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Éva a lu pour vous ..

Chroniques littéraires

Aliénor l'insoumise

Isaure De Saint Pierre

Mon Poche

12 mars 2020

512 pages

Biographie

Chronique

31 mars 2020

« Reine de France à 15 ans, reine d'Angleterre à 18 ans : le destin tumultueux d'une femme libre et insoumise. »


Je crois que c'est la troisième biographie d' Aliénor d'Aquitaine que je lis, fascinée par cette trajectoire hallucinante autant dûe aux hasards qu'à la volonté intransigeante de cette figure historique.


En effet, née fille, peu de possibilités lui sont offertes, même si son père lui a donné plus d'instruction, de liberté et de richesses qu'aux autres femmes de son temps. Une beauté à couper le souffle pour cette héritière à la tête très bien faite et au corps d'athlète. Elle n'a pas été bridée dans son enfance bien que les règles du jeu lui aient été apprises. Qu'à cela ne tienne, elle deviendra, au cours des années, une maîtresse aux échecs comme en amour, réinterprétant la notice du jeu, en détournant le contenu à son avantage.


Nous sommes au XIIème siècle et une femme doit nécessairement être assujettie à un homme, père, frère, mari, tuteur. Elle obéira dans un premier temps, épousera le bien trop sage et ennuyeux Louis VII pour ensuite, au mépris des convenances, vivre une passion avec Raymond de Poitiers, son oncle de huit ans son aîné, à Antioche lors de la 2 ème croisade qu'elle a voulu suivre, alors que son époux, le roi de France est présent. De retour à Paris, après avoir tenté de se rabibocher avec Louis, elle utilisera les règles de consanguinité familiale, normalement invoquées par les hommes pour se débarrasser de leurs épouses encombrantes, afin de divorcer.


Elle veut vivre pleinement, retrouver les couleurs de son Aquitaine après le gris et le froid qui règnent à Paris et oublier ce roi, dont elle n'a eu que deux filles après près de quinze ans de mariage. Peut-être les a-t-elle, se faisant, tous deux libérer de rôles qui ne leur convenaient pas, car Louis va se révéler moins falot que prévu dans les années à venir, mettant en avant ses qualités de fin stratège et diplomate.


Mais pour l'heure, Aliénor redevenue célibataire ne peut le rester : elle attise toutes les convoitises de ceux qui aimeraient tant faire main basse sur ces domaines et biens. Elle va donc rapidement mener des tractations secrètes avec celui qu'elle a choisi pour nouveau champion, le très jeune, beau, érudit, passionné et fougueux Henri de Plantagenêt, futur roi d'Angleterre. Il n'est alors pas question d'amour mais bien d'un accord politique entre deux ambitieux voulant tout obtenir de la vie. Elle pense pouvoir garder un ascendant sur ce jeune homme, il pense avoir trouvé la partenaire idéale tant au lit que sur l'échiquier européen. À eux deux, ils représentent un couple inégalable, et un danger pour Louis VII.


La partie peut commencer....


Très bon roman biographique lu sans m'arrêter, faisant ressusciter sous nos yeux cette Aliénor si somptueuse, intelligente, courageuse, aimante, érudite, muse des poètes de son temps, inspiratrice des hommes qui ont partagé sa couche et sa vie. C'est une femme qui obéit aux diktats de son époque tout en les détournant, une pionnière en bien des domaines, une personnalité politique d'envergure internationale qui laisse encore aujourd'hui sa trace.


Une biographie très réussie qui est aussi une juste analyse, tout en finesse, des dissensions entre tous les dirigeants de l'époque, et de la relation très particulière qu'entretiennent l'Eglise de Rome et les états. Déjà on pense au règne de Henri VIII et sa séparation d'avec le Vatican, un roi qui ressemble beaucoup à Henri II... Les graines sont semées, et n'attendent que le bon siècle pour germer.


Également, malgré la complexité de la tâche, Isaure de Saint Pierre réussit à simplifier le dessin de l'arbre généalogique de toutes ces familles royales et mène à bien, dans cet ouvrage, la décortication, presque psychiatrique, des liens unissant Henri, Aliénor et Thomas Becket. Une sorte de ménage à trois construit sur des fondations incertaines et sûrement malsaines. Quant à la révolte des fils contre Henri orchestrée par Aliénor, écoeurée et trahie par son époux affichant aux yeux de tous sa maîtresse en titre, ce ne fut certes pas la meilleure idée qu'elle eût et elle en paira le prix.


Tenace, infatigable, sitôt sortie d'emprisonnement, elle se jette à nouveau dans la bataille afin de nouer des alliances matrimoniales fructueuses pour les Plantagenêt et les Capétiens. C'est elle qui choisit Blanche de Castille pour futur Reine de France. Finalement, elle est partie prenante, même après sa mort, du destin de notre pays et de l'Europe.

Une femme qui sera l'égale des hommes, une mère et grand-mère attentionnée et aimante, une stratège née, une figure historique certes mais aussi d'une étonnante modernité

Quatrième de couverture

Que dire d'une riche héritière, aussi belle qu'intelligente, mariée à quinze ans au futur roi de France, qui ne craint pas de lui être infidèle avant de le forcer à divorcer pour convoler avec son pire ennemi, le fougueux Henri Plantagenêt ? Que dire d'une reine d'Angleterre qui se rebelle contre son second époux, pousse leurs fils à la révolte, s'enfuit déguisée en homme, et passe quinze ans en captivité, sans jamais renoncer au pouvoir ? Que dire d'une femme que rien ni personne ne peut décourager, et qui, à peine libre, reprend le combat ? À près de quatre-vingts ans, ne la voit-on pas sillonner les routes à cheval pour défendre les droits au trône de son fils Jean ou chercher au-delà des Pyrénées sa petite-fille Blanche afin de la marier à l'héritier du trône de France ?
Il faut du souffle pour suivre Aliénor d'Aquitaine dans les tumultes d'un XIIe siècle ensanglanté par des guerres fratricides. Une femme de tête qui a conservé le pouvoir pendant presque sept décennies et à qui ne manqua peut-être qu'une chose pour être heureuse : rencontrer cet amour courtois que chantaient pour elle les troubadours.

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