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Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

Choses qui arrivent

Touhfat Mouhtare

Bayard

Le 27 août 2025

176 pages

biographie

Chronique

5 septembre 2025

Onze nœuds formés tout au long d'une vie, inconsciemment, imperceptiblement, que réussit à repérer l'autrice si elle veut pouvoir non plus survivre dans la peur mais vivre, libérée d'un poids qu'elle porte depuis toute petite, ballottée entre les Comores et plusieurs pays d'Afrique subsaharienne, au gré des nominations de son père, médecin représentant de l'OMS. 


Témoin d'un événement tragique, rescapée, Touhfat ose à peine respirer, depuis le drame. La peur qu'elle ressent continuellement, ce sentiment anxiogène qu'une catastrophe va lui tomber dessus, elle les retrouve dès son arrivée en tant qu'étudiante étrangère.

Pourquoi ?

Poussée dans ses retranchements par sa situation devenue irrégulière en France, elle doit tout remettre à plat afin de se poser les bonnes questions : 

- L'exil était-il nécessaire ? 

- Veut-elle retourner chez elle ? 

- Quelle culpabilité porte-t-elle depuis toutes ces années qui lui fait invariablement choisir de se mettre en danger ou dans des postures inconfortables? 

- Quelle facture se présente-t-elle à elle-même ? 

- Quels sont ses sentiments vis à vis de son peuple, de sa famille, de ses proches et surtout de son père adoré ?

- Qu'impliquait pour la jeune femme le fait de rester au pays ? 

- Comment construire quoi que ce soit et surtout une relation amoureuse alors que le moindre contrôle d'identité signifie un retour à la frontière ? 

- Qu'en est-il de son désir d'écrire dans un tel contexte ? En français ? Dans la langue du colonisateur ? Comment digérer et dépasser l'histoire post coloniale ? 

Ainsi onze nœuds à éliminer et quatre états de l'exilé à comprendre, qu'elle qualifie de solide ( détenteur d'un carte d'identité, tout est légal ), liquide ( en période d'essai en possession d'un titre de séjour ), gazeux ( immigré en fin de période de séjour dans le pays d'accueil sur le départ pour un retour satisfaisant chez soi ) et brumeux : 

" emprunteur d'espace à la consistance vaporeuse et volatile, refusant de partir mais à qui il est refusé de rester. Autrement appelé personne en situation irrégulière par conséquent et s'en doute par esprit de protestation ou réflexe de survie douteux, garde dans une poche de son sac un document portant le nom kilométrique : récépissé-de-demande-de-renouvellement-de-titre-de-séjour ( pas d'équivalent de même longueur connu outre-Atlantique). "

Un texte d'une précieuse honnêteté et d'un grand courage qui, je pense, touchera tous les exilés, et devrait permettre à certains de faire preuve de compréhension et d'empathie vis à vis d'un autre soi-même. Nous sommes tous en exil ou immigré, ne l'oublions pas. Nous sommes tous le résultat du brassage des peuples.

Quatrième de couverture

« Il ne faut pas se réjouir trop et trop longtemps. Cela te rend aussi perméable qu'un bout de pain plongé dans du thé : tu gonfles et tu finis par exploser.

Nous rions, ma meilleure amie et moi, de cette théorie qui nous vient de sa mère. Pourtant, je me surprends moi-même à écourter mes joies. Ainsi ai-je interrompu, un jour d'avril, mon séjour légal en France. »

Alors que sa vie bascule sous le règne de la clandestinité et du qui-vive permanent, Touhfat Mouhtare s'interroge : d'où vient cette sensation de familiarité avec la crainte d'être démasquée, le sentiment d'urgence, la nécessité de ne surtout pas laisser la joie s'installer ?

Mise dos au mur par sa situation désespérée, l'autrice sera sommée de répondre à une question longtemps fuie. Il lui faudra, en autant de chapitres, dénouer onze noeuds, lacés il y a bien longtemps sur la corde de sa vie.

D'une saisissante profondeur, ce texte où la spiritualité du récit initiatique côtoie l'espièglerie du conte nous pose une question radicale : comment s'accorder le droit de vivre ?

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