlées, les aspirations et les effervescences d'une France toujours hantée par l'ombre de la Révolution et qui aspire à entrer enfin au port.

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